Laïcité : une avancée avec trois bémols
Nous avons l’habitude de rapporter, dans de nombreux articles(1)Vous avez cherché laïcité – ReSPUBLICA., les reculs de la laïcité qui mettent à mal la cohésion du peuple français, entre autres à l’école. Nous sommes donc heureux de vous écrire que, pour la première fois depuis longtemps, nous pouvons présenter une avancée avec le vote du Parlement confirmé par le Conseil constitutionnel de la loi sur l’aide à mourir(2)Lien avec l’article rédigé par Philippe Duffau.. Mais, bien sûr, avec deux bémols issus du Conseil constitutionnel et un bémol sur la politique suivie.
Cette loi, comme beaucoup d’autres, demande que le nombre de praticiens soit suffisant pour que la liberté soit réelle.
L’avancée est liée à la confirmation de la conformité de la loi par rapport à la Constitution. Le premier bémol est que les établissements privés auront le droit d’exclure ces pratiques de leurs locaux : ainsi, la suprématie du caractère religieux d’un établissement de soins sur la liberté individuelle du médecin et du patient est décrétée. Le deuxième bémol est le droit des pharmaciens à l’objection de conscience, alors que ce n’est pas prévu pour ceux qui pratiquent une IVG. Pas d’égalité si chaque praticien a droit à des principes contradictoires. Le troisième bémol est que cette loi, comme beaucoup d’autres, demande que le nombre de praticiens soit suffisant pour que la liberté soit réelle. Par exemple, de nombreux patients demandant d’être hospitalisés en soins palliatifs ne le peuvent pas. Et, pour appliquer cette nouvelle loi, il faut suffisamment de professionnels pour avoir le temps de réaliser la procédure.
Écologie : de recul en recul
L’écologie a récemment tellement reculé (réintroduction de certains pesticides, augmentation des émissions des gaz à effet de serre, refus néolibéral de l’agro-écologie, refus de la protection des forêts, etc.) que nous n’avons rien à rajouter durant cette trêve estivale. Nous restons donc sur la position que nous vous avons déjà présentée(3)Entre autres : Pourquoi l’écologie perd toujours – ReSPUBLICA, Pourquoi l’écologie va de défaite en défaite – ReSPUBLICA..
Économie et social : intensification de la lutte des classes au profit du patronat
Croissance très faible (-0,1 % au premier trimestre, +0,2 au deuxième), affaissement du nombre d’emplois (emploi salarié privé -0,1 % pour les deux premiers trimestres, sur un an -0,5 % soit 80 000 emplois en moins depuis juin 2025), augmentation du chômage, contrainte budgétaire grandissante, mécontentement en hausse des travailleurs sont les premières caractéristiques. En fait, tout le contraire de ce qu’avait promis l’extrême centre.
Les inégalités de niveau de vie ont atteint leur niveau historique le plus élevé dans la série de l’Insee.
L’investissement a diminué de 0,3 %. La demande intérieure est faible à cause de la faiblesse des salaires de la majorité de la population (les CSP-) par rapport à ses besoins. Le taux d’épargne est trop élevé (17,9 %), surtout chez les CSP+ et les ultra-riches. La perte de pouvoir d’achat cumulée est une réalité dans le vécu social. 9,8 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté en France métropolitaine. Le taux de pauvreté atteint 15,4 %, son niveau le plus élevé depuis 1996. De même, les inégalités de niveau de vie ont atteint leur niveau historique le plus élevé dans la série de l’Insee.
La répartition des revenus et du patrimoine va devenir explosive si l’on continue comme cela. D’autant qu’il y a une forte progression des emplois peu rémunérés et des revenus du haut de la distribution. Et l’extrême centre se prépare à frapper fortement les prestations sociales en général, dans le débat budgétaire dès le mois d’octobre prochain, et les cinq branches de la Sécu en particulier, ainsi que dans les services publics et l’école.
Et les finances publiques dans tout cela !
Quant aux finances publiques, on remarque le problème structurel de l’économie française, dont l’extrême centre est le principal responsable (la dette a augmenté de 1 200 milliards en dix ans, merci Macron). Louer la politique européenne de Van der Leyen et ponctionner les couches populaires pour financer sa politique antisociale et anti développement, c’est obligatoirement financer l’économie par la dette tout en disant qu’il faut la diminuer. La dette va donc constamment grossir et tout ce qui relève du social sera de plus en plus austérisé, jusqu’au moment où les catégories populaires diront « stop ». Et là, il faudrait que la gauche soit à la hauteur des enjeux, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui !
La lutte des classes est indispensable pour une justice fiscale et une répartition des richesses différente.
En 2025, le déficit public était de 5,1 %, la dette publique de 115,6 % du PIB (3 460 milliards d’€) pour des dépenses publiques de 57,2 % du PIB et des prélèvements obligatoires de 43,6 % du PIB. Pour financer simultanément la protection sociale (et notamment la Sécu), l’investissement productif et la transition écologique, rien n’est possible sans une augmentation des impôts des catégories CSP+ et ultra riches(4)133 000 riches échappent à l’impôt en France., mais aussi des grandes entreprises. C’est là que la lutte des classes est indispensable pour une justice fiscale et une répartition des richesses différente. Seule une lutte des classes portée par la classe ouvrière et employée et ses alliés peut émanciper le grand nombre et, en même temps, développer la France, au lieu de la faire reculer comme le fait l’extrême centre, qui finira par s’allier avec l’extrême droite. Comme l’explique Michael Pettis, les déséquilibres économiques ne viennent pas seulement du niveau de richesse produit, mais aussi de la manière dont la valeur ajoutée est répartie entre les ménages, les entreprises et l’État, puis transformée en consommation, épargne et investissement.
Retrouver une forte capacité productive
Le problème central de la France n’est pas simplement de produire davantage. Il s’agit de produire davantage que ce dont nous avons besoin, avec suffisamment de productivité, de salaires et d’investissements pour que cette production soit compatible avec une demande intérieure solide et avec nos équilibres extérieurs. Pour cela, il faut relever les revenus modestes, la productivité, l’investissement industriel, l’innovation, l’exportation à haute valeur ajoutée et diminuer le déficit public.
Une partie de la demande porte sur des produits que la France ne fabrique plus suffisamment. Le problème est davantage lié à la manière de reconstruire une capacité productive suffisamment forte pour rendre compatible notre niveau de salaires, de protection sociale et de consommation avec l’équilibre extérieur et les finances publiques !
Quelle politique économique et fiscale ?
L’effort d’ajustement doit moins porter sur le revenu disponible des classes populaires et moyennes, et davantage sur les rentes, les dépenses fiscales inefficaces, les revenus du patrimoine les plus élevés et les dépenses publiques peu productives.
Il faut déplacer une partie de l’effort d’ajustement, qui doit moins porter sur le revenu disponible des classes populaires et moyennes, et davantage sur les rentes, les dépenses fiscales inefficaces, les revenus du patrimoine les plus élevés et les dépenses publiques peu productives — tout en sanctuarisant l’investissement. Il faut augmenter le financement de la sphère publique de constitution des libertés (services publics, école et Sécurité sociale)(5)Par exemple, en France, environ 12,8 % des jeunes de 15 à 29 ans sont NEETs, soit 1,4 million de jeunes confrontés à l’inactivité et à l’exclusion sociale. Les NEETs (Not in Employment, Education or Training) regroupent les jeunes ni en emploi, ni en études, ni en formation, âgés de 15 à 29 ans.. Et utiliser l’argent public comme levier et non comme substitut à l’investissement privé.
Il y a nécessité de supprimer une partie des niches fiscales qui ne favorisent que les ultra-riches et non la réindustrialisation et l’investissement productif, mais aussi de déplacer progressivement la fiscalité du travail vers les rentes. Cela devrait permettre de diminuer les prélèvements sur le travail productif et les bas salaires et d’augmenter les taxes des revenus patrimoniaux les plus élevés, ainsi que de lutter contre l’optimisation fiscale en augmentant la taxation sur de gros patrimoines improductifs (immobilier spéculatif, actifs financiers passifs, rentes, patrimoine non lié à l’activité productive). Il s’agit également de conditionner toutes les aides aux entreprises à une planification écologique tournée vers le développement et l’innovation haut de gamme.
Pour cela, il est nécessaire de créer un environnement dans lequel les entreprises ont intérêt à investir à long terme, de même que de lutter contre les délocalisations et contre l’utilisation des aides pour augmenter les dividendes ou pour racheter ses propres actions. Il faut augmenter l’efficacité de l’investissement productif au détriment de la rentabilité financière du capital. Et il faut augmenter les salaires(6)En 2025, les salaires ont augmenté de 1,7 % en France contre 3,7 % en moyenne au sein de l’UE ; les salariés français n’ont pas retrouvé leur pouvoir d’achat de 2021, il manque encore 1,1 %. en même temps que la productivité.
Comment augmenter la productivité ?
Cela peut se faire en augmentant la recherche fondamentale, la recherche développement, la formation, l’investissement productif et notamment la robotisation et l’automatisation. La protection de la classe populaire et des catégories moyennes restera centrale. Pas de hausse de la TVA, pas de baisse des salaires réels, pas de réduction des services publics, de l’école, de la formation et de la Sécurité sociale. Priorité aux augmentations des salaires, aux investissements productifs, aux augmentations de cotisations sociales, fiscalité orientée vers les patrimoines élevés et conditionnement des aides aux entreprises.
Comment agir ?
Il est nécessaire d’agir de façon multifactorielle, en regardant simultanément différents indicateurs : la dette rapportée au PIB qui doit baisser progressivement, la productivité et l’investissement productif qui doivent augmenter, les salaires minimums et médians qui doivent progresser, le solde industriel qui doit s’améliorer, les dépenses publiques liées à la santé(7)Les hôpitaux sont en déficit alors que les cliniques privées à but lucratif pour les actionnaires sont bénéficiaires, chercher l’erreur !, à l’école et à la formation doivent croitre, de même que l’investissement public et privé.
Le débat devrait porter sur la répartition du revenu national entre investissement, consommation et coût de la transition.
Il s’agit également de reconfigurer les dépenses et de déplacer la fiscalité vers les rentes et les patrimoines élevés, tout en conditionnant les aides aux entreprises pour augmenter la productivité. Le débat devrait porter sur la répartition du revenu national entre investissement, consommation et coût de la transition. ReSPUBLICA et le Réseau Éducation Populaire sont à votre disposition pour animer formations et conférences sur ce sujet.
Notes de bas de page
| ↑1 | Vous avez cherché laïcité – ReSPUBLICA. |
|---|---|
| ↑2 | Lien avec l’article rédigé par Philippe Duffau. |
| ↑3 | Entre autres : Pourquoi l’écologie perd toujours – ReSPUBLICA, Pourquoi l’écologie va de défaite en défaite – ReSPUBLICA. |
| ↑4 | 133 000 riches échappent à l’impôt en France. |
| ↑5 | Par exemple, en France, environ 12,8 % des jeunes de 15 à 29 ans sont NEETs, soit 1,4 million de jeunes confrontés à l’inactivité et à l’exclusion sociale. Les NEETs (Not in Employment, Education or Training) regroupent les jeunes ni en emploi, ni en études, ni en formation, âgés de 15 à 29 ans. |
| ↑6 | En 2025, les salaires ont augmenté de 1,7 % en France contre 3,7 % en moyenne au sein de l’UE ; les salariés français n’ont pas retrouvé leur pouvoir d’achat de 2021, il manque encore 1,1 %. |
| ↑7 | Les hôpitaux sont en déficit alors que les cliniques privées à but lucratif pour les actionnaires sont bénéficiaires, chercher l’erreur ! |
