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Analyse de classe des pratiques de l’extrême centre

Laissons un instant de côté le débat sur la répartition primaire dans la production (entre salaires et profits) et concentrons-nous sur les pratiques budgétaires du gouvernement d’extrême centre de Macron-Lecornu, qui sont également une expression de la lutte des classes engagée par l’oligarchie capitaliste, particulièrement frappante à l’heure actuelle. Les énergéticiens font des plus-values insensées grâce à la guerre USA-Iran. Les Français constatent une augmentation phénoménale du prix des carburants liés aux énergies fossiles.

De quelle manière notre gouvernement réagit-il ?

D’abord et avant tout, soutien inconditionnel à la direction de Total énergies et à toutes les causes de la dette française. Là, le gouvernement excelle dans la protection de l’oligarchie capitaliste. Et comme les travailleurs et leurs familles sont les plus nombreux, c’est à eux de payer, y compris au-delà de l’imaginable.

Les gérants de l’oligarchie capitaliste, Macron et Lecornu, s’autocongratulent de leur décision d’aider l’ensemble du camp du travail avec 130 millions d’euros, sans que les médias dominants précisent que, dans le même temps, 6 milliards d’euros votés dans les budgets de l’État et de la Sécurité sociale pour le camp du travail ont été supprimés.

De plus, le déficit du budget 2026 de la France, voté au début de l’année à 5 % du PIB, explose, alors que nous ne sommes que trois mois après la dernière application de l’article 49 alinéa 3. Qu’à cela ne tienne, les gérants de l’oligarchie capitaliste, Macron et Lecornu, s’autocongratulent de leur décision d’aider l’ensemble du camp du travail avec 130 millions d’euros, sans que les médias dominants précisent que, dans le même temps, 6 milliards d’euros votés dans les budgets de l’État et de la Sécurité sociale pour le camp du travail ont été supprimés et ne seront pas exécutés. Eh oui, un budget capitaliste décide des recettes de l’État et de la Sécurité sociale, mais la décision du respect des dépenses pour les travailleurs et leurs familles est exécutée uniquement sur décision de l’exécutif et non pas parce que c’est inscrit dans le budget ! N’oubliez pas d’expliquer cela aux députés socialistes et à la partie des députés écologistes qui continue à croire au père Noël !

Une fois de plus, l’État de l’extrême centre ne soutient que l’oligarchie capitaliste et non les travailleurs et leurs familles.

Qu’aurait dû faire une gauche de gauche ?

L’État aurait dû assurer une protection contracyclique de la demande sociale, de l’emploi et de l’investissement social, écologique et industriel. Or, manifestement, il préfère soutenir le pouvoir des prédateurs par l’accroissement du déficit, de la dette, des intérêts des actionnaires, sans investissements à la hauteur des enjeux sur le social, l’écologie et la nécessaire réindustrialisation dans les secteurs essentiels pour les travailleurs et leurs familles, ainsi que dans la recherche fondamentale et la recherche-développement du haut de gamme industriel. Sans un sursaut populaire, rien ne sera possible.

Parallèlement, nous devons combattre deux systèmes d’information : les médias dominants (qui ne se réduisent pas seulement au groupe Bolloré) et les réseaux sociaux, qui organisent de l’entre soi sans débat démocratique argumenté. Ces deux systèmes participent à la fragmentation en silos des gauches, si nuisible aujourd’hui. Le tout dans une croissance quasi nulle et une stagflation (croissance quasi nulle et augmentation de l’inflation et du chômage) à cause du manque d’investissement social, écologique et industriel.

Nécessité d’une analyse de gauche : dette, rentes, fiscalité, défense…

Nous devons multiplier notre schéma explicatif en argumentant sur l’augmentation inconsidérée de la dette, due principalement à la baisse des prélèvements sociaux et fiscaux sur la grande bourgeoisie. Il nous faut insister sur le scandale de la baisse des prélèvements sur le capital, de la baisse des impôts des plus riches et des ultra riches, de la baisse des prélèvements sur la rente. Mais aussi sur les 80 milliards supprimés des cotisations sociales, ainsi que sur les 15 milliards d’exemption de cotisations sociales, remplacés seulement partiellement par des impôts qui pèsent plus sur les familles modestes et moyennes (comme la TVA et la CSG).

Nous devons également critiquer les 270 milliards d’aide aux entreprises, sans contreparties. Et, bien sûr, la croissance exponentielle des inégalités sociales et la faiblesse d’un nombre croissant de salaires bat en brèche la promesse d’égalité. Nous devons dire que nous payons beaucoup, mais pas assez, pour la sphère de constitution des libertés, à savoir l’école, les services publics et la Sécurité sociale, alors que, dans la dernière période, les dirigeants de la France et de l’Union européenne, qui ont cédé devant les pratiques trumpistes, se sont engagés à soutenir Ursula von der Leyen, qui demande le passage du budget de la Défense de 2 à 5 % du PIB, soit plus de 90 milliards d’euros. Seule l’Espagne a refusé. Si cela se fait, ce sera une fois de plus au détriment du social, de l’écologie et du haut de gamme industriel. Tout cela pour empêcher les chars russes de venir sur les Champs-Élysées, alors qu’ils sont déjà en difficulté ce mois-ci sur la ligne de front devant l’armée ukrainienne, à plus de 2 000 km et après plus de quatre ans de guerre ! Le lobby militaro-industriel sait comment faire peur !

Le lobby bancaire reste puissant et empêche les régulations souhaitables d’être appliquées

Le lobby bancaire continue à fonctionner de façon erratique avec le concours volontariste de l’extrême centre.

Bien sûr, le lobby bancaire continue à fonctionner de façon erratique avec le concours volontariste de l’extrême centre. À la suite d’une crise importante, comme en 2008, il rase les murs et se fait oublier, en attendant que l’État le renfloue. Puis, il se ragaillardit et appelle avec détermination à une déréglementation.

Pourtant, d’après Christian Chavagneux d’Alternatives économiques, son capital augmente fortement (en six ans, les capitaux des 111 plus grandes banques européennes ont augmenté de 300 milliards d’euros) ainsi que ses profits – au cours des six dernières années, ils ont été multipliés par 2,5 pour passer de 79 à 188 milliards d’euros. Mais il « pleure », parce que c’est moins que la moyenne des banques américaines.

Et on apprend, toujours via Alternatives économiques, que, si le ratio total actif pondéré par les risques/actif total des banques européennes (qui s’établit de 22,1 % pour la Barclays Bank à 27,7 % pour la BNP) est plus faible que celui des Américaines (qui s’établit de 38,6 % pour Morgan Stanley à 50,8 % pour la Bank of America), cela n’est pas dû aux normes, mais au fait que les grandes banques américaines, avec des normes plus sévères qu’en Europe, peuvent s’autocontrôler grâce à un outil maison et à des paramètres qui minimisent le total des fonds propres nécessaires pour leur législation. Le diable est toujours dans les détails.

Les règles européennes pour gérer les prix du pétrole et du gaz ne sont pas favorables au plus grand nombre

Nous nous étions habitués au prix de l’ARENH (promulgué par la loi NOTRE) qui, jusqu’à la fin 2025, obligeait EDF, grand énergéticien français, à vendre à ses concurrents l’énergie quasiment au prix de revient, pour se faire concurrencer. C’était bienvenu en Absurdie. C’est terminé depuis le début 2026, avec les nouvelles règles du Vnu(1)Le Versement Nucléaire Universel (VNU) remplace depuis le 1 er janvier 2026 l’ARENH (Accès Régulé à l’Electricité Nucléaire Historique), https://particuliers.engie.fr/electricite/conseils-electricite/conseils-tarifs-electricite/versement-nucleaire-universel.html., toujours aussi absurdes.

Ainsi, le 1er mai 2026, les énergéticiens français ont dû payer pour écouler leur production (498,65 euros le MWh), car l’électricité ne peut pas être stockée, contrairement aux hydrocarbures. L’ancien record, qui était, d’après la bourse Epex de l’électricité, de 200 euros en juin 2013, a été battu le 26 avril (478,80 euros). Ces prix négatifs de l’électricité sont dus à une surabondance à ce moment-là de l’énergie solaire avec un maintien des réacteurs nucléaires pour la stabilité des réseaux. Les règles européennes nous empêchent d’avoir une électricité moins chère grâce au nucléaire, car le prix est décidé en fonction du coût marginal de la dernière centrale énergétique ouverte (en général au gaz).

Nous rappelons le crash électrique de l’Espagne, dont les causes probables n’ont jamais été officialisées, sans doute pour éviter des investissements importants dans la nécessaire décarbonation de l’énergie. Nous reviendrons sur ce sujet.

L’extrême centre agit contre les peuples au sein de l’Union européenne

Un nouveau recul démocratique majeur se prépare en Europe. Le but de cette manœuvre est d’essayer de contourner les directives européennes (les lois) et de faire passer les politiques voulues par la Commission via des règlements. La directive est un acte législatif qui doit passer, sauf dans des cas particuliers, par un accord entre le Conseil européen des gouvernements ou chefs d’État et le parlement européen, pour ensuite être transposée dans les lois nationales. Le règlement est un acte administratif qui ne passe pas par une entité élue et est directement applicable. La Commission européenne est désignée, mais non élue par le peuple. Elle cherche donc à s’autonomiser par rapport à toute entité politique, aussi bien le parlement européen que les structures législatives nationales.

Dans la manœuvre, le commissaire français nommé par le président Macron, Stéphane Séjourné, est explicite :

Voilà le commissaire macroniste qui veut la concurrence généralisée sans intervention d’une structure législative démocratique. Jean Jaurès doit se retourner dans sa tombe, lui qui estimait qu’un pouvoir est légitime uniquement s’il émane directement du suffrage universel de tous les électeurs.

Pourquoi parle-t-on uniquement des fraudeurs sociaux et jamais des autres

1,6 milliard d’euros de fraude ont été détectés en provenance des assurés sociaux, alors que les patrons ont été redressés à hauteur de 1,5 milliard d’euros pour travail dissimulé par les chefs d’entreprises et à hauteur de 17,1 milliards d’euros pour la fraude fiscale. Mais quelles mesures l’État déploie-t-il quant au fait que 34 % de personnes éligibles au RSA, 50 % de personnes éligibles au minimum Vieillesse (Aspa), 30 % de personnes éligibles à l’assurance chômage, 32 % de personnes éligibles à la complémentaire santé solidaire gratuite et 72 % de personnes éligibles à la CSS contributive n’ont pas recours à leur droit ? Là encore, deux poids deux mesures au sein de l’extrême centre. La défenseur des droits a raison !

Notes de bas de page[+]

Notes de bas de page
1 Le Versement Nucléaire Universel (VNU) remplace depuis le 1 er janvier 2026 l’ARENH (Accès Régulé à l’Electricité Nucléaire Historique), https://particuliers.engie.fr/electricite/conseils-electricite/conseils-tarifs-electricite/versement-nucleaire-universel.html.
2 Paragraphe réalisé grâce au message transmis par Marie-Noëlle Lienemann sur LinkedIn
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