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Dissolution française : la fin du macronisme

En ce dernier jour de l’année, je termine le livre-testament d’Olivier Marleix, député LR : Dissolution française : la fin du macronisme, éditions Robert Laffont, novembre 2025. Été 2025 : quarante-huit heures après avoir livré la version finale du manuscrit à son éditeur, l’homme politique, formé à Sciences Po, se suicide, le 7 juillet.

LR divisé entre macronistes et non-macronistes

Président du groupe LR à l’Assemblée nationale de 2022 à 2024, il aura tenté de sauver la casse de son propre parti, avant de constater son impuissance à retenir « les traitres » parmi ses amis qui préféreront une carrière ministérielle « sous les ors » de la République en marche (LR-EM), puis de Renaissance, le parti macroniste : Gérald Darmanin ou Bruno Lemaire, pour ne citer qu’eux.

Oubli révélateur de Karl Marx et Friedrich Engels dans ses références

Dans cet écrit, l’homme fait preuve de pertinence, d’honnêteté et de lucidité, mais aussi de culture. Il cite Emmanuel Todd, Max Weber et Georges Orwell. Mais s’il déplore, à juste titre, « la guerre des identités entre elles » et « la guerre de tous contre tous » produites par deux quinquennats de Macron, il oublie de citer Karl Marx et Friedrich Engels, auteurs de ces maximes.

Le dernier gaulliste social

Olivier Marleix est l’un des derniers gaullistes soucieux de justice sociale et du pouvoir d’achat des Français (fait rare aujourd’hui dans son camp) ; on le voit donner de nombreux exemples de ses concitoyens rencontrés lors de ses permanences et pris dans un étau sur le plan financier, ainsi que par des amendements à l’Assemblée nationale proposés en faveur des plus pauvres lors des votes des lois de réforme des retraites ou sur l’assurance chômage. Par exemple, il est vent debout face aux ZFE (zones de faible émission), nouvel octroi d’entrée dans les villes qu’il compare à la même mesure pourtant abolie… en 1789 !

Condamnation de la financiarisation, de la mondialisation et de la désindustrialisation

Olivier Marleix constate l’effondrement de la France sous la houlette d’un président Macron chantre de la financiarisation de l’économie, de la mondialisation heureuse et du ruissellement, mais complètement déconnecté de la vie des Français. Pour l’auteur, le mépris est la marque de fabrique du macronisme. Olivier Marleix conduira la commission d’enquête parlementaire sur la désindustrialisation du pays et la vente de savoir-faire et de matériels (Alstom, Alcatel, Technip) aux États-Unis (General Electric) avec des commissions sonnantes et trébuchantes pour les amis de Macron, banquiers et membres des milieux d’affaires parisiens. Tous les acteurs, en particulier étatsuniens, qui ont bénéficié de la vente à la découpe des bijoux industriels français ont financé la campagne électorale de Macron… Hasard ou coïncidence ? Résultat : une gabegie financière sans précédent, car il a fallu en urgence racheter les turbines à General Electric…

Une logique qui ne va pas jusqu’à dénoncer les marchés financiers et les profits exorbitants

Cependant, Olivier Marleix reste soumis aux marchés financiers (qualifiés de « juges de paix ») et aborde peu le pouvoir d’achat des capitalistes, sauf peut-être quand il défend le gouvernement Barnier, qui entrouvre la voie à une taxation des plus riches.

Identitarisme et imposture du RN

Après ce constat accablant, il en constate les risques pour notre démocratie. Il fustige ainsi tout ce qui essentialise l’autre, ce qui le réifie, notamment les positions qui surfent sur des identités blessées, réelles ou fantasmatiques. Il sent venir le danger d’une telle posture en prenant appui sur la période des années trente en Allemagne avec l’effondrement de la République de Weimar. Citons-le :

La critique politique est de moins en moins rationnelle, elle est systématiquement essentialisée. Une évolution qui m’effraie car dès que l’autre est essentialisé – défini à travers un trait, une appartenance… et non plus « en lui-même » comme le fut hier « le juif » – il n’est plus un semblable et le pire devient alors possible. C’est sur cette pente-là que nous conduit l’hystérisation politique actuelle.

Olivier Marleix analyse très bien l’imposture et l’incompétence des députés RN. À ses concitoyens tentés par le vote en faveur de l’extrême droite par l’argument « on n’a pas essayé », il répond fort justement : « vous jeter du dixième étage, vous n’avez pas essayé non plus ? »

Contradiction entre lucidité vis-à-vis du RN et répression anti-immigrés

Mais Olivier Marleix est avant tout de droite, donc d’abord soucieux de l’ordre et partisan d’une politique de répression vis-à-vis des immigrés (via la loi LR sur l’immigration votée dans les deux chambres), des délinquants ou des meurtriers de droit commun. Sur ces sujets, il n’évoque jamais la politique préventive et éducative, le soin ou l’accueil de l’altérité, fut-elle extraeuropéenne et des anciennes colonies.

C’est l’une de ses contradictions : la loi LR sur l’immigration alimente les fantasmes identitaires, qu’il dénonce dans le même temps. Ainsi, LR déroule le tapis rouge au RN. Éric Ciotti le prend au mot : il franchit la ligne rouge en passant des LR au RN.

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