Site icon ReSPUBLICA

La France malade de son extrême centre

Après un budget de la Sécurité sociale promulgué le 30 décembre 2025 qui n’est satisfaisant dans aucune des cinq branches de la Sécu (Santé-Assurance-maladie, Retraites, Famille, Accident du travail et maladies professionnelles et Autonomie), voilà le budget de l’État dont les seuls satisfaits sont les dirigeants du complexe militaro-industriel français. Pour le reste, économie en berne, continuation de la désindustrialisation française, insuffisance de plus en plus dramatique de la recherche fondamentale et de la recherche-développement, budget écologique en recul, services publics en recul, continuation d’un dualisme scolaire défavorisant les écoles publiques sur tous les plans (laïcité, indices de position sociale, évaluation PISA, recul de la formation du futur citoyen, développement du séparatisme social scolaire, etc.).

La nouvelle extrême centre (PS, macronistes, tendance majoritaire Wauquiez de LR) se pense suffisamment élargie pour éviter la censure. Les trois 49-3 ont donc été lancés. D’abord celui de la partie recettes avec les votes de censure du vendredi 23 janvier, qui sera suivi de celui de la partie dépenses et enfin de celui sur le budget total après retour du Sénat pour une promulgation prévue mi-février.

Augmentation des défaillances d’entreprise

Les administrateurs et mandataires judiciaires viennent de publier les inquiétantes statistiques de 2025, qui corroborent les hécatombes des deux années précédentes : 68 057 défaillances d’entreprises ont été enregistrées l’an dernier (contre 65 683 en 2024 et 51 300 en 2019).

Gabriel Zucman nous invite à réfléchir sur les déclarations d’Eric Lombard, ancien ministre de l’Économie, dans Libération

L’ancien ministre d’extrême centre, Éric Lombard, a déclaré : « parmi les personnes les plus fortunées, des milliers ont un revenu fiscal de référence de zéro. Elles ne paient aucun impôt sur le revenu ! » Et « Elles se font rémunérer dans les holdings ». Cet aveu montre le caractère de classe des politiques de l’extrême centre et la responsabilité majeure de ce courant politique dans la perte de puissance de notre pays et donc dans la montée de l’extrême droite et de ses alliés potentiels.

Nous le savions à ReSPUBLICA depuis que nous avons lu les livres des historiens Johann Chapoutot Les irresponsables et de Pierre Serna L’extrême centre et le poison français. Si la vraie gauche (qui n’existe pas actuellement) ne se hisse pas à la hauteur des enjeux, tout recul global économique, politique et social de la France (ce qui est le cas aujourd’hui) entraîne l’extrême centre à créer les conditions d’une union de toutes les droites (RN compris).

Gabriel Zucman écrit :

Les dernières statistiques disponibles sont celles de l’Institut des Politiques Publiques : en 2016, les 75 foyers fiscaux les plus riches (grosso modo, les milliardaires) se sont acquittés de montants négligeables d’impôts personnels : l’équivalent de 2 % de leur revenu (https://lnkd.in/esp5izCb). Dix ans plus tard, on peut craindre que le phénomène se soit accentué et généralisé : l’ancien ministre Éric Lombard évoque des milliers de personnes, parmi les plus riches du pays, qui ne déclareraient aucun revenu imposable. Par ailleurs, il est clair que les masses en jeu sont encore plus fortes qu’il y a dix ans, compte tenu de l’explosion de la fortune des ultra riches : le patrimoine des 500 plus grandes fortunes est en effet passé de 200 milliards d’euros en 2010 à 1 200 milliards aujourd’hui.
Une multiplication par six en 15 ans ! Leur richesse atteint désormais l’équivalent de 42 % du PIB, contre 12 % du PIB en 2010. En outre, l’impôt sur les sociétés – qui venait en partie compenser la faible imposition personnelle des ultra riches en 2016 – a fortement baissé depuis, compte tenu de la baisse du taux d’IS de 33 % à 25 % et de la baisse de l’IS à l’étranger, principalement aux États-Unis. 


Après Le grand détournement, voilà le nouveau livre à lire : Les politiques publiques par la défiscalisation 

ReSPUBLICA vous a déjà suggéré le livre de deux journalistes du Nouvel observateur, Le grand détournement, qui montre que le montant des aides de l’État aux entreprises sans contreparties se montait à 270 milliards d’euros par an. Eh bien, le nouveau livre Les politiques publiques par la défiscalisation de Clément Carbonnier, Nathalie Morel, Bruno Palier et Michaël Zemmour montre la montée des niches fiscales, inefficaces pour l’économie française, mais excellente pour le « bien-être » de la grande bourgeoisie depuis 40 ans. Cela ne fait que se développer année après année. Ce livre de plus de 300 pages est d’une précision d’enfer et montre bien l’hypertrophie du ruissellement social du bas de la hiérarchie sociale vers le haut de cette dernière.

Nouvelle étude sur la fraude sociale du HCFiPS

Selon le Haut Conseil au financement de la protection sociale (HCFiPS), la fraude sociale se stabiliserait à 14 milliards d’euros. 52 % de cette somme provient du travail dissimulé et relève donc de la responsabilité du patronat, 36 % des assurés sociaux et 12 % des professionnels de santé(1)HCFIPS – Fraude sociale copie.. Mais la note de synthèse admet que « les activités partiellement dissimulées demeurent mal prises en compte dans l’évaluation ». Donc, il est probable que la responsabilité du patronat soit supérieure au pourcentage annoncé. Pour les assurés sociaux, une bonne partie provient des micro-entrepreneurs, statut rêvé par le grand patronat, ce qui montre que la responsabilité des salariés est faible. Pourtant, la communication des médias dominants ne fustige que les assurés sociaux et rarement les professionnels de santé, et surtout les employeurs.

L’extrême centre prépare le fascisme avec une atteinte au droit de grève

Dans la niche parlementaire des LR, le ministre des Transports, Philippe Tabarot, a souhaité engager ce jeudi 22 janvier l’extrême centre sur le chemin de la restriction du droit de grève pendant les jours fériés, les vacances scolaires, les élections et les périodes d’examens. Rien que cela ! Pour supprimer les restes du droit de grève dans un deuxième temps ?! En fait, la niche parlementaire d’une journée des LR ce jeudi 22 janvier 2026 a été largement occupée par une résolution, adoptée par 157 voix contre 101, demandant que l’Union européenne inscrive la confrérie des Frères musulmans sur la liste des organisations terroristes, et a été émaillée de plusieurs incidents, ce qui a annulé la proposition visant à restreindre le droit de grève, puisque les LR n’avaient que cette journée pour proposer des textes au vote de l’Assemblée.

L’ONPE nous renseigne sur l’explosion scandaleuse de la précarité énergétique

L’Observatoire national de la précarité énergétique (ONPE) nous informe(2)La librairie ADEME – ONPE – Tableau de bord de la précarité énergétique – novembre 2025. de la réalité suivante :

En 2023, près de 3,1 millions de ménages (soit 10,1 %) sont en situation de précarité énergétique, à savoir qu’ils dépensent plus de 8 % de leur revenu disponible pour l’énergie dans leur logement, tout en faisant partie des 30 % les plus pauvres… Cet indicateur ne permet toutefois pas, à lui seul, de rendre compte de l’ensemble des réalités vécues par les ménages. D’autres chiffres montrent une augmentation de la précarité énergétique ; le nombre d’impayés d’énergie a augmenté de 20 %, passant à 1,2 million. Dans une plus longue perspective, on constate que le nombre de ménages ayant eu froid dans l’hiver précédent a doublé entre 2018 et 2024, de 18 % à 35 %. Quant aux bénéficiaires du chèque énergie, 59 % déclarent avoir eu froid dans leur logement en 2024. L’édition 2025 met également en lumière la progression de la précarité énergétique d’été, liée aux épisodes de chaleur et à la mauvaise isolation des logements, renforçant les inégalités face au confort thermique.

La fin des mécanismes de soutien depuis 2023, sans autre compensation, alors qu’on enregistre + 18 % sur l’électricité et + 13 % pour le gaz sur la seule année 2025, risque bien de se traduire par une hausse de la précarité énergétique. Mais l’État a diminué le nombre de passoires thermiques par un simple changement de calcul pour les petites surfaces. Sur 700 000 travaux énergétiques prévus par an, seuls 90 000 ont été réalisés en 2024 ! Les gains en termes de santé de la lutte contre la précarité énergétique sont réels. La rénovation des passoires thermiques permettrait, selon France Stratégie, d’éviter 10 000 décès chaque année et d’économiser 800 millions d’euros sur le système de soins.

Que faire ?

Et si nous nous organisions tous ensemble, vous et nous, pour communiquer plus largement encore les réalités sociales et politiques que nous fait subir l’extrême centre macroniste ?

Quitter la version mobile