Site icon ReSPUBLICA

Pour une gauche de gauche

L’heure est grave : l’éclatement des gauches est manifeste. La campagne municipale 2026 est organisée principalement, sauf quelques exceptions peu fréquentes, autour d’un pôle PS, souvent rejoint par la plupart des autres formations de gauche, et d’un pôle LFI pour les principales listes. Le tout restant dans un étiage de gauche d’environ 28 à 30 % des votants, toutes gauches comprises, comme aux élections de 2024.

 

Survient le meurtre du militant d’extrême droite Quentin Deranque. L’extrême centre et l’extrême droite instrumentalisent ce meurtre contre LFI. Le PS tente d’organiser un front anti-LFI. LFI tente de se positionner en tant que force centrale d’opposition à l’extrême droite. Chaque camp utilise ses intellectuels organiques pour cette campagne idéologique. Donc division profonde des gauches et aucune proposition pour les sortir du plafond de verre des 28 à 30 % des votants. Le système de causalité de cette situation est complexe, mais touche toutes les composantes des gauches. Et ce n’est pas le discours nostalgique des rassemblements d’un jour sans suite (NUPES, NFP, etc.) qui a la moindre chance de sauver le principe central d’une gauche de gauche.

Pour une stratégie de rassemblement

Nous pensons que les gauches doivent s’engager dans une stratégie de rassemblement sans arrière-pensées infantiles si elles veulent empêcher l’union de toutes les droites au complet de prendre le pouvoir pour l’exercer durablement. Il faut donc reconstruire une gauche de gauche et non vouloir rafistoler des pseudos accords électoraux vermoulus qui ne durent que le jour des élections du deuxième tour. Il faut ensuite, après un bilan partagé des erreurs passées, clarifier les causalités complexes des échecs précédents et supprimer toutes les équivoques sur les arrière-pensées réelles ou supposées des uns et des autres.

Le fil rouge est connu mais répéter c’est enseigner

D’abord, il faut lever l’ambiguïté d’une volonté de recomposition d’une partie de la gauche avec une pseudo aile gauche de l’extrême centre macroniste. Ensuite, à la suite du meurtre du 12 février 2026, réintégrer tous les services d’ordre sous responsabilité directe des directions des organisations politiques et non plus les sous-traiter dans des organisations extérieures autonomes avec une ligne rouge « autodéfense oui, droit de suite virile et lynchage non ! ».

Il faut comprendre que la multiplication exponentielle du nombre d’organisations fait perdre toute crédibilité auprès du peuple, car elle rend beaucoup plus difficile la démocratie.

Enfin, comprendre que la multiplication exponentielle du nombre d’organisations fait perdre toute crédibilité auprès du peuple, car elle rend beaucoup plus difficile la démocratie. Et ce, d’autant plus qu’il est flagrant aujourd’hui que la forte montée de l’hétérogénéité au sein des organisations ainsi multipliées et des homogénéités d’adhérents de partis différents est un adjuvant supplémentaire de la crise des partis de gauche français, qui n’est qu’une crise de leurs directions.

Mettre sur le même plan les « extrêmes » est historiquement une voie sans issue pour la gauche

Sauf à avoir honte de souhaiter dire que l’extrême centre doit garder le pouvoir, extrême centre qui est souvent, sur le plan historique, le passage vers les heures les plus sombres de notre histoire, la seule voie émancipatrice est de faire les efforts nécessaires pour sortir de ce marasme par la porte gauche. À condition qu’elle soit exemplaire, car, sans cela, la gauche ne peut tenir longtemps le discours contre-hégémonique nécessaire et indispensable. Même s’il est vrai que l’ultra-droite a beaucoup plus de morts sur sa conscience, ce n’est pas la comptabilité arithmétique qui remplacera les conditions d’une voie émancipatrice pour une gauche de gauche. Si les gauches veulent prendre le pouvoir et l’exercer selon les intérêts du plus grand nombre, il faudra qu’une gauche de gauche fasse mieux que les 28-30 % de l’ex NFP.

Désaffection d’une partie de la classe ouvrière

Rappelons que cet étiage ne peut s’obtenir que parce que la classe populaire ouvrière et employée, qui représente environ 43 % de la population, ne compte comme voix de gauche que pour un peu plus de 20 % de la classe. La classe en soi de la théorie sociale marxienne n’est donc plus depuis longtemps une classe pour soi. Et pourtant, c’est le point de passage obligatoire d’une transition post-capitaliste. Il n’y en a pas d’autres. Vivek Chibber, dont ReSPUBLICA a recensé le dernier livre(1)La matrice des classes sociales – ReSPUBLICA., l’a non seulement démontré, mais a donné les clés pour combattre la résignation de la classe populaire, pour créer les conditions de son agentivité. Il nous appelle pour cela à poursuivre la théorie sociale marxienne et les travaux d’Antonio Gramsci en refusant la sortie par la porte droite du virage culturaliste qui nous a amené aux politiques mortifères pour les gauches, qu’elles soient identitaires, essentialistes ou populistes.

NFP, dans l’impasse

Car non seulement le NFP a été largement fracturé, mais, pour l’instant, aucun des protagonistes n’a proposé une sortie émancipatrice, majoritaire. Rappelons que la seule majorité qui vaille est de 51 % des votants.

L’extrême centre et l’extrême droite ont bien instrumentalisé le meurtre de Quentin Deranque en fonction de leurs intérêts. Il revient aux forces de gauche de formuler une ligne stratégique contre l’union de toutes les droites en formation.

Car là est bien l’alternative pour éviter la cornérisation. Johann Chapoutot montre bien, dans son livre Les irresponsables, comment s’est formée l’union de toutes les droites en Allemagne début 1933. Quand il continuera son travail, il montrera que seul le PC allemand en tant qu’organisation a combattu cette union de toutes les droites en formation à partir de la fin avril 1932, en proposant de rompre avec la stratégie mortifère et donc erronée du 6ème congrès de l’Internationale communiste en 1928, dite « classe contre classe », avec comme adversaire focalisé les sociaux-démocrates du SPD qualifié de « social-fasciste ». Elle a alors proposé aux sociaux-démocrates du SPD un front unique contre le fascisme. Mais ce fut bien trop tard. Le mal était fait dans les esprits. Il faudra plusieurs années pour que la classe reprenne l’idée de front unique. Et le PC allemand a été détruit par les nazis dans les mois et les années qui suivirent.

Comme d’habitude, nous devons tenir compte des enseignements d’hier pour organiser un rassemblement large contre cette union de toutes les droites en formation. Mais un rassemblement large de type front unique et ne pas jouer LFI contre le PS ou le PS contre LFI, comme le font les intellectuels organiques de ces deux formations et de leurs alliés. Attention, on peut être un intellectuel et être également irresponsable.

Antifascisme, oui, mais quel antifascisme ?

Assez de discours sur la nécessité de l’antifascisme ! La seule question qui vaille est celle de savoir quel antifascisme on souhaite constituer ! Dans la séquence actuelle, nous rappelons que nous avons changé de période du capitalisme. Nous ne sommes plus dans le Capitalisme Néolibéral Libre-échangiste, mais dans celui du National Capitalisme Autoritaire. C’est donc une période de montée des forces populistes de droite et d’extrême droite, ainsi que de montée des conflits inter-impérialistes. Notre rôle est de réinstituer la stratégie du front unique et convaincre que l’adversaire principal n’est pas à gauche. Ne vous bousculez donc pas pour soutenir les intellectuels organiques de ceux qui ne sont pas sur la stratégie du front unique, mais dans la recherche de la pureté morale ou de la division sans fin.

Nous devons rechercher à respecter nos principes et à être instruits, compétents et efficaces. Devant les différents types de violence, il faut avoir les idées claires. Nous devons combattre les violences institutionnelles. Nous devons combattre les violences individuelles et terroristes. Nous devons protéger nos actions et nos manifestations par des équipes d’autodéfense collective, mais refuser les droits de suite et de lynchage. L’autodéfense collective protège et ne tue pas. Ces équipes doivent être sous le contrôle direct de la direction de nos organisations et ne pas être autonomes. Une fois dit cela, l’antifascisme doit combattre politiquement par les formations, l’éducation populaire refondée, par des actions sociales, politiques et par le rassemblement du grand nombre.

On en sort par le haut par l’optimisme de la volonté

Berthold Brecht a écrit que « le fascisme n’est pas le contraire de la démocratie, mais son évolution par temps de crise ». Notre antifascisme doit donc également être anticapitaliste, car c’est le capitalisme qui est la cause de cette crise. Alors, globalisons les luttes avec le primat de la question sociale et la stratégie du front unique. Nous devons pour cela constituer un bloc historique populaire autour de la classe ouvrière et employée. Nous devons commencer par une campagne d’information. Si vous êtes intéressés, faites-le savoir sur evariste@gaucherepublicaine.org pour pouvoir y participer !

Notes de bas de page[+]

Quitter la version mobile