Site icon ReSPUBLICA

Réaction de Richard Malka au sujet de Sciences Po Grenoble

Nous publions la réaction de Richard Malka, avocat de Charlie-Hebdo, postée sur Facebook fin décembre 2021, sur un « petit Pakistan dans cette bonne ville de Grenoble » selon son expression, car il ne s’agit pas d’un épiphénomène dans une université, mais d’un fait significatif, d’une dérive d’universitaires notamment dans les sciences sociales. Les propagandistes d’une idéologie mortifère aussi bien pour l’université que pour le débat public veulent imposer par tous les moyens, y compris la violence, la dénonciation et la terreur intellectuelle, leur « pensée unique ». Ce « débat » qui touche souvent à l’absurde, les théories avancées reposant sur une déformation et une réécriture de l’histoire et des sophismes plus ou moins sophistiqués, nous est imposé conjointement par la droite et l’extrême droite, une gauche complaisante et une prétendue « extrême-gauche » acquise à ces thèses et s’en faisant la propagandiste.
La réaction de Richard Malka se justifie d’autant plus que de nombreux « essayistes », universitaires, journalistes, politiques se sont exprimés à ce sujet souvent pour soutenir la direction, les enseignants et les étudiants dénonciateurs, refusant toute contradiction. Par ailleurs un colloque s’est tenu à la Sorbonne les 7 et 8 janvier sur les théories « woke » et la « cancel culture » qui a suscité également des réactions hostiles. Gageons que le débat n’est pas clos, et que le média ReSPUBLICA sera amené à intervenir plus longuement sur les tenants et aboutissants de ces théories essentialistes, « racisées », « de privilège blanc », etc. qui servent plus à égarer, à nier la lutte de classe acharnée qui se mène à l’échelle mondiale qu’à ouvrir des perspectives de lutte et d’émancipation pour les populations.

Je suis en vacances. Après quelques mois éreintants à défendre, autant que je le pouvais, le droit d’emmerder Dieu, j’ai décidé d’offrir à mes neurones une cure de désintoxication. Oubliée la liberté d’expression, plus rien à faire du blasphème, du Wokisme ; laissez-moi tranquille avec l’islamo-gauchisme… je veux lire ma pile de livres en retard, regarder la mer, marcher, la tête vide, sur des sentiers douaniers, me plaindre de mes courbatures en m’en délectant, avoir pour seule préoccupation la raréfaction des nouvelles séries de qualité sur Netflix.

Mais patatras, j’ai commis l’erreur de lire la presse ce matin. J’essaie d’oublier ce que j’ai lu, d’enfouir mon cerveau sous ma couette comme si cela pouvait l’anesthésier, de laisser à d’autres le soin de réagir, mais je sens bien que c’est foutu ; ça bouillonne dans mon ventre.

Il y a donc, sur notre territoire, un petit Pakistan situé dans cette bonne ville de Grenoble. Un laboratoire de la pensée stalinienne dirigé par une certaine Sabrine Saurugger qui, en moins d’un an et demi, depuis sa nomination à la tête de Sciences Po Grenoble, aura réussi l’exploit d’anéantir la réputation de cette école et de porter préjudice à des centaines d’étudiants qui auront bien du mal à réaliser leurs rêves quand ils inscriront sur leur CV le nom de cette école de la honte. Mais cela, Madame Saurugger n’en a probablement cure… quelques sacrifiés innocents n’ont jamais fait peur aux idéologues qui pensent le bien.

Je résume : le 4 mars dernier, un professeur d’allemand, Klaus Kinzler, est victime d’une campagne de lynchage sur les réseaux d’un syndicat étudiant, son nom étant par ailleurs placardé sur les murs de Science Po Grenoble, affublé des qualificatifs de fasciste et d’islamophobe. Son seul crime consiste à avoir contesté le concept d’islamophobie, ce qui fait débat, quoi que l’on en pense, depuis des décennies et ce dont on devrait pouvoir discuter, même à l’université. Rien qui ne justifie d’être qualifié de fasciste et voué aux gémonies, voire pire. Le professeur s’en émeut, de même que du manque de soutien évident de sa direction, dont on sent bien qu’elle a plutôt tendance à se ranger du côté de la terreur intellectuelle, parce que c’est pour la bonne cause. L’affaire aurait pu en rester là, mais non, il faut réduire au silence pour que plus aucun professeur, jamais, partout en France, n’ose contester le dogme naissant. C’est alors que Madame Saurugger a une idée géniale qui a fait ses preuves pour éliminer toute velléité de contestation : innocenter les coupables et condamner leur victime, au seul motif qu’elle a osé parler à des journalistes, ce qui ne se fait pas. Manquerait plus que la liberté d’expression soit un droit constitutionnel qui permet de se défendre et de dénoncer l’instauration d’une petite dictature de la pensée. L’université va s’atteler méticuleusement à cette tâche sacrée. D’abord, relaxer 16 des 17 étudiants poursuivis disciplinairement, en dépit des conclusions d’un rapport de l’Inspection Générale de l’Éducation nationale. Puis, et c’est le chef-d’œuvre de la direction de Sciences Po Grenoble, prendre un arrêté le 14 décembre dernier, en espérant sûrement que les journalistes ne tarderont pas à être en vacances autour d’une dinde, pour suspendre le Professeur insulté qui avait eu l’audace de s’en plaindre. Le suspendre avant même que ne soit engagée à son encontre une procédure disciplinaire pour avoir osé parler.

Passons sur le soutien apporté par le groupe écologiste de la région Rhône-Alpes qui, au prétexte de s’insurger de la décision de Laurent Wauquiez de supprimer la subvention de la Région à l’IEP, apporte son soutien à la direction de l’école. Ceci dit, on aimerait bien savoir, en passant, si dans le package du vote écolo, auquel chacun pourrait adhérer, figure obligatoirement la cancel culture dont je ne vois pas bien ce qu’elle a d’écolo.

Cette affaire est cruciale pour l’avenir. Le message véhiculé par Madame Saurugger est simple : c’est celui de la violence symbolique adressée aux enseignants qui se résume par : taisez-vous, courbez l’échine devant la terreur intellectuelle ; osez la dénoncer et vous serez exclus. Relevez la tête et vous serez suspendus.

Peut-être n’est-ce pas Monsieur Kinzler qui devrait être sanctionné, mais Madame Saurugger, à défaut de prendre conscience elle-même, dans un sursaut, du mal qu’elle fait à son école et à ses étudiants. Au demeurant et en ce qui les concerne, ils gagneraient beaucoup à se révolter contre cette décision, pour ne pas se laisser sacrifier par une direction qui a sombré dans la faillite morale.

Quitter la version mobile