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« Nous le peuple »

Le film de Claudine Bories et Patrice Chagnard nous conte l’initiative d’une association – Les Lucioles du Doc – qui, prenant pour prétexte l’élaboration lancée par le chef de l’État d’une réforme constitutionnelle et le travail de l’Assemblée Nationale sur ce sujet, organise trois groupes de travail en banlieue parisienne sur ce projet. Ce sont donc des femmes de l’association Femmes Solidaires de Villeneuve-Saint-Georges, des élèves du lycée Jean-Jacques Rousseau de Sarcelles et des détenus de Fleury-Mérogis qui vont échanger, s’interpeller, mettre en commun les textes produits. Ces débats sont passionnants et mettent chacun en mesure d’écouter l’autre. Il s’agit tout à la fois d’étayer son propos mais aussi de comprendre l’autre dans sa différence. Il faut élaborer une stratégie : comment se faire entendre ? Comment ne pas être rejeté parce que l’on est de la banlieue ? Cliché ou pas, question de légitimité surtout quant au parlement Nicole Belloubet le 7 février 2018 interpelle les parlementaires par ce principe : « En tant que pouvoir constituant, il n’est pas toujours nécessaire de faire appel au peuple. »

Le tournage de ce film prit fin deux mois avant que ne commence l’occupation des ronds-points par les gilets jaunes (qui ne concerna pas prioritairement la région parisienne) et pourtant nous retrouvons dans ce qui les anime les mêmes préoccupations. Elles et ils écriront : « c’est le désir de comprendre la société dans laquelle on vit, le désir de se faire entendre et de prendre la parole, le désir de justice, le désir d’agir, le désir de lutte, de transmettre, de changement de nos quotidiens et pour un meilleur avenir. » Ainsi se traduit l’espoir né de cette mobilisation de l’esprit à la recherche d’une écoute, d’une reconnaissance, d’une possibilité participative au commun.

La liberté de penser, la gourmandise d’un monde meilleur, l’obligation d’être universel, nous assistons à la mise en place d’une démocratie directe pleine de retenue, d’espoir et de gravité.

La Présidente de la commission parlementaire chargée de cette réforme refusera en définitive de les entendre, ils et elles ne seront donc reçus que par quelques député-e-s. Les groupes pour la première fois réunis (la correspondance entre eux se faisait par l’intermédiaire de la vidéo) ne rencontreront dans une ambiance chaleureuse que quelques député-e-s. L’élan collectif est rompu et personne ne s’y trompe, surtout pas eux, qui voulaient éviter de devenir un enjeux politique donc « objet » d’un groupe mais bien être « le peuple » présentant aux élus de la nation leur projet de Constitution.

Un film posant simplement la place du citoyen face à toutes ces hiérarchies.

Le titre du film Nous le peuple implique une volonté participative : Pourquoi Nous le peuple ne prendrions-nous pas nos responsabilités devant l’incurie de nos gouvernants ?

Nous sommes renvoyés à un des grands principes de l’éducation populaire : TOUTES et TOUS CAPABLES.

 

Nous le peuple, un film de Claudine Bories et Patrice Chagnard, France, 2019, 1 h 39, distribution : Epicentrefilm, production : Ex Nihilo et les Films du Parotier.

 

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