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Visite du pape en France en septembre 2026

Image par giuseppe mangiamele de Pixabay.

Léon XIV va venir passer trois jours en France de façon très officielle en septembre prochain, ce que le pape François n’avait pas fait. Ce dernier nourrissait quelque rancune à l’égard de notre pays, probablement surtout à cause de la laïcité qui confisquait à l’Église catholique une partie des prérogatives qu’il lui estimait dû.

La personne et la fonction

Les prises de position du nouveau pape sur nombre de sujets, sur la guerre au Proche et au Moyen-Orient, par exemple, ou sur l’intelligence artificielle, son désaccord profond avec son compatriote Donald Trump, peuvent nous le rendre sympathique, sans doute à juste titre, si l’on s’en tient à cela. Mais est-ce que le voyage officiel du pape dans notre pays ne doit être analysé qu’à l’aune de l’impression favorable que sa personne peut nous laisser, au moins sur certains sujets ? Évidemment, non. Il y a certes la personne. Mais il y a aussi la fonction.

Une visite d’État

N’oublions surtout pas qu’il s’agit d’une visite d’État, le Vatican, par son « chef », le pape Léon XIV, qui sera reçu par la République française avec tous les honneurs dus à son rang. Oui, bien sûr, mais là où le bât blesse, c’est que le Vatican, bien qu’étant aujourd’hui le plus petit, est le seul « Etat » indépendant au monde à avoir pour unique fonction d’être le représentant (et chef) officiel d’une religion répandue sur toute la planète…

Oui, et alors ? Eh bien, il se trouve que la République française est aussi la seule au monde à pouvoir s’enorgueillir d’être établie sur une constitution vraiment laïque qui proclame la séparation du religieux et du politique depuis la « Loi de Séparation » du 9 décembre 1905. On se trouve donc devant une sorte d’impossibilité. Comment les représentants d’un État souverain – qui reconnaît l’existence des convictions religieuses en protégeant la liberté de conscience, sans accorder le moins du monde auxdites religions le droit de mettre leurs règles au-dessus de la loi pour tous – vont-ils réussir à ne pas trahir la constitution républicaine en honorant ipso facto l’autorité du Saint-Siège en même temps que sera reçu le représentant officiel de l’État du Vatican ?

Relations de la France avec le Saint-Siège

Alors, osons laisser un peu de place à l’histoire, aussi brièvement (!!) que possible. Souvenons-nous que, pendant fort longtemps, la France a été la fille aînée de l’Église… D’innombrables analyses ont été écrites là-dessus. Rappelons quelques jalons essentiels. Tout a commencé avec la conversion de Clovis (en quelque sorte « Louis 1er », roi des Francs, une tribu de Germains) au christianisme romain, sur incitation de son épouse, en totale opposition avec d’autres Germains, les Wisigoths, qu’il combattait victorieusement et qui étaient des fidèles de l’arianisme en rupture avec Rome. Clovis fut « sacré » roi des Francs en 496, seulement vingt ans après la chute de l’Empire. Le Royaume des Francs devint donc une pièce essentielle de l’extension du christianisme. Et les papes, les uns après les autres, s’employèrent vigoureusement à exercer leur autorité sur tous les royaumes européens, même après la fracture avec Byzance (naissance du christianisme orthodoxe, et donc, à l’ouest, du catholicisme), et après la Réforme protestante, qui fut si tragiquement vécue en France.

À la fin du XIe siècle, le pape Grégoire VII sera un artisan majeur de l’établissement sans contestation possible de l’autorité papale et de la primauté absolue du religieux sur le politique. Outre que c’est sous son règne que le célibat des prêtres deviendra obligatoire, il sera aussi l’auteur du Dictatus Papæ, qui établit de façon incontestable l’autorité de l’Église et donc du pape. Citons par exemple l’article n° 22 : « L’Église romaine n’a jamais erré, et, selon le témoignage de l’Écriture, elle n’errera jamais ». Cette référence explique pour quelle raison Henri IV, l’empereur du Saint-Empire Romain-Germanique, son principal rival, a dû aller s’agenouiller devant lui à Canossa en 1077 pour que soit levée son excommunication.

La réforme : de l’Édit de Nantes à sa révocation

La Réforme protestante va bien entendu bouleverser la relation des sociétés européennes avec la papauté, en particulier en France, où les « Guerres de religion » vont produire une horreur égalée nulle part ailleurs en Europe, avec des soubresauts sans fin au fil du XVIe siècle. Dès le règne de Charles IX, des massacres se produiront, malgré l’Édit de Saint-Germain de 1562. Il faudra l’intelligence du roi français Henri IV pour y mettre un terme grâce à l’Édit de Nantes de 1598.

De quoi s’agit-il ? Simplement de permettre à différentes convictions religieuses de se côtoyer sans se faire la guerre. Le contraire, en quelque sorte, de la tradition aussi bien papale que royale. « L’Édit de tolérance », une timide préfiguration de la sécularisation, se révéla inacceptable pour les versants aussi bien politique que religieux de la domination pratiquée sur les sujets du royaume de France. En 1685, ce fut donc la « Révocation de l’Édit de Nantes » par Louis XIV, hautement souhaitée par la monarchie et le Vatican. De leur point de vue, les choses semblaient donc rentrer dans l’ordre dans le royaume de France, cette fille aînée de l’Église… Pas pour longtemps, puisque, un siècle plus tard, tout était remis en question avec la Révolution.

La laïcité : de la Révolution aux Républiques laïques, entre avancées et reculs

Mais, une fois encore, La France donnera la preuve que libérer la loi commune du pouvoir religieux est une longue épreuve. Le Concordat établi entre le pape Pie VII et Napoléon Ier sera le premier retour en arrière du XIXe siècle. Il y en aura d’autres. La IIIe République, elle, permettra de nouveaux progrès qui conduiront à la « Loi de Séparation » de 1905.

Est-ce que tout était dit ? Eh bien, non ! Car le Saint-Siège était loin d’être prêt à accepter de ne plus dominer le fonctionnement politique de la société. Il fallut les accords de 1923-24 signés entre la République et Le Vatican pour que cette République, en place depuis plus de cinquante ans, fût enfin officiellement reconnue par le pape ! Pour cela, l’État français a dû à son tour aller à Canossa, et donc accepter l’inacceptable.

Pour faire très court, l’Église catholique avait refusé les associations religieuses établies par la Loi de 1905 ; dans les nouveaux accords, les « associations diocésaines » ne s’occupent guère que de la gestion des diocèses, et les membres en sont désignés… par l’évêque. C’est l’évêque qui est totalement responsable de la vie de son diocèse. Et comme l’évêque est directement nommé par le Saint-Siège, on voit sous l’autorité de qui se trouve toute l’Église de France (cas un peu particulier pour l’Alsace-Moselle, toujours sous un régime quasi concordataire).

Tant d’autres dispositions ont été prises au cours du XXe siècle (par exemple Loi Debré de 1959) que l’on peut se demander si la République laïque mérite toujours bien son nom. D’ailleurs, depuis Henri IV, les rois ont été et les présidents de la République sont « chanoines de la basilique Saint-Jean-de-Latran » à Rome, et aucun n’a cherché à faire disparaître ce titre, en totale contradiction avec la Loi de Séparation, surtout pas Nicolas Sarkozy…

La République ne vient-elle pas de faire une démarche parallèle en remettant, le 10 juillet dernier, les insignes de commandeur de la Légion d’honneur à Mgr Paul Richard Gallagher, secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les États, bien entendu en raison de ses fonctions ? L’excuse : « la reconnaissance par la République française de son engagement en faveur de la paix, du respect du droit international et du multilatéralisme, et des relations entre la France et le siège apostolique ».

Détails de la visite du pape en ce mois de septembre 2026

Le pape Léon XIV sera donc bien un chef d’État en visite officielle en France, et un chef religieux gardant ses prérogatives au sein de la République française. Et la République a choisi de jouer ce jeu-là sans alternative. Elle a désigné ses représentants officiels qui seront chargés de la sécurité du « souverain pontife » dans les trois lieux essentiels de sa visite, Paris, Lourdes et Metz, aussi bien que de l’organisation administrative. Quel genre de personnalités ? On n’imagine pas plus dévouées à la République : des généraux. Le général Pascal Péran sera chargé de l’étape mosellane. Le général Hervé Wattecamps aura sur les épaules la lourde organisation de tout ce qui est envisagé à Paris ; il devra en particulier trouver les 10 000 volontaires dont le diocèse de Paris a besoin pour encadrer le voyage du pape dans la capitale, ainsi qu’au moins 12 millions d’€ pour financer les activités qui s’y déploieront, sans oublier, en lien avec la préfecture et l’armée, l’organisation de la sécurité du pape et des fidèles qui se regrouperont, en particulier au moment de la messe place de la Concorde et de la rencontre avec les jeunes au Stade de France.

L’étape mosellane sera bien plus politisée qu’on ne l’imagine, puisqu’il s’agira de faire honneur à Robert Schuman – en instance de béatification (!!) –, de soutenir « papalement » la construction européenne en cours (ne pas oublier l’Ukraine) et de plaider pour la paix. On voit que le mélange des genres ne saurait être mis de côté. À Paris, l’UNESCO n’échappera pas à la visite du pape. Et on parle même d’une rencontre avec des victimes d’abus sexuels, à l’Institut Catholique de Paris (ICP) ! Comme quoi, l’essentiel peut aussi être envisagé…

Une visite papale d’État ne peut qu’être hautement politique, comme celle de Benoît XVI, avec son discours aux Bernardins et sa sévère admonestation à l’épiscopat français à Lourdes. De même en ce qui concerne la « non-visite » du pape François, très critique à l’égard de la constitution française… Comme Christine Pedotti le dit dans Témoignage Chrétien, « La France, vue de Rome, paraît toujours un peu étrange. D’abord du fait de la singularité de son régime de laïcité, que nous croyons universel et qui est unique au monde et bien difficile à comprendre – François en fut un critique constant. Mais elle a d’autres spécificités, comme d’avoir fait une révolution contre un roi de droit divin » […] « La France est une sorte de laboratoire expérimental de ce qu’on nomme la sécularisation ».

Qu’en pensent les chrétiens progressistes ?

« Minimum syndical » pour les victimes d’abus sexuels

Du côté catholique progressiste, on suit avec attention ce qui va se passer du 25 au 28 septembre. On trouve bien maigre ce qui est envisagé dans le cadre de ce voyage pour prendre soin des milliers de victimes des abus sexuels dans l’Église catholique, en particulier dans les établissements scolaires catholiques.

« Minimum syndical » quant à l’égalité homme-femme

Mais la colère est peut-être plus catégorique encore du côté des femmes, qui protestent contre le patriarcat qui ne cède pas un pouce dans l’institution – en contradiction flagrante, justement, avec les lois de la République laïque. Magdala, « association catholique féministe » comme elle se définit elle-même, ainsi nommée en souvenir de Marie-Madeleine, héroïne de l’Évangile que le catholicisme honore bien peu, proteste contre le maintien des femmes dans une situation inférieure au sein du catholicisme.

On peut lire dans sa déclaration du 30 juillet dernier : « L’égalité baptismale n’est pas un vœu pieux. Elle est même l’exacte raison d’être de l’Église catholique qui tient son nom du grec « assemblée des croyants universelle » – on ne se lassera jamais de le rappeler. » Une menace directe s’ensuit : « À défaut, il faudra que l’Église de France, qui semble parfois régresser plutôt qu’avancer sur des sujets de société pourtant tranchés par ses propres textes, se résigne à voir les femmes et les jeunes filles s’éloigner d’elle, à bas bruit, sans que leur départ ne soit ni entendu ni considéré. » 

Liberté de conscience vs « infaillibilité »  revendiquée par l’Église

Décidément, ces Françaises et ces Français ne sont pas faciles à gérer par cette institution qui prétend détenir la totalité définitive du vrai. Pourtant, y a-t-il plus indépassable que la liberté de conscience de tous, propre à la laïcité, pour assurer l’harmonie du vivre ensemble ? N’est-elle pas davantage compatible avec la fraternité revendiquée par celui qui paya de sa vie sa défense, un certain Jésus, qu’avec le fonctionnement ecclésial ?… Le reconnaître, pour l’Église catholique, reviendrait à avouer ses erreurs. Elle est devant un mur…

Bienvenue au pape ?…

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