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Détroit d’Ormuz : l’accord de façade entre Washington et Téhéran consacre le triomphe stratégique de Pékin

Image par David Yu de Pixabay

L’annonce d’une forme de pacification entre Washington et Téhéran, scellée par la réouverture solennelle du détroit d’Ormuz, est présentée par les chancelleries occidentales comme un succès de la diplomatie transactionnelle. Il n’en est rien. Pour quiconque analyse les relations internationales avec une grille de lecture matérialiste, cet accord peu clair et lourd de menaces à terme n’est que le cache-misère d’un renoncement américain global. Derrière les déclarations outrancières de Donald Trump se dessine une reconfiguration géopolitique majeure où l’impérialisme américain, par son incohérence tactique et stratégique, se fait le dindon d’une farce dont la Chine est la grande bénéficiaire.

Le fiasco militaire américain ou l’illusion hollywoodienne de la puissance

Ce dénouement diplomatique ne découle pas d’une vision stratégique mûrie à Washington, mais bien d’un constat d’impuissance. Donald Trump, dont le retour aux affaires n’a fait qu’accentuer le pilotage à vue de la diplomatie américaine, ne possède pas depuis bien longtemps de vision d’ensemble pour le Proche-Orient. Son action dans la région se résume aujourd’hui à des impulsions erratiques, dictées par des impératifs électoraux intérieurs et des calculs mercantiles à court terme pour sa famille et lui, à coups de délits d’initiés.

Faute de pouvoir assumer un affrontement de haute intensité et de stabiliser la zone par la force, la Maison-Blanche a dû se résigner à négocier.

Comme nous l’annoncions il y a deux mois dans l’article « les leçons d’un fiasco de l’US army en Iran »(1)https://www.gaucherepublicaine.org/respublica-monde/respublica-amerique/oncle-sam-au-pied-du-mur-les-lecons-dun-fiasco-de-lus-army-en-iran/7440102., l’intervention militaire étatsunienne dans la région a agi comme un révélateur cruel. L’appareil militaire des États-Unis, privatisé, hypertrophié, mais inadapté aux réalités du terrain moderne, a étalé ses limites. Entre logistique défaillante des sous-traitants privés, incapacité à s’imposer face à des stratégies de guerre asymétrique et épuisement des troupes de médiocre qualité, l’outil militaire étatsunien est apparu en état de déliquescence conceptuelle. Faute de pouvoir assumer un affrontement de haute intensité et de stabiliser la zone par la force, la Maison-Blanche a dû se résigner à négocier. Cet accord n’est pas un choix, c’est une retraite déguisée.

Les monarchies du Golfe au pied du mur

Pour les protectorats américains de la région, le réveil est brutal. L’Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis se retrouvent aujourd’hui dans une impasse politique et stratégique totale, tant sur le plan interne qu’externe. Ces régimes anachroniques, qui ont calqué leur sécurité sur la protection du parapluie américain tout en finançant diverses aventures terroristes régionales, voient leurs certitudes s’effondrer.

En interne, la crise sociale couve, masquée par les vitrines technologiques et les projets pharaoniques des princes héritiers. En externe, la réouverture d’Ormuz sous l’égide d’un compromis américano-iranien les prive de leur statut d’alliés indispensables. Ils découvrent, à leurs dépens, la versatilité du maître washingtonien. Prises au piège de leurs propres contradictions, ces théocraties pétrolières mesurent désormais leur immense vulnérabilité face à un voisin iranien qui n’a pas cédé sur l’essentiel.

L’Iran : la dangereuse ambivalence d’une victoire politique

À Téhéran, le régime des mollahs affecte le triomphe. Sur le plan purement politique, faire plier Trump et obtenir la réouverture du détroit d’Ormuz sans abdiquer les fondements idéologiques et terroristes de la République islamique est un indéniable succès. Pourtant, cette victoire masque une réalité interne catastrophique.

L’Iran sort exsangue de cette période de tensions. La situation économique est désastreuse, l’inflation est hors de contrôle et l’appareil militaire, malgré sa capacité de nuisance asymétrique, est à bout de souffle. L’histoire nous enseigne que les sorties de crise sont toujours les moments les plus périlleux pour les dictatures sanguinaires. Comment va réagir la société iranienne en cette période de démobilisation ? Le nationalisme de crise, qui servait (un peu) de ciment au régime face à la menace étatsunienne, va s’estomper.

La fin de l’état de guerre pourrait bien être le déclencheur d’une contestation sociale et sociétale (au sens laïque d’émancipation par rapport à la tutelle religieuse) d’une ampleur inédite.

La population, terrorisée en janvier dernier avec les milliers de victimes dans les manifestations de protestation et fatiguée des privations, va peut-être exiger des dividendes économiques et politiques que le pouvoir est incapable de fournir. D’autant que le sommet de l’État théocratique est profondément divisé entre ultraconservateurs dogmatiques et factions plus pragmatiques. La fin de l’état de guerre pourrait bien être le déclencheur d’une contestation sociale et sociétale (au sens laïque d’émancipation par rapport à la tutelle religieuse) d’une ampleur inédite.

Israël : l’ambiguïté stratégique face au tournant des élections d’octobre prochain 

Pour Tel-Aviv, la donne est d’une complexité redoutable. Paradoxalement, Israël n’a jamais été aussi fort militairement et technologiquement. Son économie, portée par le high-tech, l’intelligence artificielle, la physique quantique et une industrie de défense à la pointe de l’exportation mondiale, est florissante. Mais cette puissance matérielle se heurte à une absence totale de clarté stratégique.

Que faire désormais face à l’Iran, dont le rôle est validé par Washington ? Que faire au Liban face au Hezbollah, ou dans le bourbier de Gaza ? L’absence de perspective politique, sur fond de mépris des droits des Palestiniens, paralyse l’appareil d’État. C’est dans ce contexte lourd que se profilent les élections décisives à la Knesset en octobre prochain. Benjamin Netanyahou, usé par sa responsabilité lors des massacres du 7 octobre 2023 et les scandales personnels, et contesté pour sa gestion de la guerre multifronts, se trouve dans une position politique des plus précaires. Sa défaite est possible.

Le pouvoir qui éventuellement lui succédera devra impérativement repenser les alliances stratégiques du pays. L’ère du blanc-seing américain s’achève. Israël devra diversifier ses points d’appui globaux, à l’image du rapprochement déjà entamé avec l’Inde de Narendra Modi, une alliance fondée sur des convergences technologiques et sécuritaires concrètes plutôt que sur les sables mouvants de la politique moyen-orientale de Washington.

Le rire de Pékin et l’effondrement de la dissuasion étatsunienne

Sans avoir tiré une seule cartouche, sans avoir déployé un seul navire, la Chine sort la grande gagnante de cette séquence.

Pendant que Washington s’empêtre dans ses contradictions, les observateurs chinois, depuis Pékin, doivent savourer le spectacle. Sans avoir tiré une seule cartouche, sans avoir déployé un seul navire, la Chine sort grande gagnante de cette séquence. La réouverture du détroit d’Ormuz lui restitue un accès sécurisé et fluide à ses approvisionnements pétroliers et gaziers indispensables à son hégémonie industrielle.

La diplomatie chinoise a magistralement utilisé les soubresauts incoordonnés de l’administration Trump pour avancer ses pions. Elle gagne un prestige immense auprès du « Sud global » en apparaissant comme la puissance stable, rationnelle, face à des États-Unis imprévisibles et déclinants.

Le paradoxe est total : par ses interventions erratiques et ses reculades déguisées, l’impérialisme étatsunien fait le lit de la puissance chinoise. En rendant le Proche-Orient totalement illisible et en perdant le contrôle des verrous stratégiques, Washington offre à Pékin les clés de la transition énergétique mondiale.

En capitulant ainsi à Ormuz après avoir étalé les faiblesses opérationnelles de l’US Army, les États-Unis perdent toute force de dissuasion politique et militaire face à la Chine dans l’Indopacifique.

Plus grave encore pour la Maison-Blanche : le signal envoyé à l’Asie est désastreux. En capitulant ainsi à Ormuz après avoir étalé les faiblesses opérationnelles de l’US Army, les États-Unis perdent toute force de dissuasion politique et militaire face à la Chine dans l’Indopacifique. Pékin sait désormais que le tigre étatsunien est vraiment en papier, que ses forces sont usées et sa volonté chancelante. Libre de ses mouvements, rassurée sur ses arrières énergétiques, la Chine peut continuer sa marche vers l’hégémonie mondiale.

Pour nous, partisans de la République sociale, cette crise confirme une vérité immuable : l’absence de principes, la soumission de la politique aux intérêts financiers et l’aventurisme militaire mènent inéluctablement au déclin des nations qui s’y complaisent.

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