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7 mai 2026 : séisme politique en Grande-Bretagne

Photo d'une main glissant un bulletin dans une urne

Photo by Element5 Digital on Unsplash

Le verdict des urnes est sans appel : c’est la fin du bipartisme britannique avec l’écroulement du parti travailliste et la confirmation de l’effondrement du parti conservateur, au profit de l’extrême droite et des nationalistes gallois et écossais.

2024 : victoire des travaillistes comme un chant du cygne

Le sacre de Keir Starmer au soir du 4 juillet 2024 n’était qu’un trompe-l’œil. Malgré une majorité écrasante de 412 sièges au Parlement britannique, le Labour ne devait son succès qu’à l’effondrement du parti conservateur. De nombreuses erreurs du Premier ministre Keir Starmer ont amplifié l’effondrement de son parti, à l’instar de la nomination de Peter Mandelson, ami de Jeffrey Epstein, comme ambassadeur aux États-Unis.

Il est clair également qu’un début de débat a commencé en Grande-Bretagne sur la pertinence du maintien ou non du scrutin uninominal à un tour pour les législatives britanniques, scrutin qui va de plus en plus difficilement assurer une représentation de l’état réel des convictions de la population.

Une alternance centre-gauche/centre droit remise en cause

En Grande-Bretagne, comme ailleurs sur le continent, les alternances centre-droit et centre-gauche ne correspondent plus au bouleversement des formations sociales capitalistes occidentales et à la montée de l’hétérogénéité au sein des anciens grands partis de gouvernement. Réduits à un faux choix, les électeurs voient leurs préoccupations demeurer sans réponse. Les émeutes de l’été 2024 sont venues rappeler brutalement cette réalité : lorsque la politique institutionnelle devient sourde aux angoisses du peuple, la frustration déborde dans la rue. Le Royaume-Uni n’était pas apaisé par la victoire du Labour ; il était en apnée.

Angleterre : le séisme des élections dans 136 conseils locaux pour plus de 5 000 conseillers

Ces élections locales, qui ne se tenaient pas dans toutes les communes anglaises, marquent une rupture historique. Le Labour paie sa « trahison centriste » et son incapacité à endiguer la crise du coût de la vie. Nigel Farage et son parti d’extrême droite Reform UK réalisent une percée fulgurante en remportant 1 453 sièges et en devenant, sur ces 136 conseils locaux, la première force politique. Le Labour, bien qu’il dirige encore le plus grand nombre de conseils (28), s’écroule en perdant plus de 1 000 conseillers. Pour le parti des conservateurs, c’est le pire résultat du siècle. Le parti de droite des libéraux-démocrates progresse un peu. Le parti vert progresse un peu plus.

Résultats définitifs (Conseils locaux d’Angleterre) :

La plupart des gains du parti d’extrême droite Reform UK ont été réalisés dans les conseils du nord de l’Angleterre, considérés comme d’anciens bastions ouvriers travaillistes. La célèbre phrase du sénateur américain de gauche Bernie Sanders pourrait être reproduite ici, en remplaçant le « parti démocrate » par le « parti travailliste » : « le parti travailliste a oublié la classe ouvrière, la classe ouvrière a oublié le parti travailliste ».

Contrairement aux discours des médias dominants de l’Union européenne (UE), la volonté de rapprochement de Keir Starmer avec l’UE a participé à l’écroulement du parti travailliste dans le nord de l’Angleterre. Par contre, les gains des libéraux-démocrates (provenant principalement d’anciens conservateurs) et des Verts (provenant principalement d’anciens électeurs travaillistes) ont été principalement réalisés dans des conseils du sud, et notamment dans le Grand Londres, par exemple dans les anciens bastions travaillistes, comme Hackney et Lewisham. Une partie d’anciens conservateurs ont également voté Reform UK.

Pays de Galles : la chute d’un bastion travailliste centenaire

Au Pays de Galles, le scrutin est également historique. Pour la première fois depuis la création du nouveau parlement gallois (le Senedd) en 1999, les travaillistes du Welsh Labour sont en déroute totale. Le parti d’extrême droite Reform UK fait une entrée fracassante en devenant l’opposition officielle du nouveau pouvoir. Les nationalistes de gauche du Plaid Cymru ont largement bénéficié de la déroute des travaillistes.  

Résultats du Senedd (96 sièges) :

Rhun ap Iorwerth du Plaid Cymru a déclaré : « nous avons gagné parce que nous incarnons l’espoir face à la division, la crédibilité face au chaos et le progrès face à la stagnation ».

Écosse : le bloc indépendantiste se maintient

Le Parlement écossais (Holyrood), fort de ses compétences étendues (santé, éducation, fiscalité), reste dominé par la question nationale écossaise.

Résultats législatifs écossais :

Malgré la perte de 6 sièges, le SNP maintient sa majorité indépendantiste grâce à l’alliance avec les Verts, qui en gagnent 5. Avec 73 sièges sur 129, le bloc indépendantiste dispose d’une majorité confortable, permettant à John Swinney de relancer l’objectif d’un référendum d’indépendance pour 2028 avant les élections législatives britanniques prévues en 2029.

Le Commentaire de ReSPUBLICA

Deux ans seulement après son entrée au 10 Downing Street, Keir Starmer est un Premier ministre à l’agonie. Le Parti travailliste subit des pertes abyssales. Mais il perd tant sur son extrême droite que sur sa gauche (principalement chez les verts), ainsi qu’au sein de la partie de l’ancienne aile gauche du parti travailliste, qui a fondé de petites organisations de gauche à l’extérieur du parti travailliste (comme les amis de Jeremy Corbin, ancien leader du parti travailliste).

Tout simplement parce que la mutation sociologique due à la forte désindustrialisation de la Grande-Bretagne a été de pair avec les conséquences des débats internes du parti travailliste. La direction du parti travailliste s’est petit à petit coupée de la classe populaire ouvrière et employée toujours présente en Grande-Bretagne. Elle a éliminé une bonne partie de son ancienne aile gauche. Puis, pour conforter la nouvelle direction de Keir Starmer sur son aile droite, elle a bloqué la candidature pour entrer au Parlement de personnalités populaires situées au centre du parti, comme Andy Burnham (maire du Grand Manchester) pour la seule raison qu’il faut être député pour briguer la direction du parti ! Cela a nourri un sentiment de frustration interne.

Pourquoi un tel rejet ?

Parce que le Labour, sous couvert de « réalisme économique » typique de l’extrême centre, n’a fait que prolonger les recettes austéritaires et l’alignement servile sur les intérêts financiers de La City. En ignorant superbement la demande de protection et de souveraineté des classes populaires, Starmer a transformé l’espoir de changement en une morne gestion de la faillite. Comme représentant de l’aile droite du parti travailliste, Keir Starmer est devenu un gérant du capital britannique. Il a développé une politique austéritaire de type extrême centre applaudie par la bourgeoisie britannique. Et, comme toujours, l’extrême centre, d’une façon ou d’une autre, sur toute la planète, fait le nid de l’extrême droite.

Le séisme gallois et la percée de Reform UK sont les deux faces d’une même pièce : celle du transfert du pouvoir de la pseudo-gauche « d’extrême centre » vers l’extrême droite et les nationalistes identitaires. Car, si on ajoute le cas irlandais, on voit les difficultés futures du Royaume-Uni. Le Sinn Fein catholique est devenu la première force de l’Irlande du Nord et souhaite le rattachement de l’Irlande du Nord à l’Irlande.

Pour l’instant, Keir Starmer a balayé d’un revers de main toute idée de départ. En s’accrochant à son fauteuil de Downing Street contre l’évidence des urnes, il ne fait que confirmer le divorce entre la légalité institutionnelle et la volonté du peuple. Le droit britannique stipule que si 20 % des députés travaillistes (soit 81 députés) le demandent, un vote de défiance doit être organisé. L’avenir nous dira si les contestataires du parti travailliste arriveront ou non à demander cette motion de défiance. En attendant, Keir Starmer tente le tout pour le tout : il a demandé de préparer un projet de nationalisation de British Steel…

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