Site icon ReSPUBLICA

Guerre en Europe :  l’impasse stratégique pour l’Ukraine et l’OTAN

En janvier prochain, la seconde partie de cet article sera consacrée à la Russie en guerre.

Depuis le 7 octobre, l’actualité des combats au Proche-Orient a supplanté celle de la guerre en Ukraine. Le président Zelensky craint d’ailleurs que son pays soit « oublié » face au déferlement d’images venant d’Israël ou de Gaza. Il est vrai que la rubrique « Ukraine » est passée à l’arrière-plan dans les médias occidentaux. Mais ce traitement médiatique ne durera pas, tant cette bataille européenne est stratégique au niveau mondial. Progressivement, la ligne de front du Donbass va reprendre la place médiatique qu’elle mérite, c’est-à-dire la première.

Le gouvernement ukrainien et l’OTAN profitent toutefois de ce « passage au second plan » pour faire passer, sans trop de bruits médiatiques, « les mauvaises nouvelles »… bien nombreuses du côté ukrainien ! Tout d’abord, le président Zelensky et le chef d’état-major de l’armée, Valéry Zaloujny, ont reconnu l’évidence : la contre-offensive de l’armée de Kiev durant l’année 2023 est un échec. Ensuite, Zelensky constate un manque criant de munitions pour la campagne d’hiver. L’OTAN peine à lui fournir les obus et les cartouches pour tenir la ligne de front. Enfin, le président reporte l’élection présidentielle de 2024, en constatant que l’ouverture d’un débat politique est impossible en pleine guerre.

Le fait de continuer ce conflit sanglant pose un problème à beaucoup d’électeurs potentiels. Car la question est la suivante : faut-il vraiment poursuivre les combats pour récupérer des territoires du Donbass ou de Crimée dont les habitants, ceux n’ayant pas fui, se considèrent de facto comme appartenant à la fédération de Russie ? Visiblement, un éventuel débat électoral sur cette question centrale est impossible.

Sur le plan de l’aide internationale à l’Ukraine en guerre, la situation est toujours bloquée à Washington. La rallonge de plus de 60 milliards de dollars tarde à venir. Si les États-Unis se défaussent, Zelensky sait très bien qu’il ne pourra pas tenir plus que quelques semaines.

Sur le terrain, comme depuis le début de cette guerre, il est presque impossible d’avoir une idée précise du rapport de force en raison de la censure médiatique extrêmement efficace des deux côtés du front. Il semblerait toutefois que l’armée russe marque des points sur plusieurs théâtres d’opérations, notamment à Avdiika. De son côté, Kiev a envoyé des commandos traverser le Dniepr, mais cette offensive semble de faible ampleur et principalement à vertu de propagande. Bref, l’impression qui prédomine est bien résumée par la déclaration du chef militaire ukrainien Zaloujny : « Nous sommes dans une impasse »(1)Source : https://www.economist.com/europe/2023/11/01/ukraines-commander-in-chief-on-the-breakthrough-he-needs-to-beat-russia.

Pour observer et commenter cette réalité guerrière, nous sommes toujours confrontés au même problème : les informations fiables et recoupées sont très rares. Mais justement avec la guerre au Proche-Orient, nous disposons d’un comparatif qui permet, en partie, de comprendre pourquoi l’Ukraine est dans une impasse comme le signalent ses dirigeants politiques et militaires. Bien sûr, les conditions concrètes sont fort différentes, mais ces affrontements se déroulent au même moment et l’Ukraine et Israël disposent d’un niveau technique et technologique, économique, social et culturel globalement comparable. « Comparaison n’est pas raison », dit le proverbe, mais ce nouvel épisode guerrier à l’est de la Méditerranée, aux portes de l’Europe, pousse tout de même à comparer les deux conflits armés et à révéler les problèmes structurels de la guerre russo-ukrainienne pour Kiev et l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Depuis des siècles les guerres se résument à, premièrement, des hommes (parfois des femmes), deuxièmement des armes et troisièmement un dispositif politique, économique et social capable de soutenir l’effort du conflit armé dans la durée.

Depuis février 2022, l’Ukraine n’a jamais été « un peuple en armes »

Lors du déclenchement d’une guerre, deux chiffres sont toujours à observer de près. Le premier est la balance entre les sorties et les entrées du territoire des citoyens. Le second est le taux de réservistes qui se présentent effectivement aux bureaux de mobilisation pour enfiler leur uniforme.

Or, dès le 24 février 2022, date de l’invasion russe, des millions d’Ukrainiens ont quitté précipitamment leur patrie en guerre. Sur l’année 2022, ils ont été 7 à 8 millions à prendre les chemins de l’exil. Ce chiffre est considérable pour une population réelle autour de 35 millions à la veille du conflit militaire. Si l’on soustrait l’exode récent du fait de la guerre, les habitants des zones du Donbass et en tenant compte de la forte émigration dans les années 2000 et 2010, la population résidant aujourd’hui en Ukraine serait aux alentours de 28 millions.

Les motivations des individus et des familles quittant l’Ukraine sont diverses et n’appellent pas de critiques. Toutefois, cet exode massif démontre un faible niveau de mobilisation et de patriotisme du corps social, et du peuple plus généralement. En comparaison, depuis le 7 octobre dernier, Israël a vu moins d’une dizaine de milliers de ses citoyens quitter son territoire et plus de 260 000 le rejoindre précipitamment.

Second chiffre essentiel à prendre en compte : le pourcentage de réservistes effectivement incorporés dans l’armée lors de la mobilisation générale. Ces chiffres sont restés « secret-défense » en Ukraine au deuxième trimestre 2022. Mais des fuites ont évoqué le fait que la barre des 50 % n’avait pas été franchie. Fuite à l’étranger, certificats médicaux bidons, travail dans des secteurs pseudo stratégiques… tous les moyens ont été employés par une bonne moitié d’incorporables ukrainiens pour échapper aux unités de combats. Le gouvernement de Zelensky en fut réduit à organiser des contrôles massifs dans les rues pour vérifier le statut des jeunes hommes sans uniforme.

Par ailleurs, des purges anti-corruption furent organisées : tous — dans les faits tous—  les responsables des bureaux de conscription du pays furent démis de leur fonction pour avoir fourni contre des pots-de-vin des certificats d’exemption de complaisance. Enfin, pour faire cesser cette hémorragie d’hommes en âge de combattre, des milliers de soldats furent déployés au milieu de cette année à la frontière Ukraine-Roumanie, une zone forestière véritable passoire pour réservistes en exil potentiel. Par comparaison après le 7 octobre, le taux de recouvrement des réservistes en Israël s’est situé autour de 130 %. Dans certains bureaux, après avoir essuyé un refus d’incorporation, des hommes disponibles en surplus pour la réserve opérationnelle en sont venus aux mains.

Peu de solidarité active de la « diaspora » ukrainienne

La « diaspora » ukrainienne est très importante. Depuis la Seconde Guerre mondiale, des vagues d’émigration successives ont balayé cette ex-république soviétique. Puis, après la chute du mur de Berlin, une terrible crise économique a ravagé le pays. Ainsi, en trois générations, des millions d’Ukrainiens sont partis pour les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni, le Portugal ou ailleurs. Il s’agit certainement de plus de 20 millions « d’Ukrainiens de l’étranger ». Par rapport à la « diaspora » juive, nous sommes au minimum sur un rapport d’un à quatre ou à cinq.

Or, cette « diaspora » d’Amérique du Nord ou d’Europe, tout en étant certainement de cœur avec le gouvernement de Kiev, est restée finalement assez passive. En dehors de cas individuels, amplement signalés par les médias des pays de l’OTAN, fort peu de volontaires civils d’origine ukrainienne ont fait le voyage pour soutenir concrètement l’effort de guerre de l’Ukraine confrontée à l’invasion russe.

L’Ukraine, la guerre la plus chère du monde

Arrêtons-nous un instant sur les conséquences des faits déjà cités. Constatons tout d’abord que l’Ukraine n’a jamais réussi à construire une « économie de guerre ». Le départ de 7 à 8 millions de ses citoyens depuis vingt-et-un mois a totalement désorganisé les chaînes de production, de distribution et de service. Le « Secret défense » est également de mise sur ce point, mais il semblerait que la balance commerciale soit déficitaire dans des proportions abyssales. L’ensemble du tissu économique est détérioré.

La monnaie ukrainienne, le hryvnia, ne tient que par le gel du remboursement des obligations et aussi par les garanties de recouvrement consenties par la Banque centrale européenne et la Banque fédérale américaine. La monnaie a tout de même été dévaluée à plusieurs reprises. Bref, pour simplement maintenir à flot l’Ukraine, les pays de l’OTAN, et l’Europe en particulier, déversent des milliards de dollars par mois. Ainsi, le soutien à une économie exsangue additionnée à un financement militaire direct font de la guerre en Ukraine potentiellement la guerre la plus chère du monde. En septembre dernier, Le Monde constatait : « Plus d’un an et demi après le début de la guerre menée par les Russes en Ukraine, les pays qui soutiennent Kiev se sont engagés à verser au moins 230 milliards d’euros d’aide militaire, financière ou humanitaire, selon le dernier rapport de l’Institut Kiel »(2)Source : https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2023/07/07/quels-sont-les-pays-qui-ont-le-plus-aide-l-ukraine-financierement-depuis-le-debut-de-la-guerre_6126677_4355775.html.

En comparaison, depuis le 7 octobre, Israël a globalement réussi à maintenir son économie à flot y compris grâce aux volontaires, israéliens ou étrangers, intervenant dans le domaine agricole qui manque de bras en raison de la mobilisation et du départ des travailleurs palestiniens et thaïlandais.

Pour l’OTAN, le manque de réservistes impose le recours aux mercenaires

Sur le plan purement militaire, le manque de réservistes ukrainiens a obligé l’OTAN à superviser un vaste plan d’intervention de mercenariat. Des dizaines de sociétés de mercenaires se disputent l’embauche de dizaines de milliers de « chiens de guerre » venant des cinq continents. Radio France a d’ailleurs rendu compte de l’intervention de mercenaires colombiens payés 3000 dollars par mois sur le front du Donbass(3)Source : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-zoom-de-la-redaction/le-zoom-de-la-redaction-du-jeudi-13-avril-2023-5644713. Outre le fait que le coût du recours aux mercenaires est monstrueux, il est aussi démoralisant pour le conscrit ukrainien. Pourquoi risquer gratuitement d’être estropié ou sa vie alors que d’autres se font rémunérer à la hauteur du salaire moyen d’un cadre supérieur dans le pays. Par ailleurs, les mercenaires sont de mauvais soldats, car mourir les empêcherait de profiter de leur salaire. « Mourir pour la Patrie » ne fait pas partie de leur plan de carrière, puisqu’ils ne combattent pas pour leur propre pays.

Par comparaison, les États-Unis, le seul pays aidant financièrement Israël, n’ont promis que 13 milliards de dollars. Il faut dire qu’il n’existe pas de mercenaires dans la guerre actuelle avec le Hamas et que l’économie israélienne « tient le choc » globalement. La monnaie nationale, le shekel, est restée à parité avec le dollar et l’euro. Le gouvernement Biden essaye d’ailleurs de faire passer cette aide financière à Israël au vote du Congrès par un « package » commun avec une aide supplémentaire à l’Ukraine de plus de 60 milliards de dollars. Pour l’instant, la Chambre des Représentants et le Sénat refusent cette confusion et exigent de voter l’aide à Israël indépendamment de celle à l’Ukraine.

Contrairement à la vocation de l’OTAN, l’armement ukrainien est disparate

Pour la fourniture d’armes à l’Ukraine, la pagaille prédomine. C’est un paradoxe pour l’OTAN, car historiquement, la volonté occidentale était claire depuis le début des années 50 : assurer l’homogénéité et l’inter-compatibilité des armements et des munitions dans toutes les armées des pays signataires du Traité de l’Atlantique Nord. C’est ce que l’on appelait à l’époque « la norme OTAN ». Or, en Ukraine, une sorte de « foire aux armements » s’est mise en place. Les États-Unis et les pays d’Europe y ont déversé leurs vieux stocks en limite d’obsolescence. Parfois, ces armements ne disposent plus que des munitions en stock et quasiment périmées, car les chaînes de productions des cartouches, obus ou roquettes ont été arrêtées depuis des années. Une maintenance coordonnée de cet ensemble d’armement disparate est quasiment impossible.

L’OTAN a bien tenté de redresser la barre en demandant aux pays européens de fournir des chars Leopard 2 dont ils disposaient afin d’homogénéiser le corps de bataille de la cavalerie lourde. Même dans ce cas, le résultat est limité tant il existe de versions successives de ce char allemand, ce qui complique terriblement le travail des ateliers de réparation qui ne disposent pas de toutes les pièces de rechange nécessaires. Notons par ailleurs qu’aujourd’hui un char ne disposant pas d’un système anti-missile efficace, comme, par exemple, le Merkeva israélien, est un « cercueil sur chenille ». Or les Leopard 2 livrés à l’Ukraine ne sont pas équipés de cette option.

Pour l’aviation, la situation est quasiment identique. Les pays de l’ex-bloc soviétique ont bien livré de vieux modèles de Mig des années 1980, mais, logiquement, les pièces de rechange ne sont évidemment pas produites en Europe de l’Ouest. Il ne reste que la « cannibalisation », c’est-à-dire le démontage complet d’avions pour fournir les pièces détachées aux aéronefs encore en service. Sur le plan aéronautique, une homogénéisation a aussi été tentée autour de l’avion américain F16, l’ensemble des pays européens étant mis à contribution pour fournir ce modèle unique. Mais les pilotes ukrainiens ne connaissent pas ce type d’avion et la formation nécessite au moins un an. Les éventuels résultats de cette constitution de flotte aérienne autour du F 16, avion de plus ancien puisque sa conception par General Dynamics date des années 70, seront peut-être visibles au mieux fin 2024.

Le high-tech ne gagne pas la guerre à lui seul

Concernant l’utilisation du high-tech dans la guerre moderne, l’Ukraine et l’OTAN avaient marqué un point décisif en février et mars 2022. Les lourdes colonnes blindées russes, dotées de chars et de transport de troupes datant des années 80 (voire 60 !) avaient été décimées par les missiles sol-sol ou air-sol antichar tirés par des fantassins ou des drones. Les hélicoptères et les avions de Moscou avaient subi le même sort. Cette victoire de Kiev dans la guerre de mouvement a fait croire que le « gap » technologique avec une archaïque armée russe suffirait à assurer la victoire. Or, Moscou a vite compris la leçon et a pratiquement cessé toute offensive mettant ses forces armées terrestres à découvert. La guerre statique fait moins la part belle aux « armes intelligentes ».

Par ailleurs, la Russie s’est adaptée et les « coups au but » par artillerie « high-tech », du type du canon français CAESAR, sur les dépôts de munitions ou les centres de concentration de troupe, se font beaucoup plus rares depuis six mois. À Bakmout ou aujourd’hui à Avdiika, l’artillerie russe n’utilise presque pas d’obus guidés (sauf les bombes aériennes « planantes »), mais des obus classiques parfois fournis par la Corée du Nord. Cette tactique, digne de la guerre 14-18, est efficace, peu coûteuse et simple d’emploi. Face à cela, Kiev ne dispose pas d’un barrage de feu, qui nécessite par ailleurs une fourniture en munition considérable et régulière que l’Occident est incapable pour le moment d’assurer.

La guerre d’usure ou la prime au pays le plus peuplé

Nous sommes donc bien dans un processus de guerre d’usure. Or, dans ce domaine, c’est toujours le belligérant disposant d’une importante population qui triomphe à la fin. Le rapport de population entre l’Ukraine et la Russie n’est pas de 1 à 3 comme le prétend le journal le Monde, se basant sur un recensement ukrainien vieux de plus de trente ans. Il est de presque 1 à 5 c’est-à-dire 27-28 millions pour Kiev et 147 millions pour Moscou. Cinq fois plus de soldats russes devraient mourir ou être blessés grièvement pour maintenir la parité, ce qui n’est pas le cas dans une guerre de tranchées. Cette situation explique les chiffres fantaisistes de Kiev sur les pertes russes, 900 à 1000 morts par jour sur le front, tentant ainsi de donner le change pour ne pas désespérer les pays de l’OTAN, fournisseurs de l’aide économique et militaire.

Par ailleurs, historiquement également, il est démontré que le pays dont le produit intérieur brut (PIB) par tête d’habitant est le plus élevé dispose d’une « prime à la victoire » considérable par sa capacité à faire « tourner » une économie de guerre sur une longue période. Or, en 2022, le PIB ukrainien s’élevait à 3725 dollars… et celui de la Russie à 15345 dollars, soit un rapport de 1 à 4(4)Source : Banque Mondiale !

Pour l’OTAN : perdre la guerre ou surenchérir ?

Ainsi, la situation est grave pour l’Ukraine, mais surtout pour l’OTAN. Il est clair qu’une poursuite routinière de la guerre d’usure mènera au désastre. Mais, accepter un cessez-le-feu permanent sur l’actuelle ligne de front, c’est perdre la face sur le plan stratégique. Les pays du « Sud global », pour employer ce concept occidental particulièrement flou, et les pays adhérents ou sympathisants des BRICS risquent de persister dans leur « dissidence » anti-occidentale. La Russie, et surtout la Chine sortiraient grands vainqueurs de cette guerre européenne. Et même en Europe justement, les forces politiques peu convaincues par un alignement systématique sur Washington se trouveraient en position de force.

Qu’en sera-t-il d’une éventuelle adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne ? Les peuples d’Europe seront-ils prêts à soutenir à fonds perdus une économie exsangue et totalement corrompue ? Cette proposition d’adhésion, tout comme celle d’ailleurs de la Moldavie et de la Géorgie, pays partiellement occupés par la Russie (Transnistrie pour la Moldavie et Ossétie du Sud pour la Géorgie) apparaît comme une fuite en avant de l’UE qui a bien du mal à se définir autrement que comme une antichambre de l’OTAN.

Reste justement la possibilité pour l’OTAN de surenchérir en poussant à l’intervention militaire directe des pays européens membres de l’Alliance. Celle-ci serait évidemment soutenue par le « parapluie nucléaire américain ». Cette hypothèse est du domaine du possible, mais très risquée, car l’Europe n’est pas en position — ni économiquement ni militairement — de rentrer en guerre directement contre la Russie. Les armées des principaux pays (France, Allemagne…) sont squelettiques. Les chaînes de production d’armement sont à l’avenant. Ce basculement dans un conflit militaire global se situerait au pire moment pour l’Union européenne.

Autre possibilité, la « solution Kissinger », lequel vient de mourir à l’âge de cent ans. Il s’agirait, comme dans les années 70, en particulier au Vietnam, que l’empire américain accepte une défaite stratégique pour se redéployer et marquer des points décisifs sur d’autres terrains d’intervention au niveau mondial. Dans ce cadre conceptuel de repositionnement global de la puissance américaine, l’évolution de la situation au Proche-Orient est importante à observer de très près… bref, il s’agit de la possibilité pour les États-Unis de perdre en Europe et gagner au Proche-Orient par exemple.

La campagne d’hiver va certainement trancher le nœud gordien

Quoi qu’il en soit, la campagne militaire d’hiver sera déterminante, surtout lorsque les sols seront suffisamment gelés pour permettre les manœuvres des engins à chenilles. Historiquement, l’armée russe a toujours été à l’aise à la fin de l’automne et en hiver (janvier, février…). Souvenons-nous de la Bérézina en fin novembre 1812, de la bataille devant Moscou en décembre 1941 ou encore de Stalingrad en janvier 1943. Si Moscou bouscule son ennemi ukrainien au début de 2024, en perçant le front par exemple, la situation mondiale risque de subir une tension égale ou supérieure à celle de la « crise des missiles de Cuba » en 1962.

Quitter la version mobile