Une dérive mortifère pour la solidarité nationale et universelle
Quelques personnages de l’extrême centre, comme Dominique Libault, président du Haut Conseil du financement de la protection sociale (HCFIPS) ou l’extrême centriste François Valletoux (Horizons), pensent que ce serait une régression, tout en soutenant les forces politiques qui font dériver la Sécu depuis des décennies dans cette direction.
À l’appui de cette nouvelle contre-réforme, l’ancien ministre Clément Beaune déclare : « on parle des agences ou de l’aide médicale d’État dix fois plus que de la dépense sociale [qui pèse beaucoup plus lourd]. Ce serait une façon de remettre l’église au milieu du village ». N’est-ce pas une invitation à ponctionner encore plus la Sécu ? Il veut critiquer la confusion qui existe entre les budgets de l’État et le budget de la Sécu. Par exemple, dit-il, « la CSG sur le patrimoine est discutée dans le budget de la Sécu (PLFSS), mais la taxation des plus fortunés dans celui de l’État (PLF) ou quand la prime d’activité pour les travailleurs modestes relève du PLF, mais les exonérations de cotisations sociales sur les bas salaires du PLFSS. Témoin de l’intrication des sujets, l’État transfère de l’argent à la Sécu ».
Le budget de la Sécu finance l’État et non l’inverse
D’abord, c’est plutôt l’inverse ! C’est le budget de la Sécu qui finance déjà le budget de l’État ! Prenons un exemple : 75 milliards d’exonérations de cotisations sociales et 15 milliards d’exemption de cotisations sociales ont été le terrain favori de la non-compensation des exonérations et de l’autorisation des exemptions. D’autant que l’Union européenne (UE) pousse à la globalisation des budgets de l’État et de la Sécu par la totalisation des standards de Maastricht.
Ensuite, par qui la confusion a-t-elle été amenée ? Par ceux qui crient aujourd’hui à la confusion ! Tout a commencé trois décennies auparavant, avec les néolibéraux Mitterrand-Rocard et la création de la CSG visant à satisfaire le patronat dont le leitmotiv est la suppression progressive du salaire socialisé (et non différé, comme le stipule FO) des cotisations sociales pour le remplacer par la fiscalisation, ensuite avec l’extrême centre et la prime d’activité en lieu et place des augmentations de salaire, et enfin par les exonérations et les exemptions pour financer les dividendes qui n’existent que parce que l’État bourgeois organise le ruissellement de l’argent du bas de la hiérarchie sociale vers le haut oligarchique(1)Ce ruissellement s’élève entre 211 milliards d’euros – décompte de la commission économique du Sénat – et 270 milliards d’euros – décompte du livre Le grand détournement..
Déficit de la Sécu bien faible par rapport à celui de l’État
Ensuite, ils pleurent parce que la Sécu aura un déficit de plus de 20 milliards d’euros (sur un budget de 685 milliards d’euros). Bizarre, on les entend moins au sujet du déficit de l’État de 135 milliards d’euros (sur un budget de 501 milliards d’euros). Honte à eux ! On ne peut pas baisser les impôts durant plusieurs décennies et, en même temps, produire une économie de moins en moins forte dans le haut de gamme industriel avec un recul de la recherche fondamentale, de la recherche-développement et de l’école sur tous les standards.
En 2025, la France est championne d’Europe des décès au travail avec 1 082 décès et 23e sur 27 dans l’UE en mortalité infantile !
En outre, les scandales sont nombreux quand on regarde les inégalités sociales de santé. En 2025, la France est championne d’Europe des décès au travail avec 1 082 décès (dans l’entreprise et lors des trajets entre le domicile et le lieu de travail) et 23e sur 27 dans l’UE en mortalité infantile ! Hospimédia, journal hospitalier, ose titrer : « La certification des établissements de santé confirme un niveau élevé de qualité des soins ». Nous répondons : « pas pour ceux qui ne bénéficient pas de l’accès aux soins !» Faut-il que la France devienne championne d’Europe de la mortalité infantile en faisant encore plus mal que la Bulgarie, Malte, la Roumanie et la Slovaquie pour que les médias puissent en tenir compte ? En France, près de 87 % du territoire national est classé en situation de fragilité médicale, ce qui signifie qu’il y a un manque d’accès aux soins dans de nombreuses régions.
Inverser la méthode du débat de la Sécu : partir des besoins sociaux
Ceux qui se veulent de gauche doivent comprendre que l’approche parlementaire habituelle concernant le budget de l’État consiste à utiliser la méthode dite du rabot budgétaire sans fixer d’objectifs concrets. La preuve flagrante est de commencer la discussion budgétaire par le rabot des recettes, puis des dépenses sans débat sur les objectifs, alors que la méthode des quatre conditions révolutionnaires de la Sécu de 1945-46 était de définir des objectifs basés sur les besoins sociaux avant de parler des taux de cotisation et des recettes.
Forte augmentation en faveur du complexe militaro-industriel
Le nouveau budget de l’État élaboré via la procédure du 49-3 fait que les dirigeants du complexe militaro-industriel français peuvent sabler le champagne. Leur lobby a réussi un tour de force, celui de faire mieux que l’injonction demandée par le parrain Donald Trump.
Le complexe militaro-industriel a réussi à obtenir la plus forte augmentation du budget de l’État, soit 6 milliards de plus que l’année précédente.
Dans ces deux budgets d’austérité, le complexe militaro-industriel a réussi à obtenir la plus forte augmentation du budget de l’État, soit 6 milliards de plus que l’année précédente. Tout cela pour une armée toujours soumise à l’impérialisme étatsunien, car elle n’est pas complète. De plus, dans son objectif réactionnaire, elle a besoin du soutien des États-Unis et notamment du renseignement et des gros porteurs étasuniens pour se projeter.
Tout cela pour dire que ces budgets sont réactionnaires avec un budget Défense (+13 % pour arriver à 57,1 milliards) qui, en prospective et selon les directives de Donald Trump, peut devenir rapidement le premier budget de l’État à force de supprimer des postes d’enseignants (-4 000 pour 2026) et d’augmenter les milliards du budget Défense tout en maintenant les aides de l’État sans contreparties pour le grand patronat (aides qui s’élèvent entre 211 milliards d’euros – décompte de la commission économique du Sénat – et 270 milliards d’euros – décompte du livre Le grand détournement).
Fusion des budgets de l’État et de la Sécurité sociale
Voilà pourquoi le grand patronat veut faire fusionner le budget de l’État (501 milliards) et le budget de la Sécu (685 milliards), pour pouvoir pomper encore plus facilement tout en préparant la privatisation des profits une fois la Protection sociale complémentaire des fonctionnaires (PSC) installée. Notons que la PSC chez les fonctionnaires n’est que la suite de l’Accord National interprofessionnel (ANI) pour le privé, déclenché par le couple infernal Hollande-Touraine(2)Vous avez cherché Sécu – ReSPUBLICA.! Il ne reste à ce jour que la PSC des hospitaliers qui n’est pas encore réglée. Les syndicats de deux autres versants ont déjà signé, le pire étant la territoriale (collectivités locales).
En route vers la privatisation des secteurs rentables de la Sécu
La route vers la privatisation des activités profitables de la Sécu sera alors ouverte.
La route vers la privatisation des activités profitables de la Sécu sera alors ouverte, sans doute en utilisant le même véhicule que les privatisations des services publics ou celles de l’ANI et de la PSC, à savoir les appels d’offres par secteurs dont les choix seront pris par le patronat ou l’État suivant que l’on parle du privé ou du public. Rappelons que les principaux bénéficiaires de l’ANI et de la PSC sont les complémentaires santé, principalement des assurances de la Fédération française des sociétés d’assurance (FFSA) affiliées au Medef et minoritairement des grandes mutuelles ou des instituts de prévoyance, le tout au détriment de la Sécu. On est loin du slogan de la CGT d’après la Deuxième Guerre mondiale, « La Sécu est à nous » !
Que faire pour éviter la mise à mort de la Sécu ?
À la suite de l’étatisation de la Sécu de 1967 à 2008 et du développement souhaité par l’alliance du grand patronat et des complémentaires santé (assurances du Medef, instituts de prévoyance et mutuelles) contre la Sécu, nous sommes aujourd’hui à quelques années de la fin possible de la Sécurité sociale. La priorité de la séquence actuelle est donc bien la refondation de la sphère de constitution des libertés (école, services publics, Sécurité sociale).
De ce fait, la sous-formation des citoyens et des militants concernant cette sphère doit être combattue par une campagne de formation et d’éducation populaire refondée parallèlement aux actions revendicatives du mouvement social. C’est ainsi que la bataille pour une nouvelle hégémonie culturelle doit s’effectuer. La préparation de la bataille du Projet de loi de financement de la Sécurité sociale qui débutera au Parlement début octobre doit commencer aujourd’hui.
Notes de bas de page
| ↑1 | Ce ruissellement s’élève entre 211 milliards d’euros – décompte de la commission économique du Sénat – et 270 milliards d’euros – décompte du livre Le grand détournement. |
|---|---|
| ↑2 | Vous avez cherché Sécu – ReSPUBLICA. |
