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ReSPUBLICA, le journal de la gauche républicaine

n°573 - vendredi 28 décembre 2007

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1 - chronique d'Evariste

1 - Le Pacte Républicain est porté par des individus droits, non par des gens qui s'agenouillent

L'ère de tuilage qui est la notre est une remise en cause de ce que nous avons connu. Elle est un grand pas en avant vers un avenir dont nous savons peu de chose. Et pour cause !

C'est à nous de prendre conscience qu'il nous revient de l'édifier, ou alors nous subirons celui que d'autres, plus prompts, construirons avant nous. Seule la marche arrière – marche du temps oblige – nous est impossible ; d'ailleurs le retour arrière déguisé d'un « habit de présent » n'intéresse que les réactionnaires, et il sont de tous bords. En cette époque où la nécessité de tourner nos forces vers la construction est si impérieuse, une erreur catastrophique serait donc de reprendre les marottes et recettes de siècles passés. L'issue serait alors inévitable : la régression humaine que des siècles d'histoire nous enseignent. Le sens de l'Histoire n'existe que pour les croyants qui veulent s'imaginer une destinée à l'humanité (la leur toujours plus belle que celle du voisin... ), mais une chose est sûre, cette suite de combats et d'évolutions que nous appelons « l'Histoire » comporte des rangs, des camps, qui se retrouvent et s'affrontent à presque chaque époque. L'un de ces camps est sans nul doute celui d'individus éclairés, soucieux de la science et du savoir, de la probité et du « désir de vérité », du plaisir (même ordinaire) à vivre l'existence de la façon la plus sereine et la plus pacifique. Pour ce camp, dont nos racines occidentales remontent jusqu'à Démocrite ou Épicure, la notion de progrès est indubitablement liée à la notion de stature, à la capacité d'un individu à se tenir debout, droit. Elle est liée à la liberté qu'à cette personne de disposer de son corps, de son esprit critique, de ses croyances, de son intimité, du savoir et de sa conscient à vouloir à faire progresser ce savoir avec les autres pour davantage de bien être et de paix. Pour ce camp aussi, la ligne de démarquation s'établit clairement entre le savoir et l'acte de croyance. Dans notre République, une partie de cette démarquation est écrite dans la loi de 1905.

Depuis des siècles, l'héritage de cette pensée, qui a toujours fondé la gauche, nous rappelle à un devoir d'avenir et de savoir, de droiture et d'émancipation, de paix individuelle pour la paix collective, et enfin de laïcité. Les mythes fondateurs sont essentiels à une civilisation, ils sont l'épistémè d'une civilisation, ce qui va porter l'éducation des enfants qui y verront le jour. Mais nous devons être capables de demander : quels mythes ? Que proposent-ils ? Qu'incitent-ils à penser ?
Que la vie heureuse est pour « après la mort » ou que la vie doit être construite sur terre ? Qu'il faut agir pour se sauver et ainsi préparer son « après-existence », ou qu'il faut bâtir l'ici et maintenant en fonction de ce qu'il est ? Qu'après une révolution, la société serait sans luttes de classes, ou que la sociologie, le caractère humain et les changements apporteront toujours matière à bouger donc à créer et à inventer ? Que l'économie va créer un homme nouveau sans pulsions, sans frustrations, sans histoire personnelle, ou que l'individu est aussi le fruit de cette histoire et qu'il convient d'en tenir compte ? Que le modèle pour se construire est un individu droit, rusé, intelligent, créatif, acteur de sa vie ? Où que l'on doit prendre pour modèle un homme humble (ie. timide, honteux, penaud, tremblant, humilié, petit, rampant, bas, plat, servile, obséquieux, vil, cf. le dictionnaires des synonymes) ? Que le plaisir est essentiel à la vie, ou qu'il doit en être banni comme source de défauts ? Que l'homme est arrivé sur terre par la faute d'une femme pour y connaître la souffrances, le travail – important le travail pour le MEDEF ... – et la maladie, ou que les femmes sont comme les hommes et que vivre en paix demande de bien vivre avec tous ses semblables ? Que la terre est une substance au service de l'homme dont il peut user sans conséquences puisque la vraie vie est dans « l'après-mort », ou un mythe présentant l'homme comme englobé dans cette nature, dépendant des saisons, du temps, avec le cycle de la vie ? Et il y a encore des centaines de mythes à interroger... Car si les mythes sont essentiels à une société, cette réalité ne doit jamais évincer la question fondamentale : « quels mythes ? Que proposent-ils ? ». L'individu-citoyen lui-même repose directement sur des mythes qui permettent de concevoir le futur, d'avancer et d'accorder le Pacte Républicain au changement pour que toujours la paix soit au centre des préoccupations. Dans les mythes fondateurs du citoyen, il y a comme fondement l'individu mature, autonome, capable de porter le regard sur les mythes qui participent à la construction de sa société.

De même, les croyances personnelles, voire les rites, n'ont rien de néfastes. Tant qu'ils restent individuels, personnels, ils sont un soutien à la vie de la personne, des repères dans son existence, des points d'ancrages qu'aucun psychologues ne viendra contester. Toute la force d'un individu s'incarne dans sa capacité à se choisir et se créer ses propres croyances, ces propres rites. Le problème survient quand une organisation des rites et du culte se met en place. La religion au sens large, c'est l'organisation humaine, hiérarchique, des rituels et des cultes. Quelle soit d'inspiration divine ou politique, elle suppose les fidèles qui croient le chef qui porte la bonne parole, la vérité. Là où la croyance individuelle, la sélection des mythes, la construction de rituels personnels et intimes, supposent l'évolution et la connaissance de soi, le savoir réfléchi et la perception des choses ; la religion suppose le suivisme, la foi – c'est à dire l'absence de maturité.

Quand le président Sarkozy s'agenouille, quel exemple donne t-il ? Celle d'un individu capable soutenir le Pacte Républicain, ou celle d'un homme qui se courbe et se plie ? Sachant qu'« esperar », « espérer » et « aspettare » en italien, portugais, espagnol et français, ont tous la même racine et que cela veut dire « attendre »... que doit-on penser de Nicolas Sarkozy qui vante « l'espérance » ? Est ce l'attente dans l'abolition de l'IVG ? L'augmentation des bénéfices des actionnaires ou des membres du gouvernement ? (Historiquement, les bénéfices désignent les revenus d'un évêché...). Est ce une espérance dans le retour du créationnisme ? Dans le retour de la terre plate ? Enfin, est ce l'attente d'une humanité débarrassée du chancre des homosexuels et des savants comme Galilée ou Darwin ? Difficile à dire, mais là encore le Pacte Républicain a besoin d'individu debout, droit, capable de juger des mythes, des croyances, de sélectionner ceux qui seront porteurs d'avenirs ou ceux qui ramèneront vers le passé. Et la condition n'est pas d'être croyant ou athée, juste d'avoir la conscience de la paix sociale et du besoin pour vivre ensemble de partager un désir d'avenir qui sera commun car l'humanité n'a la possibilité de vivre que sur une seule planète : la Terre.

Depuis au moins Spinoza – 1670 ! – nous savons que les dieux, s'ils existent, n'ont rien a voir avec ce qu'un homme peut appeler le Bien ou Mal, puisque ce qui est « le Bien » pour l'un (un salarié ayant un salaire décent ) sera « le Mal » pour un autre (le libéral qui veut maximiser son bénéfice annuel et vote Sarkozy pour payer moins d'impôts et ne plus subir le code du travail). N'existe pas plus le prétendu « sens de l'histoire » qui visait à remplacer une religion par une autre en proposant une autre destinée pour l'Humanité. Or le progrès de la raison humaine ne doit jamais être confondu avec le progrès technique. En plus d'être fausse, la vision scientiste recourt au même artifice d'espérance et de foi de la religion, et nous ne pouvons prétendre bâtir l'avenir de la gauche et proposer un nouveau projet social en usant de telles supercheries. La République s'est construite sur des mythes inspirées de la réalité (entre autres la république romaine ou les 80 ans de démocratie à Athènes), mais ces mythes tournent les enfants qui les reçoivent vers l'avenir, vers l'intelligence, vers un désir de plus de liberté, plus de paix. Le fait que ces mythes aient traversés des périodes de régressions intellectuelles, politiques et sociales, durant lesquelles le bûcher ou le goulag ont été les réponses à la sciences et à l'ouverture, montrent leur utilité et leur force pour concevoir l'avenir. Nous commettrions une erreur sans nom si pour combattre l'orientation éthique et cultuelle imposée à notre pays nous usions des mêmes armes juste maquillée de l'appellation : « de gauche ». Toujours l'individu mature et autonome a été le modèle pour le citoyen, concluant et vivant dans le Pacte Républicain. Cet individu est le mythe de celui qui sait vivre sereinement, mais aussi de celui qui sait se battre. Avec la fin d'une époque, le temps de l'athéisme tranquille d'un Gille Deleuze touche lui aussi vers son terme ; et encore, toujours, partout, l'individu-citoyen, celui qui se tient droit, se rappelle : « Il faut nuire à la bêtise. » (Frédérick Nietzsche).

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2 - politique française

1 - Encore un peu d'espoir pour les catholiques intégristes

Sarko-Boutin-Bolu

Encore un peu d'espoir pour les catholiques intégristes
crédit : X:

ReSPUBLICA

2 - Rachida Dati intouchable : le monde d'Orwell à la grande parade de Mickey

Il était une fois au pays de la démocratie enchantée (la France pour les esprits obtus) l’histoire d’un journaliste de l’Est Républicain nommé Laïd Samari. Ce pro de l’info décida au cours de l’été 2007 d’écrire, et de publier si possible, un livre d’enquête sur la nouvelle ministre de la Justice Rachida Dati. Il titra son bouquin provisoirement « La tricheuse », tout un programme ! Son manuscrit enfin rédigé début septembre, il se met en quête d’un éditeur. Cette recherche attira bien sûr l’attention des services du pouvoir et créa une grande agitation. Car il semblait à cette époque que cette investigation risquait de révéler sur Dame Dati quelques détails croustillants ne figurant pas dans la biographie officielle finement ciselée depuis des mois par les cabinets de relations publiques.
L’exécutif du pays de la démocratie enchantée se devait de réagir promptement.

Première opération : le dégonflage

La principale révélation de ce potentiel brûlot résidait dans le fait que Rachida Dati, qui n’est jamais passée par la case concours de l’Ecole de la Magistrature, s’était prévalue d’un faux diplôme pour y être intégrée au mérite. Il fallait donc faire sortir cette info mais de manière douce et en évitant au maximum qu’elle ne « rebondisse ». L’Express se chargea donc de cette mission. Ce magazine nous expliqua que Dame Dati n’avait peut-être pas exactement ce diplôme mais qu’elle l’avait un peu quand même, bref qu’elle l’avait presque et que si elle ne l’avait pas on aurait dû lui donner car c’était une simple formalité, juste un bug administratif…comprenne qui pourra… et emballez c’est servi !

Seconde opération : le contre-feu

Pour contrer l’édition du bouquin à « charge », la vielle formule magique des relations publiques consiste à publier avant un livre sympa et complaisant. Cette fine tactique fut cette fois confiée à Claude Askolovitch du nouvel Obs, l’hebdo de l’opposition made in Perdriel tout à fait sarko-compatible. Le journaliste cire-pompe de service publia donc un bouquin d’entretiens, ce qui permit à la Garde des Sceaux de faire le tour des plateaux télés pour finir en star à la une de Match en tenue Dior (…en plein débat sur la baisse du pouvoir d’achat !)

Troisième opération : le grand trou noir

Mais le Sarko show va toujours plus loin et reprend en le modernisant le vieux truc de l’escamotage version soft de la retouche photographique stalinienne. Donc, en novembre, « La Tricheuse » rencontre quelques problèmes pour se faire éditer. Une bonne dizaine de patrons de maisons d’édition font faux-bond, renonçant pour des raisons obscures à produire un best seller, car ce genre de livre peut se vendre au minimum à 80 000 exemplaires et rapporter des droits d’auteurs de plusieurs centaines de milliers d’euros. Finalement, Laïd Samari réussit, semble-t-il, à trouver un éditeur étranger disposé à gagner de l’argent. Enfin une bonne nouvelle pour la liberté d’expression me direz-vous ? Pas si simple car c’est à ce moment qu’entre en scène le Méchant des Méchants, autrement dit Patrick Devedjian. Le patron des Hauts de Seine, celui qui avait dans le passé terrorisé le futur traître Besson en le prenant au colback dans un couloir de l’Assemblée, Devedjian, disais-je, téléphone au journaliste de l’Est républicain. A la suite de ce fatal coup de fil, l’auteur en question renonce à publier son œuvre.

Fin de l’histoire me direz vous ? Pas tout à fait, car au pays de la démocratie enchantée on va toujours plus loin. Aujourd’hui, Laïd Samari affirme à qui veut l’entendre qu’en fait il n’a jamais écrit de livre sur Dame Dati  ! Il s’agit d’une rumeur, l’ouvrage n’a jamais existé. Comme quoi les journalistes consciencieux devraient arrêter de perdre leur temps et plutôt courir à la grande parade de Mickey à Disneyland-Paris à la recherche d’un nouveau scoop… par exemple une idylle entre Rachida et Donald Duck.

Philippe Hervé

3 - De la réforme LRU et de la mutation des connaissances en sciences humaines à l’université

La réforme des universités a fait grand bruit. La fronde qui s’y opposa et s’y oppose encore a été traitée par nos média les plus courus dans un style que pourraient nous envier de nombreuses républiques bananières. Et pour moi qui suis enseignant à l’Université de Nanterre, en psychologie, rien ne me cause plus d’amertume que la façon dont la plupart des enseignants n’ont pas tenté de nouer un dialogue avec les étudiants opposants, vites qualifiés de bloqueurs, comme si l’essence et le sens de la lutte de ces jeunes était de priver les usagers du bavardage pédagogique et leur vis-à-vis abonnés de la prise de note docile de leur jouissance instituée. Je ne m’étendrai pas davantage sur le navrant spectacle d’étudiants applaudissant une charge de gendarmes mobiles contre certains autres étudiants grévistes pacifistes. Cela ne soulève que le mépris.

Je persiste à reconnaître que la plupart de ces jeunes étudiants qui se sont levés nombreux contre la loi dite L.R.U. avaient compris, maladroitement mais assurément, quelque chose de brutal et de très neuf qui s’abat sur nos établissements d’enseignement. Et de peu supportable aussi. Soit une mutation rapide des savoirs dans nos mondes marchands, le savoir devant se réduire à un produit commercial juste adapté aux strictes nécessités économiques du moment. Or l’Université, précisément en Sciences Humaines restait le lieu où pouvaient encore se poser et se méditer des questions essentielles sur l’Humain et sur l’humanité de l’Homme. Et ce n’est peut être pas par hasard si c’est en psychologie, en philosophie, en linguistique, en sociologie et en histoire que les luttes firent les plus vives.
A converser avec ces étudiants grévistes et d’autres aussi, j’ai entendu un refus non seulement de la loi, qui souvent se faisait par réflexe, en raisons de pressentiments justes mais confus, mais de ce à quoi elle ouvrait béante la porte, soit une nouvelle définition anthropologique de la condition humaine et qui vient droit d’une culture de la lutte pour la survie et de la compétition brutale où le vainqueur est le seul qui reste. Celle d’un humain réduit à ses performances, à ce qu’il est possible de calculer et d’évaluer de mesurer et de prédire. Il ne m’étonne en rien que ce soit en sciences humaines que les luttes étudiantes se soient le plus vigoureusement décidées et maintenues. Prenons le cas de la filière « psychologie ». En effet, l’enseignement de psychologie est de fait séparé entre une idéologie comportementale qui réduit l’humain à ce qu’il est de calculable, réduisant la mémoire et l’intelligence à des capacités de stockage, réduisant les émotions essentielles de la vie (l’angoisse et la dépression à des maladies). Il faut bien comprendre qu’aujourd’hui l’Université en psychologie est un lieu de tension et de conflits entre deux conceptions du savoir. L’un qui tend à formater l’être humain en le réduisant à un certain nombre de fonctions et de conduites déterminées, à des facultés psychiques immédiatement calculables. Il faut selon cette tendance mettre en forme l’esprit des étudiants pour qu’ils acceptent les logiques de l’économie de profit. Les produits de connaissance seront alors en conformité avec la logique des marchés pharmaceutiques et des marchés de la santé.
On voit très bien l’anthropologie et la psychologie « new-look » qui découlent — sans dire leur nom — de ce genre d’idéologies éthiques et culturelles : « l’homme » est déclaré rigide au niveau comportemental, « pré-programmé », il ne souffre que de quelques défauts d’adaptation au réalisme ambiant. Il sera nous précise un collègue «  reformaté ou sacrifié ». L’autre tendance est alors de se tenir dans une distance critique exigeante par rapport à cette mécanisation des connaissances. Mais cette tendance est plus que malmenée.
En témoigne de la façon la plus crue et la plus éloquente, l’élimination d’un enseignement d’anthropologie clinique, dans la formation professionnelle des psychologues, en psychologie clinique, à l’Université de Nanterre précisément. On comprend pourquoi les enseignements d’anthropologie clinique que nous donnions sont indésirés, redoutés, encombrants. Cette mise au ban ne peut s’expliquer que par la volonté d’empêcher les étudiants d’acquérir une culture anthropologique véritable qui les équiperait d’un regard critique sur la promotion de ce nouveau « typus psycholgicus », l’homme hypermoderne désubjectivé ou déshumanisé s’adaptant à tout, grâce à une prescription comportementale journalière ou une petite giclée régulière de médicament, soit une addiction prescrite. L’affaire a fait du bruit (Un appel à signatures est mis en ligne sur http://psychanalyse-philosophie.org )

Pour revenir à un plan plus général, et ne vouant point être taxé de ringard, ni d’humaniste poussiéreux, je précise aussi que la loi LRU et la future réforme des établissements scolaires s’inscrivent dans la même logique : appliquer des recettes manageriales en déréglementant le « marché du travail » des personnels, préparer le désengagement de l’Etat et mettre en concurrence les établissements.

Certes, il fallait faire bouger les choses, secouer des modes de cooptation des enseignants privilégiant par trop le candidat local, pas toujours brillant, au profit d’un autre plus dérangeant et aux publications davantage prestigieuses, redéfinir des priorités pédagogiques, limiter au plus ces errances de tant de jeunes qui rodent d’amphi en amphi sans bien comprendre un raisonnement comprenant une négation, il fallait en finir avec la fonction de parcage d’une jeunesse à l’abandon que remplissent trop souvent les universités sans que cela trouble de trop le corps enseignant..Mais ce n’est certainement pas à cela que nous aboutirons avec une loi qui donne pleine chance de financement aux formations qui agréent aux lois du marché et opposent de façon drastique les facultés « riches » aux facultés « pauvres » condamnées à se « ghettoïser » de plus en plus rapidement. Quant au fait que les capitaines d’industrie privés joueront un grand rôle dans la définition des politiques de recherche et d’enseignement, on en voit que trop ce que cela a pu donner en psychiatrie et en psychologie : la destruction d’une culture et d’une pensée au profit d’échelles de mesure, de tests très surfaits, et d’outils diagnostics bradés. Ainsi, dans une réunion scientifique, toujours à Nanterre, il ne m’a guère surpris de savoir qu’un lourd tenant du comportementalisme abscons a pu récuser, sans argumentation aucune, toute interrogation portant sur les contextes sociaux et culturels qui pouvaient générer et des symptômes et des dispositifs de soin, comme si la symptomatologie d’un sujet n’était en rien dépendante du monde anthropologique où il vit, des idéaux de la bonne santé et du bon traitement qui y règnent ou s'y affrontent. 

Puisse cette régression conceptuelle qui s’est jouée dans une partie des sciences humaines ne pas s’étendre à toutes les disciplines, mais il faudrait pour cela une loi moins disposée à casser l’institution universitaire et ne portant pas atteinte à ses tâches de production critique de savoir dans une visée universaliste.

Olivier Douville Maître de conférence en psychologie clinique, université de Nanterre

3 - débats laïques

1 - Laïcité : l'approche sarkozyenne

Nous vous proposons un long extrait de l'article que vous pouvez retrouver dans son intégralité sur le site du Monde.
La Rédaction

C'est une véritable régression dans la manière de concevoir la laïcité que Nicolas Sarkozy vient de nous proposer dans son discours de Rome, sous prétexte de nous en offrir une version positive et moderne. Cela tient à ce que sa réflexion implique à la fois un contresens théorique, une ignorance historique et un parti pris idéologique difficilement acceptables. Le contresens, d'abord. La laïcité, telle que la France la revendique depuis la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, ne se définit pas positivement par une ouverture de principe aux croyances religieuses. Elle consiste bien plutôt dans un retrait ou une abstention qui fait devoir à la République de ne pas porter atteinte à la liberté de conscience et de culte et, par conséquent, de n'en reconnaître ou de n'en soutenir aucun en particulier. Elle garantit ainsi, à l'encontre du prosélytisme religieux, la liberté absolue d'être sans religion.

Si la laïcité a un sens positif, ce n'est pas celui que lui prête notre président. Elle a pour fonction non de libérer les croyances, c'est-à-dire de les favoriser, mais de libérer des croyances instituées que les différentes églises ont toujours, peu ou prou, voulu imposer. Appuyée sur la raison, elle doit former l'esprit critique et le libre jugement de chacun, de façon à ce qu'il prenne ses distances avec tous les contenus de pensée religieux qui prétendent se soustraire au débat rationnel et fonder leur légitimité sur une source transcendante échappant à l'intelligence profane. Cette démarche n'interdit en rien que l'on retrouve et donc que l'on accepte les croyances religieuses, mais contrôlées par la raison humaine : des croyances qui ne s'opposent pas à ses acquis scientifiques et moraux, et débarrassées alors des emportements irrationnels qui les ont trop souvent caractérisées.

C'est ici que la prise de position de M. Sarkozy révèle une ignorance étonnante, si elle n'est pas feinte. L'identité progressiste de la France républicaine ne s'est pas construite avec l'héritage chrétien officiel mais, pour l'essentiel, contre lui. Laissons de côté le grave passif de l'Eglise catholique dans son rapport aux sciences : au nom d'une Révélation dogmatisée, elle s'est régulièrement opposée aux grandes théories scientifiques, comme celles de Galilée ou de Darwin, pour autant qu'elles mettaient en cause sa vision du monde et de l'homme.

Ne parlons que des grands bouleversements sociopolitiques qui font désormais consensus : la République elle-même, les droits de l'homme, l'égalité de l'homme et de la femme, les conquêtes sociales, la conception civile du mariage, la libération sexuelle et l'acceptation du droit à la différence dans ce domaine (comme l'homosexualité). Tout cela a été refusé et combattu par l'institution religieuse, avec virulence.

Une conception exigeante de la laïcité se doit de rappeler ces faits, et appeler à une vigilance constante, dans la tradition de la philosophie des Lumières, face aux menaces dont est porteuse toute foi quand elle n'est pas soumise à l'examen critique. A la racine de l'approche sarkozyenne de la laïcité, qui rompt avec la tradition républicaine française, il y a un parti pris idéologique : l'idée que l'homme ne saurait se passer de la religion et du fondement qu'elle est censée apporter à ses choix moraux. Il rejoint ici clairement Benoît XVI qui, dans sa dernière encyclique, défend un scepticisme radical quant à la possibilité pour l'humanité d'améliorer sa condition historique sans le secours de la foi.

Toute l'histoire de l'humanité nous prouve que l'homme a su progresser sans l'aide des religions (même si elles ont pu aussi aider à ce processus) et qu'il n'a pas besoin de la référence à une transcendance (...). Vouloir enraciner la morale dans la religion, c'est faire dépendre les valeurs qui doivent réunir toute l'humanité de croyances particulières, souvent opposées entre elles et dont la pérennité est rien moins qu'assurée ; c'est s'exposer soi-même au relativisme et au nihilisme à l'instant même où on croit les combattre.

Une société réellement laïque ne trouvera donc dans les doctrines éthiques des différentes religions qu'un élément parmi d'autres de sa discussion sur les normes qui doivent régir notre vie collective et individuelle, sans leur conférer le moindre statut privilégié. Elle fera, par conséquent, du pouvoir humain de juger, partagé par tous, le fondement exclusif de ses prises de position morales : seul ce qui est universel peut décider de ce qui vaut universellement, par-delà les croyances ou les incroyances des uns et des autres.

Voir cet article sur son site d'origine

Yvon Quiniou agrégé de philosophie, membre du comité de rédaction de la revue "Actuel Marx"

2 - Ni pape, ni omni-Sarko : vive l’esprit critique !

C’est lui qui le dit, qu’on – la République = Lui – aurait besoin de croyants (Le Monde 22/12/2007). Bien sûr, pour croire au Père Noël (Lui). Pour croire aux bienfaits de sa politique, pour idolâtrer le Dieu Marché et le Veau d’or, pour se prosterner devant les idoles du Libéralisme, pour devenir les adeptes de Sa nouvelle religion du Plus-toujours Plus : plus de croyants indolents, prêts à gober ses tours de passe-passe, sa magie de pacotille, ses minables numéros d’illusionniste fatiguant.

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crédit : Le Monde

Ce qui manque le plus – « en vérité je vous le dis »… – dans ce bas monde, c’est bien l’esprit critique, celui de la distanciation et du doute méthodique. Celui par lequel les vessies ne sont plus prises pour des lanternes. L’esprit, oui, mais celui des Lumières. Celui qui éclaire, contre les obscurantismes qui minent l’humanité pauvre au Profit des Vatican de tous ordres – c’est le mot – et de tous les intégrismes : économiques, politiques, religieux. C’est l’esprit critique qui, il y a plus de deux siècles, a désacralisé le pouvoir divin et la monarchie, et mis au monde la République démocratique – sans cesse recommencée depuis.

En lieu de quoi, le « discours de Latran » (plutôt écrit par Max Gallo que par Jean-Marie Bigard, tous deux du pèlerinage), nous serine les vieilles lunes d’imprécateur : « L’intérêt de la République, c’est qu’il y ait beaucoup d’hommes qui espèrent ». Ben voyons. Et croyons au ciel plutôt qu’au paradis sur terre, c’est plus sûr – surtout pour « L’intérêt de la République ». Quel intérêt ? Quelle République ? On se paie les grands mots pour pas cher, et on espère que ça rapporte gros. Chacun ses croyances et les vaches seront bien gardées.

Sur ce registre, ce matin dans le poste, j’entendais des marchands de « jouets technologiques», ces fameuses consoles à se projeter dans le virtuel – toujours ça de pris sur la sinistre réalité. L’un d’eux en bavait à la pieuse image des profits dégagés par le secteur : un doublement tous les dix ans ! Noël, cette croyance païenne totalement marchandifiée, ce moteur à croissance (qui tousse), quelle espérance pourtant ! Et pas que pour les enfants ! Donc, ce VRP, à l’image du président, se frottait les mains en se réjouissant que ce marché-là se soit tant « démocratisé ». C’est l’exact mot qu’il a osé. Sans barguigner, le type a tout bonnement naturalisé le rapprochement incongru et indécent entre « jouets technologiques » et « démocratie ».

C’est là que je voulais en venir : pour un ado attardé, pour un Mickey de Neuilly enivré de pouvoir, pour un accro du show et du biz, la République peut bien n’être qu’un « jouet technologique ».

Voir cet article sur son site d'origine

Gérard Ponthieu gponthieu.blog.lemonde.fr

3 - Discours intégral de Nicolas Sarkozy au Palais du Latran lors de sa visite au pape Benoît XVI

Chers Amis,

La laïcité, fondement de notre capacité à vivre ensemble, est en grave danger. Je vous joins l'intégralité du discours que Sarkozy, véritable déclaration de guerre contre la laïcité. Sans projet autre que d'enrichir les plus riches, il tente de faire passer la pillule en faisant appel à de prétendues racines chrétiennes. Mais il omet de dire qu'elles sont aussi judéo, et surtout qu'elles plongent plus profondément encore dans le siècle des Lumières. Nous devons plus à Rousseau, Volataire, Diderot qu'aux "saints" qui semblent inspirer Sarko.

Quand on n'a pas de projet, on fait appel au communautarisme. Comme le dit clairement le philosophe Michel SURYA : "Il y a de plus en plus d'origines, et de moins en moins de devenir". Il faut résister;

Il faut lire ce discours inaceptable.

Amitiés à tous et bonnes Fêtes.

Louis Gérard

 

Discours de Nicolas Sarkozy au Palais du Latran

Rome, Palais du Latran, jeudi 20 décembre 2007
Source : Elysée

 

Messieurs les cardinaux,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

Permettez-moi d'adresser mes premières paroles au cardinal Ruini, pour le remercier très chaleureusement de la cérémonie qu'il vient de présider. J'ai été sensible aux prières qu'il a bien voulu offrir pour la France et le bonheur de son peuple. Je veux le remercier également pour l'accueil qu'il m'a réservé dans cette cathédrale de Rome, au sein de son chapitre.

Je vous serais également reconnaissant, Eminence, de bien vouloir transmettre à sa Sainteté Benoît XVI mes sincères remerciements pour l'ouverture de son palais pontifical qui nous permet de nous retrouver ce soir. L'audience que le Saint Père m'a accordée ce matin a été pour moi un moment d'émotion et de très grand intérêt. Je renouvelle au Saint Père l'attachement que je porte à son projet de déplacement en France au deuxième semestre de l'année 2008. En tant que Président de tous les Français, je suis comptable des espoirs que cette perspective suscite chez mes concitoyens catholiques et dans de nombreux diocèses. Quelles que soient les étapes de son séjour, Benoît XVI sera le bienvenu en France.

 

En me rendant ce soir à Saint-Jean de Latran, en acceptant le titre de chanoine d'honneur de cette basilique, qui fut conféré pour la première fois à Henri IV et qui s'est transmis depuis lors à presque tous les chefs d'Etat français, j'assume pleinement le passé de la France et ce lien si particulier qui a si longtemps uni notre nation à l'Eglise.

C'est par le baptême de Clovis que la France est devenue Fille aînée de l'Eglise. Les faits sont là. En faisant de Clovis le premier souverain chrétien, cet événement a eu des conséquences importantes sur le destin de la France et sur la christianisation de l'Europe. A de multiples reprises ensuite, tout au long de son histoire, les souverains français ont eu l'occasion de manifester la profondeur de l'attachement qui les liait à l'Eglise et aux successeurs de Pierre. Ce fut le cas de la conquête par Pépin le Bref des premiers Etats pontificaux ou de la création auprès du Pape de notre plus ancienne représentation diplomatique.

Au-delà de ces faits historiques, c'est surtout parce que la foi chrétienne a pénétré en profondeur la société française, sa culture, ses paysages, sa façon de vivre, son architecture, sa littérature, que la France entretient avec le siège apostolique une relation si particulière. Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes. Et la France a apporté au rayonnement du christianisme une contribution exceptionnelle. Contribution spirituelle et morale par le foisonnement de saints et de saintes de portée universelle : saint Bernard de Clairvaux, saint Louis, saint Vincent de Paul, sainte Bernadette de Lourdes, sainte Thérèse de Lisieux, saint Jean-Marie Vianney, Frédéric Ozanam, Charles de Foucauld... Contribution littéraire et artistique : de Couperin à Péguy, de Claudel à Bernanos, Vierne, Poulenc, Duruflé, Mauriac ou encore Messiaen. Contribution intellectuelle, si chère à Benoît XVI, Blaise Pascal, Jacques Bénigne Bossuet, Jacques Maritain, Emmanuel Mounier, Henri de Lubac, René Girard... Qu'il me soit permis de mentionner également l'apport déterminant de la France à l'archéologie biblique et ecclésiale, ici à Rome, mais aussi en Terre sainte, ainsi qu'à l'exégèse biblique, avec en particulier l'Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem.

Je veux aussi évoquer parmi vous ce soir la figure du cardinal Jean-Marie Lustiger qui nous a quittés cet été. Son rayonnement et son influence ont eux aussi très largement dépassé les frontières de la France. J'ai tenu à participer à ses obsèques car aucun Français n'est resté indifférent au témoignage de sa vie, à la force de ses écrits, au mystère de sa conversion. Pour tous les catholiques, sa disparition a représenté une grande peine. Debout à côté de son cercueil, j'ai vu défilé ses frères dans l'épiscopat et les nombreux prêtres de son diocèse, et j'ai été touché par l'émotion qui se lisait sur le visage de chacun.

 

Cette profondeur de l'inscription du christianisme dans notre histoire et dans notre culture, se manifeste ici à Rome par la présence jamais interrompue de Français au sein de la Curie, aux responsabilités les plus éminentes. Je veux saluer ce soir le cardinal Etchegaray, le cardinal Poupard, le cardinal Tauran, Monseigneur Mamberti, dont l'action honore la France.

Les racines chrétiennes de la France sont aussi visibles dans ces symboles que sont les Pieux établissements, la messe annuelle de la Sainte-Lucie et celle de la chapelle Sainte-Pétronille. Et puis il y a bien sûr cette tradition qui fait du Président de la République française le chanoine d'honneur de Saint-Jean de Latran. Saint-Jean de Latran, ce n'est pas rien. C'est la cathédrale du Pape, c'est la « tête et la mère de toutes les églises de Rome et du monde », c'est une église chère au coeur des Romains. Que la France soit liée à l'Eglise catholique par ce titre symbolique, c'est la trace de cette histoire commune où le christianisme a beaucoup compté pour la France et la France beaucoup compté pour le christianisme. Et c'est donc tout naturellement, comme le Général de Gaulle, comme Valéry Giscard d'Estaing, et plus récemment Jacques Chirac, que je suis venu m'inscrire avec bonheur dans cette tradition.

 

Tout autant que le baptême de Clovis, la laïcité est également un fait incontournable dans notre pays. Je sais les souffrances que sa mise en oeuvre a provoquées en France chez les catholiques, chez les prêtres, dans les congrégations, avant comme après 1905. Je sais que l'interprétation de la loi de 1905 comme un texte de liberté, de tolérance, de neutralité est en partie une reconstruction rétrospective du passé. C'est surtout par leur sacrifice dans les tranchées de la Grande guerre, par le partage des souffrances de leurs concitoyens, que les prêtres et les religieux de France ont désarmé l'anticléricalisme ; et c'est leur intelligence commune qui a permis à la France et au Saint-Siège de dépasser leurs querelles et de rétablir leurs relations.

Pour autant, il n'est plus contesté par personne que le régime français de la laïcité est aujourd'hui une liberté : liberté de croire ou de ne pas croire, liberté de pratiquer une religion et liberté d'en changer, liberté de ne pas être heurté dans sa conscience par des pratiques ostentatoires, liberté pour les parents de faire donner à leurs enfants une éducation conforme à leurs convictions, liberté de ne pas être discriminé par l'administration en fonction de sa croyance.

La France a beaucoup changé. Les Français ont des convictions plus diverses qu'autrefois. Dès lors la laïcité s'affirme comme une nécessité et une chance. Elle est devenue une condition de la paix civile. Et c'est pourquoi le peuple français a été aussi ardent pour défendre la liberté scolaire que pour souhaiter l'interdiction des signes ostentatoires à l'école.

Cela étant, la laïcité ne saurait être la négation du passé. Elle n'a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de le faire. Elle n'aurait pas dû. Comme Benoît XVI, je considère qu'une nation qui ignore l'héritage éthique, spirituel, religieux de son histoire commet un crime contre sa culture, contre ce mélange d'histoire, de patrimoine, d'art et de traditions populaires, qui imprègne si profondément notre manière de vivre et de penser. Arracher la racine, c'est perdre la signification, c'est affaiblir le ciment de l'identité nationale, et dessécher davantage encore les rapports sociaux qui ont tant besoin de symboles de mémoire.

C'est pourquoi nous devons tenir ensemble les deux bouts de la chaîne : assumer les racines chrétiennes de la rance, et même les valoriser, tout en défendant la laïcité enfin parvenue à maturité. Voilà le sens de la démarche que j'ai voulu accomplir ce soir à Saint-Jean de Latran.

 

Le temps est désormais venu que, dans un même esprit, les religions, en particulier la religion catholique qui est notre religion majoritaire, et toutes les forces vives de la nation regardent ensemble les enjeux de l'avenir et non plus seulement les blessures du passé.

Je partage l'avis du pape quand il considère, dans sa dernière encyclique, que l'espérance est l'une des questions les plus importantes de notre temps. Depuis le siècle des Lumières, l'Europe a expérimenté beaucoup d'idéologies. Elle a mis successivement ses espoirs dans l'émancipation des individus, dans la démocratie, dans le progrès technique, dans l'amélioration des conditions économiques et sociales, dans la morale laïque. Elle s'est fourvoyée gravement dans le communisme et dans le nazisme. Aucune de ces différentes perspectives - que je ne mets évidemment pas sur le même plan - n'a été en mesure de combler le besoin profond des hommes et des femmes de trouver un sens à l'existence.

Bien sûr, fonder une famille, contribuer à la recherche scientifique, enseigner, se battre pour des idées, en particulier si ce sont celles de la dignité humaine, diriger un pays, cela peut donner du sens à une vie. Ce sont ces petites et ces grandes espérances « qui, au jour le jour, nous maintiennent en chemin » pour reprendre les termes même de l'encyclique du Saint Père. Mais elles ne répondent pas pour autant aux questions fondamentales de l'être humain sur le sens de la vie et sur le mystère de la mort. Elles ne savent pas expliquer ce qui se passe avant la vie et ce qui se passe après la mort.

Ces questions sont de toutes les civilisations et de toutes les époques. Et ces questions essentielles n'ont rien perdu de leur pertinence. Bien au contraire. Les facilités matérielles de plus en plus grandes qui sont celles des pays développés, la frénésie de consommation, l'accumulation de biens, soulignent chaque jour davantage l'aspiration profonde des femmes et des hommes à une dimension qui les dépasse, car moins que jamais elles ne la comblent.

« Quand les espérances se réalisent, poursuit Benoît XVI, il apparaît clairement qu'en réalité, ce n'est pas la totalité. Il paraît évident que l'homme a besoin d'une espérance qui va au-delà. Il paraît évident que seul peut lui suffire quelque chose d'infini, quelque chose qui sera toujours ce qu'il ne peut jamais atteindre. (...) Si nous ne pouvons espérer plus que ce qui est accessible, ni plus que ce qu'on peut espérer des autorités politiques et économiques, notre vie se réduit à être privée d'espérance ». Ou encore, comme l'écrivit Héraclite, « Si l'on n'espère pas l'inespérable, on ne le reconnaîtra pas ».

Ma conviction profonde, dont j'ai fait part notamment dans ce livre d'entretiens que j'ai publié sur la République, les religions et l'espérance, c'est que la frontière entre la foi et la non-croyance n'est pas et ne sera jamais entre ceux qui croient et ceux qui ne croient pas, parce qu'elle traverse en vérité chacun de nous. Même celui qui affirme ne pas croire ne peut soutenir en même temps qu'il ne s'interroge pas sur l'essentiel. Le fait spirituel, c'est la tendance naturelle de tous les hommes à rechercher une transcendance. Le fait religieux, c'est la réponse des religions à cette aspiration fondamentale.

Or, longtemps la République laïque a sous-estimé l'importance de l'aspiration spirituelle. Même après le rétablissement des relations diplomatiques entre la France et le Saint-Siège, elle s'est montrée plus méfiante que bienveillante à l'égard des cultes. Chaque fois qu'elle a fait un pas vers les religions, qu'il s'agisse de la reconnaissance des associations diocésaines, de la question scolaire, des congrégations, elle a donné le sentiment qu'elle agissait parce qu'elle ne pouvait pas faire autrement. Ce n'est qu'en 2002 qu'elle a accepté le principe d'un dialogue institutionnel régulier avec l'Eglise catholique. Qu'il me soit également permis de rappeler les critiques virulentes dont j'ai été l'objet au moment de la création du Conseil français du culte musulman. Aujourd'hui encore, la République maintient les congrégations sous une forme de tutelle, refuse de reconnaître un caractère cultuel à l'action caritative ou aux moyens de communication des Eglises, répugne à reconnaître la valeur des diplômes délivrés dans les établissements d'enseignement supérieur catholique alors que la Convention de Bologne le prévoit, n'accorde aucune valeur aux diplômes de théologie.

Je pense que cette situation est dommageable pour notre pays. Bien sûr, ceux qui ne croient pas doivent être protégés de toute forme d'intolérance et de prosélytisme. Mais un homme qui croit, c'est un homme qui espère. Et l'intérêt de la République, c'est qu'il y ait beaucoup d'hommes et de femmes qui espèrent. La désaffection progressive des paroisses rurales, le désert spirituel des banlieues, la disparition des patronages, la pénurie de prêtres, n'ont pas rendu les Français plus heureux. C'est une évidence.

Et puis je veux dire également que, s'il existe incontestablement une morale humaine indépendante de la morale religieuse, la République a intérêt à ce qu'il existe aussi une réflexion morale inspirée de convictions religieuses. D'abord parce que la morale laïque risque toujours de s'épuiser ou de se changer en fanatisme quand elle n'est pas adossée à une espérance qui comble l'aspiration à l'infini. Ensuite parce qu'une morale dépourvue de liens avec la transcendance est davantage exposée aux contingences historiques et finalement à la facilité. Comme l'écrivait Joseph Ratzinger dans son ouvrage sur l'Europe, « le principe qui a cours maintenant est que la capacité de l'homme soit la mesure de son action. Ce que l'on sait faire, on peut également le faire ». A terme, le danger est que le critère de l'éthique ne soit plus d'essayer de faire ce que l'on doit faire, mais de faire ce que l'on peut faire. C'est une très grande question.

Dans la République laïque, l'homme politique que je suis n'a pas à décider en fonction de considérations religieuses. Mais il importe que sa réflexion et sa conscience soient éclairées notamment par des avis qui font référence à des normes et à des convictions libres des contingences immédiates. Toutes les intelligences, toutes les spiritualités qui existent dans notre pays doivent y prendre part. Nous serons plus sages si nous conjuguons la richesse de nos différentes traditions.

C'est pourquoi j'appelle de mes voeux l'avènement d'une laïcité positive, c'est-à-dire une laïcité qui, tout en veillant à la liberté de penser, à celle de croire et de ne pas croire, ne considère pas que les religions sont un danger, mais plutôt un atout. Il ne s'agit pas de modifier les grands équilibres de la loi de 1905. Les Français ne le souhaitent pas et les religions ne le demandent pas. Il s'agit en revanche de rechercher le dialogue avec les grandes religions de France et d'avoir pour principe de faciliter la vie quotidienne des grands courants spirituels plutôt que de chercher à la leur compliquer.

 

Messieurs les cardinaux, Mesdames et Messieurs, au terme de mon propos, et à quelques jours de cette fête de Noël qui est toujours un moment où l'on se recentre sur ce qui est le plus cher dans sa vie, je voudrais me tourner vers ceux d'entre vous qui sont engagés dans les congrégations, auprès de la Curie, dans le sacerdoce et l'épiscopat ou qui suivent actuellement leur formation de séminariste. Je voudrais vous dire très simplement les sentiments que m'inspirent vos choix de vie.

Je mesure les sacrifices que représente une vie toute entière consacrée au service de Dieu et des autres. Je sais que votre quotidien est ou sera parfois traversé par le découragement, la solitude, le doute. Je sais aussi que la qualité de votre formation, le soutien de vos communautés, la fidélité aux sacrements, la lecture de la Bible et la prière, vous permettent de surmonter ces épreuves.

Sachez que nous avons au moins une chose en commun : c'est la vocation. On n'est pas prêtre à moitié, on l'est dans toutes les dimensions de sa vie. Croyez bien qu'on n'est pas non plus Président de la République à moitié. Je comprends que vous vous soyez sentis appelés par une force irrépressible qui venait de l'intérieur, parce que moi-même je ne me suis jamais assis pour me demander si j'allais faire ce que j'ai fait, je l'ai fait. Je comprends les sacrifices que vous faites pour répondre à votre vocation parce que moi-même je sais ceux que j'ai faits pour réaliser la mienne.

Ce que je veux vous dire ce soir, en tant que Président de la République, c'est l'importance que j'attache à ce que vous faites et à ce que vous êtes. Votre contribution à l'action caritative, à la défense des droits de l'homme et de la dignité humaine, au dialogue inter-religieux, à la formation des intelligences et des coeurs, à la réflexion éthique et philosophique, est majeure. Elle est enracinée dans la profondeur de la société française, dans une diversité souvent insoupçonnée, tout comme elle se déploie à travers le monde. Je veux saluer notamment nos congrégations, les Pères du Saint-Esprit, les Pères Blancs et les Soeurs Blanches, les fils et filles de la charité, les franciscains missionnaires, les jésuites, les dominicains, la Communauté de Sant'Egidio qui a une branche en France, toutes ces communautés, qui, dans le monde entier, soutiennent, soignent, forment, accompagnent, consolent leur prochain dans la détresse morale ou matérielle.

En donnant en France et dans le monde le témoignage d'une vie donnée aux autres et comblée par l'expérience de Dieu, vous créez de l'espérance et vous faites grandir des sentiments nobles. C'est une chance pour notre pays, et le Président que je suis le considère avec beaucoup d'attention. Dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, même s'il est important qu'il s'en approche, parce qu'il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d'un engagement porté par l'espérance.

Je veux évoquer la mémoire des moines de Tibhérine et de Monseigneur Pierre Claverie, dont le sacrifice portera un jour des fruits de paix, j'en suis convaincu. L'Europe a trop tourné le dos à la Méditerranée alors même qu'une partie de ses racines y plongent et que les pays riverains de cette mer sont au croisement d'un grand nombre d'enjeux du monde contemporain. J'ai voulu que la France prenne l'initiative d'une Union de la Méditerranée. Sa situation géographique tout comme son passé et sa culture l'y conduisent naturellement. Dans cette partie du monde où les religions et les traditions culturelles exacerbent souvent les passions, où le choc des civilisations peut rester à l'état de fantasme ou basculer dans la réalité la plus tragique, nous devons conjuguer nos efforts pour atteindre une coexistence paisible, respectueuse de chacun sans renier nos convictions profondes, dans une zone de paix et de prospérité. Cette perspective rencontre, me semble-t-il, l'intérêt du Saint-Siège.

Mais ce que j'ai le plus à coeur de vous dire, c'est que dans ce monde paradoxal, obsédé par le confort matériel, tout en étant chaque jour de plus en plus en quête de sens et d'identité, la France a besoin de catholiques convaincus qui ne craignent pas d'affirmer ce qu'ils sont et ce en quoi ils croient. La campagne électorale de 2007 a montré que les Français avaient envie de politique pour peu qu'on leur propose des idées, des projets, des ambitions. Ma conviction est qu'ils sont aussi en attente de spiritualité, de valeurs, d'espérance.

Henri de Lubac, ce grand ami de Benoît XVI, « La vie attire, comme la joie ». C'est pourquoi la France a besoin de catholiques heureux qui témoignent de leur espérance.

Depuis toujours, la France rayonne à travers le monde par la générosité et l'intelligence. C'est pourquoi elle a besoin de catholiques pleinement chrétiens, et de chrétiens pleinement actifs.

La France a besoin de croire à nouveau qu'elle n'a pas à subir l'avenir, parce qu'elle a à le construire. C'est pourquoi elle a besoin du témoignage de ceux qui, portés par une espérance qui les dépasse, se remettent en route chaque matin pour construire un monde plus juste et plus généreux.

J'ai offert ce matin au Saint Père deux éditions originales de Bernanos. Permettez-moi de conclure avec lui : « L'avenir est quelque chose qui se surmonte. On ne subit pas l'avenir, on le fait (...) L'optimisme est une fausse espérance à l'usage des lâches (...). L'espérance est une vertu, une détermination héroïque de l'âme. La plus haute forme de l'espérance, c'est le désespoir surmonté ». Comme je comprends l'attachement du pape à ce grand écrivain qu'est Bernanos !

Partout où vous agirez, dans les banlieues, dans les institutions, auprès des jeunes, dans le dialogue inter-religieux, dans les universités, je vous soutiendrai. La France a besoin de votre générosité, de votre courage, de votre espérance.

Nicolas Sarkozy

Louis Gérard

4 - Le discours du président de la République à Saint Jean de Latran est effarant

L’OBSERVATOIRE CHRETIEN DE LA LA?CITE
(68, rue de Babylone, 75007 Paris)

Communiqué

Le discours du président de la République à Saint Jean de Latran est effarant. On ne peut pas se contenter d’ironiser sur le nouveau chanoine – tradition pour le moins obsolète, y compris dans l’Eglise catholique.
Nicolas Sarkosy ne parle pas dans ce discours au nom de tous les Français, ni des seuls chrétiens, ni même au nom des catholiques de France, mais au nom d’une sensibilité catholique traditionaliste qu’il assume comme la sienne… et celle de toute la France. Par exemple, sous le nom de fait historique, il remet à l’honneur l’idéologie intégriste de la France « fille aînée de l’Eglise ». Il continue d’invoquer les racines chrétiennes de la France, alors même que cette formulation n’a pas été retenue dans les textes européens. De plus, il ne tient pas compte des apports spirituels, humanistes, culturels des religions non catholiques, des agnostiques et athées dans notre pays, estimant même que l’aspiration spirituelle qui est en tout homme ne trouve sa réalisation que dans la religion.
Président de la République, élu par des Français de toutes convictions, il exprime des positions personnelles d’ordre convictionnel, spirituel ,voire religieux, en mettant gravement en cause l’exercice laïque de sa fonction, allant jusqu’à identifier son ambition politique et la vocation sacerdotale !
L’affirmation verbale dans ce discours de l’actualité des lois de séparation de 1905 est contredit par la tonalité générale du discours. L’allusion au livre « La République, les religions et l’Espérance », que Nicolas Sarkosy a remis au pape, nous laisse craindre en réalité une remise en cause juridique inquiétante de cette loi, ce dont certaines propositions du rapport Machelon sont sans doute une esquisse.

L’Observatoire Chrétien de la laïcité, avec tous les laïques français, continuera de défendre la laïcité telle qu’elle est définie dans les deux premiers articles de la Loi de 1905 comme dimension essentielle de la démocratie.

Jean Riedinger Secrétaire de l’Observatoire Chrétien de la laïcité

5 - Lutter contre le voile

Non, je ne peux pas accepter l’alliance avec De Villier, c’est impossible. D’un point de vue idéologique la chose est évidente. D’un point de vue pragmatique, certains argueront que de Villiers fut le seul a défendre la pauvre Fanny, certes, mais le monsieur a perdu, et avec quel brio… C’est pourtant évident, Villier et son avocat n’ont aucun intérêt à gagner ce genre de procès. Le perdre, par contre, c’est montrer combien les mosquées progressent et envahissent jusqu’au tréfonds des monts Vosgiens, j’ose rappeler ici que c’est ce seul et unique argument qui permet au monsieur de rester en politique.

D’ailleurs, personne ne s’est jeté aux pieds de Sarkozy, pourtant actuel président de la République lorsqu’il alla défendre la « loi sur le voile » au Congrès de l’UOIF. Oui, notre communautariste président a fait cela, je n’ai entendu personne parmi les laïques le remercier de cet acte. Nous avions tous alors encore assez de bon sens pour pouvoir tracer la ligne entre « eux » et « nous ». Pourquoi n’est-ce plus le cas ?

Le piège est évident, énorme, il était devant nos yeux aveuglés par la pseudo victoire de la « loi sur le voile » et nous sommes tombés dedans de la façon la plus idiote. Tout a l’origine vient de cette « loi sur le voile » que nous n’aurions jamais du cesser d’appeler « loi sur les signes religieux ». Elle nous a laissé croire que nous pouvions combattre le voile par la laïcité, c’est faux et ce n’a jamais été le cas. Par la laïcité, nous pouvons combattre les intégristes et leurs techniques de lobby, par le droit des femmes nous pouvons combattre le patriarcat et l’oppression, et enfin la doctrine obscurantiste islamiste s’opposera tout naturellement à la doctrine obscurantiste catholique. L’affaire Truchelut est une pourriture qui nous a tous mis dedans en amalgamant le tout dans une bouillie infâme servie en pâture aux doctrinaires de toute obédience. Le droit des femmes ? Oh, oui, le droit des femmes, les femmes ont le droit… le droit de porter le voile, c’est leur liberté… (C’est une prescription dans le Coran et une obligation dans la bible). Le droit de refuser une cliente pour motifs… pour quels motifs d’ailleur, le voile ? La religion ? Le droit des femmes ? La loi 1905 ? Celle de 2004 ? Chacun a le sien, l’avocat de Mr Villier s’est très opportunément saisi de l’occasion pour tout amalgamer dans une plaidoirie extrêmement fine qui, dans le plus grand style suggestif propre a l’extrême droite laissait entendre que tous ces maux n’en formait en fait qu’un seul : l’islamisation de la France.

La stratégie des islamistes est simple : a chaque argument, ils opposeront la doctrine. Cette technique est radicalement efficace et elle permet la récupération de toutes nos causes. Ils sont laïques pour la liberté religieuse. Ils sont féministes pour défendre le droit des femmes de se voiler. Ils se diront antiraciste pour placer l’islamophobie. Quand au voile… Il est bien des choses le voile au grés des luttes : Porter le voile est un droit de la femme. Porter le voile est une liberté religieuse. Porter le voile n’est qu’une façon de combattre le string ou la casquette a l’envers. C’est la liberté de cacher son corps. Porter le voile, c’est une convenance esthétique. Porter le voile c’est être une bonne musulmane. Porter le voile, c’est éviter de se faire insulter par des gamins de 12 ans a qui les flashballs de Sarkozy n’ont pas toujours pas appris la politesse. Porter le voile, c’est écologique, ça évite d’utiliser trop de shampoing. C’est tendance aussi, très à la mode. Ca relance l’industrie Hallal de Lille et ça crée des emplois.

Pourquoi le voile est-il la principale préoccupation des islamistes ? Car le voile est un énorme piège politique dans lequel nous tomberons au bénéfice de nos ennemis chaque fois que nous essayerons d’en débattre et au fond, c’est bien a ça qu’il sert. Nous gagnons une bataille sur les signes religieux a l’école mais dans les médias, on appellera ça la « loi sur le voile » : ou l’histoire d’une défaite politique.

Le seul moyen de lutter est d’éliminer totalement le mot « voile » de nos débats. Il n’y a qu’en évitant de parler du voile que nous pourrons nous recentrer sur nos vrais combats et nous retrouver sur nos causes qui n’ont jamais cessé d’être les mêmes.

Je propose donc a Respublica et a Riposte Laïque ainsi qu’à tout ceux qui participent au débat dans les colonnes et sur les sites d’éradiquer le mot « voile » de leurs textes. Ce n’est bien sur pas pour censurer quoi que ce soit, c’est pour obliger le débat et les pensées à se recentrer sur le fond et non sur le voile. C’est une stratégie de lutte qui permettra d’éviter le piège. D’éviter de « voiler » le fond de nos causes et de nos luttes. C’est pour obliger nos esprits laïques a penser avec d’autres termes : droit des femmes, patriarcat, signe religieux, offensive intégriste, cheval de Troie… autant de termes qui permettent de savoir exactement de quoi on parle plutôt que de se perdre nos pensées et arguments dans de longues explications préalables sur ce qu’est… ce que représente… ce que sous-tend… ce qu’implique… Si nous souhaitons vraiment éliminer le voile, c’est de cette manière qu’il faudra commencer. Il n’y a que comme cela que nous réaliserons que nous perdons le fond de toutes nos causes à débattre d’un bout de tissu.

Antoine Grégoire

4 - Europe libérale

1 - NON A CETTE EUROPE-LA, LE 4 FEVRIER COMME LE 29 MAI !

"L'histoire enseigne aux hommes la difficulté des grandes tâches et la lenteur des accomplissements, mais elle justifie l'indicible espoir.", Jean Jaurès

 

Les Chefs d’Etat et de gouvernement, les responsables politiques du libéralisme de gauche comme du libéralisme de droite ont refusé d’entendre les arguments de ceux qui veulent une Europe des citoyennes et des citoyens et non une Europe des banquiers et des hommes d’affaires, de ceux qui n’acceptent les transferts de souveraineté que pourvu qu’ils s’accompagnent de transfert de mécanismes démocratiques de contrôle, de transparence et de reddition des comptes, de ceux qui veulent une Europe conforme aux valeurs dont elle est historiquement porteuse.

Depuis le 29 mai, aucun effort n’a été fait pour corriger les orientations d’une Europe qui est à juste titre perçue « comme un facteur d’appauvrissement et non de prospérité, comme une cause de régression et non de progrès » (N. Sarkozy, Ensemble, printemps 2007). Les engagements pris par le Président de la République n’ont pas été tenus. Le traité modificatif qui vient d’être signé le 13 décembre à Lisbonne ne modifie rien de ce qui était nouveau dans le traité établissant une Constitution pour l’Europe par rapport aux traités existants. Il ne modifie rien de ce qui justifiait les critiques apportées à la partie III du TCE.

Les raisons de rejeter le TCE demeurent pour rejeter un traité modificatif qui, de l’aveu même de Mme Merkel, « ne va rien changer ». La Charte des droits fondamentaux traduit toujours un terrible recul par rapport à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ; les orientations néolibérales des politiques européennes sont maintenues ; le statut et les missions de la Banque Centrale Européenne n’ont pas été modifiés ; les dispositions qui accentuent la perméabilité de l’Europe aux effets les plus néfastes de la mondialisation sont renforcées ; la politique de défense de l’Europe reste enfermée dans le cadre de l’OTAN ; dans ses rapports avec les pays du Sud, l’Europe poursuit ses pratiques paternalistes et continue de nier la souveraineté des autres peuples. Pas le moindre changement significatif n’a été apporté à ce qui a justifié le non du 29 mai 2005. Puisque rien ne va changer, notre refus ne peut changer.

Faut-il pour autant se réfugier dans l’indifférence ou le désespoir ?

Nous n’avons pas ce droit. Nous ne pouvons nous réfugier dans cette facilité. Nous sommes comptables devant les millions de Françaises et de Français qui ont voté non le 29 mai. Nous sommes responsables. Il nous revient d’assumer le non que nous avons porté.

Le traité modificatif ne peut être ratifié que si, au préalable, une révision de la Constitution française est adoptée. Ce qui requiert le soutien des 3/5e du Congrès qui se réunira le 4 février 2008 à Versailles. Il nous appartient d’exprimer par les voies de la démocratie notre volonté que cette majorité des 3/5e ne soit pas atteinte. Nous pouvons le faire de trois manières :

1) signer la pétition lancée par le Comité National pour un Référendum (CNR) : www.nousvoulonsunreferendum.eu

Le droit de pétition inscrit dans le traité modificatif considère qu’un million de signatures (sur environ 300 millions d’Européennes et d’Européens en âge de voter) représente un nombre suffisant pour présenter une pétition. On en déduit qu’un million de signatures (sur 45 millions d’électeurs inscrits en France) représenterait une expression forte et écoutée du peuple français.

Il nous faut donc nous donner comme objectif d’atteindre ce million de signatures pour le 4 février. Nous disposons de 6 semaines pour y parvenir.

2) les sénateurs et les députés vont se réunir en Congrès le 4 février à Versailles. Allons ce jour-là, par dizaines de milliers venus de toute la France, dire aux élus réunis à Versailles: « respectez la volonté du peuple qui s’est exprimée le 29 mai 2005 » et pour ajouter aux élus du PS : « vous avez été élus parce que votre parti et votre candidate se sont engagés à réclamer un référendum sur tout nouveau traité européen. »

3) dès maintenant, il nous appartient d’interroger les sénateurs et les députés qui vont solliciter nos suffrages en mars prochain lors des élections municipales sur la manière dont ils vont se prononcer le 4 février à Versailles. Et rien ne nous interdit de leur dire que nous nous en souviendrons en mars.

Les temps sont durs et l’avenir est incertain.
Faut-il pour autant se résigner ?
Notre horizon n’est pas celui d’une gauche en décomposition.
L’épreuve nous conforte.
Elle ne nous abat pas.

 

Celui qui voit un problème, mais ne fait rien, fait aussi partie du problème.(Gandhi)

Raoul Marc JENNAR Chercheur altermondialiste
Membre du comité de parrainage de l'Appel contre les naufrageurs du vin

2 - Anne-Marie Le Pourhiet : «La décision du Conseil constitutionnel sur le traité de Lisbonne confirme celle sur le TCE»

L'avis du Conseil constitutionnel rendu le 20 décembre établit que le traité de Lisbonne et le TCE sont presque identiques.

Marianne2.fr : Quelle est la portée de la décision rendue par le Conseil constitutionnel sur le traité de Lisbonne ce jeudi 20 décembre?
Anne-Marie Le Pourhiet : Quand on met côte à côte les conclusions de décembre 2007 sur le traité de Lisbonne et celles de novembre 2004 sur le traité constitutionnel (TCE), on est bien en peine de voir les différences ! Il s'agit pratiquement de la même décision, et le texte publié le 20 décembre fait clairement référence à celui que le Conseil constitutionnel avait rendu sur le TCE. Dans le 12è point, qui porte sur les droits fondamentaux, le conseil note même que « hormis les changements de numérotation » la Charte est la même ! Il y a quelques modifications, comme sur le droit de la famille, qui connaît de nouvelles restrictions pour l'intervention des parlements nationaux. Mais dans l'analyse qui est celle des clauses affectant l'exercice de la souveraineté, il n'y a rien de neuf. Le Conseil n'a pas vocation à statuer sur la procédure de validation par voie parlementaire.

Un Comité national pour un référendum (CNR) s'est constitué : étant donné le constat d'identité dressé par le Conseil constitutionnel entre le traité de Lisbonne et le TCE, les parlementaires qui y ont adhéré pourraient-ils obtenir l'annulation de la validation par l'Assemblée nationale?
Selon la Constitution, soixante députés ou soixante sénateurs peuvent saisir le Conseil constitutionnel. Ils peuvent déférer la loi qui autorise la ratification du traité de Lisbonne en plaidant que l'adoption par voie parlementaire d'un texte qui reprend l'essentiel d'un traité rejeté par le peuple est contraire au principe démocratique consacré par la Constitution. Il n'y pas dans la Constitution français, comme dans celle de la Californie, de interdisant expressément de modifier une loi référendaire par une loi parlementaire. Le Conseil constitutionnel ne consacre pas non plus dans sa jurisprudence, comme le fait la Cour constitutionnelle italienne, la nécessité d'un nouveau référendum pour contourner la volonté populaire. Le Conseil rejeterait probablement la requête mais, pour les partisans du référendum, ce serait un baroud d'honneur.

François Fillon a donné dans un entretien au Monde un résumé de la réforme Balladur sur les institutions : qu'en est-il de l'option référendaire dans cette révision?
Le caractère anti-démocratique de la démarche européenne du gouvernement se confirme, puisque l'avant-projet de révision constitutionnel, préparé par François Fillon, prévoit de ne plus rendre le référendum obligatoire pour les futurs élargissements de l'Union. Cette obligation avait été ajouté par l'article 88.5 modifié en 2005 par Jacques Chirac à l'occasion du TCE. Alors que le rapport du « comité Balladur » voulait une « cinquième république plus démocratique », on nous sert, en réalité, une confiscation supplémentaire du pouvoir du peuple.

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Sylvain Lapoix

3 - Action de groupe ou service public ?

Le tout concurrence conduit à l’insécurité

La logique du tout concurrence de l’Union Européenne conduit à la concentration, aux soi-disant économies d’échelle, à la destruction des services publics et du tissu de PME qui constituaient la base des équilibres de la Nation. Cela introduit, dans le moindre de ses gestes quotidiens, une insécurité économique grandissante pour l’ensemble de la population transformée de citoyens usagers à de simples consommateurs livrés au marché, et conduit à une judiciarisation des conflits qui en résultent coûteuse en temps et en argent. C’est aussi la source des délocalisations, très largement pratiquées par les opérateurs du téléphone et les fournisseurs d'accès à Internet, la mise en concurrence des coûts salariaux devenant la variable d’ajustement avec l'appui de la Cour de Justice Européenne.

Les consommateurs se sentent impuissants

Les consommateurs livrés aux transnationales et ne pouvant pas ester en justice pour des sommes souvent faibles sont en effet le plus souvent contraints à subir leur sort. Il en résulte un sentiment d’insatisfaction permanent. L’exemple de la privatisation dogmatique des renseignements téléphoniques avec la publicité débile qui nous a été infligée en est une parfaite illustration avec, de plus, la délocalisation des centres d’appel qui s’en est suivie.

La nécessité de l’action de groupe

C’est dans ce contexte que l’action de groupe est devenue incontournable. La législation actuelle est inopérante car elle ne permet aux associations de ne représenter que les victimes qui lui en ont donné formellement mandat. Il est donc nécessaire, sans tomber dans le travers de la législation américaine qui donne un pouvoir démesuré aux avocats, de permettre aux associations de représenter l’ensemble des victimes dans leur démarche et de mettre en place des dispositifs permettant d’informer ces victimes et de leur permettre de se faire connaître pour être indemnisées.

Le retour au service public

Mais si nous voulons réduire durablement ces sources de conflits et rétablir la confiance, il faut faire revenir dans le service public toutes les activités nécessaires à la vie de tous les jours et à la souveraineté de la Nation, instrument de la souveraineté des citoyens : postes et télécommunications, transports, eau, énergie, banque, assurance… Les usagers pourraient alors avoir voix au chapitre en participant à la définition des objectifs et à la gestion par le biais des élus, des salariés, des comités d’usagers. Il faut également confirmer que dans tous les domaines commerciaux comme sociaux, la loi doit rester supérieure au contrat.

Se libérer de la logique de l’Union Européenne

Il est évident que, pour cela, il faut rejeter le traité européen « dit simplifié » qui est en totale contradiction avec ces objectifs, revenir sur les privatisations réalisées depuis 25 ans pour satisfaire à cette logique de l’Union Européenne génératrice de violence sociale et donner la priorité absolue au service public et à un aménagement harmonieux du territoire.

 

Voir en ligne : Action de groupe ou droit des usagers ?

Maurice Frankel www.maurice-frankel.org

5 - école publique

1 - Ecole Obscène

La suppression des estrades comme signe d'un changement profond : passage du professeur à l'animateur, de la transmission à la communication, de l'empathie à la sympathie.

 

Un beau jour des années 1990, l'administration de mon collège supprima nos estrades. Ce changement s'imposait de lui-même : d'après tous les inspecteurs le cours magistral était révolu, le professeur était désormais l'égal de l'élève, quand il n'avait pas à apprendre de lui !

Sans trop savoir pourquoi - les enseignants étant pour beaucoup dans cette nouvelle mentalité - mes collègues et moi-même vécûmes cela très mal. Sans doute les petits s'en trouvèrent-ils diminués ; en particulier de nombreuses femmes qui, à leur bureau, se noyaient dans la classe, obligées d'être debout pour réapparaître ! Mais pas seulement les profs au gabarit modeste. En ce qui me concerne, j'adorais faire claquer mes talons en début de cours, marquant par là ma différence vestimentaire (j'avais des chaussures moi, et non des Nike), appréciant ma position dominante (dominus = le maître) et spectaculaire. C'étaient mes trois coups de théâtre…

La suppression de l'estrade : une perte symbolique

D'un point de vue physique et symbolique à la fois, la perte se révélait considérable. Le corps du professeur n'était plus sanctifié par la hauteur et la distance. Il ne captait plus tous les regards. Il n'était plus le repère rassurant, même si c'était pour s'opposer à lui. Il faut être sacrément hypocrite pour ignorer que cette mise en valeur de l'adulte, sa représentation – un homme, une femme – contribue au plaisir de la classe. Séduction, mais pas seulement. Encore que ! Souvenons-nous de nos fantasmes collégiens. Serions-nous devenus si puritains que l'on ne puisse évoquer ce que le bon sens populaire sait pertinemment ? Et s'en amuse : combien de parents moqueurs appréciaient les progrès de leur fille avec moi ! Sur ce délicat sujet, l'enseignant ancien style le savait : éviter à tout prix le « pathos » de l'élève. Empathie, oui. Mais surtout pas sympathie. Nos zélateurs de « l'écoute » des élèves sont sur la mauvaise pente…

Ob-scène : à la place de la scène. De l'estrade, de la distance, de l'empathie.

Obscénité ordinaire

En fait la directive nationale de suppression des estrades traduisait une mutation idéologique essentielle. On passait de la transmission des savoirs du passé à la communication tous azimuts, ici et maintenant. « L'hypersphère qui est le bocal où nous nageons – quelques-uns s'y noient – nous a fait passer en un demi-siècle d'une société de la distance à une société du contact » note Régis Debray dans L'Obscénité Démocratique. Dépassé à l'école ce bon hussard de la république, à l'ambition élitiste et populaire en même temps, qui savait se mettre à la place de l'élève, mais en sachant toujours garder distance – définition de l'empathie - , celle de l'âge, du bien parler et du but exigeant à atteindre.
Aujourd'hui, place aux profs – animateurs, jeunes, branchés, sympas. A l'écoute. Petit échantillon pris sur le vif de parole spontanée, directe, obscène, cette fois au sens commun du terme.
Heure de vie de classe (sic !), à Nanterre :

Un élève…descendu

Entre devenir élève en restant maître et perdre la maîtrise pour devenir élève, il y a tout un monde ! La sympathie communautarise, prend parti, le jeune contre l'adulte, aujourd'hui contre hier. Elle fait étymologiquement « souffrir avec ». Elle dénonce, comme Philippe Meirieu, le grand réformateur fin de siècle, « l'adultité », terrible fléau qui imposait aux élèves, par exemple, la lecture des grands auteurs ! Pour apprendre le français, toujours d'après lui, la lecture des pubs pour machine à laver était préférable, plus proche de la réalité !
On avait à l'école la bienveillance, on a la démagogie.
En supprimant l'estrade on a « descendu » le professeur au sens propre, figuré et argotique ! Mais aujourd'hui le cœur n'y est plus, personne ne danse autour de son cadavre. Et pour cause : avec lui, on a « descendu » aussi l'élève ! Pardonnez l'oxymore, aucune raison de continuer à appeler celui-ci ainsi, la symbolique de l'élévation a disparu en même temps.
Mais qui sait ? Lassée de cette proximité jeuniste et malsaine, la cité voudra-t-elle peut-être reconstruire son théâtre. Sans doute commencera-t-elle alors par ces planches scolaires, ces estrades qui permettaient de distraire, au sens fort de « sortir de soi », les élèves.
De grâce, que le spectacle (re)commence !

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Daniel Faivre professeur de français.

6 - santé

1 - Les franchises… En toute hypocrisie.

Comment dissimuler les mensonges ? Manipuler l’esprit des braves gens, de telle sorte qu’ils soient abusés, mais, pire encore, pour qu’ils s’abandonnent les yeux fermés à la corde qui va les étrangler ?

La morale ! Une morale simpliste qui désigne un bouc émissaire au regard de grands principes où « la Rrr…esponsabilité » joue le rôle d’un miroir brandi à la face des autres et qui exonère celui qui accuse.

La chasse aux « Zabus », cet animal étrange, qui a la faculté de provoquer la cohésion de ceux qui le traquent…sur les terres du voisin !

Il faut être responsable… C’est beau… C’est unanime. Comment ne pas être d’accord. Quand quelque chose ne va pas au sein d’une collectivité, on renvoie aux individus qui la composent, leur responsabilité, individuelle, personnelle. Et chacun d’entre eux subit l’accusation de tous les autres.

Superbe ! Plus besoin d’opérer des réformes structurelles qui risqueraient d’altérer les « équilibres » garantissant les privilèges d’une minorité. Semons la zizanie au sein des « irresponsables » trop occupés à patauger dans une suspicion générale pour s’interroger sur les causes réelles des pénalités qu’on leur inflige.

Les jésuites n’ont peut être pas inventé la casuistique, mais ils ont eu de bons élèves dans les « élites » qui nous dirigent.

Franchise ! On a donc trouvé ce terme ambivalent - on dit aussi franchise pour l’exonération d’une charge : franchise postale par exemple - pour qualifier ce hold-up social qu’est la retenue, sous des formes diverses, d’une partie des prestations servies par l’assurance maladie en remboursement des frais médicaux.

Le raisonnement est assez grossier. Mais ça marche ! Les dépenses de santé dérapent ? Tant pis, voire, tant mieux, tant que la dépense des ménages alimente les appétits gloutons de l’appareil sanitaire. Mais cette dépense (Plus de 200 milliards d’Euros) est financée à hauteur de 77% par la Sécurité Sociale (mais seulement à 65% pour les soins ambulatoires et à 60% pour les médicaments, prothèses, etc) qui fait jouer ses mécanismes de solidarité (la collectivité paie pour l’individu).

Quelle horreur… ! Voilà l’individu sublimé par le collectif ! Une véritable provocation pour un libéralisme sans complexe qui n’hésite plus aujourd’hui à condamner définitivement les structures sociales érigées en réaction à la paupérisation du XIX° siècle et aux terribles conflits de la première partie du XX° (Cf. l’ineffable Monsieur Kessler ancien n°2 du MEDEF).

Tant mieux donc si les dépenses des patients augmentent. Mais elles ne doivent surtout pas majorer les dépenses de l’Assurance Maladie (la Sécu). Il faut donc atteindre simultanément ces deux objectifs.

Comment ?

On réduit les prestations en diminuant la prise en charge des frais médicaux. C’est une atteinte multiforme précédée d’une culpabilisation générale et d’un appel à la « Responsabilité ».

A propos des médicaments par exemple, qu’entend-t-on en permanence ? : « Les français consomment trop de médicaments ». Et c’est vrai ! Nous sommes « les meilleurs » dans les pays de l’OCDE. Il nous en coûte 33 milliards. Mais qui rédige la prescription de ces médicaments sans laquelle ils ne sont pas délivrés ? Mais qui pousse les médecins à des prescriptions fantaisistes ou excessives sinon la pression de l’industrie pharmaceutique ? Mais qui autorise la mise sur le marché d’une pharmacopée foisonnante où, pour une même molécule, on peut avoir des dizaines de produits identiques ?

Les coupables, c'est-à-dire les malades, à la trique ! Suppression d’un certain nombre de produits dont on conteste l’efficience et non pas l’efficacité (les antidiarrhéïques ou les fluidifiants respiratoires par exemple). Mais on laisse subsister le remboursement d’une homéopathie produite par un laboratoire proche du pouvoir, malgré que l’on n’ait jamais pu démontrer son efficacité. On stoppe à juste titre le remboursement de médicaments inutiles, mais, au passage, on diminue le taux de prise en charge des antihistaminiques, indispensables pour combattre les pathologies allergiques qui se développent, etc, etc…

En plus de l’antique et permanent « ticket modérateur » retenu sur l’ensemble des prestations (de 20 à 80% des tarifs de prise en charge !), on appliquera désormais une franchise, la fameuse franchise, qui réduira encore le remboursement des malades. Et comme les assurances complémentaires individuelles renâclent en voyant se multiplier ces déremboursements qui majorent leurs dépenses, on assortira cette mesure de pénalités pour celles qui manifesteraient quelques velléités de les couvrir. Il y a donc toutes les chances pour que cette ponction supplémentaire pèse directement sur le budget des ménages.

Pour faire passer la pilule, on entonne la complainte compassionnelle. « Les économies vont permettre de soigner le cancer, le sida, l’alzheimer » …et pourquoi pas, les guérir… ! Ecoeurant ! Il suffit d’examiner le budget prévisionnel de l’assurance maladie pour constater que les « recettes » attendues sont comptabilisées dans les ressources générales.

Dans le même temps, pour doper la consommation, l’industrie pharmaceutique et le gouvernement essaient à toute force de libérer le commerce des médicaments des mesures de sécurité essentielles que permet - relativement - l’encadrement médical (prescription par médecin, délivrance par pharmacien). On tente d’instaurer l’automédication (non remboursée évidemment) qui risque de provoquer un danger sanitaire considérable (malgré les précautions précitées, les accidents liés aux produits entraînent 130 000 hospitalisations par an et plus de morts que les accidents de la route - rapport du HCAAM 2006 -) !

A propos de ces franchises qui seraient susceptibles de calmer la boulimie des hypocondriaques que nous sommes, la retenue de 18 euros opérée désormais sur les actes « lourds » (chirurgie par exemple) résonne comme un superbe lapsus. Comment imaginer que beaucoup de malades frétillent de plaisir à l’idée de subir une intervention et qu’une pénalité financière les dissuaderait de ce délice pervers !? C’est donc une volonté étroitement comptable qui inspire ce genre de politique. Comme le disait un excellent économiste, c’est comme si l’on augmentait les frais d’obsèques pour faire baisser la mortalité… !

Sans doute n’en sommes nous qu’au début de nos surprises dans les gribouillages que mettent en œuvre nos éminences pour abuser le badaud. Ainsi, en ce qui concerne la franchise de 1 Euro instaurée en 2004 et prélevée sur les actes médicaux dans la limite de 50€. par an, une modification est intervenue subrepticement dans le libellé d’un décret du code SS. A l’origine, si plusieurs actes étaient dispensés dans une même journée par un professionnel de santé, la retenue s’élevait à un seul euro. A compter du 3 août 2007, cette retenue s’effectue sur chaque acte dans la limite de 4 euros par jour. Les examens de laboratoires notamment en subiront les conséquences (si le médecin a prescrit cinq analyses, la retenue sera de 4 euros).

Nous pourrions multiplier les exemples de cette logique qui culpabilise et abuse les malades en leur servant des arguments qui font frémir : la santé remisée au niveau des risques immobiliers ou automobiles par exemple : (« existe-t-il des assurances sans franchises… » - N. Sarkozy au cours de la campagne présidentielle) et en bricolant discrètement la législation.

Une nouvelle « taxe » de 850 millions donc, qui agrandira l’obstacle de plus en plus infranchissable pour l’accès aux soins des populations démunies. Ça fera les pieds de ceux qui sont coupables d’être malades. Provisoirement, cela n’altèrera pas les revenus des professions de santé (mais lorsque beaucoup ne pourront plus se soigner… ?) et ça réduira les dépenses de la Sécu. Belle manoeuvre !

Un petit dernier, pour la route. Lorsqu’on veut câliner le très influent lobby médical libéral, on procède de deux façons. On augmente les tarifs de remboursement (trois revalorisations sont intervenues depuis 2002 pour la consultation), mais on ne peut pas aller trop loin parce que ça majore les dépenses de la Sécu. Alors, comme on est roué, on a trouvé l’arme fatale. On va laisser déraper les honoraires des médecins et des dentistes (en 2005, 6 milliards d’euros de dépassements !!). C’est tout bénéfice ! Les libéraux sont satisfaits et, puisque la Sécu (totalement défaillante dans sa mission de régulation des honoraires !) ne rembourse pas les dépassements et les régimes complémentaires, peu, ça baigne !

Restent les malades… ? Mais ils sont coupables et responsables ! Qu’ils se débrouillent ! Les meilleurs survivront.

Raymond MARI

2 - Remboursement sécurité sociale

L'Humanité du jeudi 13 décembre a relaté le véritable scandale représenté par le détournement de plusieurs millions d'euros des caisses de la Sécurité Sociale, suite à un énorme dysfonctionnement des systèmes informatiques de la CNAM en 2001. Les cliniques privées, bénéficiaires du paiement de deux, voir trois factures, ne se sont pas pressées pour rembourser. Mieux, elles ont reçues de la Direction financière de Générale de santé, dont elles dépendent, la consigne de classer en bénéfices les doubles paiements non réclamés au bout de deux ans! Quelques 3,7 millions d'euros de versements indus de l'assurance maladie ont ainsi été classés dans la colonne profits d'un document financier interne.

Je ne sais pas si le bug informatique était responsable, mais en juillet et septembre 2004, mes parents alors âgés de 90 et 83 ans se voyaient recevoir deux notifications d'indus pour des sommes de 23,81 et123,12euros. Ces sommes leur avaient été réglées à tort en juillet et septembre 2002. Mon père étant atteint de la maladie d'Alzheimer et ma mère n'ayant plus la capacité intellectuelle de gérer ses affaires, je pris en charge le dossier; Dans un premier temps, je refusai de payer et demandai une remise de dettes. Ceci me fut refusé de manière brutale en faisant référence à l'article 1376 du Code civil stipulant que" celui qui reçoit par erreur ou sciemment ce qui ne lui est pas dû s'oblige à le restituer à celui de qui il l'a indûment reçu." Aucune excuse n'était présentée puisque mes parents, qui, compte-tenu à la fois de leur âge et de leur santé, n'avaient pas vérifié leurs remboursements, étaient tenus responsables. J'acceptais donc de rembourser en demandant le fractionnement en trois mensualités, ce qui fut accepté,

Néanmoins, j'adressai un courrier au Secrétaire de la Commission de recours amiable pour protester contre ces mesures bureaucratiques et demander les raisons de ces erreurs de remboursements. J'attends toujours la réponse. Aujourd'hui, je pense percevoir, avec les révélations de l'Huma , les causes réelles de cette situation. Par contre, pour deux sommes modestes, mes parents ont été pratiquement traités de voleurs,de fraudeurs alors que les établissements de la Générale de santé ont alimenté pendant plusieurs années leur trésorerie avec des fonds qu'ils auraient dû rembourser sans tarder. Le même zèle n'a pas été employé pour faire rentrer les sommes dues, sommes autrement importantes que 156,93 euros! Pour les particuliers, c'est:" payez, il n'y a rien à négocier", pour la générale de santé, c'est:" dans l'autre sens, des dettes de l'assurance maladie ayant été constatées vers la générale, pas de problème". J'avais également adressé une correspondance au Ministre de la Santé de l'époque, Monsieur Douste-Blazy pour lui signaler le problème, afin de connaitre les raisons de ces erreurs et exiger des excuses pour mes parents, frappés moralement par cette demande de remboursement. Mais Douste-Blazy, dont on a aujourd'hui oublié le nom, ne réponds pas au petit peuple.

Je pense que ces affaires, outre le fait qu'elles montrent que les milieux patronaux n'ont pas de scrupules à truander la Sécurité Sociale, alors qu'ils accusent les assurés sociaux d'être responsables de son déficit, mettent en évidence le manque de transparence de la gestion de la Sécurité Sociale. Pour y remédier, et Sarkozy, le grand démocrate ferait bien de s'y pencher, la présence de représentants élus des assurés sociaux est indispensable dans les Conseils d'Administration. Mais c'est vrai que Sarkozy et la droite préfèrent détruire notre protection sociale pour obéir aux désirs du patronat comme l'a demandé récemment Denis Kessler, ancien no 2 du MEDEF, qui propose de faire table rase de tous les acquis de la Libération, nés du programme du Conseil National de la résistance.

De la même façon, plutôt que de pleurnicher en permanence sur les personnes âgées, le Président ferait mieux de s'inquiéter de leur pitoyable sort, à domicile ou en maison de retraite et des innombrables tracasseries administratives dont ils sont victimes. Lui et ses Ministres qui se vantent d'être sur le terrain ne connaissent rien des réalités.

La façon dont est étouffé ce scandale des remboursements à des cliniques privées démontre une fois de plus que ce pouvoir est celui des riches et du MEDEF, et que des pantins "socialistes" y soient associés n'y change rien.

Christian Schneider

Agenda

samedi 19 janvier 2008, 08:00

1ère CONFERENCE DU SUD DE LA FRANCE SUR L'HOMOPARENTALITE

CENTRE RABELAIS
Boulevard Sarrail (Esplanade)
MONTPELLIER

APGL organisée par l'Antenne Languedoc-Roussillon de l'Association des Parents Gays et Lesbiens (APGL)

Le programme de cette conférence se veut d'aborder toutes les situations rencontrées par les homosexuels pour fonder une famille et vivre leur parentalité. Des thèmes encore peu accessibles comme le désir d'enfant chez les transexuels et la gestion pour autrui (GPA, mères porteuses) seront aussi abordés.

Toutes les infos (inscriptions, programmes, etc) à cette adresse: http://conf.homoparentalite.free.fr/

Voir l'agenda complet en ligne

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