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Publié le 16 octobre 2019 – 22 h 16 min , par

ReSPUBLICA développe depuis le printemps dernier l’idée qu’il ne peut pas y avoir de révolution citoyenne si on ne se prépare pas sérieusement à l’ensemble des conditions nécessaires à la gauche pour agir lors d’une des prochaines crises paroxystiques qui ne manqueront pas d’arriver. (Nous continuons d’utiliser le mot gauche, même si la direction de la France insoumise critique cette utilisation, pour la simple raison que son électorat se considère toujours de gauche.)
Dans cet esprit, samedi 12 octobre dernier, il y a eu la réunion des correspondants de l’Appel « Combat laïque-combat social, fédérer le peuple ». Près de soixante camarades délégués venus de toute la France ont acté la nouvelle feuille de route de cette association qui va mener une campagne nationale sur cette condition de la révolution citoyenne pour contribuer in fine à la grande bataille nécessaire pour une nouvelle hégémonie culturelle. Vous recevrez ultérieurement le compte-rendu de cette rencontre.
Aujourd’hui, nous allons revenir ci-après sur une autre condition de la révolution citoyenne : le lien entre la gauche et le réel de l’Union européenne. Nous avons déjà largement développé le fait que l’Union européenne et la zone euro sont des carcans empêchant toute politique émancipatrice. La France insoumise avait largement bénéficié de cette idée en menant à la présidentielle de 2017 une campagne avec le slogan « L’UE, on la change ou on la quitte ». L’abandon, à l’élection européenne de 2019, de cette ligne « anti-système » pour reprendre la même position que l’ensemble de la gauche (« on veut changer l’UE de l’intérieur ») n’est pas pour rien dans son recul électoral du printemps.
Eh bien, deux arrêts récents de la Cour de Justice de l’Union européenne (CJUE) – l’instance qui dit le réel des traités européens – viennent de nous donner des arguments supplémentaires pour affirmer que l’UE et la zone euro sont des carcans empêchant toute politique émancipatrice. Et donc d’invalider la ligne stratégique actuelle de l’ensemble de la gauche française qui compte.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, balayons d’un revers appuyé la contre-argumentation qui vise à dire que la majorité de la gauche et la majorité du peuple sont aujourd’hui favorables à l’Union européenne et à la zone euro. Si le constat est juste, c’est une raison de plus pour pratiquer une éducation populaire refondée visant à se battre pour une nouvelle hégémonie culturelle. Voilà qui montre l’utilité des partis politiques à condition de mener des campagnes nationales à la base pour une nouvelle hégémonie culturelle et ne pas se satisfaire des positions subjectives du peuple à un moment donné.
Ces décisions de la justice européenne sont tellement importantes qu’il devrait y avoir de nombreuses réunions publiques organisées par les organisations syndicales d’une part et politiques d’autre part sur ce sujet !
Voici l’histoire : il était une fois, des dirigeants néolibéraux de la Commission européenne mandatant une des leurs, Margrethe Vestager, commissaire européenne chargée de la concurrence, de réprimander avec bienveillance (comme pourraient le faire des parents réprimandant un de leurs enfants qu’ils adorent) deux multinationales, Google et Starbucks. Eh bien ces deux multinationales qui, elles, connaissent la mesure du rapport des forces – ayant lu Sun Tzu, Machiavel, Clausewitz ou d’autres penseurs éminents de la stratégie – ont estimé que le dit rapport de forces leur permettait de contrer cette réprimande bien légère au demeurant.

Starbucks et les avantages fiscaux

Starbucks, qui atteint en Europe un profit de 19 % de son chiffre d’affaires, pratique l’évasion fiscale légale grâce à des accords fiscaux indus avec un des grands paradis fiscaux européens, nous avons nommé les Pays-Bas ! L’Irlande et les Pays-Bas ont porté plainte aux côtés de Starbucks contre la Commission européenne ! Enfin, la Cour a désarmé définitivement la Commission européenne en estimant qu’il n’est pas tolérable qu’un Etat aide une entreprise en difficulté car cela contredit la « concurrence libre et non faussée » mais qu’en revanche il est normal que des multinationales s’abstiennent de payer des impôts aux Etats : la concurrence entre Etats est autorisée car le désavantage n’est pas démontré pour les entreprises ! Elle est pas belle la vie des multinationales ?
Premier « pan sur le bec » de la gauche française qui ne parle que des paradis fiscaux exotiques au fin fond du monde alors que les principaux paradis fiscaux sont dans l’Union européenne. « Quand le sage montre du doigt la lune, l’imbécile regarde le doigt », dit un proverbe chinois…
Deuxième « pan sur le bec » de la gauche française quant à son appréciation du niveau de solidarité au sein de l’UE.
Troisième « pan sur le bec » de la gauche française qui va peut-être comprendre que cet arrêt va faire jurisprudence en autorisant la suppression des impôts pour les multinationales !
D’ailleurs, toutes les multinationales opérant dans l’Union européenne se sont déclarées satisfaites !

Google et la protection des données personnelles

Google avait contesté la position de la Commission nationale de l’Informatique et des libertés (CNIL) qui impose l’obligation à toutes les plate-formes d’effacer toutes les données personnelles si une personne en fait la demande. Google a plaidé que la liberté d’information doit être supérieure au droit des personnes à protéger . Car Google ne gagne d’argent qu’avec la pub et l’utilisation des données personnelles. La société estime donc que le déférencement éventuel ne devrait pas être élargi au-delà d’un pays ou de l’Union européenne. Donc autorisation d’utiliser et de vendre vos données personnelles hors de l’Union européenne et même dans l’Union européenne si des Etats en sont d’accord ! La CJUE a soutenu la deuxième demande de Google.
Amusez-vous à demander à vos dirigeants nationaux – associatifs, syndicaux ou politiques – ce qu’ils comptent faire pour la souveraineté des Etats, de l’UE elle-même et pour la protection des données des Français ?
Et dites-leur qu’il y a pire que leurs adversaires qui soutiennent le mouvement réformateur néolibéral, ce sont leurs propres amis et camarades qui savent ce qui précède et qui ne font rien !

Catégories : Chronique d'Evariste, Europe