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ReSPUBLICA, le journal de la gauche républicaine

n°571 - vendredi 7 décembre 2007

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1 - chronique d'Evariste

1 - Pour un esclavage moderne...

La révision pour simplification du code de travail est un leurre, une gageure, un « piège à cons », car il ne faut pas avoir peur des mots lorsque l'on prétend se battre pour des conditions d'existence dignes et humanistes. Le nouveau code du travail ne vise pas la simplification des lois, il vise objectivement le rééquilibrage du droit en faveur de l'éthique libérale anglo-saxonne. A ces yeux, l'employé – c'est à dire celui qui est dans l'obligation matérielle de se louer pour vivre – possède à l'heure d'aujourd'hui des droits trop importants. Que visent ces libéraux ?

Pour le temps de travail, le summum serait de mettre en place des horaires à la demande... au caprice ! Plus de délai légal pour prévenir : l'instant suffit ! De fait, la gestion visée est une liberté totale pour l'employeur. L'individu, bridé par le chantage à l'emploi – c'est à dire au revenu – subit l'idéologie de la flexibilité qui ignore toute notion du « temps de vie pour son usage personnel » : cela n'existe tout simplement pas. Plus d'horaires fixes ou prévisibles, toute affaire personnelle n'a pas de poids face au travail. Jours de la semaine, dimanche ou samedi, matin ou journée, soir ou nuit. L'idéologie de la flexibilité nie toute vie privée, c'est à dire toute existence de l'individu autre que celle dédiée au seul exercice professionnel. Dans la flexibilité il y a la volonté d'ignorer qu'un individu puisse être autre chose qu'un être qui échange l'usage de son temps de vie et de son corps contre de l'argent.

Et l'argent, parlons-en ! La rémunération est toujours trop élevée, trop coûteuse. Plus de salaire minimum, plus de « cotisations sociales » (judicieusement rebaptisées « charges patronales »). Tout cela coûte trop cher aux gains. Le nec plus ultra est de proposer les salaires les plus bas possibles mais non nuls ! Le salaire que verse un employeur pour louer le temps de vie de ses employés ne vise pas la mise à zéro, car alors l'employeur serait lui-même responsable des besoins des personnes qu'il emploie. Le salaire dérisoire permet de dédouanement. Il permet la délégation de la recherche et de l'entretien d'un logement, et qu'importe la distance à parcourir pour venir travailler ! De même pour la nourriture : à la charge de l'employé de subvenir à ses besoins, de faire la queue, de chercher les produits bons marchés et de mauvaises qualités. Personne ne peut accuser l'employeur de mal nourrir ses employés, ils s'en chargent eux mêmes ! De même pour les vêtements, la santé, l'éducation. Tant que l'employeur n'a pas la charge de telles tâches, il n'en a pas la responsabilité. Le salaire minimum n'est donc pas nul car il est une délégation : à l'employé, non à l'employeur, d'assumer la responsabilité directe sur son quotidien de plus en plus difficile.

Quand on nie à une personne qu'elle puisse avoir un temps de vie pour autre chose que le travail, il n'y a qu'un seul terme adéquat : esclave. Une personne est un esclave pour quiconque lui nie une existence propre et personnelle hors du travail, pour quiconque lui refuse la reconnaissance et le libre usage de ce que l'on appelle l'existence personnelle. La réduction de l'individu à la seule finalité du travail dans la philosophie libérale anglo-saxonne n'a d'autre qualificatif que celui « d'esclavage moderne ». Il est « moderne » dans le sens où il y a délégation perverse de la responsabilité des charges de survie à l'employé contre le versement d'une somme d'argent toujours plus dérisoire.
Parler « d'esclavage moderne » n'est pas un contre sens ou une négation de ce que fût (et demeure encore... ) l'esclavage. Il en est une nouvelle acception en tant que finalité du libéralisme anglo-saxon sur ce que doit être un employé, c'est à dire un individu qui se loue pour subvenir à ses besoins. La révision actuelle du code du travail désirée par le président Sarkozy suit pleinement dans cette idéologie. La négation de l'existence personnelle de l'employé est le fondement de la réécriture du code du travail.

« La valeur travail » : La porte ouverte au libéralisme !

La construction de la pensée de gauche s'est effectuée sur une monoculture qui n'a eu de cesse – depuis 150 ans – de poser le travail comme une valeur, un référent identitaire. Le nombre de sentences élogieuses ne se compte plus : « le travail c'est la santé ! », « sans travail, on n'est rien », « on se réalise dans son travail », « la valeur du travail », « il faut travailler pour être quelqu'un de bien », etc.
Au tournant du XIXe au XXe siècle, la gauche n'a plus eu qu'une seule pensée dominante pour concevoir le monde, se le représenter, et bâtir un projet d'avenir pour les individus et la société. Là où un brassage et une confrontation permanente d'idées pluri-culturelles auraient été une source de perpétuel renouvellement, la monoculture idéologique l'a emporté. Elle a porté des fruits, mais produit des erreurs, parmi lesquelles le travail comme valeur identitaire pour l'employé est peut être la plus terrible. En effet, plus une personne attache de l'importance symbolique au simple fait « d'avoir un travail », moins elle s'occupe de la rétribution qu'elle en touche. La satisfaction d'avoir un travail, d'avoir « la santé », d'être « quelqu'un de bien » apporte, en soi, une forme de rétribution symbolique que les employeurs et la pensée libérale savent parfaitement utiliser depuis le siècle dernier. La culture de la valeur travail à gauche est une incohérence. D'ailleurs Pétain était-il de gauche en mettant sur les frontons de la France de Vichy : « Travail, Famille, Patrie » ? Et que dire des nazis inscrivant sur le portail d' Auschwitz : « Arbeit macht frei » (le travail rend libre) ... ? Comme pour les valeurs de répartition et de solidarité, de progrès social et de modernisation de la société, d'émancipation et de justice sociale, il y n'a pas de confusion éthique possible entre les valeurs de droite, et les valeurs de gauche. La « valeur du travail » est de droite. Il faut être un intellectuel autiste, vissé sur une chaise, pour soutenir que l'on se réalise dans son travail. Quelle réalisation de soi pour le balayeur de trottoir ? Quelle réalisation de soi pour la femme de ménage ? Pour le serveur d'une boîte de nuit ? Pour l'ouvrier à la chaîne dans le bruit de l'usine ? Pour l'employé de bureau alignant les lignes comptables ? Pour l'éboueur ou l'ouvrier sur un chantier de BTP ? Quelle honte de dire à ces gens : « Vous vous réalisez dans votre travail. » Quel abject mépris pour toutes ces vies.

L'honneur des militants de gauche est dans la modernisation

A la droite, les conservateurs et nostalgiques de l'ordre passé ; à la gauche, l'audace des idées nouvelles et du changement vers plus de bien être et de partage. Assurément, il ne faut pas dénigrer le travail, vouloir sa suppression, faire l'apologie de la fainéantise, ou même de l'égoïsme ! A la « valeur travail », la gauche doit simplement substituer la valeur primordiale de « l'existence libre », du « temps libre pour l'usage de soi ». Car c'est le temps durant lequel l'individu construit sa vie dans le cadre intime, et non dans le cadre professionnel imposé pour lequel la prétendue « réalisation dans son travail » n'est que le baume consolateur.
Le devoir de la gauche est de fonder une idéologie sur la valeur du temps de vie disponible et sur la possibilité d'en user à sa guise, car là est la condition incontournable de se réaliser soi-même et de s'émanciper. Dans cette voie idéologique se trouve une vision alternative de l'individu citoyen et de la société au sein de laquelle le travail apparaîtra, non comme « une valeur » ou comme « la santé », mais comme le moyen d'obtenir une rémunération permettant de profiter de son temps de vie personnel. Plus une personne croit en la « valeur travail », plus elle se satisfait d'en avoir un ; plus un employé perçoit son travail comme une simple nécessité d'obtenir de quoi vivre, plus il se battra pour ce qui est l'essentiel dans son existence : son temps de vie hors du cadre du travail. La gauche doit défendre le code du travail justement parce que travail n'est pas la finalité de l'existence, parce que mesurer une personne par son « capital » et sa « force de production » n'est pas de gauche. La gauche doit défendre le code du travail parce que seule la rémunération et les conditions de travail reposant sur les principes humanistes et républicains permettent de maximiser l'usage libre et personnel de son temps de vie, ce qui est la finalité de l'existence, la condition même de l'émancipation individuelle, le but ultime de la gauche.

 

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2 - La vie du journal et de l'association "Respublica"

1 - Pour le financement régulier de Respublica.

Les capacités d'internet à établir les communications et le transfert d'informations, ont eu pour effet secondaire de laisser croire que le fonctionnement d'un journal pouvait désormais sortir d'une logique de financement et entrer dans le domaine d'une gratuité absolue. Hélas, ce n'est pas le cas.

Les taches de militantisme et d'information, de lecture et d'écriture, doivent absolument rester bénévoles afin de garantir le non intéressement des intervenants, mais d'autres taches doivent nécessairement faire l'objet d'une rémunération. Ces taches sont liées à l'informatique (machines, locations des serveur, maintenance et actualisation des programmes) et à l'assistance de rédaction (mise en page, relecture et correction du journal avant publication). Ces taches sont en passe d'être professionnalisées au sein de Respublica. Plusieurs raisons à cela. D'abord afin ne plus demander à des personnes disposant de « temps libre » (retraités, personne en recherche d'emploi ou à temps partiel) de supporter cette charge ; ensuite, parce que la professionnalisation de ces taches permet d'assurer la continuité du journal, même lors d'une modification importante de l'équipe rédactionnelle ; enfin, parce que l'investissement des personnes impliquées au sein de Respublica doit être mobilisée au maximum vers la production d'articles et la collecte d'informations, et non vers des taches de supports.

Cette démarche de professionnalisme a été l'objet d'un débat interne qui a mis en évidence les limites qu'induit un fonctionnement purement bénévole sur la qualité et la continuité du journal. La rédaction de Respublica lance donc un appel aux dons auprès des lecteurs pour subvenir aux besoins structurels du journal qui, malgré les facilités qu'offrent internet, ne peuvent être réduits à rien. La production d'informations, si elle vise un minimum de qualité, peut certes être réduite grandement, mais ne peut pas être amenée à une absence de dépense.

Dans ce cadre, les dons ponctuels sont importants (ils vont de 40 euros à plus de 100 euros), mais ils offrent une gestion imprécise sur le long terme. Pour permettre plus de continuité et de sûreté, la rédaction propose donc de soutenir Respublica par des dons peu élevés, mais mensuels. De ce fait, les montants proposés sont délibérément très faibles (2, 3, 4, 5, 7, 9 et 11 euros par mois). Ceci afin de permettre un soutien plus large, sans être financièrement important.
La somme pour une année de fonctionnement est de 6 000 euros, une somme faible en regard des frais colossaux d'un journal papier, et en regard de la liste de diffusion de Respublica qui compte aujourd'hui plus de 29.000 personnes. Pour schématiser, il suffit que 400 abonnés soucieux de la pérennité de leur journal versent 3 euros par mois pour assurer une année de fonctionnement et de développement à Respublica. Les retombées de cette structuration du journal seront une plus grande régularité, une meilleure lisibilité et davantage de richesse dans la publication, autant de points qui nous tiennent à coeur et qui nous paraissent essentiel en ces temps de mouvements sociaux et de reconstruction importante de la gauche.

Par avance, merci à tous,

ReSPUBLICA

3 - politique française

1 - Développement durable pour tous... sauf pour EDF !

La dénationalisation des grandes entreprises publiques ne va pas sans la révision des stratégies. La France peut s'enorgueillir d'une production électrique ne produisant quasiment pas de gaz à effet de serre. Et pour cause, le nucléaire représente 80% de la production électrique de notre pays. Làs, le nucléaire a le mauvais goût d'être coûteux et de représenter des échéances bien trop grandes pour les actionnaires privés nouvellement arrivés à la tête du plus gros électricien mondial. Et pour cause : il faut 20 ans pour rembourser une centrale nucléaire et commencer à la rendre « rentable » (comprendre : se remplir les poches). Avec de telles échéances, on comprend que seul un État puisse engager la construction d'un parc nucléaire fiable. La France l'a fait pour son plus grand bénéfice : indépendance énergétique, coût du kWh le plus faible et le plus stable au point que la commission de Bruxelles, jamais en manque d'une initiative pour piller les peuples (à croire que le FMI est son inspirateur... ) a récemment engagé des études pour voir dans quelles mesures EDF ne pourrait pas être attaqué pour... concurrence déloyale. Un comble ! Toujours est-il que la course à l'absence de gaz à effet de serre, la stabilité du coût de l'électricité, l'indépendance énergétique sont très loin des préoccupations des nouveaux actionnaires d'EDF, davantage intéressés par leurs rentes annuelles.

De fait, à l'heure du développement durable, EDF n'a pas fait beaucoup de publicités autour de son projet visant l'installation d'ici 2010 de 4300MW thermiques (c'est à dire produits par des centrales au fioul, au pétrole, au gaz ou au charbon). Pour comparaison, 4300 MW sont l'équivalent de 3 EPR !!

On croit rêver ! Mais non. La raison en est simple : les frais de construction d'une centrale thermique sont ridicules par rapport à ceux d'une centrale nucléaire et l'investisseur peut commencer à engranger les bénéfices dès la 5ième année après la mise en service. Un miracle de rentabilité tout droit venu des paradis du libéralisme ! Un raison suffisante pour polluer la France, surtout quant on sait que la dérégulation du marché de l'énergie permettra de faire varier le prix de l'électricité sans aucun frein autre que celui de vendre et de se remplir les poches. Pour les sceptiques, des visites guidées de l'Angleterre sont possibles. Pensez-y : « L'Angleterre, l'autre pays du libéralisme ! »

L'agent Du Développement Durable

2 - « Quel baratin ! »

Tel était le commentaire le plus fréquent au lendemain du flot de paroles déversé par Nicolas Sarkozy, sourcils froncés, au cours de son intervention télévisée du 29 novembre.

Si l’on en croit le « Robert », « baratin » est bien le mot approprié. Approprié dans son sens actuel (discours abondant, tendant à en faire accroire, à circonvenir) mais aussi, dans son sens plus ancien (portefeuille vide substitué par un complice). Pendant près d’une heure, en effet, en répondant aux questions fort respectueuses de deux journalistes, Sarkozy a joué les illusionnistes dans le but d’éviter à tout prix que les salariés prennent conscience de la sordide réalité : celle du patronat et du gouvernement en train de leur faire les poches.

Nicolas Sarkozy a d’abord utilisé le plus grande partie de son discours fleuve à resserrer ses liens avec les (anciens) électeurs du Front National.

Les récents évènements dans les banlieues n’ont « rien à voir avec le social, ça a tout à voir avec la voyoucratie » a-t-il affirmé, profitant même de l’occasion pour stigmatiser les immigrés « mal intégrés ».

Sa secrétaire d’Etat, chargée de la politique de la Ville, Fadela Amara, venait pourtant d’affirmer la place que tenait ce social dans une formule digne de figurer dans une anthologie « Ce n’est pas parce qu’on est pauvre, exclu et discriminé que l’on peut saccager » (Le Figaro du 29/11/2007). Mais, visiblement, pour Sarkozy, être pauvre, exclu et discriminé n’a rien à voir avec le social.

La réalité est que le néo-libéralisme produit à la fois le désordre et le besoin d’ordre et que dans son sillage apparaissent un peu partout en Europe, des Bonaparte au petit pied qui construisent leur fond de commerce électoral sur cette contradiction, insupportable à vivre pour ceux qui la subissent.

Nicolas Sarkozy a, ensuite, essayé de justifier les réformes qu’il avait déjà faites

Il a tenté de justifier les cadeaux faits aux nantis par la dernière loi de finance.

Il a présenté les crédits d’impôts (2 milliards d’euros)) au titre des intérêts d’emprunt pour l’achat d’une habitation principale comme une mesure favorable aux acheteurs. En réalité cette mesure évitera la chute des prix de l’immobilier et ce que les acheteurs ne paieront pas sous forme d’intérêts, ils le paieront au prix fort en achetant ou en faisant construire leur habitation.

Tout honte bue, il n’a pas hésité à affirmer que la suppression des droits de successions (5 milliards d’euros) pour les héritiers en ligne directe favoriserait les petites et les moyennes successions alors qu’avant le vote de la loi de finance, 80 % des successions n’étaient soumises à aucun droit.

Mais, curieusement, il a oublié de citer l’allégement de l’Impôt sur la fortune (ISF) et renforcement du bouclier fiscal dont la fonction essentielle est de protéger les quelques milliers de contribuables soumis à l’ISF (une obsession pour Sarkozy). Au total, un cadeau de 4 milliards d’euros supplémentaires aux « 200 ou 300 familles » qui mettent le salariat de notre pays en coupe réglée.

Sarkozy n’a pas dit un mot sur des sujets particulièrement préoccupants pour le pouvoir d’achat du salariat

Sarkozy a fait toute sa campagne sur la défense du pouvoir d’achat, du « travailler plus pour gagner plus ». Pourquoi, dans ces conditions, ne s’est-il pas exprimé sur sa volonté d’imposer, en 2008, un nouvel allongement de la durée de cotisation (41 ou 42 ans) pour les retraites ? Il sait pourtant que cet allongement se traduira par une nouvelle baisse du montant des retraites puisque le patronat continue de licencier à tour de bras les salariés de plus de 50 ans et que, de ce fait, la durée moyenne d’une carrière est inférieure à 37 annuités. Pourquoi n’a-t-il pas réaffirmé ses engagements électoraux d’augmenter de 25 % le minimum vieillesse, de revaloriser les petites retraites et les pensions de réversion ? Pourquoi a-t-il choisi de ne rien dire du pouvoir d’achat des millions de chômeurs qui ne trouvent pas de travail et des centaines de milliers de salariés à temps partiel à qui l’on refuse de travailler à temps plein ?

Pourquoi, lui qui assure vouloir tout mettre sur la table, n’a-t-il pas eu un seul mot pour tenter de justifier les franchises médicales qui s’attaquent au pouvoir d’achat des plus fragiles ? Pourquoi est-il resté muet sur le sale tour qu’il venait de jour à 780 000 foyers (850 000 personnes) qui ne payaient pas la redevance TV et qui seront obligées de verser 118 euros en 2008 ? Est-il si loin des réalités quotidienne qu’il n’ait même pas compris ce que signifiait, pour le pouvoir d’achat du salariat, l’augmentation vertigineuse du prix de l’essence ou des tarifs des mutuelles au fur et à mesure du désengagement de l’assurance maladie ? Les seules mesures positives de ses propositions ont été empruntées au projet socialiste : l’indexation des loyers sur l’inflation et la limitation à un mois de loyer du dépôt de garantie.

Pourquoi n’a-t-il pas soufflé un seul mot de la loi de finance rectificative qu’il fera voter après les élections municipales et cantonales pour instaurer sa fameuse TVA « sociale » ?

Sous couvert d’augmenter le pouvoir d’achat, Sarkozy a surtout, tenté de faire passer ses « réformes »

Il a proposé qu’une conférence réunissant l’Etat, les syndicats et le patronat fixe le calendrier 2008 de négociation de ses futures « réformes ». Il ne s’agit même plus, là, de discuter à quelle sauce les salariés veulent être mangés mais des horaires du repas.

Sans souci de vraisemblance, il a présenté, en vrac, les « réformes » qu’ils comptaient de toutes façon imposer aux salariés ou aux étudiants comme des réponses à leurs problèmes.

Il veut privatiser EDF. Il présente donc la vente de 3 % du capital de cette entreprise comme le moyen de mettre en place « un plan d’investissement » dans les universités françaises.

Il veut que les salariés travaillent le dimanche. Il explique donc qu’ils le pourront, s’ils sont « volontaires » et que cette journée leur sera payée double. Le procédé est pourtant déjà bien usé. Il en allait de même, par exemple, lorsque les agences bancaires ont commencé à ouvrir le samedi avec volontariat et primes exceptionnelles. Aujourd’hui, la très grande majorité des agences bancaires sont ouvertes le samedi mais le volontariat n’existe plus et les primes exceptionnelles ne sont plus qu’un lointain souvenir. Il en ira exactement de même avec le travail du dimanche.

Sarkozy veut réduire la Sécurité sociale à la portion congrue : au nom de la défense du pouvoir d’achat il multiplie donc les exonérations de cotisations sociales que l’Etat, malgré ses engagements, est loin de compenser.

Sarkozy veut surtout en finir avec les 35 heures et plus fondamentalement, comme le réclame le Medef, avec l’horaire légal de travail. Il propose donc par « accord majoritaire » de « s’exonérer des 35 heures » « en échange d’augmentations de salaires ».

Mais il oublie de préciser ce qu’est aujourd’hui un « accord majoritaire ». Non pas un accord signé par un ou des syndicats ayant obtenu la majorité des voix aux élections professionnelles, mais un accord signé par une majorité de syndicats « représentatifs ». Dans une entreprise où sont présents les cinq syndicats « représentatifs », cela signifie que la signature de trois d’entre eux (même s’ils représentent au total, moins de 10 % des voix) sera un « accord majoritaire ».

Il oublie surtout de préciser qu’il s’engage, comme l’exige le Medef, sur la voie de la suppression de l’horaire légal de travail. Mais lorsque l’horaire légal (35 heures aujourd’hui) aura disparu, il n’y aura plus d’heures supplémentaires. L’horaire légal a, en effet, une seule fonction : indiquer le seuil à partir duquel le temps de travail doit être payé au tarif des heures supplémentaires. Cet horaire légal n’a rien à voir avec l’horaire effectif. La quasi-totalité des entreprises en France travaillent aujourd’hui 39 heures par semaine ou plus. Ce que veulent la Droite et le Medef, c’est supprimer les 35 heures et avec elles l’horaire légal pour ne plus avoir à payer d’heures supplémentaires.

Cette volonté de s’engager dans la voie de la suppression de l’horaire légal et de ne plus avoir ainsi à payer d’heures supplémentaires dans le privé éclaire d’un jour un peu particulier la proposition faite par Sarkozy aux fonctionnaires : payer les heures supplémentaires au même tarif que dans le privé.

La formule que veut imposer Sarkozy est destructrice : pas d’augmentation de salaire sans augmentation du temps de travail. C’est une solution qui encourage le patronat à geler les salaires, les qualifications, les carrières. Pour gagner plus, il ne servira à rien de travailler mieux, d’avoir acquis une qualification, il faudra travailler plus.

Sarkozy n’est jamais aussi généreux que lorsqu’il s’agit de donner aux salariés ce qui leur appartient déjà

Il propose de débloquer la « participation ». Mais ces sommes sont déjà acquises par les salariés et s’ils les dépensent aujourd’hui, ils ne les auront plus demain. C’est la définition même de la fuite en avant.

Ils proposent aux salariés de vendre leur RTT : cela représente 5 milliards d’euros affirme-t-il d’un air gourmand comme si ces milliards lui appartenaient ou appartenaient à l’Etat.

Il propose même de payer les heures supplémentaires non payées, dans le privé, la fonction publique, les hôpitaux. Là encore, cet argent ne lui appartient pas. Mais verser aux salariés l’argent qui leur est du, paraît être pour Sarkozy, le comble de la générosité.

Quand il s’agit d’augmenter réellement les salaires, Sarkozy est beaucoup plus prudent

En juillet, il refusait d’augmenter le Smic au-delà du minimum légal. Cela ne l’empêche pas, en décembre, d’affirmer qu’il ne peut rien faire pour augmenter les salaires dans le privé.

Pour les 42 % de salariés dont les entreprises n’ont pas mis en place de « participation », il propose qu’une prime (évidemment exonérées de cotisations sociales) soit versées aux salariés. Mais tout est laissé à l’arbitraire patronal.

Il affirme que « là ou il n’y a pas de négociation salariale, il n’y aura plus d’allégements de charges ». Cette affirmation n’engage strictement à rien : cela fait plus de 20 ans que dans les grandes entreprises les négociations annuelles sont obligatoires. Mais il n’y a aucune obligation d’aboutir et ces négociations ne servent à rien dans la plupart des cas : l’employeur accorde ce qu’il aurait de toute façon accordé que la négociation ait ou n’ait pas eu lieu.

La poule et l’œuf

Le discours de Sarkozy, débité à la cadence d’une mitrailleuse, n’a pas toujours brillé par sa cohérence. Le Président était visiblement nerveux.

Aussi a-t-il, tout d’abord, reconnu qu’augmenter les salaires, c’était « redonner du carburant à la croissance française ». Mais il a ajouté, un peu plus tard « la seule façon de redonner du pouvoir d’achat, c’est de créer les conditions de la croissance et de réhabiliter le travail ».

Alors qui tirera le premier ? La poule ou l’œuf ? Le pouvoir d’achat ou la croissance ? Sarkozy ne nous l’a pas dit. Visiblement, lui-même n’en savait rien.

Voir cet article sur son site d'origine

Jean-Jacques Chavigné www.democratie-socialisme.org

3 - Appel pour une autre réforme du service public d'enseignement supérieur et de recherche

"L'enseignement et la connaissance sont importants parce qu'ils définissent ce qui, à travers les siècles, a fait de nous des humains, et non parce qu'ils peuvent améliorer notre compétitivité mondiale", ainsi s'exprimait récemment D. Faust, présidente de l'université de Harvard.

Comme l'université française a assumé depuis vingt ans un quasi-doublement des effectifs étudiants sans moyens suffisants pour accompagner cette évolution, elle se trouve aujourd'hui en grande difficulté pour remplir les missions de production et de transmission des connaissances qu'implique une telle vision. Pour améliorer cette situation, de nombreuses propositions ont été formulées par la communauté scientifique. Mais le gouvernement les a ignorées et a tiré argument des difficultés réelles de l'université pour transformer complètement, brutalement et sans réelle concertation, l'ensemble du dispositif national de recherche et d'enseignement supérieur, afin que celui-ci puisse être géré comme une entreprise, afin qu'un objectif majeur de l'enseignement supérieur soit la professionalisation immédiate, et que la recherche soit avant tout finalisée et à court terme.

L'urgence aurait dû être d'investir massivement dans les universités, y compris en moyens humains. Mais l'urgence pour le gouvernement a été la mise en place de la LRU (Loi libertés et responsabilités des universités), c'est-à-dire un cadre (l'autonomie des universités) qui lui permette d'accélérer un désengagement financier, tout en masquant cette démarche par des effets d'annonce. Cette autonomie verra un fort accroissement des pouvoirs attribués aux présidents d'université, qui auront en particulier la haute main sur les processus de recrutement de personnel, au mépris de la norme internationale, qui recommande un recrutement par des pairs compétents.

L'autonomie scientifique des universités ne sera qu'une façade dans une construction dirigiste et centralisée entièrement contrôlée par l'ANR (Agence Nationale de la Recherche), imposant une recherche sur projets à court terme, sans prise de risque, sur les axes détaillés établis par le ministère, avec un nombre croissant de personnels précaires. Ce dispositif de contrôle du champ scientifique par le politique est complété par l'AERES, agence d'évaluation entièrement constituée de personnalités nommées.

Les phénomènes de concentration de pouvoirs sans contre-pouvoirs seront aggravés par la disparition programmée des EPST en tant qu'organismes de recherche ayant une politique scientifique autonome, en particulier le CNRS, principal vecteur d'une recherche non finalisée sur le long terme privilégiant la pluridisciplinarité et la prise de risque. Les UMR (Unités Mixtes de Recherche, dépendant d'une université et d'un organisme de recherche), représentent l'endroit où peut s'articuler une vision nationale et internationale assurée par les organismes de recherche, et la dimension locale qui relève de l'université de tutelle. Cette articulation permet de coordonner l'effort de recherche dans chaque champ disciplinaire et dans le contexte international. La commission d'Aubert prépare aujourd'hui la suppression de fait de cette double tutelle, et s'apprête ainsi à casser un système qui a fait la preuve de ses vertus structurantes.

Face à ces mesures qui nous paraissent inadaptées et dangereuses, nous demandons :

Nous demandons que les principes défendus ici soient pris en compte, et se traduisent dans les faits par un changement net de la politique menée actuellement. Nous demandons que soient clairement explicitées les perspectives d'évolution de notre système, et que toute nouvelle décision engageant son avenir soit précédée d'une concertation avec les instances véritablement représentatives des personnels. Dès à présent, nous nous attacherons à animer le débat sur ces questions auprès de nos collègues et concitoyens. Prochainement, un bilan sera fait de la prise en compte de ces demandes, notamment par la commission d'Aubert, et à travers les budgets affectés aux universités et aux organismes de recherche. Si ce bilan ne fait pas apparaître les garanties indispensables et que se confirment les menaces sur l'avenir des organismes de recherche, nous mettrons en oeuvre d'autres moyens d'action pour stopper cette évolution.

Signez l'appel

Parmi les premiers signataires:
Chantale Astier, Présidente de la section 65 du CNU, CA Paris Sud ; Henri Audier, chimiste, DR émérite au CNRS ; Giuseppe Baldacci, Président du CS du Département SdV du CNRS ; Pierre Beauvillain, Président de la section 08 du CoNRS, DR CNRS ; Jean-Claude Beloeil, Président du CS du Département de Chimie-CNRS ; Yehezkel Ben-Ari, Directeur d'Unité INSERM, Marseille ; Gilles Bergametti, Président de la section 19 du CoNRS, DR CNRS ; Jacques Bertoglio, DR Inserm, Président CSS2 Inserm ; Pascal Binczak, Professeur agrégé de droit public, Président de l'Université Paris 8 ; Philippe Blache, Directeur d'unité, Aix-en-Provence ; Michel Blay, philosophe, Président de la section 34 du CoNRS ; Christophe Blondel, DR CNRS, coordinateur des secrétaires du Comité national de la recherche scientifique ; Gilles Boetsch, Président du Conseil scientifique du CNRS ; Paul Bouffartigue. DR, Directeur de GDR ; Edouard Brézin, physicien, Professeur à l'université Pierre et Marie Curie ; Julien Brossard, Physicien, IR CNRS ; Michel Broué, mathématicien, professeur à l'université Paris 7 ; Pierre Celsis, Directeur d'unité INSERM ; Christophe Charle, historien, professeur à l'univ. Paris 1, directeur de l'IHMC ; Jacqueline Clavel, DR Inserm, Directrice d'unité ; Alain Croisy, Directeur d'Unité INSERM/Institut Curie ; Georges Debrégeas, physicien, CR CNRS ; Alain Desbois, Directeur d'Unité, CEA Saclay ; Pascal Devolder, CS de l'université Lille1 ; Jean-Marc Douillart, secrétaire scientifique du CS du CNRS ; Daniel Dubuisson, DU, CS de Lille 3 ; Jacques Dumarchez,, DR, Président du CS du département PNPP-CNRS ; Dominique Duprez, Directeur d'unité, Président de la section 36 du CoNRS ; Houssam El Assimi, étudiant ; Stefan Enoch, CS de l'université Paul Cézanne Aix-Marseille 3 ; Jean Fabbri, mathématicien, maître de conférences à l'université de Tours ; Nicolette Farman, DR, CA de l'INSERM ; Michèle Gally, Professeure à l'Université d'Aix en Provence ;Christian Gautier, Professeur à Lyon 1, directeur adjoint d'UFR, Président de la section 29 du CoNRS ; François Gervais, Professeur, Directeur d'Unité, Tours ; Dominique Giorgi, Président de la section 22 du CoNRS ; Michael Gutnic, Maître de conférence, Math, CA Université Louis Pasteur de Strasbourg ; Martine Hossaert-McKey, DR, Présidente de commission interdisciplinaire CNRS ; Jacqueline Heinen, sociologue, Professeure à l'université Versailles-St-Quentin, présidente de la CPCNU ; Alain Huetz, Directeur d'unité, Physique ; Bernard Jégou, DR INSERM, président de la CSS 6-INSERM ; Pierre Joliot, biophysicien, Professeur honoraire au Collège de France ; Bruno Julliard, étudiant ; Rose Katz, DR inserm ; Annick Kieffer, sociologue, Ingénieure CNRS ; Yves Langevin, astrophysicien, DR CNRS, président de la CPCN ; Jean-Luc Mazet, biologiste, chercheur CNRS ; Jacques Mazier, professeur, CA de Paris 13 ; Patrick Montfort, Membre du CA du CNRS ; Bertrand Monthubert, mathématicien, Professeur à l'université P. Sabatier ; Jacques Moret, biologiste, Professeur au Muséum d'histoire naturelle, vice-président de la CPCNU ; Rémy Mosseri, physicien, Président du Conseil Scientifique du Département MPPU-CNRS ; Pierre Netter, biologiste, professeur à l'Université P. et M. Curie, directeur d'école doctorale ; Marc Peschanski, Directeur d'Unité INSERM ; Pascal Petit, Président de la section 37 du CoNRS ; Christian Pihet, professeur de Géographie, Président de la section 39 du CoNRS ; Yveline Poncet, Directrice du Centre d'Orléans de l'IRD ; Jeannine Richard-Zappella, Présidente de la section 34 du CoNRS, U. de Picardie ; Marie-Louise Saboungi, Directrice d'unité, Orléans ; Jean-Loup Salzmann, CA de l'université Paris 13, Directeur du SAIC ; Frédéric Sawicki, politiste, Professeur à l'université Lille 2 ; Raymonde Séchet, Directrice d'unité, CS de l'Université Rennes 2 ;Yvan Ségui, Président du Conseil Scientifique du Département ST2I (CNRS) ; Isabelle Sommier, politiste, maître de conférences à l'université Paris 1, directrice du Centre de recherches politiques de la Sorbonne ; Serge Steer, Directeur de recherche INRIA, CA de l'INRIA ; Daniel Steinmetz, ingénieur de recherche CNRS, élu au CA du CNRS ; Alain Trautmann, biologiste, Directeur de Recherche au CNRS ; Henri Vial, Président de la section 23 du CoNRS ; José Eduardo Wesfreid, Directeur d'unité

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Sauvons La Recherche recherche-en-danger.apinc.org

4 - Quand la "simplification" devient le cheval de Troie du libéralisme: 2 vidéos à voir

La première vidéo est sur le la demande d'un nouveau référendum pour le traité européen dit "simplifié" (et qui n'a de simplifié que son mode d'imposition au peuple français):

http://www.dailymotion.com/video/x3mapu_un-nouveau-referendum_politics

Traite-europ-cnr

 

La deuxième vidéo, proposée par le comité Attac 92, est une interview de Gérard Filoche sur la casse du code du travail à travers, là encore, ça soi-disant simplification:

http://www.dailymotion.com/attac92

filoche-code-trav2

ReSPUBLICA

5 - Communiqué de l'AML, après les propos antisémites du ministre algérien Mohammed Chérif Abbès

Reconduire les servitudes séculaires

Au moment même où s’élaborait un appel[1] initié par des historiens algériens et français qui « demande aux plus hautes autorités de la République française de reconnaître publiquement l’implication première et essentielle de la France dans les traumatismes engendrés par la colonisation en Algérie, une reconnaissance nécessaire pour faire advenir une ère d’échanges et de dialogue entre les deux rives, et, au-delà, entre la France et les nations indépendantes issues de son ancien empire colonial », le ministre algérien des anciens combattants, Mohammed Cherif Abbès, dans un entretien accordé lundi 26 novembre au quotidien algérien « Al Khabar », évoque l’origine juive du président ou de tel ou tel de ses ministres, et attribue l’élection présidentielle au « lobby juif qui a le monopole de l'industrie en France ». Rappelons que c’était le même Mohammed Cherif Abbas qui avait lu, le 5 mai 2005, lors d’un colloque à Sétif, l’incroyable discours qui assimilait la colonisation au nazisme, et les fours à chaux d'Heliopolis (Guelma, 1945) aux fours à gaz d'Auschwitz, en présence d’historiens français dont un certain nombre avaient quitté la salle.

Indépendamment du caractère grotesque de cette déclaration – qui, apparemment, n’a guère soulevé de protestations en Algérie et qui a même été soutenue par le président de l’Organisation nationale des moudjahidin, Saïd Abadou –, indépendamment de « la résurgence qu’elle manifeste des préjugés antisémites les plus nauséabonds », pour reprendre les termes du communiqué de la Ligue des droits de l’homme, elle est révélatrice d’un certain état d’esprit, dont la conclusion de cet entretien donne quelques clés : « Aujourd’hui des rapports d’égal à égal ne sont pas envisageables, les Français ne sont pas prêts, en particulier durant le mandat de M. Sarkozy. Si je devais rencontrer le président français, je lui dirais : “Faute avouée est à demi pardonnée?. »

A quoi servent « les juifs » dans la rhétorique du pouvoir algérien actuel, au prix d’un déni de l’histoire de l’Algérie dans laquelle s’inscrit l’intime du rapport entre musulmans et juifs indigènes ? A nourrir indéfiniment le ressentiment pour se légitimer et refaire du consensus – et quel consensus ! –, à faire fond de commerce d’un antisémitisme latent très sensible dans les cercles du pouvoir et dans les mouvances islamistes ; à rejouer la colonisation, et la fierté nationale sur un théâtre désert auquel personne ne croit plus ; à « reconduire les servitudes séculaires propres à un passé révolu » (Mohammed Harbi, « Une presse sans déontologie », juin 2005).

Ce sont précisément ces servitudes séculaires que l’appel « France-Algérie : dépassons le contentieux historique » (http://www.ldh-toulon.org) se propose d’ébranler, c’est cette parole d’égal à égal à laquelle il donne réalité, sans qu’il soit question de repentance, de faute ou de pardon : il est question de la reconnaissance par la République française d’un fait historique donné. C’est le déni des faits qui ouvre la porte au racisme, qu’il soit contre les Arabes ou contre les juifs : aux citoyens algériens de découvrir ce que l’antisémitisme officiel veut dénier.

Paris, le 2 décembre 2007,
Association du Manifeste des libertés

Notes

[1] Appel rendu public le 1er décembre 2007, dans « le Monde » ( [charger le lien] ), « l’Humanité », et dans les quotidiens algériens « El Watan », « le Quotidien d’Oran » et « Al Khabar », et que nous soutenons (il est affiché pour signatures sur le site de la LDH-Toulon : [charger le lien]).

Tewfik Allal Le Manifeste des Libertés

6 - Le souhaitable et le possible

L’inexcusable et l’inexplicable

Sarkozy a de la chance et en politique, c’est utile. Alors qu’il devait parler de pouvoir d’achat, les événements de Villiers–le-Bel lui ont permis de ressouder son électorat, et pas seulement le sien sans doute, sur les thèmes de l’ordre et du travail, sans grandes précautions stylistiques et avec une assurance de bonimenteur, le jour même où un sondage ne trouvait plus que 49% de français, satisfaits du président.

Non pas que le sujet soit sans intérêt, et on doit trouver tout à fait naturel que le chef de l’Etat se préoccupe de la relation entre une partie de la population et les fonctionnaires de police, surtout lorsque quelques-uns des premiers ont tendance à prendre les seconds pour des perdreaux à tirer.

Ce qui est plus gênant, cependant,  c’est que son analyse des causes soit si légère ; ainsi seul le laxisme des équipes gouvernementales précédentes expliquerait ces explosions périodiques, avec ses corollaires que sont les phénomènes de gang, bien réels et l’immigration non intégrée !

Or cet homme que le communautarisme dans sa version libéralo-anglo-saxonne a conduit à remettre en cause dans l’esprit public la loi de 1905, a fait pression sur une majorité godillotesque et a capté une opposition vallsifiée pour multiplier les alourdissements et l’automaticité des condamnations pénales. C’est à la fois tromper son électorat sur l’efficacité des mesures prises à son initiative et mépriser les fonctions réelles de l’Etat de maintien de la paix publique dans le respect des droits de l’homme.

Quant aux restrictions des crédits d’équipement, à la déchéance forcée des services publics, à l’absence d’un développement urbain cohérent ou à la carence d’une politique économique dont la préoccupation soit réellement la création d’emplois, il n’en fut pas question. Les complaisances de courtisans des faire-valoir de la soirée excluaient de vraies questions à partir de vraies enquêtes de journalistes.

Sur le pouvoir d’achat, un tour de passe-passe

On a cependant parlé de pouvoir d’achat, mais vraiment peu et en se gardant de rappeler au président que le pouvoir d’achat d’un salarié, c’est d’abord le pouvoir d’achat de son salaire. En effet travailler plus, faire des heures supplémentaires permet de gagner plus ; mais la part de plus-value transférée de la rémunération du travail à celle du capital dans le quart de siècle écoulé, ne sera pas inversée et parler, dans ces conditions, de revalorisation du travail est très inapproprié.

Ce n’est qu’une hausse générale des salaires et, pour la FT, une augmentation de la valeur du point d’indice sur lequel est assise la grille hiérarchique des traitements, qui marquerait une volonté politique de revalorisation, y compris financière des agents concernés.

L’idéal eut donc été, qu’après avoir annoncé et mis en œuvre les éléments du bouclier fiscal, M.Sarkozy, affichant un équilibre plus « respectueux » des citoyens dans leur diversité, annonçât que l’équivalent du cadeau fiscal en cause, serait consacré au pouvoir d’achat des salaires et des retraites, l’Etat employeur donnant l’exemple pour ses personnels puisque le patronat préfère rémunérer l’actionnariat par l’ajustement du coût du travail, aussi bien en termes de rémunération que d’emploi.

La brutale pleureuse de Matignon ayant proclamé que la France était en faillite et chacun répétant qu’il n’y a pas d’argent, la moindre des choses serait d’expliquer aux Français la nature de la dette publique : quels sont les intérêts payés, voire surpayés, quels sont les créanciers , quels sont les délais…Si d’aventure certains de ces créanciers étaient des personnes physiques ou morales de nationalité française et domiciliées en France (précision utile quand sur les 300 plus grosses fortunes en Suisse, 29 appartiennent à des patriotes français !), il conviendrait de comptabiliser ces créances dans le PIB et non pas dans les dettes quand on établit le rapport de l’endettement par rapport au PIB. Serait-ce exiger trop de transparence ?

Même des actes symboliques, comme la réduction du train de vie de l’Etat ne sont pas esquissés : est-on certain que tous nos ministères soient utiles ? que les retraites des parlementaires soient un modèle d’équité ? que la multiplication du personnel à l’Elysée ou le salaire du président soient des urgences ? que l’accompagnement du président dans ses déplacements soit à ce point pléthorique ? Encore n’avons nous pas connaissance de projets d’architecture de prestige chez l’actuel locataire du 55 Fbg St Honoré… Les seules amputations de dépenses portent, hélas, sur des fonctions sociales de l’Etat : enseignement, hôpitaux, protection de la jeunesse, politique d’aménagement du territoire, ou sur des transferts de compétences insuffisamment financés en direction des collectivités territoriales, qui en tout état de cause sont des rouages de l’Etat !

Le président de la République parle de réformes mais son engagement politique ne lui permet assurément pas d’être le président de tous les Français et la réforme n’est pas un concept univoque. Il est certain en revanche que le projet de société à proposer aux Français pour leur redonner l’enthousiasme nécessaire à un avenir de progrès partagé tarde à se dessiner. La politique de communication unilatérale, le contrôle éhonté des medias, le bourrage de crâne ne facilitent pas le réveil des consciences mais un enfant se lèvera un jour pour dire, « Le roi est nu ».

Jean-Paul Beauquier

7 - Entretien avec Pierre Larrouturou : «L’hyperlibéralisme nous conduit dans le mur»

Parler de l’effondrement du système capitaliste comme vous le faites dans votre livre et dire que la crise de 1929 est devant nous, n’est-ce pas exagéré ?

Comme le dit l’agroéconomiste Lester Brown, nous sommes sur des «trajectoires d’effondrement». Aucune des tendances actuelles n’est durable. C’est vrai de la crise sociale, de la crise financière et, bien sûr, de la crise écologique. Nous sommes au bout d’un système. Il est urgent de construire une alternative globale.

Vous mettez tous les pays occidentaux dans le même sac…

Il y a quelques différences mais la précarité s’est généralisée dans l’ensemble des pays occidentaux. Au Japon, 32 % des emplois sont précaires. En Allemagne, 6,3 millions de salariés n’ont que des emplois à 400 euros (pour 15 heures par semaine). Aux Etats-Unis, le pays du plein-emploi selon Nicolas Sarkozy, il y a tellement de petits boulots que la durée moyenne du travail, sans compter les chômeurs, est tombée à 33,7 heures. La précarité s’installe partout, et même ceux qui ont un emploi stable sont obligés de revoir à la baisse leurs demandes salariales : «Si t’es pas content, va voir ailleurs», remplace souvent toute vraie négociation. Même le FMI, plutôt libéral, explique, dans son dernier rapport, que la part de la richesse qui va aux salaires a fortement baissé dans tous les pays occidentaux : «La baisse atteint 10 % en Europe et au Japon.»

Est-ce aussi valable pour la France ?

Depuis vingt-cinq ans, en France, la négociation sur les salaires est tellement déséquilibrée que la part des salaires et cotisations sociales dans le produit intérieur brut (PIB) a chuté de 11 %. Onze pour cent de chute sur un PIB de 1 800 milliards, ce sont cette année quelque 200 milliards d’euros qui vont rémunérer le capital, alors qu’ils iraient aux salariés si nous avions conservé l’équilibre de 1982. François Fillon dit que, sans réforme, le déficit des retraites sera en 2020 de 1 % du PIB, mais depuis vingt-cinq ans la part des salaires et cotisations a reculé de 11 % du PIB. Bien sûr qu’il faut réformer les retraites, mais l’essentiel est de lutter contre le chômage et la précarité. Si la part des salaires remontait de 6 points, le financement des retraites serait bien plus facile.

Mais la croissance se maintient presque partout…

Au prix d’un endettement sans précédent. Les libéraux passent leur temps à critiquer la dette des Etats. Mais le plus grave c’est sans doute l’envolée de la dette privée, celle des ménages. Dans de nombreux pays, le seul ressort de la croissance est l’endettement des ménages. La crise des crédits subprimes aux Etats-Unis en est une preuve : tout a été imaginé pour pousser les ménages à s’endetter sur des montants incroyablement élevés et sur des périodes extrêmement longues.

Cette crise n’est qu’un début. Aux Etats-Unis, la dette totale des ménages, des entreprises et des collectivités (sans parler du secteur financier) vient de dépasser les 230 % du PIB. En 1929, lors de la dernière grande crise du capitalisme, le même ratio atteignait «seulement» 140 % du PIB. Si on ajoute la dette du secteur financier, la dette atteint 340 % du PIB américain ! Du jamais-vu. Les chiffres sont formels : la croissance européenne, ou américaine, serait négative depuis sept ans si nous n’avions pas fortement augmenté la dette privée.

Le capitalisme ne tiendrait que grâce à l’endettement ?

Oui. Au Japon, aux Etats-Unis, en Nouvelle-Zélande, au Danemark, en Espagne, en Angleterre, dans tous les pays que les libéraux prennent comme modèle, la croissance se maintient grâce à l’endettement privé. En 2006, la dette des Etats-Unis, hors secteur financier, a augmenté huit fois plus vite que le PIB. Si la crise immobilière américaine se répand dans le reste de l’économie, elle ne sera pas sans effets sur l’économie chinoise et donc sur la situation sociale (déjà tendue) de ce pays. Une grande part de sa croissance vient des exportations vers les Etats-Unis et l’Europe. Si les Etats-Unis tombent en récession, qui peut être sûr que ce qui s’est passé en Allemagne dans les années 30 ne se rejouera pas en Chine, avec Taïwan à la place de l’Alsace-Lorraine ? L’hyperlibéralisme peut nous conduire à la catastrophe. Faut-il attendre que la crise explose pour réagir et construire une alternative ?

Faut-il reprendre les modes de régulation des Trente Glorieuses ?

Il faut moderniser les règles proposées par Keynes, Ford et Beveridge. En 1917, Ford, le patron des automobiles du même nom, expliquait qu’il avait doublé la productivité de ses usines, mais qu’il fallait écouler cette production, qu’il fallait donc des consommateurs avec un vrai pouvoir d’achat. Il expliquait aussi qu’en période de crise les patrons veulent tous baisser les salaires. Mais s’ils baissent tous les salaires, qui achètera la production ? Ford plaidait en faveur de règles collectives, de façon à ce que les salaires augmentent en fonction de la productivité. Mais peu de patrons ont suivi ses recommandations. La crise de 1929 s’explique surtout par un découplage entre la productivité et le pouvoir d’achat des travailleurs.

Plus tard, après la Seconde Guerre mondiale, les recommandations de Ford ont été adoptées, notamment en Europe. Les salaires ont progressé au même rythme que la productivité. La seconde régulation des Trente Glorieuses est celle de Beveridge, avec l’adoption d’un système de sécurité sociale. Keynes nous a appris que lorsque ces deux régulations ne suffisent pas, l’Etat doit intervenir par le biais de sa politique monétaire et/ou de sa politique budgétaire.

Vous affirmez que la mondialisation n’est pas responsable du chômage ni non plus de la crise sociale.

Depuis 2002, depuis que la Chine est membre de l’OMC, nul ne peut nier l’importance des importations chinoises en Europe. Je propose que l’Europe négocie avec la Chine des montants compensatoires, pour obliger la Chine à respecter d’ici cinq ans les règles du jeu social et environnemental, qu’elle avait officiellement acceptées avant d’adhérer à l’OMC. Mais pour le moment, le chômage en Europe ne s’explique pas par la concurrence des pays à bas salaires : globalement, hors Europe, la balance commerciale de la France est équilibrée ! Plutôt que la mondialisation, ce sont les gains de productivité qui ont détruit des emplois.

On vit une vraie révolution. La France est le pays qui a le plus augmenté sa productivité. En trente ans, l’économie française produit 76 % de plus avec 10 % de travail en moins. Le total des heures travaillées est passé de 41 milliards d’heures à 36,9 milliards par an. Mais en même temps, grâce au baby-boom et grâce au travail des femmes, la population active passait de 22,3 à 27,2 millions de personnes. Le travail nécessaire à l’économie a baissé de 10 %, mais le nombre de personnes disponibles a augmenté de 23 %. Un écart de 33 % s’est creusé entre l’offre et la demande de travail.

Cet écart serait la principale explication du chômage ?

Oui. Si depuis 1974 la durée individuelle du travail avait baissé de 33 %, le chômage serait resté à son faible niveau de 1974. Or la durée réelle du travail a très peu baissé. Du coup, un partage du travail assez sauvage s’est mis en place : 19 millions travaillent plein pot (à 39 heures, en moyenne, avec les heures sup), 4 millions de personnes – les chômeurs – font 0 heure par semaine, et 4 millions sont à temps partiel.

Au moment où les 35 heures sont décriées, vous plaidez pour la semaine des quatre jours…

Les 35 heures étaient déjà dans le programme commun en 1980. Est-ce un horizon indépassable ? 400 entreprises, de tous secteurs, sont déjà passées à quatre jours, avec un financement qui permet de stabiliser la masse salariale sans toucher aux salaires en dessous de 1 500 euros.
Si tous les salariés passent, en moyenne, à quatre jours et si l’entreprise crée au moins 10 % d’emplois en CDI, elle bénéficie d’une exonération des cotisations chômage qui permet d’équilibrer la masse salariale. Selon une étude du ministère du Travail, un mouvement général vers les quatre jours permettrait de créer 1,6 million d’emplois en CDI. Si l’on divisait par deux le chômage, la négociation sur les salaires aurait une tout autre allure. Si l’UMP et le Medef sont tellement hostiles à une forte RTT, c’est parce que, bien négociée, elle serait, à moyen terme, le moyen le plus puissant de faire remonter les salaires. La gauche devrait être plus claire sur ce point.

Après le 21 avril 2002, vous êtes entré au Parti socialiste. Cinq ans plus tard, ce que vous racontez sur le fonctionnement de la Rue de Solferino est accablant.

Soyons clairs. Ce n’est pas ma famille politique que je critique, mais seulement les dix ou les quinze qui squattent Solferino. Leur paresse ou leur aveuglement deviennent scandaleux. Je pensais que le choc du 21 avril serait suffisant pour déclencher des débats de fond. François Hollande m’avait demandé de rejoindre la commission économie du PS, où j’espérais que nous allions vraiment travailler. Hélas, cette commission ne s’est pas réunie une seule fois pendant deux ans. Ne soyez pas étonnés si le PS n’a pas grand-chose à dire sur la fiscalité, les retraites ou encore le chômage.

Difficile d’imaginer que des Strauss-Kahn, Fabius, Hollande ou Royal n’ont aucune analyse critique de la situation…

Les statuts du PS prévoient que nous devrions avoir deux conventions par an pour approfondir une question. Depuis cinq ans, depuis le choc du 21 avril, nous aurions dû avoir dix conventions, dix grands moments de réflexion, sur le chômage, l’éducation, les questions Nord-Sud, l’environnement… Nous n’en avons eu aucune !

Pas une seule convention depuis cinq ans, est-ce un élément d’explication de la défaite du PS aux présidentielles ?

C’est la principale explication. Ségolène Royal aurait dû s’appuyer sur un projet du PS. Je suis délégué national chargé de l’Europe depuis deux ans. Mais je n’ai pas eu une seule heure de travail avec Hollande ou Moscovici sur les questions européennes. Et je raconte dans mon livre que quand les dirigeants socialistes allemands viennent à Solferino pour réfléchir à une relance de l’Europe nous n’avons rien à leur dire, car nous n’avons rien préparé…

Ce refus du débat manifesté par Solferino est d’autant plus scandaleux que jamais les élus locaux, les militants, les associations et les universitaires n’ont «fourni» autant de matière pour construire un projet crédible.

En s’ouvrant à tous ces acteurs, le PS aurait pu, assez facilement, dessiner les contours d’une nouvelle société. Hélas, pendant cinq ans, François Hollande a refusé tout débat de fond. Il faudra un jour qu’il s’en explique.

Rien de changé depuis l’élection de Sarkozy ?

J’ai sous les yeux le programme du «grand forum de la rénovation», que la direction du PS organise le 15 décembre. Le menu est alléchant : «Les socialistes et le marché. Quels modèles de croissance justes et durables aujourd’hui ? Une stratégie économique nationale et européenne offensive pour un socialisme moderne.» Hélas, le grand forum commence à 10 heures et il s’achève à… 13 heures ! Trois heures de débat pour actualiser l’ensemble du projet économique du PS. Je suis peut-être un peu lent intellectuellement, mais je ne suis pas totalement certain que trois heures soient suffisantes pour actualiser notre projet économique.

Aucune convention thématique en cinq ans. Des grands forums qui durent à peine trois heures… «C’est du sabotage. Du foutage de gueule», explosait l’autre jour un militant du sud de la France.

Cela devient tellement caricatural que je ne comprends pas ce que l’équipe de Solferino a dans la tête. Je constate seulement que de plus en plus de militants et d’élus qui jusque-là la soutenaient disent que ce refus du débat devient inacceptable. Insupportable.

Hier, j’ai entendu à la radio que deux médecins sont traduits en justice pour non-assistance à personnes en danger. Je pense que s’ils s’obstinent à ne rien faire, certains dirigeants du PS pourront être un jour poursuivis pour non-assistance à peuple en danger. Non-assistance à civilisation en danger.

C’est une appréciation grave…

J’assume mes propos. Je critique le fonctionnement d’une équipe sans juger telle ou telle personne. Il y a deux semaines, lorsqu’elle défendait les sans-abri, Josiane Balasko poussait un coup de gueule en demandant : «Qu’est-ce qu’ils foutent les mecs du PS ?» Je me pose la même question. Comme tous les rocardiens, je connais les défauts de Mitterrand, mais il avait l’obsession de construire une Europe forte. Aujourd’hui, qu’est-ce qui motive réellement les principaux dirigeants du PS ? Education, chômage, dérèglement climatique, relations Nord-Sud… Qu’est-ce qui les empêche de dormir ? Pourquoi font-ils de la politique ? Je ne sais pas.

Que faites-vous pour faire bouger les lignes au sein de ce PS que vous décrivez amorphe ?

Avec douze parlementaires, des premiers fédéraux, des élus et des militants, nous lançons une pétition pour que le PS se mette enfin au boulot, et qu’il s’ouvre à tous ceux qui veulent construire le progrès social[1]. Les statuts du PS sont clairs : si nous recueillons 5 000 signatures de militants PS ou 50 000 de citoyens non-PS, la direction sera obligée de nous écouter. La gauche se remettra au travail.

Les idées de gauche sont plus complexes que celles de droite. «En période de crise, il faut que chacun travaille plus. Et les Noirs, il faut qu’ils rentrent chez eux.» Un message de ce style passe bien en trente secondes à la télé. Ça parle au cerveau reptilien, à ceux qui veulent de la castagne. Les idées de gauche sont moins intuitives. Il faut plus de temps pour les expliquer.

Si la gauche attend 2011 pour se mettre au travail, alors nous sommes sûrs de nous prendre encore une veste. C’est en 2008 qu’il faut se mettre au boulot.

Notes

[1] La pétition est sur [charger le lien]

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Vittorio DE FILIPPIS

8 - Charges patronales, non ! Salaires mutualisés, oui !

Tant que nous continuerons à parler de "cotisations patronales (ou pire de"charges patronales" ) au lieu de "salaire mutualisé" on laissera croire que la Droite a le droit de dispenser le patronat du versement de ces cotisations/salaires "mutualisés" .
Ne parler , à juste titre, que de salaires mutualisés , c'est montrer du doigt la Droite qui vole une partie de la totalité du salaire des employés.

Il n'y a pas deux types de cotisations sociales : la "salariale" et la soi disante "patronale". Il n'y a qu'une seule cotisation de "solidarité / répartition " issue du salaire total que l'employeur doit débourser quand il paie les services de celui qui est de fait un "employé" qui échange son temps de vie contre de l'argent.

Et la stratégie est facile pour réduire la dite "charge/cotisation patronale ", il suffit d'un artifice de langage !
D'ailleurs, ce n'est pas pour rien que la Droite parle de "charges patronales" : C'est lourd à porter, c'est pénalisant , c'est un frein à l'économie. L'usage d'un tel vocabulaire est bien plus utile pour ses visées idéologiques, que parler des "cotisations de solidarité/répartitions " ! C'est même à croire que ces deux derniers mots sont tout simplement absents de son vocabulaire et de sa vision du monde...Mais on sait pourquoi !
Remarque en passant : Balladur avait la correction de parler de "salaire différé " ce qui est mieux.. mais toujours faux, car la cotisation sociale n'est pas mise en réserve quelque part pour vous être reversée , différée à plus tard ).

Dans un "travail déclaré", l'employeur est obligé de débourser en fin de mois un salaire. Par exemple : 1500 € de salaire net + 100 € de cotisation salariale, auquels il faut ajouter 400 € de charges dites "sociales patronales" mais qui sont les cotisations de répartitions/solidarité. Pour l'employeur, la location du temps de vie de l'employé vaut donc au total 2000 €.

Que se passe-t-il dans un "travail au noir" ?

L'employé touche "en douce " à la fin du mois ses 1500 + les 100 € de votre cotisation sociale + 150 € (l'employé et l'employeur partageant les 400 euros : 150 pour l'un 250 pour l'autre).
"Au noir", les deux partenaires paraissent donc gagnant/gagnant. Le salarié voit son salaire net augmenter à 1500 + 250 ( au lieu des 1500 "déclarés") et l'employeur empôche 250 € d'économie (puisqu'il ne les reversera à personne ). Mais la répartition ? La solidarité ? ... rien ! sans parler de la protection sociales ou de la retraite !

Or, ce qui prouve que les 150 € font déja partie de la totalité du salaire est que ce soi-disant "plus" que l'employeur octroie en fin de mois est pris sur les cotisations qui appartiennent à l'employé ! Ear cette somme de 150 euros n'est pas un cadeau, mais bien une partie du salaire TOTAL, moins une économie réalisée sur le dos l'employé qui s'imagine être gagnant simplement parce qu'il voit son salaire net augmenter. L'employeur a réalisé une économie de 250 € sur le dos de son employé, qu'il garde bien sûr pour lui !

Finalement, dispenser des employeurs (comme le fait à grands coups médiatiques Sarkozy ... et plus ou moins François Hollande) de reverser une partie de la cotisation sociale à la solidarité nationale revient en réalité à voler les employés d'une partie de leurs contribution à la solidarité et à la santé dont ils bénéficient ! On comprend pourquoi les employeurs préfèrent parler de "charges" plûtot que de "salaire total"...
La réduction des soi disantes charges patronales est assurément une perte de salaire "mutualisé".

Pierre NICOLAS

4 - combat féministe

1 - Violences faites aux femmes en Seine-Saint-Denis : enfin des chiffres

L’Observatoire département des violences faites aux femmes de Saine Saint Denis vient d’organiser une série de journées consacrées à « Dire la violence pour l’interdire ». L’occasion de présenter les résultats d’une enquête conduite par Maryse Jaspard auprès de plus de 1566 femmes de 18 à 21 ans dans le département et de comparer leur situation aux chiffres de l’Enquête nationale sur les Violences faites aux femmes réalisées en 2000 sur les 19-24 ans, selon la même méthodologie.

Les résultats sont sans appel. Si la violence sexiste existe dans tous les milieux, elle est 4 à 5 fois plus élevée dans le 93. 23 % ont subi des violences physiques, 13% des violences sexuelles, souvent avant l’âge de 16 ans. Car contrairement aux idées reçues, ces violences physiques sont moins souvent causées par des jeunes garçons (plutôt responsables d’insultes) que par des adultes dans le cadre familial, qui cumulent les actes de violences : coups, mariages forcés, excision etc. Mais les femmes du département sont également beaucoup plus nombreuses que la moyenne nationale à subir des insultes ou des agressions sexistes.

Sur ces 1566 jeunes femmes, 200 sont en situation de voir leurs fréquentations et leurs sorties contrôlées. Une quarantaine s'est vue exposée à une demande de mariage forcé et 9 ont fini par être mariées de force.

Bonne nouvelle, le travail pour briser l’omerta effectué ces dernières années par des associations féministes ou par Ni putes ni soumises, a porté ses fruits. 68% des femmes parlent désormais des violences dont elles sont l’objet autour d’elles alors qu’elles étaient exactement l'inverse, 68%, à ne pas le faire en 2000.

Mauvaise nouvelle, tous les travailleurs sociaux vous le diront, le meilleur moyen de lutter contre les violences faites aux femmes est de garantir leur autonomie en matière de logement (pour leur permettre de fuir les violences conjugales et familiales et de se reconstruire). Or dans ce domaine, l’actuel ministère du logement de Christine Boutin et de Fadéla Amara ne leur est d’aucun secours. Obnubilé par le tout « sécuritaire » et le « tout propriétaire », il ne pense qu’à vendre 40 000 HLM… Résultat, l’Observatoire départemental des violences faites aux femmes ne peut compter que sur le Conseil général et sur certaines communes de Seine-Saint-Denis pour obtenir des appartements où des femmes pourront prendre un nouveau départ. 13 communes sur 40 ont pour l’instant signé. Soit 21 appartements. Il en faudrait bien plus.

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5 - obscurantisme religieux

1 - Benoît XVI critique la science qui ne peut offrir l’espérance de la foi

Ce qui est extraordinaire avec les chrétiens, c'est cette capacité à frustrer le monde et l'existence ; à rendre sale et mauvaise toute chose. La vraie question à poser face à un chrétien est : " En quoi l'humanité doit-elle être rachetée ? Qu'est ce qu'un enfant qui nait a bien pu faire pour que les chrétiens insistent à ce point sur la nécessité qu'il a de se racheter ? " ... Et d'ailleurs, se racheter auprès de qui ?

Hélas nombre de chrétien ont complètement oublié les racines de ce qu'ils nomment pourtant "leur religion". La plupart ignorent totalement l'enseignement de leur culte, ses lois et ses principes. Ils ne sont plus chrétiens que par le folklore de leur famille. Et le terme "folklore" est ici bien à propos, car il désigne bien la persistance d'habitudes, d'usages, de gestes, dont le sens a été complètement oubliés. Finalement, loin des encycliques, des bulles et de la bible, la reproduction mécanique, machinale - et pour tout dire : "instinctive" ! - des gestes est l'arme la plus sûre du pape pour maintenir ses effectifs.

A répéter que le monde et l'humanité sont malades, le christianisme les a rendu laids aux yeux des gens. Il a même réussi à faire en sorte que les gens se sentent laids, sales... et qu'ils veuillent se racheter. Mais auprès de qui d'ailleurs ? et pour quelle faute ? ... toujours aucune réponse.
A quand un christianisme qui invitera aux plaisirs du corps et de la danse ? Ce jour là, gageons que le pape en mourra, et curieusement, beaucoup de nouveaux nés iront danser sur sa tombe pour fêter la bonne nouvelle, le nouvel évangile : ils pourront vivre sans qu'on leur demande de se racheter. Mais pourquoi d'ailleurs ?

Guillaume Desguerriers

 

CITE DU VATICAN (AFP) - Le pape Benoît XVI a critiqué dimanche “le développement de la science moderne? qui ne peut pas racheter l’humanité et offrir “à l’homme et au monde le besoin de Dieu? sans lequel il n’y a pas d’espérance dans la vie.
“Le développement de la science moderne a confiné toujours plus la foi et l’espérance dans la sphère privée et individuelle de sorte qu’il apparaît aujourd’hui de manière évidente, et parfois dramatique, que l’homme et le monde ont besoin de Dieu, du vrai Dieu, sans lequel ils restent privés de l’espérance?, a-t-il dit au cours de la prière dominicale de l’Angélus.
Le pape reprenait le thème de sa deuxième encyclique, “Spe salvi? (sauvés par l’espérance) qu’il a rendue publique il y a deux jours à peine. Il l’a d’ailleurs souligné devant les milliers de fidèles réunis place Saint-Pierre au Vatican, affirmant que “ce dimanche (le premier de l’Avent, ndlr) est une bonne journée pour offrir à toute l’Eglise et à tous les hommes de bonne volonté ma deuxième encyclique?.
L’Avent est la période entre le quatrième dimanche avant Noël et Noël pendant laquelle on prépare cette fête. “La science contribue beaucoup au bien de l’humanité mais elle n’est pas en mesure de la racheter?, a poursuivi le pape. “L’homme est racheté par l’amour qui rend bonne et belle la vie personnelle et sociale. C’est pourquoi la grande espérance, celle pleine et définitive, est garantie par Dieu?, a-t-il conclu.

Guillaume Desguerriers

6 - International

1 - Référendum au Vénézuela : Le Non l'emporte, Chavez doit revoir sa stratégie

Deux cent mille voix auront suffit à infliger à Chavez une défaite politique importante, tant pour le Venezuela que pour l’ensemble de l’Amérique Latine progressiste.
Les raisons de ce revers des partisans de la révolution bolivarienne sont nombreuses, elles démontrent les failles d’un pouvoir trop sûr de lui-même et l’isolement d’un dirigeant entouré de plus en plus par des courtisans, incapables d’éclairer le président et le gouvernement sur la situation réelle de l’opinion populaire.

Le référendum portait sur la possibilité donnée au président de se représenter indéfiniment ainsi que sur une soixantaine d’articles de loi modifiant la constitution. S’agissant de la première proposition, Chavez porte une responsabilité directe dans la défaite : en proclamant lors de diatribes interminables qu’il est prêt à se représenter jusqu’en 2050, il affiche clairement la volonté de devenir président à vie tel Moubarak ou Kadhafi. L’opposition, clairement soutenue par les Etats-Unis, a eu beau jeu de dénoncer le début d’un pouvoir dictatorial pour les quarante prochaines années. De plus, cette disposition n’était valable que pour le poste de président de la République, les maires ou les gouverneurs des états n’étant pas concernés. Ainsi, une bonne partie des élus chavistes n’a tout simplement pas fait campagne.

Autre point important qui a joué pour le non, la remise en cause du principe, certes dans certains cas exceptionnels, de la propriété privée. Citons une anecdote : une vieille femme à qui Chavez avait en personne trouvé une maison lors de son émission de radio « allo Présidente », a déclaré craindre que l’on le lui reprenne si le oui passait. Au Venezuela, la petite propriété est généralisée et les classes moyennes, en particulier, sont très rétives à toute idée de collectivisation. L’opposition a pu facilement affoler les petits propriétaires qui se sont mobilisés en masse.

A l’opposé, les mesures positives tels que la journée de travail de 6 heures ou l’élargissement de la sécurité sociale, proposition également contenue dans le référendum, apparaissent comme bien théoriques. En effet le Venezuela est un pays où l’on travaille très peu, le chômage déguisé étant la règle. La productivité est une notion peu efficiente sous ce tropique, comme dans d’autres pays bénéficiant de la rente pétrolière. Quant à la sécurité sociale, elle ne pouvait toucher que la classe moyenne, les habitants des « Barrios » (bidonvilles) étant déjà soignés par les médecins cubains. Or, ces classes moyennes disposent déjà d’assurances privées leur donnant droit à une médecine de qualité. Ainsi, les « pauvres » ne se sont pas mobilisés comme lors des élections présidentielles où Chavez avait recueilli plus de trois millions de bulletins supplémentaires que lors de référendum.

Enfin, le fait de pouvoir limiter le droit d’expression de la presse en cas d’établissement de l’état d’urgence aux modalités d’application peu claires n’a pas été favorable au oui. Comme beaucoup de pays d’Amérique latine, le Venezuela dispose d’une presse très violente, très polémique, au ton souvent ordurier, à l’image de la presse française de l’entre-deux-guerres. Il est difficile de se rendre compte de l’ampleur des attaques contre Chavez figurant dans les médias contrôlés par l’opposition. Mais les Venezueliens sont très attachés à cette liberté débridée où tout le monde s’insulte joyeusement. En voulant limiter la liberté de la presse, Chavez s’est mis à dos bon nombre de catégories sociales, en particulier les intellectuels et les étudiants. L’opposition a bien sûr « sur-joué » la menace sur les droits de l’homme, avec le relais de l’ensemble des médias internationaux pro américains.

Ainsi, Chavez a perdu : il semble d’ailleurs très affecté par cette première défaite en huit ans. Espérons qu’il saura en tirer les leçons. L’échec de la construction d’un parti Chaviste aurait dû l’alerter, la personnalisation du pouvoir empêche la construction d’une alliance populaire majoritaire et démocratique. Le peuple n’est pas simplement là pour applaudir le « leader », il doit être l’acteur principal du processus politique de transformation sociale.

Philippe Hervé

7 - combat laïque

1 - L'Islam réformiste se bat.

Partout, le besoin de l'extrême droite catholique de se créer un ennemi intégriste à sa mesure fait passer l'islam pour une religion extrême.
Or, comme pour les chrétiens (et Respublica salue au passage Golias), l'islam possède des courants laïques et progressistes qui militent pour l'égalité des hommes et des femmes, pour plus de respect des autres, pour la liberté du corps. Ces combats sont difficiles à mener, peut être davantage pour eux que pour les chrétiens. Les citoyens laïques doivent épauler et soutenir de telles actions, car non seulement elles garantissent à la République l'étouffement des foyers intégristes, mais elles enseignent aux croyants des religions respectueuses des autres, des différences et participent ainsi à la paix de toute la République. Certes, nos actions contre tous les intégrismes (chrétiens, islamiques ou autres) les aident, mais l'islam ne changera pas sous l'action de penséurs extérieurs, mais parce qu'en son sein des hommes et des femmes se battent pour le réformer.
Aux héritiers d'Ibn Rochd, Respublica apporte tout son soutien.

http://heritiers-ibn-rochd.over-blog.com/

Évariste Pour réagir aux articles,
écrire à evariste@gaucherepublicaine.org

2 - Sarkozy a dit "Islamophobie"

En un mot, Nicolas Sarkozy a ruiné tous les efforts des associations antiracistes féministes et laïques luttant contre la confessionnalisation des identités et du débat public.

Le 29 novembre dernier, lors de son intervention télévisée, il réagissait aux propos antisémites du ministre algérien des anciens combattants en expliquant qu'il était résolu à combattre l'"antisémitisme et l'islamophobie". Il vient de récidiver lors de son séjour en Algérie.

L'utilisation de mot — contre laquelle Fiammetta Venner et moi-même n'avons cessé de mettre en garde depuis 2003 — est grave. Par sa portée anti-laïque, le mot "islamophobie" assimile la critique de la religion et de l'idéologie islamique à du racisme envers les musulmans. En vertu de quoi, il est utilisé par les associations intégristes pour faire taire tout esprit libre, à commencer par les musulmans laïques — souvent traités d'"islamophobes" par ces intégristes.

En donnant une aura présidentielle à ce mot pensé par les intégristes pour faire passer le blasphème pour du racisme, Nicolas Sarkozy trahit la lettre de soutien qu'il avait adressée à Charlie Hebdo lors du procès des caricatures intenté par des organisations comme l'UOIF — qui prétendait confondre la publication de caricatures avec du racisme "islamophobe".

Inconscience ? En réalité, l'utilisation de ce mot s'inscrit très logiquement dans l'approche communautariste et complaisante envers l'intégrisme qui a toujours guidé l'action de Nicolas Sarkozy au ministère de l'intérieur. Il a toujours été persuadé qu'il fallait être dur avec les délinquants et les immigrés mais tendre avec les communautés religieuses pour équilibrer. D'où la place de choix accordée à l'UOIF au sein de l'Islam de France.

Mais cela correspond aussi à sa vision religieuse des identités. On se souvient qu'il avait nommé un préfet en le désignant comme "musulman" (il avait même déclaré : "être musulman cela se voit sur la figure). Certains pensaient que son accession au poste suprême freinerait cette dérive. C'est faux. Elle ne fait qu'empirer.

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3 - Kouchner et son homologue allemand rappent avec un intégriste notoire

Bernard Kouchner et son homologue allemand se sont découvert une vocation de chanteurs de rap, et ont décidé, en vue de promouvoir les valeurs de l’intégration, d’enregistrer une chansonnette en compagnie du chanteur de rap germano-turc Muhabbet. Mauvais choix: celui-ci semblerait être, au vu de certaines de ses déclarations, un intégriste de la pire espèce.

Examinons les faits:

Le 12 novembre 2007 a donc eu lieu un enregistrement accablant et néanmoins mémorable qui aurait pu se contenter d’être le degré zéro de la musique, mais qui se transforme en bavure politique, enregistrement qui réunissait le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner, son homologue allemand Frank Walter Steinmeier et le chanteur de rap germano turc Muhabbet.

L’objectif déclaré de cet enregistrement était de promouvoir les valeurs de l’intégration, en mettant en valeur la réussite d’un label germano-turc dont le studio se trouve dans un quartier difficile de Neukölln.

Le ministre allemand eut, à l’issue de cette réalisation musicale "haut de gamme", cette forte déclaration pleine d’enthousiasme et de générosité : "à côté de toutes les erreurs, de tous les ratages de l’intégration, il est des coopérations qui réussissent". Il ajoutait : "ici, on voit que nous profitons les uns des autres, de la richesse des cultures". Admirable sentiment, certes. Malheureusement, au-delà de la consternation musicale qui saisit l’auditeur à l’écoute de cette navrante prestation, que l’on peut, par curiosité malsaine, écouter ici, on s’aperçoit qu’encore une fois les bons sentiments, même agrémentés d’expérimentations cacophoniques, aboutissent rarement à de la bonne politique !

En effet, le chanteur Muhabbet, dont le nom signifie en langue turque "amour, affection, conversation agréable" (cf. la référence ci-joint)

ne semble pas, dans ses textes, mettre en valeur les qualités humaines que laisserait espérer son patronyme. Jugeons-en sur les paroles d’une de ses chansons :

"D’où je viens ? Je viens de la cuisine de l’enfer ! La plupart de vous autres connards (Fotzen = salopes, cons) connaissez l’endroit sous le nom de Kölle (Köln, Cologne, prononcé Kölle pour rimer avec Hölle - l’enfer). Ici, rien n’est comme il faut, tout pue le poisson et l’égoût. C’est plein de doubles faces et de masques. (...) Car je sais que le chien qui aboie ne mord jamais. Moi je ne dis rien, et je te sors la lame. Après avoir percé, fais attention : ne vas pas trop loin ! Je te tue, car je n’ai aucune patience pour les bavardages de connards (Fotzen). Dans la capitale des pédales, le Hollywood allemand, tout le monde vit selon les tendances des médias et des clubs."

Mais cette violence verbale n’est rien à côté du reste des déclarations du personnage : en effet , la journaliste allemande Esther Schapira a révélé ici les fracassants propos qu’auraient tenus antérieurement ce rappeur : il aurait dans le passé déclaré que Théo Van Gogh "avait eu beaucoup de chances de mourir si vite, que si ça n’avait tenu qu’à lui il l’aurait torturé longuement avant de le finir". Il aurait de plus affirmé que "Ayaan Hirsi Ali méritait également la mort" !

On s’aperçoit donc que nos deux ministres aurait du réfléchir à deux fois avant de trouver ce moyen de promouvoir les valeurs de l’intégration en compagnie de ce rappeur, et tourner sept fois la langue dans leur bouche avant de chanter !

Quelles conclusions peut-on tirer de cette grotesque affaire ?

1°) Sur le choix "musical" du rap tout d’abord : né en 1939 et donc âgé de 68 ans, il est fort peu plausible que Bernard Kouchner apprécie le rap. En effet, le rap, pour l’immense majorité des personnes de plus de 45 ans, est une musique totalement inécoutable, voire insupportable ! On imagine donc mal Kouchner avoir des disques de rap dans son salon, ou se rendre à un concert de rap pour d’autres motifs que politiques... Ce choix musical est donc dicté par la démagogie (il faut donner l’impression de faire jeune) et témoigne d’une certaine hypocrisie. On est là typiquement dans le degré ultime de la politique-spectacle. Le problème de la politique spectacle survient quand ses adeptes, se donnant en spectacle, en deviennent des guignols, ce qui est le cas ici !

2°) pour se faire une idée de l’énormité de ce cafouillage ministériel et de cette faute lourde politique, il suffit de faire quelques expériences de pensée :

3°) Ceci témoigne enfin de la déliquescence des valeurs républicaines dans la France de 2007. Un ministre des Affaires étrangères est censé représenter les valeurs de la France et la politique de la France à l’étranger. Or , il faut rappeler que la France est actuellement partie prenante d’une intervention en Afghanistan, avec laquelle on peut ne pas être d’accord, mais dont le but, qui devient de plus en plus théorique, était au départ en principe de libérer le peuple afghan du joug des talibans, dont l’idéologie liberticide est fort semblable à celle du rappeur Muhabbet...On attend avec impatience les réactions à ce sujet du ministre de la Défense Hervé Morin ! Quelle opinion peut-on avoir à l’étranger de la France, qui se targue d’être le pays des droits de l’homme, et dont le ministre des Affaires étrangères pousse néanmoins la chansonnette avec un ennemi déclaré de ces mêmes droits de l’homme ? Bernard Kouchner, dont on subit encore les conséquences de son passage au ministère de la Santé, semble bien parti pour faire nettement pire aux affaires étrangères (ce qui paraissait au départ inimaginable et irréalisable !), néanmoins on l’imagine mal présenter ses excuses aux citoyens de ce pays, ni sa démission après cette énormité (responsable, mais pas coupable ?)

4°) Enfin on ne peut que s’étonner du silence assourdissant des médias français sur cette affaire, alors que le ministre allemand a dû quand même vaguement se justifier auprès des médias allemands :

Ce silence des médias pourrait encore une fois donner aux citoyens l’idée d’une certaine connivence de ces médias avec le pouvoir en place...

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8 - à lire, à voir ou à écouter

1 - Clémenceau, de Michel Winock

Clémenceau, de Michel Winock, Éditions Perrin, 2007, 568 pages, 24 euros.

Un esprit à courte vue me dit récemment qu' être curieux de la vie et de la personnalité de Clémenceau, c'était comme être admirateur de Mussolini.
Cet "ami" aux idées courtes,lui même disciple ab absurdo du vieux Léon Trostki, me ressortit tous les vieux poncifs contre Clémenceau pour me prouver que le jeune militant républicain révolutionnaire proche de Blanqui avait mal tourné comme Mussolini s'était écarté de la classe ouvrière.

Lire Clemenceau, de Michel Winock, permet de rompre définitivement avec cette vision manichéenne des hommes et de l'histoire.
On découvre dans cette formidable biographie un Clémenceau emplis de certitudes toujours pondérées par l'analyse, le réalisme et la volonté de paix. Révolutionnaire formé par l'enfermé, il se sépare de Blanqui en préférant le suffrage universel à l'insurrection du vieux comploteur.

Proche des idéaux communards, il choisi cependant la lutte parlementaire et refuse la guerre civile.
Pour lui l’individu libre,l’intervention de l’État solidaire, la Laïcité républicaine, la justice sociale et le patriotisme généreux sont sa boussole contre toute idéologies et manouveuvres idéologiques massifiantes.

La biographie de Winock marque une étape dans la nécessaire déconstruction de la caricature encore dominante d’un homme d’État qui, de héraut de la gauche radicale se serait mué en assassin des ouvriers (on lit comment il tenta à chaque mouvement sociaux de négocier avec la CGT pour calmer les anarcho-syndicalistes ), en affreux réactionnaire. Vision obtuse que dément la lecture de l'ouvrage. Sans rien lui concéder de ses faiblesses ni de ses erreurs, Winock, nous livre un ouvrage parsemé de longues citations toutes choisies avec justesse. On lira avec délectation ses déclarations contre l'article 4 de la loi de 1905, lui qui voulait une vraie loi laïque et non un compromis boiteux. Winock nous délivre une vision équilibrée, précise, sans compromissions d'un fauve capable d’une orientation humaine et sociale, un « premier flic de France » bien plus pragmatique qu’on n’a dit, un chef de guerre qui n’était pas l’apprenti dictateur ou le jusqu’au boutiste dénoncé par ses ennemis puis les enfants du trotskisme. Winock décrit aussi un parfait honnête homme, féru d’arts, de lettres et de sciences et de culture. Un vrai républicain honnête dont on se prend à rêver qu'il revienne remettre la République française de 2007 sur les rails de 1789.

Clémenceau, de Michel Winock, Éditions Perrin, 2007, 568 pages, 24 euros.

Nicolas Pomiès

Agenda

lundi 10 décembre 2007, 18:30

« Libéralisation de l'électricité : quels risques pour les citoyens ? »

À la Maison de l'Éducation Permanente
1, place Georges Lyon
à Lille

conférence-débat

Avec :

Commencée en 1998, la libéralisation du marché de l'énergie dans l'Union Européenne vient de franchir une nouvelle étape en France : depuis le 1er juillet 2007, les particuliers sont « libres » de choisir leur(s) fournisseur(s) de gaz et d'électricité. Mais les consommateurs s'inquiètent : augmentation des prix, devenir des tarifs régulés, réversibilité du choix d'un nouveau fournisseur...

Le service public garantissait un accès à tous à ce produit de première nécessité (une forme d'équité sociale), qu'en sera-t-il avec l'ouverture à la concurrence ? Le marché, naturellement « court-termiste », est-il compatible avec la logique à long terme de pérennité de la ressource énergétique qui caractérise le développement durable ?

Organisé par Environnement Développement Alternatif, Parole Citoyenne, Attac Lille Métropole et la MRES.

Entrée libre

Renseignements :
EDA - Mireille Havez
Tél : 03 20 05 35 38 ou eda.mireille@wanadoo.fr

mardi 11 décembre 2007, 19:00

Monsieur Lune: Concerts Polysons - Chanson à tous les étages

au Centre Culturel Jean Houdremont
11, avenue du Général Leclerc
La Courneuve

AFRICA vous invite:

L’idée est simple et sympathique : Un chanteur, une chanteuse, qui s’invite dans votre quartier, dans un bar, ou dans un local d’association, et c’est l’occasion de se retrouver entre amis, de faire connaissance avec des voisins tout en découvrant ces talents qui ne passent pas à la télé et qui pourtant renouvellent la chanson française.

Concerts Polysons - Chanson à tous les étages

Monsieur Lune

« Mieux que Madame Soleil, Monsieur Lune vous promet des lendemains qui chantent, qui gueulent, qui vibrent. Toujours sur le point de basculer. Cordes vocales et cordes sensibles, corde raide et corde au cou. Des lendemains nourris des frayeurs délicieuses et des bonheurs fugaces d'hier, mais qui savent ne jamais succomber à la nostalgie. Des lendemains en équilibre, instables comme il se doit. Et c'est tant mieux. »
Fabrice Guillermet

Avec Nicolas dit Monsieur Lune, guitare, chant ; Jean-Pierre Bottiau dit Cheveu, mandoline, guitare, melodica, clavier ; Étienne Chenet, contrebasse, basse. Entrée libre
La participation est libre : gâteaux, tapas, boisons à partager en toute convivialité…

Acces : RER B, arret La Courneuve-Aubervilliers ; Tramway T1, Bus 150, 250, arrêt Six-Routes ; Bus 143, arrêt rue de l’union ; Bus 256, 302, arret Langevin-Wallon ou Genève ; Autoroute A86, A1, RN 1 ( Parking Gardé )

Renseignements:

 

AFRICA
3 place Georges Braque
La Courneuve
Tel: 01 48 36 95 74

samedi 15 décembre 2007, 15:00

Laïcité en débat : un principe politique universel à défendre et développer

dans les locaux de la librairie
coopérative EDMP
8, impasse Crozatier, Paris 12ème
métro Reuilly Diderot

Un débat sur la laïcité est organisé en partenariat entre l’ADLPF (Association des Libres Penseurs de France) et "L'Emancipation syndicale et pédagogique".

Ce débat sera animé par Jean-Paul SCOT, auteur du livre "L'Etat chez lui, l'Eglise chez elle. Comprendre la loi de 1905", historien et économiste.

La laïcité est un principe universel indispensable à la coexistence citoyenne, au développement d'esprits libres, critiques, capables de penser par eux-mêmes, de se comprendre et enrichir mutuellement, pour l'émancipation des individus et des peuples. La laïcité s'est développée en France au prix d'un long combat face à divers cléricalismes, dogmatismes et obscurantismes, pour aboutir à la loi de 1905 que nous défendons. Dans d'autres pays aussi, des mouvements laïques ont lutté et luttent toujours pour l'émancipation des esprits : en Belgique, Espagne, Italie, ... pays où prédominent d'autres religions (islam, religion juive, ...) ... etc... Ce n'est pas un "modèle français" mais un principe universel, inséparable de la démocratie, que menacent toutes sortes d'absolutismes de la pensée, notamment les intégrismes de diverses religions et sectes. Pourquoi et comment défendre cet outil d'émancipation des individus, hommes et femmes, et des sociétés ? Comment nous enrichir de nos différences ? Venez avec vos idées, vos textes pour débattre ensemble de laïcité, d'émancipation, de liberté de pensée. Des dossiers sur la laïcité seront disponibles (notamment un dossier réalisé dans le N° de juin 2007 de la revue "L'Emancipation syndicale et pédagogque" - mais pas seulement). Des livres aussi (l'EDMP est une librairie coopérative). contacts :

Nous espérons que d'autres mouvements laïques contribueront à la diversité du débat en apportant des documents, en participant à la discussion.

samedi 19 janvier 2008, 08:00

1ère CONFERENCE DU SUD DE LA FRANCE SUR L'HOMOPARENTALITE

CENTRE RABELAIS
Boulevard Sarrail (Esplanade)
MONTPELLIER

APGL organisée par l'Antenne Languedoc-Roussillon de l'Association des Parents Gays et Lesbiens (APGL)

Le programme de cette conférence se veut d'aborder toutes les situations rencontrées par les homosexuels pour fonder une famille et vivre leur parentalité. Des thèmes encore peu accessibles comme le désir d'enfant chez les transexuels et la gestion pour autrui (GPA, mères porteuses) seront aussi abordés.

Toutes les infos (inscriptions, programmes, etc) à cette adresse: http://conf.homoparentalite.free.fr/

Voir l'agenda complet en ligne

ReSPUBLICA, le journal de la gauche républicaine est édité par l'association:
"Les Amis de ReSPUBLICA"
27 rue de la Réunion
75020 PARIS

Courriel: respublica@gaucherepublicaine.org
Site: http://www.gaucherepublicaine.org