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ReSPUBLICA, le journal de la gauche républicaine

n°578 - mercredi 6 février 2008

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1 - chronique d'Evariste

1 - Le congrès de Versailles : La chute de la Ve République.

La reprise des négociations pour un traité constitutionnel européen n'a pu se faire qu'à une seule condition : « Pas de référendum populaire dans les pays pour ratifier le traité ; et surtout... surtout... pas en France ! ». Telle a été cette coalition qui ébranle les peuples d'Europe. La vérité est qu'aujourd'hui des gens estiment pouvoir diriger l'Europe sans les peuples qui l'occupent. Combien sont-ils tous ces gens qui s'arrogent le droit de décider de nos vies ? 10 000, 20 000 ? Peut-être 50 000 ? Ils ont conclu des accords entre eux. Ils ont noyauté les média en y postant leurs larbins avec pour seule consigne : le silence total, la négation de la démocratie ne doit pas être dite.

Ce qu'ils appellent leur victoire est en fait leur erreur, une très grande erreur ! D'abord pour l'Europe, car aucune Europe des Peuples ne peut naître dans le conflit entre peuples, entre les citoyens. Or c'est bien ce que l'on nous prépare : la guerre généralisée entre des citoyens d'un même continent que l'on unit, non dans une fraternité, dans un désir d'avenir politique et social, mais dans une arène où seul le plus fort aura le bout de pain que les libéraux assis dans les tribunes disent promettre au vainqueur. Cette Europe libérale est vouée à l'échec. Jamais un peuple n'a supporté ce qui lui a été imposé de force, sans son accord explicite et direct. Nombreuses ont été les expériences, les tentatives. La France de Vichy est la dernière sur notre sol : on connaît le résultat.

Donc erreur de Sarkozy, lui qui dans sa mégalomanie pense le monde à son image : religieux et américanisé. Il s'imagine gouverner un peuple et le distrayant avec un mariage, avec du rêve vendu sur TF1 et de la publicité. Grave erreur ! Nous ne sommes pas des américains. Nous sommes français, républicains, et de surcroît laïques ! De ce coté de l'atlantique, nous savons que la place des religieux est dans leurs temples. Qu'ils pénètrent dans les lieux du pouvoir et ce pouvoir ne manquera pas de leur faire comprendre quelques années plus tard qu'ils n'auraient jamais du écrouler la mur de la laïcité. De ce coté de l'atlantique, nous avons une tradition politique, c'est une marque indélébile, gravée au coeur de l'identité française. Nous savons descendre dans la rue, rentrer dans les palais, renverser les trônes car ils ne sont jamais que de grosses chaises de bois. Toute notre tradition, toute notre histoire et toute notre culture, nous ramènent à des épisodes où le peuple a renversé les roitelets qui se prenaient pour des dieux intouchables et qui pensaient pouvoir fait fi de la démocratie la plus élémentaire. Des journées de Juillet 1830 à celles de février 1848, de la commune au front populaire, de 1789 au mois de Mai 68 tant craint par Nicolas « le très petit ». Tout finit par se payer. Et les frustrations n'auront de cesse d'accumuler l'énergie qui un jour fait que la révolte gronde. Nous ne sommes pas américains, nous somme français, et nous allons le rappeler à l'histoire.

Grave erreur aussi des dirigeants socialistes ! Corrompus par les ors et lambris des lieux de pouvoirs, têtes sans cervelles qui ne pensent qu'en terme de mandat. En foulant du pied la parole du peuple, en se parjurant, les dirigeants du PS ont franchi l'ultime limite. Celle qui les déclarent irrémédiablement contre les peuples. Pour sûr, ils se gausseront et se féliciteront de leur coup de dupe, s'imaginant être intelligents. François Hollande a coulé le PS, voilà ce que l'histoire retiendra. Dans un moment historique où les dirigeants socialistes auraient pu rappeler leur engagement aux cotés des peuples, le premier secrétaire du PS a fait en sorte que son parti se vautre dans la débauche politicienne et arriviste. François Hollande et les autres dirigeants du PS ont signé la fin de leur mouvement, car une fracture irréductible a été tracée au sein même de leur parti. Désormais, il y a ceux qui ont conchié les peuples, renié leurs paroles et laissé libre cours à la politique libérale de Nicolas Sarkozy ; et il y a les autres, ceux qui sont de gauche.

Le lundi 4 févier 2008 signe le début d'un mouvement, celui de la gauche. Car il existe ce parti qui n'a pas de structure, qui n'a pas d'organisation unique, ce parti républicain et laïque, ce parti des peuples, ce parti européen, ce parti de la justice sociale et des individus qui veulent vivre une existence sereine aux milieux d'autres existences sereines. Toute l'adversité nous unit. Elle nous fait converger vers une seule et même posture, une seule et même position politique. Un seul et même mouvement. Qu'est ce qui divise encore ce parti ? Ici, des communautaristes qui imaginent que la République peut ne pas être laïque (mais la réalité se fera jour bien vite...). Là, des dettes envers le passé, des histoires si lourdes à porter qu'il faut du temps pour tourner une page écrite depuis 1920. Ailleurs, des dirigeants et des élus davantage soucieux de sauver leurs postes et leurs places dans les appareils des partis communiste, trotskiste et socialiste. Enfin, et surtout ! Des peurs : peurs des autres, peur de disparaître. Le jour où les militants et les intellectuels comprendront que jamais la pensée communiste, l'identité socialiste et les idéaux anarchistes ne disparaîtront, mais qu'au contraire ils ont à se nourrir, à s'enrichir, à se parler pour éviter les erreurs du passé et construire ensemble le projet dont la France et l'Europe ont besoin, alors le pas ultime sera franchi. Le jour où les militants comprendront que le mot « collectif » ce n'est pas dans les faits : « nous d'abord et les autres après », mais concrètement « nous avec les autres », alors nous aurons ce parti de gauche, cette force politique. Car rien ne se construit hors la confiance, voilà le présupposé cardinal qu'il faut rappeler aux dirigeants et intellectuels qui s'accrochent aux lanternes du passé. Tous les militants de la gauche nouvelle le savent : c'est de confiance dont nous avons besoin. Confiance dans les autres, confiance dans notre « avenir commun » (là est l'essence du communisme, trop l'ont oublié... ), tel est le préalable à toute forme de discussion réelle pour donner corps à cette gauche nouvelle, à une politique nouvelle. Car enfin, par ce déni de démocratie, ce Lundi 4 Février 2008 ne signe, ni plus ni moins, que la fin de la Ve République. De théorique, l'absolue nécessité d'en finir avec ce régime est aujourd’hui une réalité incontestable.

Évariste Pour réagir aux articles,
écrire à evariste@gaucherepublicaine.org

2 - politique française

1 - L'affaire société Générale sur fond de crise des subprime...

Début novembre 2007, la Société Générale est la première banque française à publier ses résultats. Elle dévoile un profit en baisse du fait de la crise des Subprime, qui l'a obligée à des dépréciations plus lourdes que prévues. La banque annonce un résultat net en repli de 11,5% au troisième trimestre. A l’époque, elle dit avoir passé 404 millions d'euros de dépréciations dans ses comptes du 3e trimestre, dont 230 millions au titre de son exposition aux Subprime. Un chiffre sans commune mesure avec les 10 milliards (environ) de dépréciations dévoilées au même moment par le groupe bancaire américain Citigroup (première groupe bancaire mondiale), mais qui est supérieur à celui annoncé par la banque française en septembre. Pour chiffrer son exposition aux Subprimes, la Société Générale a retenu l'hypothèse du scénario le plus pessimiste, correspondant à une perte d'environ 200 milliards de dollars pour l'ensemble du secteur immobilier résidentiel américain. Le reste des dépréciations est lié à la crise des marchés du crédit, qui a conduit la banque à reconsidérer son risque et inscrire des provisions de 98 millions d'euros sur son portefeuille de prêts de LBO (rachat par effet de levier) et de 76 millions sur ses activités d'incubation de hedge funds. Les analystes économiques accueillent avec soulagement ces résultats, le titre de la Générale bondit avant de baisser suite à des rumeurs sur la faillite d'un fonds non identifié. Toutefois, les analystes concluent que les réseaux France (Société Générale et Crédit du Nord) n'ont pas été affectés par l'environnement difficile des marchés financiers, mais ont bénéficié au contraire de la hausse des taux d'intérêt et de la volatilité boursière : La marge d'intérêt affichant une hausse de 3,5% et les commissions financières de 14,1%.

Deux mois et demi plus tard, le jeudi 24 janvier 2008, la Société générale révèle avoir été victime d'une fraude massive d'un montant de 4,9 milliards d'euros – un montant qui sera révisé à la baisse (4,8 milliards) par Daniel Bouton, son PDG, quelques jours plus tard – auxquels s'ajoutent 2 milliards de pertes liées à la crise des Subprimes, soit un total de 6,9 milliards. La fraude a été commise par un seul courtier qui n'a pas révélé à la hiérarchie de la banque des positions prises sur les marchés. Malgré cette perte colossale, le bénéfice net de la banque, l'une des trois principales banques françaises, sera positif en 2007, estimé entre 600 et 800 millions d'euros, soit environ 8 fois inférieur au résultat net de 5,221 milliards de 2006. La SG avec un CA (produit net bancaire) de 22,4 milliards d’euros et 29,1 milliards de capitaux propres au 31 décembre 2006, aurait pu connaître son « jeudi noir » sous forme d’un dépôt de bilan, si la position prise par le trader incriminé, soit 50 milliards, n’avait pas été débouclée à temps.

Une note explicative de la Société Générale du 27 janvier 2008, concernant la fraude exceptionnelle, décrit les activités d’arbitrage, le mode opératoire de la fraude, les conditions dans lesquelles la fraude a été découverte, le débouclage de la position frauduleuse et les actions immédiates engagées, tels qu’ils ont été investigués par Société Générale au 26 janvier 2008. Cette note précise que dans le cadre du développement de ses activités d’arbitrage, la Société Générale a mis en place un grand nombre de contrôles permettant de les encadrer et que la fraude exceptionnelle qui a touché la banque a consisté à détourner ces contrôles ou à les rendre inopérants par le biais d’opérations fictives enregistrées dans les systèmes de Société Générale ne correspondant à aucune réalité économique. Par ailleurs, ce document ajoute que le trader incriminé était salarié du Groupe depuis 2000 ; qu’il avait travaillé pendant 5 ans en tant qu’agent de différents middle-offices (l’un des départements qui contrôle les traders), et qu’il était devenu en 2005 trader dans la division en charge des arbitrages. Il s’occupait d’opérations sur les contrats à terme (Futures) sur indices européens, qui faisaient l’objet de contrôles quotidiens et notamment d’appels de marges avec les principales chambres de compensation. Le trader aurait fait croire que ses positions s’équilibraient grâce à des contreparties fictives, et grâce à son expérience des procédures en place.

Ces fraudes auraient été découvertes dès le vendredi 18 janvier : Une position anormalement élevée de risque de contrepartie sur un courtier avait été détectée dans les jours précédents. Le 19 janvier, le trader reconnaît avoir commis des irrégularités et, en particulier, avoir créé des opérations fictives. L’équipe d’investigation commence à détecter la position réelle. Le 20 janvier, l’ensemble des positions sont identifiées. Daniel Bouton avertit immédiatement le Gouverneur de la Banque de France. Le 21 janvier, on déboucle la position frauduleuse dans des conditions de marchés particulièrement défavorables (les marchés perdent 6,83%). Celle-ci sera définitivement fermée le 23 janvier. Le 24 janvier, avant l’ouverture des marchés, la Société Générale informe les marchés de la fraude et demande la suspension de son cours. Cette position s’élevait à environ 50 milliards d’euros de nominal équivalent.

Même si ces explications paraissent tout à fait plausibles, on peut s’interroger à partir d’autres éléments insignifiants mais étranges, relevés à la même période, ou d’expériences vécues quelques années auparavant. Tout d’abord, comment un jeune ayant seulement quelques années d’expérience et qui n’est pas un spécialiste de l’informatique, peut-il dissimuler des opérations fictives sans que son entourage certainement plus expérimenté que lui, et les procédures de contrôle mises en place ne détectent les « dérives ». Sur les marchés optionnels, il y a des appels de marge régulièrement pour couvrir les positions et éviter toute situation irréversible. Dans le cas de la Barings, c’était différent. Il y avait bien un compte fictif 88888, par lequel transitaient des opérations à terme, mais les appels de marge réclamés pour couvrir les positions sur le Nikkei étaient toujours honorés par des transferts de fonds du siège social au compte de la filiale de Singapour, car Nick Leeson trouvait toujours des justifications à ses engagements. Interrogé récemment sur l’affaire de la Générale, il a considéré que « l'ampleur de la fraude dépassait l'entendement. Les gens du règlement chez SocGen auraient dû se rendre compte que quelque chose n'allait pas ». Et il ajoute que ce genre de scandale est monnaie courante : « Je pense même que cela arrive tous les jours. Ils se font attraper rapidement et ils sont virés. Les banques n'en font pas la pub et tout le monde se remet au travail".Etudions justement le cas de la Barings » (l’Express.fr, 25/01/08). Si on en juge par le nombre de procès en cours aux Etats-Unis contre des courtiers véreux on ne peut que lui donner raison. En 2003, « Plus de 1.000 victimes et des millions de dollars de préjudice : 47 courtiers de Wall Street sur les marchés des changes de New York sont poursuivis pour « des actes criminels », a annoncé dans un communiqué le procureur du district sud de la ville, James Comey qui ajoute : « Il y a peut-être des activités légales, mais il y a beaucoup de requins dans ces eaux » (AFP, 19 novembre 2003). Voir aussi mon ouvrage « KRACH 2007 : la vague scélérate des subprimes », Le Manuscrit, novemvre 2007.

Des similitudes existent bien évidemment entre « l’affaire » de la Générale et la Barings. Après 233 années d’existence en février 1995, la banque Barings, qui comptait la reine Elisabeth parmi ses clients, a fait faillite, puis a été acquise par le groupe bancaire hollandais ING pour une livre sterling symbolique. Un courtier dénommé Nick Leeson, âgé de 28 ans, a fait perdre à la Barings la somme de 1.3 milliards de dollars dans des activités de trading sur produits dérivés. Leeson, petit courtier britannique, avait fait le pari que le marché des actions japonaises allait progresser (Jérôme Kerviel, 31 ans, pensait que ce seraient les marchés européens). Nick Leeson a spéculé sur la hausse de l’indice Nikkei de la Bourse japonaise. Si la Bourse avait progressé, il aurait reçu de l’argent au fur et à mesure que la Bourse progressait sous la forme d’appels de marges (appels d’écart). Malheureusement pour lui, le Nikkei a baissé. Dès lors, il lui fallait débourser quotidiennement des sommes de plus en plus importantes correspondant à des appels de marges proportionnels à la régression de l’indice de la Bourse japonaise.

Afin de payer une partie de ces sommes, il a du faire appel à la société mère. Pour le solde, il a vendu des options et là encore il a fait fausse route. Les pertes se sont cumulées avec les précédentes atteignant un niveau tel qu’il ne lui était plus possible de trouver de financements supplémentaires. Leeson s’est alors enfui pour devenir ensuite l’homme le plus recherché du monde. Comme nous l’avons vu précédemment à propos des traders, les sommes grimpent vite car avec ce genre de produits on peut prendre des positions jusqu’à 200 fois (voire plus) supérieures à la couverture (garantie) offerte.

On peut se demander pourquoi la Barings n‘a pas réagi plus tôt ? Tout simplement parce qu’il avait fait gagner 20 millions de dollars à la banque en 1994 et que depuis ce jour là on lui faisait entièrement confiance. Ainsi Leeson n’était plus contrôlé et lorsqu’il y avait des recommandations négatives qui le concernaient, ces dernières étaient tout bonnement ignorées par la maison mère à Londres. L’analyse de la faillite de la Barings nous montre que Leeson, qui avait un compte spécial sur lequel s’accumulaient les pertes, n’informait pas son siège à Londres. Il n’est pas le seul fautif car la banque qui avait déjà fait l’objet d’un audit un an auparavant l’avertissant que Leeson avait trop de liberté et qu’elle devait mettre en place plus de contrôles, n’en avait pas tenu compte. Par ailleurs, la maison mère aurait du s’interroger davantage lorsque celui-ci lui avait demandé des fonds. Côté marché à terme, le régulateur (le SIMEX ) aurait du s’inquiéter et intervenir compte tenu des positions très importantes, les deuxièmes plus importantes du marché prises par le trader.

Dans cette histoire ce qui est le plus incroyable, c’est que ce trader ait pris des positions pendant des semaines de plus en plus importantes et déficitaires au nom de la Barings sans que celle-ci ne s’en inquiète. En effet, Leeson, s’apercevant qu’il perdait de plus en plus d’argent, relançait systématiquement la Barings pour qu’elle le couvre pour des positions de plus en plus risquées sur des montants de plus en plus colossaux en pensant à chaque fois se refaire. Malheureusement ces pertes ont atteint un tel niveau que la Barings a été incapable de payer en précipitant sa faillite.

Sur la corde raide toute la journée, le trader ou day trader achète pour revendre des dizaines de fois par jour, des devises, des emprunts ou des obligations, des matières premières, des produits dérivés, brassant au passage des millions de dollars pour faire fructifier un capital alloué par la banque ou la société de négoce qui l’emploie. Le soir il doit avoir liquidé sa position, c’est à dire avoir vendu ce qu’il a acheté ou l’inverse (ventes à découvert).

Même si le trading est loin d’être une science exacte, le flair ou l’intuition ne font pas tout. Le trader peut notamment s’appuyer sur des logiciels d’aide à la décision qui analysent les fluctuations présentes. Et s’il se fie à son feeling pour fixer son propre prix à l’achat ou à la vente, il ne s’aventure pas sans avoir décrypté l’information en ligne communiquée par les places financières, les agences comme Reuters ou Bloomberg pour saisir la tendance.

Comme le précise le directeur d’une salle des marchés d’une grande banque française : « L’œil rivé sur les écrans, le trader sait, en temps réel, fixer le montant en euros d’un achat ou d’une vente de 5 millions de dollars. Il se détermine notamment à partir de transactions déjà conclues ou des cours proposés par des courtiers électroniques ». Tout se joue souvent sur quelques centièmes de point, par rapport aux offres concurrentes. Mais c’est suffisant pour faire la différence, vu les sommes en jeu. Chaque jour, un cambiste spécialisé en devises, peut facilement vendre et acheter pour 300 à 500 millions de dollars, compte tenu de la rapidité des échanges.

Le trader doit aussi composer avec l’effet boomerang de certains événements sur les produits. Les contrats Futures, produits dérivés de taux d’intérêt, par exemple, sont suspendus aux déclarations du président de la Banque centrale américaine (Federal Reserve ou FED). Un autre responsable de salle de marché raconte : « Les discours d’Alan Greenspan qui défilent en direct sur les écrans agissent comme des électrochocs sur les marchés. S’il annonce que la croissance américaine faiblit, dans la seconde qui suit, les taux d’intérêt baissent. Qu’il enchaîne en disant que la tendance peut s’inverser, et les taux remontent sur-le-champ ». Les cours des matières premières sont aussi très sensibles à l’actualité. Un autre trader explique : « Nous constituons des stratégies et des modèles de trading avec effet spéculatif qui s’appuient sur des données de base économiques mais aussi politiques et parfois climatiques ».

Le trader n’est pas seul, il travaille en tandem avec un commercial représentant les intérêts des particuliers, entreprises ou institutionnels (caisse des dépôts, assurances ...) qui achètent ou vendent. Mais cette mécanique, en apparence très souple, où tout est enregistré sur bande magnétique, peut aussi se gripper lorsque le marché est nerveux. En effet, des antagonismes se créent entre équipes de traders de salles de marchés différentes, les uns refusant d’acheter ce que les autres vendent et inversement. Il devient alors impossible de déboucher les positions (de vendre ce que l’on a acheté précédemment ou l’inverse), ce qui est stressant. On peut citer aussi l’exemple d’un cambiste indépendant (traders sur devises) qui n’a pas hésité à vendre sa maison pour investir la totalité de la somme dans son nouveau métier, afin de vivre sa passion. Outre-atlantique, tout est surdimensionné et c’est là que le terme trader prend toute sa signification pour évoquer la spéculation hors normes et hors du temps. Sur les marchés financiers, les brokers battent record sur record. En août 2001, l’équipe de Merrill Lynch ne cachait pas sa fierté d’avoir eu besoin de deux heures à peine pour placer un milliard d’euros auprès des investisseurs du monde entier. Quant aux 50 000 day traders qui opèrent régulièrement sur le New York Stock Exchange (NYSE) ou le Nasdaq leur horizon de placement se limite à deux heures à moins que ce ne soit…20 secondes. Et celui qui conserve une position pendant une heure fait déjà figure d’investisseur à long terme.

En ce qui concerne l’affaire de la Générale, parmi les faits troublants, il y a eu cette journée du mardi 22 janvier. Alors que la Bourse de Paris décrochait à l’ouverture perdant jusqu’à 5%, après avoir perdu la veille 6,83%, la cotation des warrants (produits dérivés !) de la Société Générale a été suspendue – ce qui a rendu toutes opérations d’achat ou de vente impossible – jusqu’à 14H, au moment où le marché reprenait des couleurs pour terminer à + 2,07% (du jamais vu avec une amplitude de 400 points soit 8,4%). Pour la direction Warrants de la SG, qui est le premier émetteur pour ce genre de produits financiers, l’ordre venait de NYSE Euronext (1er groupe mondial de places boursières qui gère la Bourse de Paris)… drôle de concordance entre ces évènements.

On entre ici dans les interventions directes ou indirectes (pour ne pas dire des manipulations) qui faussent les cours et les opérations, et où l’Etat n’est jamais très loin, sachant que son bras interventionniste s’appelle la CDC (Caisse des dépôts et consignations), le plus important des institutionnels («zinzins ») qui a les moyens de venir au secours de la veuve et de l’orphelin, en l’occurrence la Bourse de Paris ou les banques en pleine déconfiture, comme il l’a déjà fait avec Lagardère en lui rachetant 50% des parts qu’il avait dans EADS. Mais à quel prix ? en multipliant les moins-values (qui deviendront des pertes), et qui grèvent d’autant les revenus des citoyens français (comptes d’épargne ou impôts).

En ce qui concerne la faisabilité de « détourner le système et les moyens de contrôle », on peut être sceptique. On peut toujours trouver des dysfonctionnements, des bugs informatiques dans n’importe quel système, mais pas à ce niveau de risques et vu les sommes colossales engagées sur les marchés optionnels. Cela était peut-être valable il y a dix ans, lorsque, par exemple, les traitements informatiques du Crédit du Nord n’étaient pas encore très performants, et permettaient en une nuit (à l’époque des traitements batch), de faire des virements d’un montant plusieurs fois supérieur – en réalité autant de fois que l’on voulait – au montant de son compte Revolving (réserve d’argent), à son compte courant sans la moindre entrave. Par contre à cette époque, le moindre détournement de procédure (même de façon non-intentionnelle) d’un gestionnaire de patrimoine, était immédiatement détecté et entraînait son renvoi pour faute grave dans les 48H.

Quid des clients et du personnel de la Générale ? Côté client, à l’exception de vieilles personnes, que les responsables d’agence ont su rassurer, il n’y a pas eu de panique, rien à voir avec les files interminables de clients venus retirer leur argent à la banque britannique Northern Rock au bord de la faillite. Le message est resté au niveau des inquiétudes. Malgré les propos racoleurs et populistes de certains journalistes de RMC (émission « Les grandes gueules ») prônant la sanction de la Générale par le changement de banque. Les clients semblaient soulagés face aux dernières mesures prises par la gouvernance de la banque, parmi lesquelles la décision du patron de la Société Générale d’abandonner une partie de son salaire annuel. Daniel Bouton et son adjoint, Philippe Citerne ont en effet décidé de renoncer à leurs salaires au moins jusqu’au 30 juin 2008, ainsi qu’à leur intéressement 2007.

Le personnel pourtant habitué à la culture du secret, n’a pas compris les atermoiements de la direction qui a attendu plusieurs jours avant d’annoncer la fraude. Mais, imaginez la Société Générale annonçant 7 milliards de pertes en pleine tempête boursière. La bourse aurait décroché de 8 à 10% (seuil maximum avant blocage) et la panique aurait ajouté à la panique avec quelles conséquences sur le secteur bancaire ? Cela nous amène à nous poser une autre question : que se serait-il passé si au lieu d’annoncé 4,9 milliards d’euros de pertes dues à des malversations d’un trader indélicat et deux petits milliards dus aux Subprime, Daniel Bouton nous avait annoncé 7 milliards de pertes à cause des Subprime ? Alors même que la première banque mondiale Citigroup n'a annoncé qu’une dizaine de milliards de pertes et appelle à son secours les fonds souverains !!! Cela aurait inévitablement provoqué un cataclysme, car personne n’aurait pu prévoir pareil désastre, du fait surtout de l’effet de surprise qui aurait semé la panique dans tout le secteur bancaire, sur les marchés financiers français, européens et même mondiaux, en pleine crise de confiance et de doute. C’est la raison pour laquelle cette répartition des fautes nous interpelle au moment où la crise des subprime s’invite partout, sur le marché immobilier, les marchés actions, obligataires et surtout sur celui des produits dérivés camouflés dans des fonds hautement spéculatifs (hedge funds) que toutes les banques possèdent. Il serait intéressant que l’on regarde du côté des CDO. La banque n’a-t-elle pas pris des positions aventureuses sur des marchés optionnels (Futures, contrats à terme), en rapport avec le crédit immobilier à risques où elle aurait perdu quelques milliards, et elle noie le poisson en faisant l’amalgame, ce qui l'arrangerait ! Les CDO (Collateralised Debt Obligations) sont les fruits d’innovations financières relativement récentes, c'est-à-dire des titres représentatifs de portefeuilles de créances bancaires ou d’instruments financiers de natures diverses. Au confluent de la titrisation et des dérivés de crédit, ces produits de finance structurée, en plein essor, recouvrent des montages répondant à différentes motivations des institutions financières, celles-ci pouvant chercher aussi bien à réduire leur coût de refinancement ou à exploiter des opportunités d’arbitrage qu’à se défaire de risques de crédit. On parle aussi maintenant de CDS (qui représentent des montants dix à cent fois supérieurs aux dégâts occasionnés par les crédits Subprime, de l’ordre de dizaines de milliers de milliards de dollars). Les crédit default swaps ou swaps de crédits sur défaillance, quasiment inexistant il y a cinq ans, sont des opérations spéculatives hautement rentables qui n’apparaissent jamais dans les bilans des banques et hedge funds qui en tirent profit. Le but de ces contrats étant d’assurer les acheteurs d’obligations d’entreprises contre la défaillance de ces obligations, des montages très compliqués et complexes.

Pour rassurer aussi ses clients, les marchés financiers (son rating ou notation s’étant largement dégradée chez les agences de notation américaines) et l’Etat, la Générale doit procéder à une augmentation de capital de 5,5 milliards d'euros, qui devrait être souscrite par les banques américaines JP Morgan et Morgan Stanley (aussi en difficultés !) et l'assureur français Groupama. La banque de France, qui se sent un peu marri d’avoir été tenu à l’écart, reconnaît que la SG était dans une situation dangereuse le vendredi 18 janvier mais qu’à ce jour, une semaine après, elle était tirée d’affaires. Mais, une enquête est en cours. De son côté, la ministre de l’économie, Christine Lagarde précise : « j'ai demandé à la Commission bancaire de proposer des contrôles additionnels, et notamment opérationnels destinés, à éviter que ne se reproduise ce type de situation ».

Nous n’avons pas su tirer les leçons de l’affaire de la Barings, ni des différents rapports qui soulignaient la mauvaise appréhension des risques sur les marchés financiers et des banques en particulier. A titre d’exemple, cette mission que Lionel Jospin, Premier ministre, confiait le 18 mai 1998, à Olivier Davanne, conseiller : « préparer un rapport sur les causes de l’instabilité sur les marchés financiers et les progrès envisageables pour réduire le risque de nouvelles crises monétaires et financières ». Il lui demandait de « rechercher les moyens d’améliorer le fonctionnement des marchés financiers internationaux et de réfléchir aux recommandations découlant de son analyse en ce qui concerne la coopération économique et financière internationale. »

Le conseiller de Jospin soulignait que « pour éviter que de telles erreurs ne se reproduisent, la rénovation en profondeur de l’architecture du système financier international exigeait probablement deux types d’actions :

Dans ses propositions, Olivier Davanne évoquait aussi tout un arsenal d’enquêtes, de contrôles et de suivis des opérations passées par les investisseurs (entre autres sur les hedge funds) et des risques encourus sur ces marchés. Il suggérait une meilleure communication entre les différents agents financiers (FMI, banques internationales et centrales) pour un meilleur suivi des principaux agrégats qui pouvait prendre la forme de rapports ou de conférences. Il évoquait aussi « le Lancement d'une réflexion large associant banques centrales et milieux académiques sur les avantages et inconvénients de différentes méthodes de contrôle monétaire en matière de stabilité financière internationale. »

Lorsqu’on feuillette les différents rapports gouvernementaux sur le FMI et le système financier international, on retrouve l’esprit et l’inspiration du rapport dans les paroles mais aussi dans les faits. Malheureusement, pour pouvoir avancer, il fallait un consensus au niveau européen et au niveau mondial et c’est là que le bât blessait, certains pays n’ayant aucun intérêt à suivre ces sages préceptes et recommandations. Cette analyse que fit Davanne, beaucoup y adhéraient sur la forme, l’objectif, mais sur le fond et sur les moyens à mettre en place, les points de vue différaient. Le problème c’est que rien n’a changé depuis malgré les accords de Bâle 1 et ceux en cours de Bâle 2…

Parmi les solutions à la crise monétaire internationale, il y a celle, radicale, que propose l’économiste suisse Pierre Leconte, fondateur d'une société financière en Suisse, membre des bourses des marchés à terme de Londres et de New York, puis conseiller d'une banque de développement et d'une banque centrale sud-américaine et auteur de : « Une monnaie extra-nationale : le new-bancor de Jacques Riboud» et « La Grande Crise monétaire du XXIe siècle a déjà commencé ! ». Face au manque d'indépendance des banques centrales vis-à-vis des forces de marché – comme nous l’avons constaté durant deux décennies avec Alan Greenspan, l’ancien patron de la Réserve fédérale américaine, longtemps considéré comme le maître à penser de l’économie mondiale, passé du rôle de magicien à celui d’illusionniste – Pierre Leconte préconise que l’on en termine avec le régime des taux de changes flottants et le retour à l'étalon or. Il suggère que l’on écarte les Banques centrales de toute production de monnaie. En effet, de plus en plus d’analystes et d’économistes considèrent que la connivence d’Alan Greenspan avec les milieux d’affaires, l’a poussé à trop baisser les taux d’intérêts pour améliorer la croissance et leurs profits, ce qui nous a conduit à la situation d’endettement catastrophique et à la crise du crédit que nous connaissons actuellement.

Dans son dernier ouvrage, Pierre Leconte constate que : « L'abandon progressif de l'étalon-or et des taux de change fixes depuis le début du XXe siècle a provoqué un vertigineux tourbillon : perte constante du pouvoir d'achat de toutes les devises ; pyramide de crédits gagés sur le néant ; déséquilibres monétaires, économiques et sociaux majeurs à l'intérieur des Etats et entre pays ; " capitalisme fou " ; mondialisation monopolistique et les guerres les plus meurtrières de l'Histoire ! La crise des crédits gagés sur les emprunts immobiliers américains d'août / septembre 2007 ne fait que commencer. Elle sera suivie de l'effondrement du dollar, puis de toutes les monnaies de papier, les unes après les autres. Si la réforme complète du Système monétaire international n'est pas entreprise au plus vite, la Chine deviendra le " maître du monde " avec la complicité résignée des Etats-Unis, l'euro implosera et l'Europe perdra sa puissance économique et politique. Pierre Leconte, en praticien et en théoricien des questions monétaires, nous prévient que nous sommes déjà entrés dans la Grande Crise monétaire du XXle siècle, dont les effets seront pires que ceux de la Crise de 1929. » (résumé de : « La Grande Crise monétaire du XXIe siècle a déjà commencé ! », Jean-Cyrille Godefroy éditeur, novembre 2007, sur le site de decitre.fr).

En opposition avec cette utopie ultra-libérale, où l’on verrait « un foisonnement d'initiatives privées qui se mettront à émettre des monnaies qui, elles, répondront aux lois de l'offre et de la demande, et pourraient être gagées sur des métaux précieux », le premier quotidien de Suisse romande, Le Temps, (dans son édition du 28 janvier) présente également l'alternative défendue par Jacques Cheminade, économiste français, président de Nouvelle Solidarité, « admirateur du Plan à la française » qui estime que : « les banques centrales sont soumises aux influences de la pensée monétariste et manquent leur cible. Lorsqu'elles injectent massivement des liquidités, en jetant de l'argent sur de l'argent, elles alimentent l'économie virtuelle des marchés financiers. Cet argent ne parvient pas à l'économie productive ». Le quotidien suisse note que : Ce franc-tireur relève au passage qu'à présent « Alan Greenspan se défausse et critique lui-même le système qu'il a mis en place ». Ensuite, Le Temps écrit que Cheminade préconise « une refonte du système selon un nouveau Bretton Woods : taux de changes fixes entre les quatre principales monnaies, détermination d'un nouvel étalon qui serait un panier de matières premières. Comme Pierre Leconte, le but premier est de limiter la production de monnaie et de lui restaurer sa crédibilité (…) L'important, selon lui, est de revenir à davantage de régulation, de renforcer le lien organique entre les Banques centrales et les Etats, et de restaurer le sens « des responsabilités citoyennes » des dirigeants, qui a « disparu car ces mêmes dirigeants sont assiégés par des intérêts privés ». En revanche, le plan de sauvetage de George Bush ne lui parait guère mieux que de la « masturbation financière » (en s'excusant du propos), car il omet de revenir à la racine du problème, à savoir l'investissement dans l'outil de production de biens réels. »

André Locussol Enseignant en économie
Auteur de "KRACH 2007 : la vague scélérate des subprimes", Le Manuscrit, nov. 2007
www.manuscrit.com/catalogue/textes/fiche_texte.asp?idOuvrage=10593

2 - Le PDG de la Société Générale était aussi l’auteur, en 2002, d’un rapport sur la transparence des entreprises françaises

Jérôme Kerviel est-il responsable de 4,9 milliards d’euros de pertes pour la Société Générale ?
Le plus probable est que nous n’aurons jamais de réponse satisfaisante à cette question.

Il n’est pas impossible, en effet, que le « trader » de la Société Générale joue le rôle du parfait « lampiste » dans cette affaire. Il permet, déjà, de faire passer au second plan le fait que les pertes de la Société Générale ne se limitent pas à ces 4,9 milliards d’euros. Elles s’élèveraient, en effet, à 7 milliards d’euros (2,1 milliards de plus que les pertes censées avoir été infligées par Kerviel) alors que son PDG, Daniel Bouton, venait d’affirmer que la crise des « subprimes » n’aurait pas d’incidence sur les résultats de sa société. Mais la thèse développée par la direction de la Société Générale est loin d’être invraisemblable.
En 1995, les pertes de 1,3 milliards d’euros (860 millions de livres sterlings) d’un autre « trader », Nick Lesson, opérateur sur le Simex à Singapour avait causé la chute non seulement de la Simex mais aussi de sa maison mère, la vénérable Banque Barings, sixième établissement bancaire britannique. En octobre 2007, un autre trader infligeait une perte de 250 millions d’euros à la banque d’investissement du Crédit Agricole, la Clayton. Le « trader » de la Société Générale aurait suivi un parcours professionnel qui lui aurait permis de connaître les modalités des contrôles effectués sur les positions prises par les « traders ». Il lui aurait donc ainsi été possible de dissimuler le résultat des opérations qu’il avait effectuées.

Le véritable responsable : le système financier

Même si l’on retient la version de la direction de la Société Générale, le principal responsable reste le système financier actuel qui permet que des opérateurs boursiers perdent tout rapport avec la réalité des sommes utilisées à spéculer et s’enferrent en prenant de plus en plus de risques pour tenter de regagner ce qu’ils ont (virtuellement dans un premier temps) perdu. “Un système qui permet à une seule banque, en une seule semaine de risquer des dizaines de milliards d’euros dans des spéculations?. En voulant se défendre, c’est ce qu’affirme elle-même la Société Générale qui précise qu’en fonction de l’importance des volumes d’échanges globaux sur les marchés depuis une semaine, la perte de 4,9 milliards ne représentait qu’une faible proportion des positions qui avaient été prises. En clair, que le montant des spéculations étaient 10 à 100 fois supérieur à ces 4,9 milliards de pertes. Un système qui permet qu’une banque perde 4,9 milliards d’euros avant que ne s’ouvre un parachute de sécurité alors que les parachutes dorés des PDG fonctionnent avec une tout autre efficacité.

Le rapport, publié en septembre 2002, de la commission Bouton

Etrangement, peu de médias font le rapprochement entre la crise actuelle de la Société Générale et le rapport concocté par la commission présidée par Daniel Bouton, à la demande du Medef, en 2002. Ce rapport sur la « corporate gouvernance » avait pour objectif de rétablir la confiance (principalement des actionnaires, accessoirement des salariés et des citoyens) dans les modalités de gestion des entreprises. Cette confiance venait, en effet, d’être durement ébranlée par les crises d’Enron, Andersen, Worldcom et Vivendi. Ce rapport préconisait, notamment une plus grande transparence et la séparation entre ceux qui « auditent » et ceux qui « conseillent ». La Société Générale et son PDG auraient sans doute dû en tirer toutes les conséquences et ne pas oublier de séparer ceux qui opèrent sur les marchés et ceux qui connaissent parfaitement les procédures de contrôle.

C’est ce refrain de la « transparence » que reprend aujourd’hui Nicolas Sarkozy

Mais comme il l’avait précisé en septembre 2007, il se refuse « à instaurer des mesures qui seraient de nature à rigidifier le financement de nos économies ». Située sur la même longueur d’onde, la Commission européenne ne veut « réglementer qu’en dernier ressort ». Cela revient à laisser les banques et les marchés financiers organiser eux-mêmes leur « transparence ». C’est exactement ce qu’avait fait la commission « Bouton » en 2002. Ses préconisations viennent de faire la preuve de leur efficacité.

La Société Générale a perdu aux environs de 20 % de sa valeur boursière. Elle devient ainsi une proie intéressante pour des banques aux reins plus solides. La Barclays, tout particulièrement, semble s’intéresser à la Société Générale. Si elle réussissait une OPA sur la banque française, combien de ses 120 000 salariés verraient-ils, alors, leur emploi disparaître ? Il serait temps, là aussi, que la « main invisible du marché » laisse la place à la « main visible de la démocratie ».

Jean-Jacques Chavigné www.democratie-socialisme.org

3 - Vous avez dit « civilisation » ?

Il n’y a pas de hasard à ce que Robert Badinter, combattant infatigable et victorieux contre la peine de mort, soit également l’une des voix les plus fortes contre le projet de loi Dati instaurant une « rétention de sûreté », actuellement débattu au Parlement. Ce texte permettra d’enfermer, par périodes d’un an renouvelables indéfiniment, des personnes condamnées à quinze ans ou plus de réclusion criminelle, en fonction d’un pronostic de dangerosité qui serait posé au terme de l’exécution de leur peine. La frontière entre partisans et adversaires de ce projet de loi est, toutes proportions gardées, la même que celle, irréductible, qui séparait les pro et les anti-peine de mort.

Le système judiciaire a mis des siècles à se libérer d’une conception essentialiste du crime, reposant sur une idée très simple : il existe des criminels irrécupérables, qu’il convient d’éliminer pour toujours de la société des hommes libres. La peine de mort était la traduction la plus radicale de cette volonté. Le désir de vengeance du corps social à l’égard des criminels, et l’idée selon laquelle « qui a tué tuera » ont été remplacés très progressivement, à partir de la fin du XIXe siècle, et singulièrement depuis 1945, par une conception humaniste du droit pénal qui fait de l’objectif de réinsertion de tout condamné le but à atteindre. Cependant, la concurrence entre ces deux conceptions n’a jamais vraiment cessé, et une régression majeure se fait jour depuis plusieurs années : l’avalanche de lois de plus en plus répressives et l’état moyenâgeux de la condition pénitentiaire témoignent de la tentation toujours présente de faire de la punition et de la mise à l’écart de plus en plus longue une fin en soi.

Victor Hugo, en 1871, rappelait les combats de sa vie, parmi lesquels « l’abolition de la peine de mort, l’abolition des peines infamantes et afflictives[1] ». Cent dix ans après, Robert Badinter a accompli la première. Le second volet garde en revanche toute son actualité. Victor Hugo visait sans doute le bagne, qui concernait alors notamment des milliers de communards. La « rétention de sûreté » est bien l’une de ces sanctions infamantes qui nient les possibilités d’évolution de tout être humain. Son caractère infamant réside aussi dans le dévoiement de l’oeuvre de justice que cette mesure comporte. Une sanction pénale répond à une infraction, la « rétention de sûreté », au contraire, privera de liberté une personne en se fondant sur sa dangerosité supposée, hors la commission d’une nouvelle infraction. C’est en quelque sorte une sanction de précaution qui rappelle les fictions cinématographiques les plus angoissantes. Il s’agit, comme dans Minority Report (Steven Spielberg), de répondre à un fait qui n’a pas encore eu lieu. Rachida Dati, au soutien de son projet, déclarait récemment : « Les criminels, comme les prédateurs sexuels, ne présentent pas de pathologie psychiatrique et ils ne relèvent donc pas de la prise en charge psychiatrique. Il n’existe aujourd’hui aucun dispositif pour les maîtriser. Et il est déplorable d’attendre un nouveau passage à l’acte pour les enfermer et canaliser cette dangerosité[2]. »

Ces propos reflètent parfaitement l’illusion dont nous bercent nos actuels gouvernants : une société du risque zéro qui mériterait qu’on y sacrifie quelques libertés. Le résultat est déjà connu : la sûreté, qui est la « protection accordée par la société à chacun de ses membres pour la conservation de sa personne, de ses droits et de ses propriétés[3] », en sera considérablement affaiblie, alors même qu’aucune peine d’élimination n’a jamais permis d’éradiquer le crime. « Il y a oppression contre le corps social, lorsqu’un seul de ses membres est opprimé ; il y a oppression contre chaque membre, lorsque le corps social est opprimé[4]. » Souvenons-nous-en.

Notes

[1] in Choses vues 1849-1885, Folio classique.

[2] Propos cités dans l’Humanité du 12 janvier 2008.

[3] Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1793, article 8.

[4] Idem, article 34.

Hélène Franco L’Observatoire du 6 mai

4 - Rapport Attali ou le nouvel oracle reçu par Sarkoléon le petit

La Commission Attali, modestement baptisée "Commission pour la libération de la croissance", vient de remettre en grande pompe à Sarkoléon le petit son rapport censé, à travers ses 318 propositions, redresser l'économie française. Dans la litanie de rapports publiés depuis l'élection de Sarko Ier, trop content de déposséder le Parlement des quelques prérogatives que le pouvoir monarchique de la Ve République lui avait magnanimement concédés, celui de Jacques Attali, ancien conseiller de Mitterrand et inspirateur des nationalisations massives en 1981, est présenté de loin comme le plus audacieux, le plus révolutionnaire, celui par lequel notre new Badinguet entend imposer sa rupture. Quoi de tel en effet pour cela qu'un rapport paré des meilleures intentions du monde, présenté par ses concepteurs comme la réponse indispensable, évidente et "non-partisane" aux problèmes économiques rencontrés par la France depuis trente ans?

attali-sarko Notre comité d'experts perché sur ses pythiques certitudes a beau jeu de se présenter comme une formation indépendante, la plupart de ses membres figurent parmi le gotha du capitalisme français ; on y trouve ainsi le très libéral Claude Bébéar, ancien fondateur et président de l'assureur AXA, également président-fondateur de l'Institut Montaigne, Peter Brabeck-Letmathe, PDG de Nestlé, René Carron, PDG du Crédit Agricole S.A., Xavier Fontanet, PDG de Essilor, Éric Labaya, Directeur général de McKinsey France, Anne Lauvergeon, présidente d'Areva, Luc-François Salavador, PDG de la SSII Sogeti, Serge Weinberg, président du fonds d'investissement Weinberg Capital Partners et Président du Conseil d'administration du groupe Accor, Pierre Nanterme, président d'Accenture France, Philippe Tillous-Borde, Directeur général du groupe Sofiproteol, Pehr G. Gyllenhammar, entrepreneur suédois et ancien président de Volvo, Stéphane Boujnah, Managing Director à la Deutsche Bank, Michel de Virville, ancien ingénieur de recherche au CNRS, actuel secrétaire général et DRH du groupe Renault, ...
Bref, vous l'aurez compris, une pléiade de révolutionnaires enragés, assistés dans leur salutaire mission d'une poignée de scientifiques et d'économistes connus pour leurs positions progressistes : Yves de Kerdrel, éditorialiste au Figaro, Jean-Philippe Cotis, Directeur Général de l'INSEE et ancien directeur de l'OCDE, Christian de Boissieu, économiste et président du Conseil d'analyse économique (CAE), Jean-Pierre Landau, Second sous-gouverneur de la Banque de France et ancien conseiller technique pour la réforme administrative et le commerce extérieur, etc. Leur point commun : considérer l'économie, à la manière des néoclassiques, comme une science pure, rationnelle, dépliant un ensemble physique où les comportements des agents sont aussi compréhensibles et prévisibles que ceux du chien de Pavlov. Dans cet univers idéel, où tout n'est que luxe, calme et ordre naturel, la croissance ne s'obtient qu'à travers une allocation optimale des facteurs de production sur des marchés libérés de ce que ces messieurs nomment élégamment les "rigidités structurelles", comprenez de la pesante tutelle de l'Etat - pourtant si utile lors des crises financières -, de ses encombrantes réglementations et autres dispositifs créateurs de "distorsions"" sur les différents marchés (SMIC, Sécurité sociale, ...)
Enfin, on compte parmi les membres de cette Commission, dont il est décidément si difficile de remettre en cause l'impartialité, quelques hommes politiques et anciens dirigeants dont les citoyens français et européens continuent d'apprécier les fulgurantes réformes : Evelyne Gebhardt, parlementaire européen élue en Allemagne, rapporteuse de la proposition de directive sur les services dans le marché intérieur dite également "Bolkestein", Mario Monti, commissaire européen pour le marché intérieur et les services financiers de 1995 à 1999 , puis de 1999 à 2004 à la concurrence, Franco Bassanini, universitaire et homme politique italien, ancien ministre pour la réforme de l'État et ancien membre du Comité d'Evaluation des Stratégies ministérielles de réforme créé par Jean-Pierre Raffarin en 2003, ...

Le rapport de la Commission vise autour de huit ambitions à "libérer la croissance", en vue de fournir un point de PIB supplémentaire à l'économie française d'ici 2012, à ramener le chômage à 5% ou encore de réduire de moitié le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté. Pour remplir ces objectifs, le rapport psalmodie les chants les plus connus de l'évangile néolibéral. Tout y passe : travailler plus, réduire les dépenses publiques, doper la productivité des entreprises en réduisant les prélèvements obligatoires, casser la Sécurité sociale par le développement des fonds de pension et la généralisation du système des franchises médicales, etc.
Sur la Sécurité sociale justement, l'inventivité des auteurs du rapport est aussi plate qu'un air de Strauss joué par André Rieu. La pilule qu'ils souhaitent nous faire avaler a en effet le même goût et la même odeur que les réformes de Douste-Blazy et de Xavier Bertrand en 2004 et 2007 : "pour les dépenses de sécurité sociale, la stabilisation résultera de la conjonction de trois types de décisions annoncées plus haut : les règles de gouvernance (une seule loi de finances pour l’État, la maladie et la famille, la mise en place de crédits limitatifs pour la maladie) ; la mise sous condition de ressources des allocations familiales et une franchise proportionnée aux revenus, restant à la charge des assurés, pour les dépenses d’assurance maladie ; et les décisions impliquant un effort significatif de productivité du système de soins tant pour l’hôpital, la médecine de ville que le médicament." Pour colmater le mythique "trou" de la Sécu creusé par tous ces irresponsables et parasites que nous sommes, la solution la plus simple reste encore de nous culpabiliser et de nous punir en augmentant les franchises. Qui se souvient encore que le trou de la sécu découle pour l’essentiel des exonérations de charges accordées depuis quinze ans aux entreprises ?
Il est clair que les désaccords feints entre le pouvoir présidentiel et la Commission sur quelques mesurettes (suppression des départements, abandon du principe de précaution notamment) ne constituent qu'un écran de fumée destiné à masquer leur connivence idéologique et politique et à nous démontrer l'impartialité et l'indépendance de cette Commission dont l'essentiel des 314 propositions reprennent à vrai dire les poncifs du programme présidentiel et des rapports d'inspiration libérale publiés ces dernières années (rapport Pébereau sur la dette publique, rapport Cahuc et Kramarz de 2004 sur la sécurité sociale professionnelle, etc.). Certaines formules et préconisations du rapport semblent quasiment avoir été élaborées dans les bureaux du service de presse de l'Elysée : "permettre à chacun de travailler aussi tôt et aussi longtemps qu’il le souhaite", "permettre à tous de travailler plus", ou encore "simplifier l’arbitrage entre revenu et loisir".
Dans leur désir de plaire à leur maître et de ne pas le mettre dans l'embarras, les rapporteurs proposent, sans évoquer l'épineuse et trop partisane question des 35 heures, de "permettre aux entreprises de déroger à la durée légale du travail, à la condition expresse que cette disposition dérogatoire soit prévue par un accord de branche et fondée par un accord majoritaire dans l’entreprise" et d' "autoriser plus largement le travail le dimanche", reprenant ainsi quasiment mot pour mot les déclarations de Fillon quelques jours avant la publication du rapport.
"Contrairement à ce qui était jusqu’ici communément admis, poursuit le rapport, ce n’est pas seulement la croissance qui crée l’emploi, c’est aussi le travail qui crée la croissance. À productivité égale, la quantité et la qualité de travail produites par chaque Français en une année sont inférieures de 30 % environ à ce qu’elles sont outre-Atlantique. Dans ces conditions, tout ce qui permet d’augmenter, de façon négociée, la quantité de travail des Français, s’ils le choisissent, constitue un formidable levier pour la croissance." A force de présenter les Français comme une bande de fainéants, on en oublierait presque la France est l'un des pays de l'OCDE où la durée effective de travail par semaine - à ne pas confondre avec la durée légale correspondant au nombre d'heures au-delà duquel sont déclenchées les heures supplémentaires - est la plus élevée, devant les Etats-Unis et le Royaume-Uni:

duree-travail-ocde-2005

Durée effective du travail par semaine dans différents pays de l'OCDE en 2005

Dans sa quatrième ambition, la sublime Commission Attali appelle à la "construction d'une société de plein emploi", constatant que "depuis 1936, les Français vivent en moyenne 20 ans de plus et travaillent 15 ans de moins. Ces 35 années de loisirs supplémentaires ont un lourd coût en termes de croissance et ne correspondent pas nécessairement aux aspirations de chacun." Souvenez-vous! 1936, annus terribilis qui vît la France amorcer son déclin du fait d'une poignée de gauchistes irresponsables exigeant d'avoir des congés payés et de travailler quarante heures par semaine. Comment ne pas ressentir un sentiment de colère envers nos gouvernants inconséquents de l'époque incapables de résister aux pressions d'un troupeau de fainéants qui, dans leur désir acharné de paresse, démoralisèrent la France à l'aube d'un conflit avec l'Allemagne nazie?
Plus sérieusement, pourquoi prendre 1936 comme année de référence sinon pour accréditer l'idée, si chère à Pétain et aux organisateurs du procès de Riom, que le déclin de la France remonte à 1936, date à laquelle le gouvernement issu du Front populaire, sous la pression d'un vaste mouvement de grèves et d'occupations d'usines, imposa au patronat une série de revendications du mouvement ouvrier ? L'histoire passe, mais la mémoire de classe de nos dirigeants semble résister à l'usure du temps et le souvenir encore vivace des inacceptables conquêtes de 1936 continuent d'inspirer la droite française. Revancharde, elle conserve ses arguments de choc pour remettre tous ces fainéants au boulot. François Fillon interpellait ainsi l'opposition socialiste lors du débat en 2003 à l'Assemblée nationale sur l'augmentation du contingent d'heures supplémentaires : « Vous avez défendu l’idée (...) que la gauche a toujours été à l’origine des conquêtes sociales quand la droite n’aurait fait que s’y opposer (...). C’est oublier la responsabilité du Front populaire dans l’effondrement de la nation française en 1940… »
Reprenons la formule utilisée dans le rapport et amusons-nous désormais à faire un rapide calcul. Nous vivons actuellement en France, hommes et femmes confondus, jusqu'à 78 ans en moyenne tandis que nous travaillons dans une vie près de trente-cinq ans. Or, si l'on lit le rapport, en 1936, les Français pouvaient espérer vivre jusqu'à 58 ans en moyenne au cours d'une vie où ils travaillaient près de cinquante ans. En suivant la logique du rapport, on peut estimer qu'à l'époque les Français commençaient à travailler à 13 ans et après une longue vie de labeur... mourraient avant même d'avoir pu espérer toucher une retraite ! Quoi de plus logique à une époque où les premières ébauches de systèmes de retraite ne garantissaient qu'un faible revenu à des travailleurs qui, de toute façon, ne pouvaient guère en profiter étant donné l'espérance de vie ? Tout cela était fort commode pour le patronat jusqu'à ce que les travailleurs obtiennent par les luttes - ou, il faut bien le dire, par la crainte suscitée par la diffusion des idées socialistes dans le monde ouvrier -  l'amélioration de leurs conditions de travail, les congés payés, la réduction du temps de travail - rendu nécessaire, même d'un point de vue économique, par l'augmentation de la productivité -, la mise en place d'un système d'assurance maladie, le droit à l'éducation pour tous et non pour les seuls enfants de la bourgeoisie ; autant de conquêtes qui ont permis l'amélioration des conditions de vie, l'élévation de l'espérance de vie ainsi qu'un meilleur accès à l'éducation pour les couches populaires.
Pour les membres de la sinistre Commission pour la libération des forces du capital, c'en est déjà trop et 1936, tel un noyau coincé dans leur gorge, continue de les faire tousser d'exaspération : ces "35 années de loisirs supplémentaires" ont eu un coût trop élevé pour leurs profits, pardon, "pour la croissance". Agacés de voir encore trop de gens résister à leurs bons oracles, ces messieurs savent pourtant, quand il s'agit d'adresser au peuple leurs sages recommandations, se reprendre ; ils mettent un peu de fond de teint pour cacher leur écarlate colère et prennent l'accent chaud et sévère du bon père de famille soucieux de faire le bonheur de ces enfants. Ainsi, ces "35 années de loisirs supplémentaires", nous assènent-ils, "ne correspondent pas nécessairement aux aspirations de chacun." Nos Sybille de l'Economie savent également lire dans nos pensées et, dans leur infinie bienveillance, souhaitent également répondre à nos ardentes aspirations : travailler 48 heures par semaine jusqu'à soixante-dix ans ! Merci papa Attali !
Non seulement, nous dit la Commission Attila, nous ne travaillons pas assez, mais notre travail coûte trop cher ! Autre credo non moins libéral des apprentis magiciens de Papattali : réduire le coût du travail en France. Pour cela, les recettes proposées par la Commission empruntent les sentiers battus des néolibéraux et de leurs serviteurs du gouvernement avec le transfert d'une partie des cotisations sociales vers la CSG et la TVA, ce qui implique nécessairement une augmentation de cette dernière au détriment, non seulement des comptes de l’Etat, mais surtout des ménages les plus défavorisés et déjà pénalisés par l'inflation. On connaît d'avance le résultat : les entreprises à qui profiteront les allègements de charges se saisiront de cette manne fiscale pour améliorer leurs marges de profit sans que les travailleurs en voient la couleur sur leur fiche de paie ! Au même moment, tandis que leurs salaires, au nom de la compétitivité, stagneront, leur pouvoir d'achat subira de plein fouet l'augmentation de la TVA et de la CSG dont les effets désastreux viendront se conjuguer à l'augmentation des prix due à l'envolée des matières premières et à la préservation des niches rentières auxquelles le gouvernement ainsi que le rapport se gardent bien de s'attaquer.
Ainsi, en ce qui concerne le logement, auquel les Français consacrent en moyenne un quart de leurs revenus, si certaines propositions tombent sous le sens – « autoriser l’État à se réapproprier le foncier disponible dans les communes ne respectant pas les exigences de la construction de logements sociaux prévus par la loi SRU » en vue de construire deux millions de logements supplémentaires d’ici 2012 –, on voit mal comment les rapporteurs entendent les financer dans la mesure où ils appellent d’autre part à réduire drastiquement les dépenses publiques et la dette des administrations publiques devenue insoutenable… Pas étonnant qu’avec ce genre de raisonnement, « les caisses soient vides » !
"Compte tenu du niveau déjà élevé des prélèvements obligatoires (44,2 % en 2006), toute augmentation des impôts pour financer cette dette la dette publique - ndlr risquera donc d’avoir un effet dépressif sur l’activité, et de réduire la compétitivité des acteurs économiques au vu des taux pratiqués par nos voisins" affirme doctement le rapport. Vous suivez le raisonnement ? Depuis vingt ans, au nom de la compétitivité et du fameux dicton « trop d’impôt tue l’impôt » (vous savez, la fameuse courbe de Laffer »), on baisse le taux des prélèvements obligatoires – notamment de l’impôt sur le revenu et de l’IS – tout en accordant des exonérations de charges énormes aux entreprises (près de 23 milliards d’euros en 2006) sans que cela, d’ailleurs, ait un quelconque effet sur l’emploi. Dès lors, l’Etat, trop content de pouvoir servir les intérêts du capital, se contraint lui-même à recourir à l’emprunt. Les taux d’intérêt étant supérieurs au taux de croissance, les intérêts de la dette augmentent de façon exponentielle et engloutissent une part croissante des recettes fiscales. Au final, face à une dette devenue « insoutenable », tandis que le capital s’est engraissé grâce aux baisses d’impôts et aux intérêts de la dette contractée par l’Etat, celui-ci s’accuse lui-même d’être trop gourmand et procède à des coupes nettes dans son budget au détriment des services publics et des comptes sociaux. Les pompiers-pyromanes du gouvernement n’ont plus qu’à signer l’acte de décès de nombreux services publics et de la sécurité sociale et à organiser leur démantèlement et leur privatisation…
Les reste des propositions avancées par la Commission est un fatras de "belles idées" convenues qui, faute d'un financement adéquat, ne peuvent être autre chose que des voeux pieux : "redonner à la France tous les moyens (dont ceux de la recherche) pour prendre une place de premier rang dans les secteurs d'avenir : numérique, santé, écologie, tourisme, solaire, pile à combustible, biotechnologie, nanotechnologie, neurosciences", "mettre en chantier dix "Ecopolis", villes et quartiers d'au moins 50 000 habitants, intégrant technologies vertes et technologies de communication", "entreprendre dès maintenant la mise en place du très haut débit pour tous, à domicile, dans l'espace numérique de travail et dans l'administration", ou encore "mettre en place les infrastructures nécessaires (ports, aéroports et places financières) et accroître l'offre et la qualité du logement social".
Appeler à la construction de nouvelles villes d'au moins 50 000 habitants répondant aux nouvelles normes environnementales et à la relance des efforts d’investissement dans la recherche et l’innovation tout en réclamant une réduction drastique des dépenses publiques dont la part dans le PIB devra diminuer de 1 % à partir de 2009 - soit 20 milliards d'euros de réduction par rapport à la tendance - par an, pendant cinq ans ; voilà de quoi alimenter les annales pour les concours d'entrée à l'Ecole Nationale de la Magie et du cirque Grüss !
Bref, il s’agit là d’un rapport non seulement dangereux mais inutile que nous empresserons de jeter dans la poubelle verte destinée aux déchets non recyclables.

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Les Agit Propalogandistes agitlog.zeblog.com

5 - Les municipales et le traité européen.

Chronique du 24 janvier 2008, sur les municipales et le traité européen.

Incontestablement, la réunion des premiers secrétaires de section du parti socialiste, le 20 janvier 2008, a été une réussite. Les participants, présents dès le matin au Forum «Les socialistes et l'individu» - Forum qui fera l'objet d'une prochaine chronique du point de vue des personnes dites handicapées - ont été très attentifs, appréciant manifestement le déroulement unitaire de l'après-midi au cours de laquelle Bertrand, Ségolène, Laurent et François ont développé leurs arguments et leurs talents pour mobiliser les militants, si besoin était, contre la politique de Nicolas Sarkozy et de son gouvernement à l'occasion des élections municipales.

À l'évidence, ces élections seront éminemment politiques, pas seulement parce que Nicolas Sarkozy a souhaité qu'elles le soient (encore qu'il vient de faire marche arrière dans une pitrerie dont il a le secret mais qui commence à lasser de plus en plus de citoyens), pas seulement parce que nous souhaitons qu'elles le soient, mais surtout parce que ce sera le premier scrutin après les présidentielles et législatives, et que l'analyse historique des différents scrutins montre qu'il en est toujours ainsi.
Les socialistes en gardent un cuisant souvenir depuis les élections municipales de 1983, date à laquelle une « parenthèse » devait être ouverte sans jamais avoir été totalement refermée !

Mais comment peut-on appeler les électeurs, de gauche en particulier, à exprimer dans ce cadre un point de vue politique national :

et ne pas tenir compte, foulant ainsi aux pieds la démocratie dont on prétend se faire les champions, de leur refus du traité institutionnel européen du 29 mai 2005 ?

En effet, nul ne prétend, pas même à droite, que le nouveau traité - dit simplifié dans la mesure où il consiste en une succession d'amendements aux traités existants - diffère dans son esprit (si ce n'est sur le plan emblématique donnant ainsi des gages aux seuls souverainistes) et dans les mesures préconisées du contenu du précédent projet rejeté à plus de 54 % par le peuple français, et en son sein par une majorité de même niveau chez les électeurs de gauche.

Comment une majorité de dirigeants socialistes peut-elle ne pas avoir mesuré encore aujourd'hui l'immense erreur qu'elle avait commise en appelant à voter « oui » au référendum de 2005 - contrairement aux engagements pris lors des élections européennes - continuant d'expliquer qu'il s'agissait seulement d'une condamnation de la politique de Jacques Chirac, alors même que les politiques menées à l'échelle de l'Europe et à l'échelle de la France étaient de même nature, c'est-à-dire libérale, et qu'il est apparu à une majorité d'électeurs de gauche que le traité institutionnel ne pouvait que renforcer ces politiques ?

Comment Ségolène Royal peut-elle déclarer ces jours-ci sur une radio périphérique qu'il faut mener en Europe la lutte contre le dumping fiscal et le dumping social et ne pas mesurer que ces dumpings ne sont possibles que parce que les traités européens le permettent et les organisent au nom de « la concurrence libre et non faussée », formule certes déjà contenue dans les traités anciens mais qui prend une ampleur et un sens tout à fait considérables aujourd'hui au point d'être devenus l'alpha et oméga de la politique européenne au détriment de politiques budgétaire et industrielle ?

Comment une majorité de dirigeants socialistes peut-elle ne pas avoir mesuré encore aujourd'hui cette erreur alors que la rigidité des critères de Maastricht et les fondements de la Banque centrale européenne constituent, à la lumière de la crise financière planétaire actuelle et en parallèle à la souplesse de la Banque fédérale américaine, des obstacles dommageables à l'économie réelle que la spéculation financière risque d'emporter dans la tourmente ?

Comment une majorité de dirigeants socialistes peut-elle, après avoir inscrit dans le Projet des présidentielles que nous exigerions un référendum au cas où un nouveau traité serait proposé et après avoir entendu leur candidate réaffirmer cette exigence, aujourd'hui s'associer au viol de la démocratie que s'apprête à commettre Nicolas Sarkozy en modifiant la Constitution pour que le traité dit simplifié soit adopté par la voie parlementaire et non par la voie référendaire ?

Comment certains socialistes peuvent-ils proposer le boycott, l'abstention, ou la décision individuelle, et s'opposer ainsi au vote populaire exprimé au plan national, tout en menant campagne par ailleurs sur le plan local où les menaces sur l'emploi se font criantes, via des délocalisations - de plus en plus souvent internes à l'Europe - ou de simples fermetures d'entreprises en raison d'une concurrence toujours plus exacerbée ?

Ces camarades socialistes, empêtrés qu'ils sont dans leurs contradictions, croient-ils vraiment pouvoir rassembler les électeurs de gauche à l'occasion des élections locales ? Ils déclarent à qui veut l'entendre que le référendum du 29 mai est une vieille histoire qu'il est préférable d'oublier, que depuis lors les présidentielles ont eu lieu, qu'il faut regarder l'avenir, etc. et se refusent à admettre que nonobstant les sondages et les couvertures de magazines, un candidat socialiste - une candidate en l'occurrence - ayant tourné le dos au combat contre une Europe néolibérale en 2005 n'avait aucune chance de rassembler les électeurs de gauche, a fortiori sur une orientation politique de fait insuffisamment marquée à gauche.

Pour ma part, on l'aura compris, respectant par la même nom propre engagement en mai 2005 et le vote du peuple, je soutiens les parlementaires qui voteront ostensiblement « non » à Versailles le 4 février.
Et que le référendum, chaque jour passant, ait de moins en moins de chances d'être obtenu, n'est pas une raison pour dissocier la campagne des élections locales des analyses européennes et mondiales, notre planète étant devenue depuis plusieurs années déjà un véritable village ! Ce qu'ont compris de plus en plus d'électeurs.
Tout au contraire, il faut, à l'occasion des municipales, s'engager dans une campagne éminemment politique afin d'illustrer les enjeux locaux et retrouver les électeurs que nous avions perdus.
Il reste tout de même à espérer que Nicolas Sarkozy multiplie les fautes dont il semble devenir coutumier car le retricotage de notre électorat n'est pas simple eu égard à l'orientation générale actuelle du parti socialiste !

Vincent Assante Membre du Conseil National du PS.

6 - Alain Supiot : « Voilà l' "économie communiste de marché" ». Une critique accablante de l'Union européenne par un Européen spécialiste du Droit du travail.

Friedrich Hayek et la "démocratie limitée". "Sécession des élites". Conseil national de la Résistance. "Smic mondial".

Voici un texte très important, qui est une accusation inédite et accablante de la construction institutionnelle actuelle de l'Union européenne, d'un point de vue social et démocratique, à l'occasion de deux décisions récentes et iniques de la Cour de justice européenne, visant à mettre radicalement en cause le droit de grève et la liberté syndicale. L'auteur Alain Supiot n'a pas tort de rappeler ici le programme et les conquêtes sociales du Conseil national de la Résistance (1944). Dans une présentation de ce texte (d'abord paru la semaine dernière dans « Le Monde » daté du 25 janvier 2008), le sociologue nantais Jacky Réault écrivait très justement : « Voilà pour longtemps je le crains un texte d'anthologie. Peut-être n'avez vous pas vu passer cet article très inhabituel pourtant dans les pages du "Monde", à la tonalité inhabituelle aussi depuis si longtemps sous la plume d'Alain Supiot, théoricien du droit du travail, si longtemps confiant dans le dit "processus" européen, ce qu'il nomme désormais cette "sécession des élites" et que, constante de l'histoire de France, Versailles symbolise ces jours-ci. Au fait quel était le cri de ralliement du printemps 1789 ? Bon courage pour l'hiver, l'hiver finit toujours. »

Alain Supiot, un très grand nom de la recherche internationale sur le droit social, prédit ici le pire pour cette Europe conçue exclusivement selon les plans de Friedrich Hayek, le père de la "démocratie limitée" au nom du libéralisme (en fait à mon avis un "antilibéralisme-capitaliste" forcené, basé sur la négation du droit à l'initiative des citoyens, qu'elle soit politique, économique et sociale ou bien culturelle, et sur la concurrence sauvage de tous contre tous, radicalement "faussée" par le recours au pire esclavagisme social : celui qui est garanti par la dictature léniniste chinoise). A cet égard, il serait urgent de mener enfin un combat démocratique planétaire pour un Droit international du travail, digne de ce nom, autour de l'objectif d'un "smic mondial" social et écologique. C'est un combat ni plus, ni moins utopique, ni plus, ni moins urgent, que celui des abolitionnistes de la traite esclavagiste à la fin du XVIIIe et au début du XXe siècles. Que manque-t-il seulement pour engager ce combat dans l'opinion publique et l'imposer dans les enceintes insitutionelles de l'Europe, du G9 et de l'ONU ? Seulement la volonté politique de se consacrer tous ensemble et sans faux-semblant, à un objectif commun et supérieur, comme pendant la Résistance anti-nazie.

Alain Supiot écrit notamment à propos de notre Europe présente, celle du traité de Lisbonne : « Le blocage progressif de tous les mécanismes politiques et sociaux susceptibles de métaboliser les ressources de la violence sociale ne pourra bien sûr engendrer à terme que de la violence, mais ce sont les Etats membres et non les institutions communautaires qui devront y faire face. » A méditer !

Luc Douillard

 

Voilà l' "économie communiste de marché", par Alain Supiot

"Le Monde", 25 janvier 2008

La Cour de justice européenne détient une part essentielle du pouvoir législatif dans l'Union. A la différence de nos juridictions, elle statue pour l'avenir par disposition générale et à l'égard de tous, comme la loi elle-même. Par deux arrêts, capitaux pour le devenir de "l'Europe sociale", elle vient de trancher la question de savoir si les syndicats ont le droit d'agir contre des entreprises qui utilisent les libertés économiques garanties par le traité de Rome pour abaisser les salaires ou les conditions de travail.

Dans l'affaire Viking, une compagnie finlandaise de navigation souhaitait faire passer l'un de ses ferrys sous pavillon de complaisance estonien, afin de le soustraire à la convention collective finlandaise. L'affaire Laval concernait une société de construction lettonne, qui employait en Suède des salariés lettons et refusait d'adhérer à la convention collective suédoise. Dans les deux cas, les syndicats avaient recouru à la grève pour obtenir le respect de ces conventions, et la Cour était interrogée sur la licéité de ces grèves.

Le droit de grève étant explicitement exclu du champ des compétences sociales communautaires, un juge européen respectueux de la lettre des traités se serait déclaré incompétent. Mais la Cour juge depuis longtemps que rien en droit interne ne doit échapper à l'empire des libertés économiques dont elle est la gardienne. Elle s'est donc reconnue compétente. L'arrêt Laval interdit aux syndicats d'agir contre les entreprises qui refusent d'appliquer à leurs salariés détachés dans un autre pays les conventions collectives applicables dans ce pays. Au motif qu'une directive de 1996 accorde à ces salariés une protection sociale minimale, la Cour décide qu'une action collective visant à obtenir, non pas seulement le respect de ce minimum, mais l'égalité de traitement avec les travailleurs de cet Etat, constitue une entrave injustifiée à la libre prestation de services.

L'arrêt Viking affirme que le droit de recourir à des pavillons de complaisance procède de la liberté d'établissement garantie par le droit communautaire. Il en déduit que la lutte des syndicats contre ces pavillons est de nature à porter atteinte à cette liberté fondamentale. La Cour reconnaît certes que le droit de grève fait "partie intégrante des principes généraux du droit communautaire". Mais elle interdit de s'en servir pour obliger les entreprises d'un pays A qui opèrent dans un pays B à respecter l'intégralité des lois et conventions collectives de ce pays B. Sauf "raison impérieuse d'intérêt général", dont la Cour se déclare seule juge, les syndicats ne doivent rien faire qui serait "susceptible de rendre moins attrayant, voire plus difficile" le recours aux délocalisations ou aux pavillons de complaisance.

Cette jurisprudence jette une lumière crue sur le cours pris par le droit communautaire. Il échappait déjà à peu près complètement aux citoyens, tant en raison de l'absence de véritable scrutin à l'échelle européenne que de la capacité des Etats à contourner les résistances électorales lorsqu'elles s'expriment dans des référendums nationaux. L'apport des arrêts Laval et Viking est de le mettre également à l'abri de l'action syndicale. A cette fin, les règles du commerce sont déclarées applicables aux syndicats, au mépris du principe de "libre exercice du droit syndical", tel que garanti par la convention 87 de l'Organisation internationale du travail (OIT).

Le droit de grève et la liberté syndicale sont le propre des vraies démocraties, dans lesquelles l'évolution du droit n'est pas seulement imposée d'en haut, mais vient aussi d'en bas, de la confrontation des intérêts des employeurs et des salariés. Le blocage progressif de tous les mécanismes politiques et sociaux susceptibles de métaboliser les ressources de la violence sociale ne pourra bien sûr engendrer à terme que de la violence, mais ce sont les Etats membres et non les institutions communautaires qui devront y faire face.

L'Europe est ainsi en passe de réaliser les projets constitutionnels de l'un des pères du fondamentalisme économique contemporain : Friedrich Hayek. Hayek a développé dans son oeuvre le projet d'une "démocratie limitée", dans laquelle la répartition du travail et des richesses, de même que la monnaie, seraient soustraites à la décision politique et aux aléas électoraux. Il vouait une véritable haine au syndicalisme et plus généralement à toutes les institutions fondées sur la solidarité, car il y voyait la résurgence de "l'idée atavique de justice distributive", qui ne peut conduire qu'à la ruine de "l'ordre spontané du marché" fondé sur la vérité des prix et la recherche du gain individuel. Ne croyant pas à "l'acteur rationnel" en économie, il se fiait à la sélection naturelle des règles et pratiques, par la mise en concurrence des droits et des cultures à l'échelle internationale. Cette faveur pour le darwinisme normatif et cette défiance pour les solidarités syndicales se retrouvent dans les arrêts Laval et Viking.

Le succès des idées de "démocratie limitée" et de "marché des produits législatifs" doit moins toutefois aux théories économiques, qu'à la conversion de l'Europe de l'Est et de la Chine à l'économie de marché. Avec leur arrogance habituelle, les Occidentaux ont vu dans ces événements, et l'élargissement de l'Union qui en a résulté, la victoire finale de leur modèle de société, alors qu'ils ont donné le jour à ce que les dirigeants chinois appellent aujourd'hui "l'économie communiste de marché".

On aurait tort de ne pas prendre au sérieux cette notion d'allure baroque, car elle éclaire le cours pris par la globalisation. Edifié sur la base de ce que le capitalisme et le communisme avaient en commun (l'économisme et l'universalisme abstrait), ce système hybride emprunte au marché la compétition de tous contre tous, le libre-échange et la maximisation des utilités individuelles, et au communisme la "démocratie limitée", l'instrumentalisation du droit, l'obsession de la quantification et la déconnection totale du sort des dirigeants et des dirigés. Il offre aux classes dirigeantes la possibilité de s'enrichir de façon colossale (ce que ne permettait pas le communisme) tout en se désolidarisant du sort des classes moyennes et populaires (ce que ne permettait pas la démocratie politique ou sociale des Etats-providence). Une nouvelle nomenklatura, qui doit une bonne part de sa fortune soudaine à la privatisation des biens publics, use ainsi de la libéralisation des marchés pour s'exonérer du financement des systèmes de solidarité nationaux.

Cette "sécession des élites" (selon l'heureuse expression de Christopher Lasch) est conduite par un nouveau type de dirigeants (hauts fonctionnaires, anciens responsables communistes, militants maoïstes reconvertis dans les affaires) qui n'ont plus grand-chose à voir avec l'entrepreneur capitaliste traditionnel. Leur ligne de conduite a été exprimée il y a peu avec beaucoup de franchise et de clarté par l'un d'entre eux : il faut "défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance". En tête de ce programme figuraient "l'établissement de la démocratie la plus large (...), la liberté de la presse et son indépendance à l'égard des puissances d'argent, (...) l'instauration d'une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l'éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l'économie, (...) la reconstitution, dans ses libertés traditionnelles, d'un syndicalisme indépendant". Rien de tout cela n'est en effet compatible avec l'économie communiste de marché.

Alain SUPIOT, docteur d'Etat, agrégé de droit, licencié en sociologie. Professeur à Poitiers puis à Nantes, a été chercheur à Berkeley, Florence et Berlin.
Membre du conseil scientifique de la International Labour Review (BIT, Genève).
Membre du Conseil d'administration de la Fondation MSH de Paris.
Membre de l'Institut universitaire de France.
Membre du Conseil scientifique de la "Revue internationale du travail". Collaborateur régulier de la revue "Droit Social".
Il a surtout publié dans le domaine du droit du travail et de la sécurité sociale. Ses travaux actuels portent sur l'analyse des fondements juridiques du lien social et de ses transformations.

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Luc Douillard

3 - combat laïque

1 - Sauvegardons la laïcité de la République

Les organisations et personnalités signataires rappellent solennellement que, selon l’article 1er de la Constitution, la France est une République indivisible, démocratique, laïque et sociale. Ces quatre termes indissociables définissent des principes qui s’imposent à tous, au premier rang desquels le Président de la République. Or, les déclarations récentes de Monsieur Sarkozy, mêlant ses convictions personnelles et sa fonction présidentielle, portent atteinte à la laïcité de la République. La mise en cause de ce principe constitutionnel indispensable à la paix civile est inacceptable. Depuis 1905, grâce à la loi de Séparation des Eglises et de l’Etat, la République assure à chaque citoyen la liberté de conscience, garantit sa liberté de croire ou de ne pas croire et de pratiquer le culte de son choix, de n’en pratiquer aucun ou de pouvoir en changer. Elle permet ainsi de vivre ensemble, dans le respect de chacun, quelles que soient ses origines, ses choix philosophiques ou ses convictions religieuses. Dans notre République et notre société multiculturelle, la diversité doit être richesse et non source de conflit. Pour cela, la laïcité, assurant l’égalité en droit des citoyens dans le respect des lois de la République, permet à la fois l’expression du pluralisme des convictions et la recherche de valeurs communes pour construire une communauté de destin. Dans un monde aujourd’hui global et de plus en plus complexe, où se multiplient les voies d’accès à l’information et aux connaissances, et où explose la médiatisation des évènements et de la pluralité des représentations du monde, seule la laïcité permet l’émancipation de tous en favorisant le libre accès au savoir et à la culture et le discernement de chacun pour un libre choix de vie, par une démarche rationnelle et critique faisant toute leur place au doute, à l’imagination et à la créativité. C’est pourquoi, les organisations et personnalités signataires s’opposeront à toute tentative qui mettrait, de fait, en cause la laïcité par une modification du contenu de la loi de 1905. A l’heure où nos concitoyens éprouvent des difficultés et des inquiétudes croissantes, elles les appellent à promouvoir la laïcité comme une exigence partagée avec la ferme volonté de bâtir ensemble une société où la justice sociale assurera, quotidiennement, pour toutes et pour tous, la liberté, l’égalité et la fraternité.

premières signatures :
Cahiers Pédagogiques, CAEDEL, CEMEA, Comité Laïcité et République, CNAFAL, CNAL, DDEN, EEDF, EGALE, FCPE, FGPEP, Francas, FSU (avec SNEP, SNES et SNUIPP), Grand Orient de France, JPA, Le chevalier de la Barre Libre Pensée, Ligue de l’enseignement, Ligue des Droits de l’Homme, Mission Laïque, SGEN-CFDT, Solidarité Laïque, UFAL, Union Rationaliste, UNSA-Education (avec AETL, SE, SEA, SEP,  SIEN, SNAEN CT, SNPCE SNAPS,SNPDEN, SUP Recherche ).

L'Union Des FAmilles Laïques www.ufal.org

2 - Le nouvel évangéliste et ses élucubrations de Latr(an)ine !

Ou la Laïcité en péril…

Non, ce n’est pas un nouveau discours pour l’inauguration des pissotières situées sur la place de l’église de Clochemerle dont il va être question. C’est dommage d’ailleurs car il eut été sans doute plus rigolo que celui prononcé par le nouveau chanoine temporaire de la basilique du Latran. Titre spirituel et honorifique conféré aux chefs de l’état français depuis Henry IV, mais que ceux-ci n’ont pas tous honoré, le dernier en date étant le Président Mitterrand.

A la lecture de cette apologie de la religion catholique et romaine quelques haut-le-cœur m’ont agité, pour se terminer dans une sainte colère…

C’eut été le discours lors de l’inauguration à Clochemerle, j’aurais volontiers fait partager la totalité du texte, cela nous aurait donné du baume au cœur en lisant l’écrit très rabelaisien de Gabriel Chevallier. Mais ce n’est pas le cas, donc à travers ce salmigondis vénéneux envers la liberté intellectuel et morale du peuple français plusieurs morceaux choisis et réflexions suffiront pour percevoir le mépris latent et l’incompréhension à l’encontre de la laïcité à la française que reflètent le discours de son chef de l’Etat – A l’époque de Pétain, « Chef de l’Etat » remplaçait l’expression « Président de la République », ce qui en la circonstance s’adapte bien à la situation actuelle.

Avant d’aborder des remarques sur le fond de ce panégyrique sur la religion chrétienne, on pourra déjà constater que l’histoire est arrangée à la sauce de l’Eglise catholique et romaine. Car sans oublier le baptême de Clovis qui scella une partie de notre histoire à celle de cette communauté religieuse, il y eut souvent des anicroches.

C’est peu de le dire, mais sans doute a-t-il oublié les guerres de religions ! Sans doute ne sait-il pas que se fut Jacques Lefèvre - Lefèvre d’Etaples - nouvellement réformé et propagateur de la foi protestante qui traduisit le Nouveau Testament en français en 1523 ! On comprend d’ailleurs mieux pourquoi le Latin fut longtemps la langue de référence des catholiques traditionnels, voire traditionalistes. N’a-t-il pas entendu parler des dragonnades qui décimèrent, bannirent, expatrièrent nombre de protestants en n’épargnant pas aussi et souvent laïcs et athées. En plus, il y eut aussi d’autres traces de communautés diverses qui ont laissé leurs empreintes sur notre civilisation. J’en veux pour preuve certaines villes qui ont encore des rues « De la Juiverie », ou appellations similaires, appellations qui ont traversées les méandres de notre civilisation puisque certaines viennent des Xème et XIème siècles. Aussi, dans des cités dispersées au sein de l’hexagone l’on retrouve les restes de l’influence arabe, que l’on retrouve d’ailleurs dans plusieurs patois aux accents encore ancestraux, comme dans des terroirs biens délimités du Poitou et du Nord de la France. Déjà sa vision de l’Histoire est pour le moins restrictive, sinon linéaire.

Comme le sujet offre peu d’intérêt, je passe sous silence une énumération de saints et saintes plus ou moins allégoriques auprès des sanctuaires desquels quelques crédules vont encore se recueillir dans l’espoir d’une guérison miraculeuse ou tenter par des incantations de favoriser l’arrivée d’une bonne fortune aléatoire.

Continuant sur sa lancée « l’Iconoclaste » fait une apologie d’écrivains, philosophes et musiciens de bon aloi qui seraient à ses dires les moteurs de la pensée et de la culture française. Que la France s’honore d’avoir fait connaître au monde les œuvres musicales de Poulenc ou de Messian n’altère en rien sa culture diversifiée. Que le pape se réconforte à la lecture de : « Le drame de l’humanisme athée » d’Henri de Lubac n’est pas un gage de l’universalité de cette pensée, pour finir sa soirée endormie devant le feu d’une cheminée du Vatican, en ronflotant, avec ouvert sur ses genoux « Le journal d’un curée de campagne » de Bernanos, fraichement offert par le Chef de l’Etat français, ne serait que le reflet d’une réflexion intellectuelle dogmatique qui est la rationalité des gens aux raisonnements cloisonnés, si… Si, le fait que ce genre de littérature laisse aussi planer à travers chaque ligne les relents des écrits de Maurras, cela nous rassure encore moins. En effet, Bernanos fut longtemps à l’Action Française au coté de Maurras avant qu’ils ne se fâchent. On voit dans quel monde le nouvel évangéliste va puiser ses références !

On aurait pu lui suggérer de citer Camus, par exemple. Est-ce une inattention de ma part mais j’oubliais qu’il était athée, et pour ne pas arranger les choses il fut pendant un temps membre du parti communiste ! Deux tares rédhibitoires dans le bien-pensé que l’on veut nous imposer, néanmoins on lui décerna le Nobel de littérature ! Pourtant ils ne sont pas nombreux ceux en France qui ont reçu cet honneur universel. Mais, surtout, on peut lui faire remarquer que la lecture de L’étranger, de la Peste qui a accompagnée les études de plusieurs générations et qui durent disserter sur ces deux chef-œuvres se perpétue encore; et que ces œuvres sont certainement beaucoup plus lues que les écrits de René Girard dont Sarkozy veut se faire le chantre.

On pourrait lui recommander aussi de lire des écrivains d’autres religions, je pense particulièrement à Agrippa d’Aubigné ; qui, les armes à la main pour défendre sa foi protestante, n’en écrivit pas moins ce que certains considèrent comme faisant partie des plus belles pages de la littérature française, à savoir, plusieurs passages des « Tragiques ». D’ailleurs Hugo ne s’y est pas trompé puisqu’il écrivit : « Je suis frère de d’Aubigné », grande reconnaissance du talent littéraire du soldat-poète. Quant à Hugo, s’il fut croyant, ce qui ne fait aucun doute, il regardait néanmoins la religion d’un œil circonspect. Puis il y eut aussi les philosophes athées qui furent lus sous le manteau puisqu’ils furent souvent bannis ou interdits par la morale chrétienne, il n’empêche qu’ils eurent aussi leur part dans la construction intellectuelle et morale de notre pays. Une nouvelle fois il n’est pas inutile de rappeler au nouveau chanoine que c’est cela la France, cette diversité.

Puis après avoir encensé un choix bien déterminé de personnalités, le chanoine se met à faire de la philosophie. Un passage où il prétend disserter sur les aspirations de l’être humain, en insistant particulièrement sur le fait que la recherche intellectuelle de chacun sur la vie et la mort conduit inévitablement vers la spiritualité. Je n’épiloguerais pas sur se genre de sentence, j’ai bien écrit sentence car il s’agit dans sa pensée d’une théorie inéluctable ; comme cela demanderait une plus longue réflexion, laissons aux philosophes reconnus le soin de disserter sur cette interrogation… Je livre simplement un passage de son discours qui m’a laissé dubitatif, mais qui à lui seul prépare la suite de ses propos : « Le fait spirituel, c’est la tendance de tous les hommes à rechercher une transcendance. Le fait religieux, c’est la réponse des religions à cette aspiration fondamentale. »/

Nous y voilà, la suite nous éclaire singulièrement par quel chemin tortueux il a amené la réflexion sur la laïcité, dixit : « Or, longtemps la république laïque a sous-estimé l’importance de l’aspiration spirituelle. ». Comme cela ne suffisait pas il fait entre autres remarquer que « la pénurie de prêtres n’avait pas rendu les français plus heureux », formule d’ailleurs assez sibylline utilisant une négation pour faire une affirmation. Le pire c’est qu’il en remet une couche quand il détermine définitivement ce que devrait être selon lui l’esprit de la république : « …, s’il existe incontestablement une morale humaine indépendante de la morale religieuse, la République a intérêt à ce qu’il existe aussi une réflexion morale inspirée de convictions religieuse ». Moralité, si l’on peut tolérer qu’il y ait encore des athées, parmi lesquels des agitateurs anarchistes, des libertaires, des marxistes, des qui ne croient en rien, etc., il leur est expressément recommandé d’aller à la messe, sinon…

A la lecture de ces lignes, pas rassuré, j’ai couru chez ma voisine pour lui emprunter un missel, sachant que chez les dames d’un certain âge on trouvait encore ce genre de truc. Ouf, bien m’en a prit, car la continuité des prédictions du chanoine m’a convaincu qu’il était urgent que je me convertisse si je ne voulais pas devenir un intégriste laïc, confirmé par ces mots : « D’abord parce la morale laïque risque toujours de s’épuiser ou de se changer en fanatisme quand elle n’est pas adossée à une espérance qui comble l’aspiration de l’infini. »(sic). En somme, à l’instar de beaucoup je m’étais fourvoyé sur les pentes dangereuses d’un fanatisme guettant au hasard de ma conscience non formaté au dogmatisme religieux ; du moins, c’est lui qui le prétend ! De toute évidence, se croyant investi de pouvoir divin, il voudrait cloisonner et diriger la pensée abstraite de ses concitoyens.

Mais cela n’était que des préliminaires, quelques agapes à grignoter avant le plat de résistance. Quel plat de résistance, indigeste, vénéneux, une tambouille nauséabonde. Malheureusement, je ne suis pas comme ces convives qui quittent le repas après le hors-d’œuvre déjà lassés des élucubrations du maitre de maison, pourtant cela m’aurais évité de relater ce menu. On comprendra mieux d’ailleurs pourquoi je fus agité de haut-le-cœur, prémices à une envie de vomir. Malgré tout, je fais partager ce grand moment de remise en cause des institutions laïques afin de ne pas être le seul indisposé : « Dans la transmission des valeurs et dans la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, même s’il est important qu’il s’en rapproche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance. ».

Tout est dit, si j’ai bien compris l’Ecole Public serait donc le lieu où s’épanouissent des assassins, des voleurs, des voyous, des pernicieux du fait du manque de charisme, du manque de rigueur morale, du laxisme des Maîtres -instituteurs et professeurs, sans distinction de sexe- qui n’auraient apparemment qu’une conscience approximative du bien et du mal. De façon technique on pourrait lui prouver que ce genre de raisonnement est totalement abscons, surtout pour quelqu’un qui a toujours l’œil rivé sur les statistiques. Mais comme il s’agit d’une remise en cause de l’Ecole Public, gratuite, universelle dans sa diversité et la seule véritablement libre dans son enseignement, avec en plus une insulte à l’encontre de l’intégrité morale de ceux qui la perpétue, d’autres remarques s’imposent donc.

Il est vrai sans doute que si je n’avais pas été me pervertir sur les bancs de l’Ecole communale mes propos eurent sans doute été plus consensuels, mais ma pensée eut été moins libre et mon esprit critique moins développé. Pourtant ce sont deux valeurs, parmi d’autres, essentielles à l’épanouissement de l’individu. Valeurs que des Instituteurs attentifs à l’évolution intellectuelle de chaque élève ont distillé au jour le jour en mettant une sorte de passion et de rigueur dans leurs enseignements qu’ils voulaient les meilleurs pour les hommes de demain ; transcendés par la foi d’enseigner, beaucoup en consacrant leur vie à porter des enfants en demande d’espérance vers l’âge adulte firent de leur métier une sorte de sacerdoce. S’ils ne commencèrent pas leurs cours par la lecture de quelques passages d’Evangiles apocryphes, ils parsemèrent leurs enseignements de courtes leçons de vraie morale appropriées aux circonstances. Souvent même ils durent se substituer à des parents à l’éducation défectueuse. Ce qu’ils continuent de faire malgré des conditions sociales de plus en plus dégradées, et l’on ne peut que les admirer devant une telle abnégation Certes, tous ne sont pas parfait, mais les insignifiants sont à peu près le même pourcentage dans tout les milieux…

Je n’épiloguerai guère plus sur : « …il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie… », toutefois, un petit rappel historique n’est pas inutile. Lors des jours sombres de la France, alors que ce que l’on appelait l’Etat français était en déliquescence, les instituteurs ont continué à transmettre les valeurs de la République, ceci souvent au péril de leurs vies. Car ont les vit éduquer et cacher des enfants pourchassés -qu’ils soient juifs ou fils et filles d’autres communautés- par la fureur d’une idéologie que l’on souhaiterait à jamais disparue. Malgré qu’ils fussent parfois communistes ou socialistes prétendus anticléricaux, ils furent souvent soutenus, aidés par le curé du coin qui en avait cure que son pape se soit tu devant l’insoutenable. Dans le même ordre d’idée, on pourrait rajouter aussi que l’éducation reçue à cette époque par le pape actuel en laisse perplexe beaucoup.

Une question se pose, en prononçant ce discours d’un autre âge le Chef de l’Etat français affirmait-il ses convictions ou s’agissait-il d’une allocution de circonstance ? D’autant parait-il qu’il n’en est pas l’auteur, espérons que son « nègre » ne soit pas sans papier ! Apparemment non car il semblerait qu’il soit connu et reconnu et de surcroit « ensoutané ».

Peu importe, en tout cas c’est lui qui le prononça et même si certains pensent qu’il s’adapte souvent à la manière d’une girouette dans le sens du vent, il n’en reste pas moins que souvent ses propos sont le reflet de sa pensée, et c’est bien là le plus inquiétant !

Même si comme toutes les lois, celle de 1905 n’est pas parfaite et ne satisfera jamais toutes les disparités individuelles, elle est cependant le garant de la Laïcité à la française, Laïcité souvent montré en exemple, il serait donc inconcevable qu’elle fut remise en cause.

Restons donc vigilants et attentifs à conserver ce que l’on peut considérer comme un Droit de l’Homme.

Michel MENGNEAU

3 - Pour ou contre l’utilisation du terme Islamophobie ?

Nous vous proposons un débat qui a eu lieu au sein de la rédaction du Courrier de l'Atlas, que nous avons trouvé intéressant bien que notre opinion sur cette question soit celle de Yann Barte.
La Rédaction de Respublica

 

MAKING-OF De retour du Nicaragua, notre collaborateur Yann Barte découvrait le numéro de novembre du « Courrier de l’Atlas », avec son dossier consacré à l’islamophobie. Estimant ce choix non pertinent, il a souhaité expliquer pourquoi. Son collègue Naceureddine Elafrite lui répond. Débat.

CONTRE

« ISLAMOPHOBIE EST UN MOT PIEGE », Par Yann Barte

Dans les années 80, on riait au nez des cathos intégristes de l’Agrif qui se ridiculisaient dans des procès pour « racisme antichrétien ». Et on avait raison. Aujourd’hui, on considère avec le plus grand sérieux la démarche identique des islamistes et de leurs nouveaux alliés paradoxaux d’extrême gauche (au nom de la lutte contre l’Occident libéral). Le terme « islamophobie », véritable arme idéologique, a été inventé par les mollahs au lendemain de la révolution iranienne, nous rappelle Chahdortt Djavann : « Il résume l’idéal totalitaire d’un régime islamiste pour qui toute opposition est considérée comme une atteinte à l’islam. » Le mot a fait le titre de notre dossier. Il a aussi fait débat au sein de la rédaction. Peut-on en effet l’utiliser sans détourner l’antiracisme au profit de la lutte contre le blasphème ? Ayant attaqué pour islamophobie, le Mrap s’est vu débouté face à d’authentiques racistes comme Oriana Fallaci. Non seulement le mot piège le débat, mais il s’avère d’une inefficacité crasse contre le racisme que l’on ne sait plus appeler par son nom. Il existe un racisme qui se tapit derrière la critique de l’islam. Il suffit d’écouter les propos villiéristes pour s’en convaincre. De même que l’antisémitisme va parfois de pair avec la stigmatisation de la religion des juifs. Pour autant, « judéophobie » n’a pas fait son entrée dans le Petit Robert, pas plus que « christianophobie » et c’est heureux de ne pas confondre critique des religions et racisme, critique des personnes pour ce qu’elles sont (xénophobie, homophobie…) et pour leurs idées (religions, idéologies…).

« Islamophobie » a été anobli par le Robert, comme pour disqualifier un peu plus ceux qui osent résister aux islamistes (musulmans libéraux, laïques, féministes) en refusant de céder au chantage à l’islamophobie. Il me paraît urgent de bannir le mot et d’appeler le racisme par son nom.

 

POUR

« L’ISLAMOPHOBIE EST UNE REALITE ? IL FAUT L’APPELER PAR SON NOM », Par Naceureddine Elafrite

Tout comme la judéophobie (si, si le terme existe) et l’antisémitisme, l’islamophobie est une abomination qui doit être désignée en tant que telle ; désignée, mais aussi décortiquée, analysée, dénoncée. Car elle a ses spécificités, que le terme « racisme » ne suffit pas à restituer. Il y a aujourd’hui, en Europe, une montée de l’islamophobie. Des organisations internationales neutres ont tiré la sonnette d’alarme, et notre rôle en tant que magazine d’actualité et de société, était d’en rendre compte. L’islamophobie, c’est le dénigrement systématique de l’islam et de ceux qui sont de culture ou de foi musulmane. De la même manière que l’on peut utiliser un couteau pour faire la cuisine, on peut l’utiliser pour commettre un crime. Des esprits retors auront toujours la tentation de dégainer une accusation d’islamophobie pour interdire toute critique de l’islam et des musulmans ou toute démarche laïque. Il en va ainsi de l’antisémitisme. Ceux qui critiquent Israël ou le judaïsme ne sont pas forcément antisémites. L’islamophobie est au cœur d’un mécanisme très pervers. A l’origine, elle a été alimentée, pour ne pas dire générée, par le comportement de certains musulmans eux-mêmes. Ou par des gens qui se revendiquent de l’islam. Ce n’est pas un hasard si elle s’est développée après le 11 septembre. Voyez ce qui est arrivé à cette enseignante anglaise au Soudan[1], et vous verrez que la lutte contre l’islamophobie doit commencer par notre autocritique, nous musulmans. A son tour, l’islamophobie nourrit le repli identitaire, alimente le communautarisme. Ce qui génère des excès indéniables de langage ou de comportement. Les manifestations islamophobes (il suffit de faire un petit tour sur le Net) légitiment les positions d’intolérance, de repli, de refus de l’Autre, voire de sa déshumanisation. C’est connu, les extrémistes de tout bord se nourrissent les uns les autres. C’est un cercle vicieux, et pour le briser, il n’y a aucune raison de dénoncer les extrémistes musulmans (et il y en a) tout en épargnant les extrémistes antimusulmans en se contentant de les accuser de racisme.

Notes

[1] En décembre 2007, au Soudan, une institutrice britannique a été condamnée pour insulte à l’islam : elle avait laissé ses élèves de 6 ans appeler leur ours en peluche du prénom du Prophète. Elle a finalement été graciée.

Le Courrier De L'Atlas

4 - Victoire de la laïcité et des valeurs républicaines

La France est une république indivisible, laïque, démocratique et sociale.

Chacun d’entre nous devrait connaître par cœur l’article 1ier de notre constitution.

Il y a moins d’un an, 11 mois plus exactement, j’aurais été incapable de dire cela mais il faut savoir que les valeurs essentielles de notre vie se trouvent là.

Le 23 février 2007, une mosquée salafiste ouvrait ses portes, en toute illégalité, dans notre quartier, quartier d’une ville sans importance.

Nous vivons à Champs sur Marne et cette commune ne tombera pas dans l’oubli de sitôt.

En effet ce jour-là, sous les regards médusés des habitants, des salafistes, en tenue traditionnelle (kamis et burkas) inauguraient un local de culte clandestin, local acquis pour en faire des bureaux.

Mais au lieu de faire des bureaux, comme les nouveaux propriétaires s’y étaient engagés, le local abritait une mosquée et une école coranique.

Les personnes qui venaient dans ce local, étaient pour la plupart extérieures à notre commune.

Notre lieu de vie était quadrillé par des sbires qui surveillaient les riverains les jours de prière.

Des allées et venues incessantes de salafistes , de 5 h du matin à 24h, des regards hostiles envers les femmes, des sourires engageants envers les enfants, tel était notre quotidien.

Les habitants du quartier, stupéfaits et abasourdis, voulaient absolument faire « quelque chose » pour que cesse cette situation intolérable.

Pour certains, ce quelque chose se traduisit par des appels téléphoniques auprès de la mairie, du député, du commissariat, de la sous-préfecture, de la préfecture.

Pour d’autres, ce fut des courriers.

Chacun dans son coin essayait de crier son indignation, son refus de voir s’installer le communautarisme, son inquiétude pour les enfants…

Nous vîmes aussi des personnes, se sentant totalement impuissantes, se cacher derrière leurs rideaux en se disant que la situation était désespérée et qu’il n’y avait rien à faire. Pour eux, la seule solution était de fermer leur porte à clef.

Tous se demandaient : mais que faire pour être entendus ?

Plusieurs contacts furent pris avec la presse, mais nous étions en pleine campagne électorale présidentielle et la vie de citoyens lambda était moins intéressante que le débat politique d’alors. Pas d’émeutes dans notre quartier, pas de violence, bref rien de sensationnel.

Seuls deux journalistes, Mohamed SIFAOUI et Jean LOUIS du Parisien comprirent nos préoccupations et vinrent dans notre quartier pour juger par eux- mêmes de la situation.

Chacun d’entre eux prit la mesure de ce que nous vivions.

Par des articles dans le Parisien, une enquête dans Marianne le 24 mars 2007, une émission télévisée diffusée sur Arte le 28 août 2007, ces deux journalistes se firent l’écho de notre quartier, suivirent et suivent toujours l’affaire de près. Des enregistrements effectués confirmèrent la nature subversive des occupants de la mosquée.

Quelques habitants du quartier, les plus téméraires, les plus attachés aux valeurs républicaines, décidèrent de s’organiser en collectif.

Lorsque l’on porte atteinte à sa liberté, l’homme, aussi modeste soit-il, est capable de réagir et de se défendre.

Pas d’actes violents, pas d’insultes mais des réunions où la marche à suivre était décidée et mise en œuvre.

Pétitions, démarches auprès de la mairie, interventions dans les rencontres publiques avec le député, tous les recours dont nous pouvions nous servir étaient utilisés.

Telles des fourmis laborieuses, tous et toutes nous participions à la hauteur de nos moyens.

Messages via internet, participation à des débats, présence effective de membres du collectif lors de moments forts tels que le procès, la réunion en sous-préfecture, la rencontre chez le Préfet et rappel incessant de nos valeurs.

A chaque manifestation publique du collectif, les personnes désignées étaient différentes, ainsi nous avons montré que c’était un quartier entier qui était mobilisé mais pas uniquement quelques individualités.

Certains pessimistes prédisaient que la situation du quartier durerait plusieurs années, qu’on ne n’en sortirait jamais car les personnes de la mosquée étaient propriétaires, que l’on ne pouvait rien faire face à ces islamistes ….

Ils étaient propriétaires, certes, mais au sein d’une co-propriété. Qui dit co-propriété dit droits mais aussi devoirs.

L’islamisme radical fait peur mais n’est nullement invincible.

La cohésion de notre collectif et sa seule ligne de conduite étaient la défense de la laïcité, le respect de la loi par chacun.

Jamais les différentes appartenances politiques ne furent prises en compte.

Jamais les différences religieuses ne furent évoquées.

Notre seul point commun : faire un front républicain et laïque face à l’obscurantisme et les dangers qu’il génère.

Pas de dérapage intempestif, sauf une fois où l’un d’entre nous a glissé dangereusement vers la xénophobie. Aussitôt quelques personnes ont repris les choses en main en tançant vertement cet individu qui a cessé ses insinuations fort malvenues.

Le ciment de notre collectif, en dehors de notre détermination, fut la rédaction d’un bulletin d’information électronique quasi-hebdomadaire. Toute information recueillie était communiquée à chaque fois aux différents protagonistes (membres du collectif, maire, député, préfet).

Une autre façon de fédérer les habitants du quartier fut l’organisation itérative de « pots républicains et laïques » au cours desquels les autorités étaient conviées de façon systématique. Ainsi les représentants élus se rendaient compte de la mobilisation et de la détermination des citoyens de base.

Ce travail de sape de plusieurs mois a fini par être productif.

D’une part Mme Maud TALLET, maire PCF de notre commune, a poursuivi en justice la SCI propriétaire et occupant les locaux. A ce jour les dits propriétaires ont été condamnés le 18 juillet 2007 par le Tribunal Correctionnel de Meaux.

D’autre part Mme Chantal BRUNEL, député UMP de notre circonscription, a posé une question orale à l’Assemblée Nationale sur le sujet le 2 octobre 2007.

Aujourd’hui 25 janvier 2008, le quartier a vu avec délice un panneau « A Vendre » sur les fenêtres de la mosquée.

Téléphone, internet, la nouvelle fut bien vite communiquée et un sentiment de victoire s’empare de tout le quartier.

Evidemment nous allons organiser un grand pot laïque et républicain pour célébrer l’événement.

Une seule leçon à retenir de ces 11 mois, en France, les citoyens ont encore la parole s’ils se donnent les moyens de la prendre et savent défendre leurs valeurs essentielles.

L’individualisme forcené n’est pas encore et ne doit pas devenir la seule règle de conduite.

Pour nous dans notre quartier, pas de communautarisme mais des communautés qui vivent ensemble.
Pas de religion unique et totalitariste, mais des convictions religieuses personnelles qui demeurent dans la sphère privée.
Pas de sectarisme politique, mais une union face à l’extrémisme religieux.
Pas de toilettage de la loi de 1905.
Pas de laïcité positive, mais la laïcité.

Aujourd’hui, j’appartiens à un quartier dont tous les habitants peuvent être fiers d’eux et qui se revendiquent d’un état français républicain, démocratique, laïque et social.

Voir cet article sur son site d'origine

Marie-josé Letailleur Présidente de l’UFAL de Champs sur Marne

4 - combat féministe

1 - Le combat d’Alicja est notre combat.

Appel Européen

L’histoire d’Alicja Tysiac, jeune femme polonaise, souffrant d’un grave handicap visuel qui s’est vu refuser un avortement malgré ce handicap, met douloureusement en évidence la situation tragique des femmes qui aujourd’hui en Europe sont privées de leurs droits fondamentaux.

Alicja a gagné son procès contre le gouvernement polonais devant la Cour Européenne de Justice à Strasbourg , qui a reconnu le non respect de ses droits individuels ; mais elle est toujours en butte aux pressions et aux menaces des intégristes catholiques.

En Pologne, mais aussi en Irlande, à Chypre, à Malte, en Andorre, et maintenant en Lituanie, les femmes sont en butte à des restrictions au droit à l’avortement ou à son interdiction pure et simple, dans de nombreux autres pays ce droit est contesté ou menacé par la montée des intégrismes religieux.

Sur la question des droits sexuels et reproductifs, comme sur les autres droits , nous demandons l’harmonisation des droits des femmes sur les législations les plus avancées et les plus progressistes et nous appelons les féministes de tous les pays d’Europe à porter cette exigence via des lettres, demandes d’audience, délégations auprès des ambassades de ces pays et à nous tenir informées de leurs démarches et de leurs résultats.
Le mouvement féministe européen représente une force sociale critique qui travaille à construire une autre Europe, démocratique laïque et pacifiste. Unissons nous contre l’obscurantisme.

L’Initiative Féministe Européenne pour une autre Europe (IFE –EFI) avec un premier groupe d’associations et de militantes féministes européennes - le Mouvement Français pour le Planning Familial (MFPF), Le collectif national pour les droits des femmes (CNDF) FR, la coordination des associations pour le droit à l’avortement et à la contraception (CADAC) FR , l’association « Femmes Solidaires » FR , le réseau féministe Ruptures FR , le collectif de pratiques et de réflexions féministes Ruptures FR , Pro choix FR , le collectif droits des femmes /féminisme du PCF , L’association des centres d’interruption volontaire de grossesse et de contraception (ANCIC) FR, le collectif 13 droits des femmes FR , l’association Rien sans Elles FR , l’Union des Femmes de la Martinique, la Marche Mondiale des Femmes France, Femmes contre les Intégrismes Lyon, Wanda Nowicka chairwoman of Federation for Women and Family Planning Poland, L’Association polonaise des Rationalistes Nina Sankari Vice-Présidente, la RACJA Poland Teresa Jakubowska Vice-Présidente , Ewa Dabrowska-Szulc, Présidente de l’Association « Pro Femina » Poland , Katarzyna Bratkowska, « Same o Sobie » , Rete Donne PRC Regione Lombardia, GRUP de DONES a la reflexio i l’accio responsable pour l’ANDORRE de la défense du droit à l’avortement , FI Sweden , Internationale Vrije Vrouwen Stichting Netherlands, IFE Belgique , Africa 93 Fr, Ann-Kristin Kowarsch Frauenbegegnungsstätte UTAMARA e.V. Germany, Leyla Boran Frauenbegegnungsstätte UTAMARA e.V. Germany, Violeta Jasiqi Germany, DONES D’ENLLAC Barcelone, Cinzia Colombo Rete Donne PRC L. consigliera comunale di Gallarate (VA) Italia, Sevim Polat Frauenbegegnungsstätte UTAMARA e.V. Germany, Elisabetta Uboldi Como Italia, Colletivo Femminista « Colpo di Streghe » e Donne della rete di Bologna Italia, Marija ausrine Pavilioniene Deputy SD Lithuanian Parliament …
Appellent à une campagne européenne coordonnée pour faire entendre l’exigence des féministes d’Europe d’une reconnaissance dans tous les pays du droit imprescriptible des femmes à disposer de leur corps, du droit à l’information, à la contraception, à l’avortement libre et gratuit.

Joignez-vous à cet appel.
Contact- coordination : ife@efi-europa.org
Préciser votre nom, prénom, email, adresse, association ou organisation, pays.

L'IFE Initiative Féministe Européenne pour une autre Europe

2 - Non à la pénalisation de l'avortement en Lituanie

Cher-e-s ami-e-s féministes européen-ne-s

Au nom du groupe parlementaire Population et Développement, Droits et Santé reproductive de la République de Lithuanie, au nom de toutes les femmes et hommes éclairés et progressistes de ce pays, je m'adresse à vous pour solliciter votre soutien moral et votre solidarité pour bloquer la tentative des députés conservateurs et d‘un certain nombre d'organismes de pénaliser l‘avortement.

Le projet de loi qui vise à préserver la vie du foetus, à obliger les femmes à donner naissance à un enfant anormal, a criminaliser l‘avortement, est le fait de l‘eglise catholique lithuanienne qui nie les droits reproductifs des femmes.
Après avoir recouvré son indépendance politique et être entrée dans l‘Union Européenne, la Lithuanie a ratifié toutes les conventions internationales, édicté de nouvelles lois qui visent à éliminer toute forme de discrimination à l‘encontre des femmes.

L‘égalité entre les femmes et les hommes est un principe fondamental des droits humains et une valeur essentielle du nouveau traité européen .Les droits reproductfs des femmes sont partie intégrante des droits humains. Chaque femme, chaque couple doit pouvoir décider librement et en toute responsabilité du lieu, du moment des naissances et du nombre de ses enfants.

Ce ne sont ni des politiciens à l‘esprit étroit, ni l‘église catholique qui peuvent entraver le droit au planning familial, l‘acces aux méthodes modernes de régulation des naissances et à l‘éducation sexuelle. La décision de mener une grossesse à terme ou d‘avorter est pour les femmes un droit garanti par les lois- nationales et internationales- ,à la non discrimination, à l‘autonomie, à la maitrise de leurs droits reproductifs, à la protection de leur intégrité physique.

Si le parlement lithuanien criminalise l'avortement ou limite ce droit il devra assumer la responsabilité du recoursdes femmes lithuaniennes aux avortements clandestins et en conséquence des morts prématurées de femmes en capacité d‘avoir des enfants.

La soif de pouvoir politique et religieux au détriment des droits humains et des valeurs fondamentales, pour la défense des dogmes les plus réactionnaires, des mentalités familiales et sociales les plus rétrogrades, plonge les nouveaux Etats membres de l‘Union Européenne, dans la régression culturelle et sociale et condammnent de ce fait l‘ensemble de l‘Europe au recul.
Tous les progressistes, femmes et hommes d‘Europe doivent réagir face à cette évolution.

Marija Aušrinė Pavilionienė MEMBER OF THE SEIMAS OF THE REPUBLIC OF LITHUANIA

5 - à lire, à voir ou à écouter

1 - Faire face à l’effacement

Parution d'un livre mettant en cause les pratiques du Nouvel Observateur

Les éditions de « la Dispute » publient cette semaine un livre intitulé Peut-on critiquer le capitalisme ?. L’histoire de ce recueil est singulière. L’ensemble des textes qui le composent a été écrits pour figurer dans un numéro spécial du Nouvel Observateur portant sur "Les Paradoxes du capitalisme". Alors que la réalisation du numéro était déjà très avancée (une partie des textes était déjà maquettés !), la direction de l’hebdomadaire, en septembre 2006, a décidé de renoncer à publier le volume. Quelques semaines plus tard, la même direction annonça son intention de relancer la publication. Mais une partie des textes qui figuraient initialement dans le hors-série fut remplacée d’autorité par de nouvelles contributions. Le sens général des réponses qui ont été faites aux auteurs sur les raisons de ce refus de publication revient à ceci : le contenu des contributions rejetées ne cadrait pas avec l’orientation du Nouvel Observateur.

Cette histoire est donc celle d’un effacement de la pensée. Le Nouvel Observateur n’ouvre donc plus ses lignes à la pensée critique. Cet organe « de gauche » ne fait qu’épouser le mouvement vers la droite d’une partie de la société française, au nom du « réalisme » et de l’ «économie de marché », c’est-à-dire, en réalité, au nom de la soumission aux impératifs de la société de marché, ce qui est bien différent. Il fallait sans doute une certaine naïveté pour avoir cru possible d’exploiter une fenêtre de liberté que pouvait offrir le Nouvel Observateur, qui n’est que l’ombre de ce qu’il fut. Le Nouvel Observateur est désormais est des organes de presse de l’idéologie dominante, très ouvertement, imprégné de cette matrice anti-intellectuelle qui dispose, par avance, de ce qu’on peut écrire ou doit penser. Il s’agit ici, au fond, d’un effet banal du travail de l’idéologie.

critiq-liberalisme

La grande majorité des auteurs maintenus ont refusé que leur texte soit publiés.

Un hors-série est cependant finalement paru sous le titre Comprendre le capitalisme, au sommaire duquel des auteurs supplémentaires, tels que Jean Peyrelevade, Claude Bébéar, Pascal Lamy, Alain Minc, Michel Rocard, entre autres, sont apparus. La tonalité moyenne de la publication telle qu’elle est parue ainsi corrigée est toute différente de celle de l’ensemble initial (critique, selon les deux acceptions du terme et à des degrés divers, du capitalisme).

Les auteurs refusés et ceux qui se sont solidarisés avec eux se sont adressés à La Dispute pour assurer la publication. Les auteurs rassemblés dans ce livre sont des chercheurs (économistes, sociologues, philosophes…). Le point commun entre leurs recherches est qu’elle portent sur la société et le monde contemporains et s’interrogent sur la marque qu’y appose le capitalisme. Pour le reste, leurs approches comme leurs analyses sont très variées.

Le volume montre la vitalité d’une pensée critique insuffisamment connue, gênante pour les plus hautes instances Nouvel Observateur, qui n’ont pas hésité à désavouer le travail trop original de ses propres journalistes. Cet ouvrage s’ouvre sur une introduction qui retrace l’histoire mouvementée du livre et traite de la difficulté de penser librement le capitalisme face à de nouvelles formes de censure et de d’autocensure, le plus souvent cachée. Ce petit livre est donc tout à la fois un coup de projecteur sur un secteur largement sous-estimé de la recherche et de la pensée et une invitation à s’y intéresser de plus près en poursuivant la lecture de ceux qui le font vivre.

Jérôme Maucourant Economiste, auteur d'Avez-vous lu Polanyi ?, La Dispute, 2005 ; il a coordonné, la même année, le numéro 49 de la revue Rue Descartes, avec Frédéric Neyrat du Collège international de Philosophie

Patrick Vassort

2 - A mettre dans toutes les poches…

A propos du Traité d’athéologie de Michel Onfray, éd. Grasset, Paris, 2005. A mettre dans toutes les poches…

traite-athee« Pour une laïcité post-chrétienne. Dépassons donc la laïcité encore trop empreinte de ce qu’elle prétend combattre. Bravo pour ce qu’elle fut, éloge de ses combats passés, un toast pour ce qu’on lui doit. Mais avançons de manière dialectique. Les combats du jour et de demain nécessitent de nouvelles armes, mieux forgées, plus efficaces, des outils de l’époque. Encore un effort, donc, pour déchristianiser l’éthique, la politique et le reste. Mais aussi la laïcité, qui gagnerait à s’émanciper plus encore de la métaphysique judéo-chrétienne, et qui pourrait servir vraiment dans les guerres à venir ».

Dans ce petit livre facile à lire, Michel Onfray noue propose un véritable point de vue critique sur les trois religions monothéistes. De leurs origines jusqu’à nos jours, il nous montre, par la déconstruction de leurs discours, l’histoire, la lecture de leurs textes, comment et en quoi les trois religions n’ont toujours prôné que la soumission et la mort. Michel Onfray défend un véritable athéisme (qu’il oppose à une christianisme immanent), libre de tout préjugés et opinions judéo-chrétiens. Il nous met en garde contre l’utilisation abusive de l’illusion d’un monde meilleur dans un ailleurs improbable, et nous propose de vivre ici et maintenant, paisible et vivant. Une véritable éthique du « bien-vivre » dans un monde moderne libre et vivant.

C. Arnault

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