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ReSPUBLICA, le journal de la gauche républicaine

n°592 - samedi 14 juin 2008

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1 - chronique d'Evariste

1 - Parole au peuple en Irlande : NON à l'Europe libérale

La leçon est de taille : le seul pays de l'Union Européenne à avoir dû se soumettre à un référendum sur la nouvelle constitution (une obligation constitutionnelle) refuse la constitution européenne libérale. Inutile de préciser que l'Irlande est en passe de s'attirer les foudres des milieux libéraux. En France, Sarkozy avait reçu l'appui de la direction du PS pour éviter la voie référendaire et le triste souvenir de 2005, et tous les autres pays avaient également entériné le texte par voie parlementaire.

Comment le libéralisme gagne !

D'abord parce qu'il matraque les esprits. La monopolisation des médias est l'arme du libéralisme. Grâce à cette domination, les tenants du libéralisme ont tout loisir de délivrer quantité de messages allant dans le sens de son éthique et de sa culture.
L'exemple du vote en Irlande est révélateur. Les résultats officiels ne sont même pas encore tombés que l'on parle déjà de contourner la décision des irlandaises et des irlandais : aménagements particuliers pour appliquer le texte malgré tout, voire faire rapidement revoter le texte !
Les médias précisent déjà que seul un « non » massif verra le rejet de la constitution chérie des milieux libéraux. On installe déjà l'évidence qu'un « non » ne suffit pas pour exprimer un refus. La morale est cocasse : la prochaine fois que vous refusez quelque chose, pensez à dire « je refuse massivement » au lieu de juste dire non.
Autre décorticage du message délivré par les média : Imagine t-on que pour entériner la constitution il eut fallu un « oui massif » ? Et qu'en cas d'un « petit oui » il aurait fallu faire revoter les gens ?!

Tout converge vers le fait que le monopole de la culture est l'arme du libéralisme. Il faut à la gauche un média audiovisuel porteur. Avant l'avènement de la télévision, la concurrence entre les journaux et la radio permettait d'équilibrer les forces éthiques et culturelles en présence. Aujourd'hui, ce rapport de force est trop déséquilibré, il faut un mass-média de gauche.

Classes populaires : Où la gauche perd !

La gauche perd parce qu'elle s'est éloignée des classes populaires, c'est à dire de 55% de la population française. Mai 2005 a été une manifestation claire du refus des classes populaires d'aller plus avant dans le libéralisme. La triste réalité d'une partie de la gauche est cette coupure qui s'est doucement opérée entre « classes moyennes » et « classes populaires ». d'abord, force est de constater que les directions des partis pensent davantage en terme de mandats qu'en terme réellement politique. La perte d'un support idéologique et l'abandon d'une démarche de réactualisation des idées sont à l'origine des situations du PS et du PCF. « Boboïsation » pour l'un, écroulement pour l'autre.

L'autre écueil vient des classes moyennes elles-mêmes, c'est à dire de ces gens, « employés du libéralisme », qui ont fini par s'imaginer qu'ils n'étaient justement pas vraiment des employés. Que la misère, l'emploi, les problèmes d'éducations, le système de santé, le logement, la laïcité, sont des sujets pour lesquels ils peuvent s'en sortir (seul, chacun pour soi... ) et qu'ils n'ont aucun lien avec ces gens des classes populaires.
Même l'emblématique association ATTAC est constituée sur cette coupure entre classe moyenne et classe populaire. Il ne s'agit seulement une coupure de dialogue – au sens où l'on se refuse à aller dans les quartiers dits « populaires » – il s'agit une coupure de conception de ce qu'est un individu. Des actions militantes menées par nombres d'associations de gauche, bien que de bonne foi, ne prennent pas en compte les réalités et les conditions de vie des classes populaires, et les messages culturels et politiques sont inaudibles. Le parallèle avec la création des « Maisons de la Culture », sensées ouvrir les gens à la culture, est saisissant. Les maisons de la culture ont été conçues avec l'a priori que les gens – tous ! – viendraient car se sentiraient concernés par la culture. Or, cet a priori marque justement une différence sociologique, et de fait, les maisons de la culture ont été essentiellement fréquentées non par des gens désirant s'ouvrir à la culture, mais par des gens s'intéressant déjà à la culture par ailleurs. La plupart des actions d'ATTAC ont le même problème : bien que faites pour tout le monde, elles ne s'adressent qu'aux classes moyennes parce qu'elles ne prennent pas en compte la réalité sociologique des classes populaires. Bourdieu – entre autre ! – avait expliqué dès le départ le mauvais a priori fondateur des maisons de la culture et expliqué leur échec futur ; de même la gauche se coupe toujours davantage des classes populaires faute de se mettre à leur portée et faute de considérer que l'implication politique et l'intérêt pour la culture ne sont « naturels » que pour ceux qui en ont reçu cette éducation. Or, cette éducation est très souvent le signe des classes moyennes, et non celui des classes populaires.

Revenir vers les gens : cultiver le lien social élémentaire

Si Bourdieu avait prévu les problèmes des maisons de la culture, ce n'est pas par des incantations, mais bien par des réalités sociologiques tangibles et accessibles. Il est nécessaire d'arrêter de considérer que l'intérêt pour la chose politique est naturel : il relève d'une éducation. Il faut arrêter de considérer que tout le monde peut s'intéresser à la culture : cet intérêt relève lui aussi d'une éducation.
Si la gauche veut reconquérir le terrain qui est le sien (et ce terrain est aussi convoité par le pétainisme de Sarkozy, voire le nationalisme... ), les militants doivent repenser les modes d'actions par lesquels ils entendent délivrer leurs messages.
Les conférences n'intéressent que ceux qui connaissent déjà l'intérêt des conférences. Mais par ailleurs, c'est le lien social, le concret, qui suscite l'intérêt des gens qui n'ont pas reçu en héritage l'intérêt pour la culture et la politique. Aide au logement, cours du soir, soutien scolaire et garde pour les enfants, soutien juridique, animation collective, système d'entraide, autant de champs d'actions possibles. Une partie des militants pensent que de telles actions sont de l'ordre du palliatif, du caritatif : on panse les maux du libéralisme. Cette image est très clairement une lecture libérale qui désolidarise les employés entre eux, car c'est par le lien social élémentaire que le message politique et culturel passe auprès de ceux qui n'ont pas reçu cet intérêt en héritage. Ces terrains d'actions possibles sont autant d'opportunités qui permettent de délivrer un message et de montrer ce qu'est la solidarité, ce qu'est la conscience citoyenne, ce qu'est la laïcité.
Là, il y a possibilité de montrer comment on ne vit pas seul, mais avec d'autres, et que toute chose a un prix, un revers, c'est à dire une « valeur citoyenne ». Si je veux être en bonne santé, alors il (me) faut un bon système de santé pour tous. Si je veux de l'instruction pour mes enfants, alors il (me) faut un bon système éducatif pour tous. Si je veux vivre dans un pays en paix, alors il (me) faut les moyens d'éliminer un maximum de tensions dans la vie des individus autour de moi et donc développer l'emploi, les services publics, les lois individuelles garantissant le respect de l'intimité, etc. Par le concret, il y a non seulement le moyen d'illustrer et de rendre accessibles des images comme la solidarité, l'individu-citoyen, la santé pour tous, etc. mais aussi le moyen d'impliquer les gens, de leur faire prendre conscience qu'ils sont parties prenantes, qu'ils sont impliqués dans un système plus vaste qui dépasse les proches (famille, amis) et qu'être citoyen ça n'est pas seulement réclamer des services publics, c'est aussi, dans le quotidien, assumer le lien social avec ses voisins, là où l'on vit, et que la vie du Pacte Républicain c'est le temps que les individus consacrent à d'autres individus.
Parce que le lien social élémentaire sera constitué et soutenu par l'éthique du citoyen, par la culture de l'individualisme républicain (qui est l'individualisme de gauche depuis plus de 200 ans), alors la politique et la culture seront possibles, accessibles et collectives. Alors la gauche sera à nouveau de gauche, des classes populaires jusqu'aux classes moyennes, et ceci aussi bien en France, qu'en Europe.

Évariste Pour réagir aux articles,
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2 - Europe

1 - Bravo les peuples : les élites disent oui, les peuples disent non ! Préparons la suite !

L'Irlande est le seul pays où les dirigeants du turbocapitalisme ne pouvaient pas supprimer la voix du peuple et l'Irlande a dit non !

En France comme aux Pays-Bas, mais comme beaucoup d'autres pays européens où l'on baillonne la démocratie (Grande-Bretagne, Allemagne, etc.) les dirigeants du turbocapitalisme, Sarkozy et le patronat européen multinational en tête, bafouent la souveraineté populaire, un des neuf principes fondamentaux de la République.

Ce non rejoint tous les non qui souhaitent plus de démocratie, d'égalité, de laïcité et de social dans tous les pays, en Europe et dans le monde.

Ce non renforce la résistance des citoyens et des peuples contre les complices des dirigeants du turbocapitalisme, gouvernements, patronat, églises, dirigeants des organisations putes et soumises, qui mettent un voile ou un bandeau sur leurs yeux et leurs oreilles pour ne pas voir, ne pas entendre la voix des citoyens et des peuples.

Aujourd'hui, nous devons appeler à renforcer la résistance contre cette Union européenne là, anti-laïque, anti-sociale, anti-démocratique, anti-féministe. Soit les gouvernements nous proposent un autre texte RADICALEMENT DIFFERENT de TOUS les traités européens existants, soit l'Union européenne sera perçu de plus en plus pour ce qu'elle est, c'est-à-dire l'Europe des puissants, des dirigeants des multinationales et des églises, de ceux qui pensent que la croissance des inégalités sociales de revenus, de santé et de protection sociale, de condition, est une fatalité et ce sera "sauve qui peut" de cette Europe-là !

J'appelle donc au rassemblement le plus large possible du non de gauche pour préparer les prochaines élections européennes de juin 2009 avec une liste unitaire du non de gauche regroupant le non de gauche dans tous les pays. Pour la France, cet appel est lancé à toutes les organisations représentatives des 31,3% des citoyens qui ont contribué à la victoire du non le 29 mai 2005, des socialistes de gauche à l'extrême gauche.

Jérôme Manouchian

2 - We don’t need your hypocrisy, Execute real democracy

C’est ce que chante Serj Tankian… c’est ce qu’ont dit aussi les Irlandais à nos élites consternées.

Le hasard faisait que, ce 13 mai, se tenait à Marseille une rencontre de quelques pontes eurocrates, plus ou moins capables de dissimuler leur déplaisir mais à l’unisson pour envisager tranquillement de passer outre le troisième avis négatif d’un peuple consulté. Le seul référendum positif fut celui d’Espagne, intervenu assez tôt après l’élection de Zapatero pour que les électeurs, dans une campagne fort semblable à celle que nous connûmes en France, mais plus brève, ne se sentissent pas autorisés à le désavouer.

Le souverain

De bons esprits ont défendu les procédures de ratification parlementaire arguant, non sans raison, que les traités internationaux relevaient normalement de la compétence des élus du peuple ; on peut admettre ce point de vue, à une condition cependant, c’est que le peuple précisément ne se soit pas prononcé précédemment en sens inverse de l’opinion de ses mandants ; or c’est bien la situation à laquelle furent confrontés les Français, l’élection du président de la République dont le programme évoquait un traité simplifié pour relancer l’Europe, valant d’autant moins approbation du traité de Lisbonne que celui ci était ne varietur quant au fond par rapport au TCE, de l’avis même de son auteur, et rigoureusement l’inverse d’une simplification dans son écriture.

La question qui est donc une fois de plus posée par l’issue du référendum irlandais, c’est l’exorbitante prétention des dirigeants politiques à se passer impunément de l’avis des peuples.

Les participants au colloque de Marseille ont eu, sur le coup de l’émotion, surprise ou dépit de voir confirmés des sondages convergents, des réactions plus ou moins éclairées; de l’assurance que le processus de ratification devait être poursuivi là où nécessaire, et donc qu’il fallait en attendre la fin, à une mise en cause de l’absence dans les états de l’Union d’une valorisation de l’apport positif des politiques européennes ; comme si une pédagogie plus efficace ou une communication plus insistante devaient cacher les orientations globalement libérales et leurs effets sur la vie quotidienne des salariés …

L’un de ces experts, Jean-Dominique Giuliani, prétendait rappeler aux Irlandais, pour leur demander l’usage qu’ils en avaient fait, que l’Europe leur avait apporté 58 milliards d’euros, et que s’ils mangeaient mieux c’était encore grâce à l’Europe ! Admirable façon de contribuer à l’émergence d’une conscience européenne, dans une union de peuples égaux en droit et en dignité.

Qu’avez-vous fait de mes impôts, dites merci: on aurait pu croire qu’il s’agissait d’un politicien flamand s’adressant à ses compatriotes wallons ; d’ailleurs ces flamands- là doivent aussi se dire européens, malgré le peu de respect qu’ils affichent pour les textes européens sur les droits de l’homme et le respect des minorités.

Il est douteux que la dernière décision des 27 ministres du Travail sur la durée du travail hebdomadaire ait pu être de nature à convaincre les hésitants des vertus sociales de cette Europe- là.

Le résultat de la consultation populaire, est, en tout cas, peu contestable aussi bien quant à sa légitimité que quant à sa netteté. Les états européens ayant toujours prétendu pour abuser leurs peuples que la construction de l’Union européenne se faisait par des traités signés entre des états souverains, de « principal à principal » comme on eut dit au Grand siècle, la ratification par tous les co-contractants est la règle en matière de droit international. Laisser de côté l’Irlande rebelle ou la forcer à terme à une nouvelle consultation n’est conforme à aucun usage dans les rapports entre états civilisés. Et lorsque de tels abus ont été commis, ce fut chaque fois une manifestation de mépris des élites à l’égard des peuples et une vraie trahison d’élus dignes d’Ubu.

Ceci n’a nullement empêché de prétendus socialistes en France de s’en accommoder, ni de souhaiter, comme Vincent Peillon, la victoire du Oui en Irlande, la veille du scrutin. Il est vrai que député européen, celui-ci n’eut pas à siéger à Versailles.

Le projet européen

Interrogé dans une émission de spectacle politique à la télévision, le Premier ministre français avait cependant affirmé que le non irlandais marquerait le fin du traité de Lisbonne ; c’est au moins une opinion conforme aux règles , mais il n’est pas certain que le Président de la république ait en ces matières, comme en d’autres, une vision aussi stricte des suites à donner à ce qui s’apparente, il faut bien l’avouer, à la ruine de ses propres efforts.

Pourtant si le projet européen est autre chose que la mise en musique, à l’échelle d’un continent, de règles de fonctionnement utiles aux besoins actuels des grandes entreprises, et à cela essentiellement, c’est bien sur le reste du projet et non sur les moyens de contourner l’avis d’un peuple qu’un débat doit être ouvert.

Les marchands de sable ont essayé de parler de la paix : l’exemple de la Yougoslavie, volontairement assassinée, a fait litière de cette valeur là ; l’engagement aux côtés des Etats-Unis dans des guerres contraires au droit fut une faute de plus ; ils ont essayé de parler de libre circulation des personnes, pour équilibrer sans doute la libre circulation des capitaux, sans contrôle celle là depuis assez longtemps, ou des marchandises mais on a pu y voir surtout une remise en cause des droits sociaux des salariés ; en outre l’espace Schengen et les projets portés par le gouvernement français actuel sur la régularisation de nouveaux arrivants dans les pays de l’Union rappellent davantage l’Europe policière du prince de Metternich qu’une contribution éclairée à la générosité humaine ou à l’émancipation des peuples ; l’Europe ne saurait vivre sans des apports constants de population et on ne peut à la fois faire remarquer que l’Europe ne représentera bientôt que 4% de la population du globe et se priver d’apports des autres peuples du monde ; on a tenté de mettre en avant une Europe-puissance mais les Irlandais, attachés à leur neutralité, ont sans doute mal vu la place que le traité qu’on leur demandait d’approuver faisait à l’OTAN ; une puissance soumise de facto à une autre et dans un cadre qui suscite le mécontentement légitime de la Russie voisine ne saurait soulever l’enthousiasme ; on a même tenté la richesse et l’enrichissement des nouveaux pays membres ; mais les tribulations « Bolkestein », les délocalisations intra et extra européennes, les écarts de plus en plus grands dans toute l’Europe entre les salariés, les classes populaires et les classes moyennes d’une part, et les financiers, traders, investisseurs, trafiquants divers et blanchisseurs de capitaux d’autre part n’ont pas rendu cette thématique de propagande très crédible durablement. Les taux de croissance et les importations de Chine, d’Inde ou d’ailleurs n’aident pas non plus à croire que la commission de Bruxelles veille au bien être de tous…

The unthinking majority

Si donc les dirigeants des pays d’Europe, quelque légitimité qu’on veuille bien leur accorder, souhaitent réellement conduire une politique européenne satisfaisante pour les peuples et susceptible de les convaincre du bien-fondé de leurs choix, il faudra qu’ils se décident à mettre dans leurs discours et dans leurs actes la défense de l’intérêt général, la promotion des solidarités collectives, le développement des droits sociaux, la revalorisation des services publics, la promotion de l’éducation et de la recherche, bref tout ce qui peut renvoyer à un projet d’émancipation humaine et de progrès partagé.

Le bonheur des peuples n’a que d’assez lointains rapports avec les stock-options, les rendements exigés par les gestionnaires des fonds de pension, la titrisation et la spéculation sur des créances douteuses, les milliards recyclés de tous les trafics, les paradis fiscaux dont nul ne s’offusque sérieusement parmi les donneurs de leçon et les maîtres du moment, qui, toute honte bue, sont prêts à dire qu’ils ont aussi un cœur sensible et compatissant.

« We don’t need your democracy,
execute them kindly for me »

Jean-Paul Beauquier

3 - Le dernier référendum en Europe?

Avant même le non irlandais, Nicolas Sarkozy avait été chaudement félicité par Jean-Claude Juncker et la technocratie européenne pour avoir évité la voie référendaire.

Le dernier référendum en Europe?

Il suffit de lire : le Premier Ministre du Luxembourg Jean-Claude Juncker l'avait déclaré dans la Revue civique[1]: «En France, Nicolas Sarkozy avait dit, avec beaucoup de courage, avant les deux tours de scrutin de l'élection présidentielle, qu'il ne soumettrait pas le nouveau texte à référendum. Cette décision lève une sérieuse hypothèque en France, et aussi dans d'autres pays. Plusieurs Etats membres auraient pu se lancer dans l'aventure référendaire si la France y avait eu de nouveau recours. J'emploie le mot "aventure" à dessein car, même si le référendum est démocratique, il entre dans cette catégorie imprévisible.»

Vous avez bien lu : pour l'eurocrate Juncker, président de l'Eurogroupe, un scrutin démocratique permettant à des peuples d'adopter les règles qui vont régir le fonctionnement de la démocratie constitue une aventure. Pour les dirigeants de la Chine, pour Kagame le Président du Rwanda, pour Pinochet autrefois, son imprésibilité constitue le principal défaut du vote. C'est pourquoi tous, peu ou prou, s'en sont toujours passé...

D'où l'ambivalence du Non irlandais :

La construction européenne devient censitaire

Le satisfecit accordé à Nicolas Sarkozy ne trompe pas : la technocratie européenne lui est reconnaissante d'avoir choisi la voie parlementaire pour l'adoption du Traité. Lui-même a d'ailleurs déclaré qu'en cas de référendum, la plupart des peuples d'Europe voteraient non. Dans l'eurolangue, éviter le suffrage universel est considéré comme un acte de courage politique.

Hier, François Bayrou rappelait qu'il s'était prononcé, durant la campagne présidentielle française, en faveur de nouveaux référendums à l'échelle européenne pour ratifier le Traité. La plupart des dirigeants socialistes s'étaient également prononcés pour un nouveau référendum, comme nous l'avions déploré dans ces colonnes. Mais, rappelons-le, ils ont bien vite oublié leurs engagements et ne se sont pas opposés à l'adoption parlementaire du Traité simplifié, permettant au président français de valoriser la voie censitaire pour l'adoption des traités européens. Les européistes rétorquent que les députés qui adoptent les textes européens sont des élus du peuple. Certes, mais ces élus n'ont pas mandat pour gérer les affaires euroépennes, sauf à modifier profondément la Constitution. Le Président est d'ailleurs en train d'en faire adopter une nouvelle ... par la voie parlementaire, devenue en fait une nouvelle voie censitaire, la nation ayant vocation à être dirigée par un groupe de «professionnels de la démocratie». Peut-être que, sans le savoir, Nicolas Sarkozy aura posé la première pierre d'une nouvelle Europe, persuadée qu'elle doit agir pour le peuple mais sans lui. Exactement comme les dirigeants de l'ancienne Union soviétique.

Notes

[1] N°2, printemps 2008, etat-desprit.org

Voir cet article sur son site d'origine

Philippe Cohen journaliste à Marianne

3 - International

1 - Obama candidat démocrate : L’éléction de novembre 2008 sera-t-elle une réplique de 1972 ou de 1932 ?

Pour 4 chance sur 5, Obama risque d’être le Mac Govern de 2008… à moins que le capitalisme financier américain, à bout de souffle, « donne les clefs » au jeune sénateur, à l’instar de Roosevelt en 1932.

C’est donc lui ! Barack Hussein Obama portera les chances du parti démocrate américain et, à travers lui, l’espoir des " progressistes " ou, tout du moins, des anti-néo conservateurs du monde entier. Même Fidel Castro, depuis sa chambre d’hôpital, a tenu des propos plutôt positifs à l’égard du futur candidat démocrate, trouvant touchante sa photo de famille.
Il faut dire que la détestation de la politique menée depuis huit ans par Bush est telle que tous les démocrates de la planète refusent de jouer la carte du pire ou en tout cas celle du " blanc bonnet et bonnet blanc " entre Mac Cain et Obama.
Car le danger est immense et chacun le ressent confusément. Le capitalisme financier anglo-saxon en pleine crise ne sera-t-il pas tenté de réutiliser les vieilles recettes pour s’en sortir, c’est-à-dire encore une guerre ? Après l’Afghanistan (entre 50 et 150 000 morts), l’Irak (entre 200 et 600 000 morts selon les estimations), Mac Cain et les néo conservateurs, qui se sont rangés comme un seul homme derrière lui, nous promettent un conflit, pourquoi pas nucléaire tactique, avec l’Iran. Agé, malade, Mac Cain risque de devenir un pantin aux mains de va-t-en-guerre fous furieux, dans le plus pur style du docteur Folamour.
Mais Mac Cain peut-il être battu ? La manière la plus simple de gagner une élection est d’être face à un concurrent qui ne peut pas être élu.
Et à ce jeu tactique, on peut légitimement se demander si la culture communautariste, religieuse (voire raciste) qui est celle des Etats-Unis ne va pas peser pour cette élection : un noir portant Hussein comme deuxième prénom et dont le père est un Africain musulman peut-il devenir président des Etats-Unis? Le grand Orwell ricanerait en reprenant des passages de son livre " 1984 " sur la stratégie de contrôle par la création d’opposition factice. Les Etats-Unis, terre de violence, terre de l’extermination des nations indiennes et de l’esclavage du peuple noir peuvent-ils changer de nature ? A priori non, et les démocrates risquent de revivre l’élection présidentielle de 1972 où le démocrate Mac Govern avait mené une campagne dynamique, très à gauche, pour se faire finalement battre à plate couture par Richard Nixon le corrompu.
Bref, aujourd’hui encore, Obama a de grande chance de perdre. D’ailleurs les sondages, qui indiquent un écart de voix de 10 à 15 % entre les candidats démocrates et républicains pour le congrès, n’évaluent l’avance d’Obama qu’à 2 % face à Mac Cain. Cela montre, hélas, l’importance du " vote racial " dans l’Amérique profonde.
Reste l’espoir ! Reste l’incertitude d’un changement d’époque !
Mais quelle pourrait être la raison de cette ouverture politique optimiste ? Elle pourrait résider essentiellement dans le fait que les Etats-Unis sont encore aujourd’hui une véritable démocratie capitaliste, c’est-à-dire que les différents intérêts industriels et financiers interviennent sur l’échiquier politique. Donc le jeu n’est pas fermé d’avance. Or, la crise financière des crédits a eu lieu. En quelque sorte, nous nous trouvons analogiquement en 1930 et non en 1928 par rapport à la grande dépression de 29. En début d’année, pour empêcher la faillite du système bancaire, les banques centrales ont inondé le marché de milliers de milliards de dollars, accélérant ainsi une gigantesque inflation déjà initialisée par l’émission massive de crédit. Cette masse monétaire énorme se " fixe " sur les supports de valeurs d’usage, tels que les matières premières et les produits agricoles, provoquant ainsi une hausse des prix incontrôlable. Beaucoup de secteurs du capitalisme américain risquent de sombrer dans cette engeance inflationniste (aéronautique, automobile…). Le seul moyen de sortir de la crise sans changer de système de domination serait de relancer la croissance pour que les produits intérieurs bruts anglo-saxons, et américains en particulier, redeviennent proportionnels à la masse monétaire sur-gonflée par l’inflation. Ce qui implique de libérer les énergies et de casser les rentes financières et autres (les pétroliers en particulier) qui sont par nature récessives. Ce fut la solution du " new deal " de Roosevelt en 1932… Certains acteurs économiques peuvent penser qu’au vu d’une crise aussi grave que celle de cette année, il est préférable de " remettre les clefs " à Obama pour rebattre les cartes et redistribuer le jeu.
Voilà l’explication des 20 % de chance d’Obama… et l’espoir fait vivre, surtout les progressistes.

Philippe Hervé

4 - politique française

1 - Grands principes et votes bidons au PS

Vendredi qui rit. Irlande en tête. Samedi : grisailles et dépit. Car samedi, c’était la convention du PS sur la déclaration de principe. Plus que jamais il y avait la réunion réelle d’un côté et le récit médiatique de la réunion de l’autre.

Deux scènes, deux enjeux. Certains dirigeants socialistes ne sont jamais allés plus loin que le couloir où campaient les médias. Ils n’ont pas mis un instant les pieds dans la salle. De leur côté certains journalistes ne sont pas entrés une seconde dans la salle. Pour la plupart nous naviguions de l’un à l’autre front. En ce qui nous concerne, je veux dire "nous" la gauche du parti et mes amis en particulier (au PS notre groupe s’appelle « trait d’union »), nous avons bien dominé le match dans la salle pendant une longue phase, avec discours applaudis et bonne mobilisation de vote. Mais nous avons fini par perdre la partie lors du comptage du vote final bidonné au-delà du raisonnable. Hollande le sournois, dans le style calembour et facéties qui font son charme, a encore battu un record de foutage de gueule en entendant les protestations de la salle. Comme ça protestait de tous côtés contre le scandale des 580 votes de délégués qu’il s’était arrogé dans une salle qui n’a jamais contenu plus de quatre cent personnes (délégués invités et journalistes compris) et les 17 voix attribuées à l’abstention alors que le quart de la salle avait levé la main à ce moment, il déclare goguenard: « quoi, qu’est ce qui se passe ? Des camarades ne sont pas contents ? Qu’on leur donne deux ou trois voix de plus ». Et comme tout le monde rit de la calembredaine, Hollande peut passer à la suite de son discours et aux sornettes creuses qu’il contient. Il aurait tort de se gêner. Il parle pour les copains copines qui servent le récit type dans la presse et qui se fichent comme d’une guigne de ce qui se dit réellement, se fait, se compte. Aucun ne s’étonne de ce qu’aucun décompte de vote des fédérations socialistes départementales n’ait été publié, ni du sens du petit chiffre de participation affiché (40%) ni du fait qu’il ne correspond à rien des constatations faites partout. Car sur le terrain c’est à peine 25% qui ont participé à la mascarade qui consiste à voter un texte encore en cours d’amendement. Tout cela n’existe pas. Palme d’or du récit standard composé depuis la planète mars au 13 heures de France 2, le prétendu service public : « le PS unanime adopte sa nouvelle déclaration de principe et renonce à toute référence marxiste ». La veille cette télé de connivence étalait la rage des oui-ouistes fanatisés avec une grosse manipulation sur le vote en Irlande en donnant la parole au seul Front national pour commenter le résultat. Cette manipulation n’a pas de prétexte. Car cette magnifique rédaction « éthique et indépendante », après m’avoir fait réserver un moment pour une réaction sur ce sujet s’était ensuite décommandée : « nous avons déjà trop de réactions enregistrées ». Comme je n’avais rien demandé et que j’avais déjà eu pas mal de moyens de m’exprimer ça ne m’avait pas décoiffé. Mais quand j’ai vu le résultat je me suis dit que la défense de la liberté d’une telle engeance et de leur soit disant service public de l’information était une belle foutaise. L’autre rigolade c’est de voir Ségolène Royal sortir dans un nuage de caméras et déclarer qu’elle a « gagné idéologiquement sur tous les points » : les enregistreurs automatiques médiatiques prennent aussitôt l’air inspiré que l’on connaît. Problème : maman n’a pas mis les pieds une seule fois à la commission de rédaction et aucun de ses amis qui y a fait de brefs passages n’y a dit un mot sur quoi que ce soit. Quand au texte final qui établit sa « victoire idéologique totale » il nous permet d’apprendre qu’elle approuve la transformation sociale "radicale" et le "système" de "l’économie mixte", grande revenante de feu le programme commun, que contient la déclaration de principe. Mais lequel de ces répondeurs automatiques a lu le texte et l’a comparé au précédent ? Hélas, ils ne sauront rien du décryptage que j’ai fait du texte. Ni de sa portée notamment lorsqu’il renonce à la reconnaissance des « lois du marché » contenue dans le précédent texte. Ni de ses manques insupportables sur l’Europe et l’union de la gauche. En effet la madame est sortie au moment où je prenais la parole entrainant avec elle toutes les lumières que la litanie des congratulations de tribune commençaient à saouler. Mais ce pauvre Gaêtan Gorce, lui, a bien compris. Du coup, il vote contre le texte de la déclaration de principe puisque "Mélenchon peut s’y retrouver". Et Hollande le rusé de se donner le luxe de dire que ceux qui n’approuvent pas la déclaration de principe peuvent aller ailleurs l’essentiel étant que le parti reste capable de rassembler tous ceux qui le veulent au moment des éléctions. Rires gras dans la salle. Gorce est prévenu!

Voila comment on peut dire que Hollande et ses compères ont gagné une superbe bataille médiatique en faisant avaler à la même bande de gogos pour la quatrième fois depuis 1995 la rénovation, la modernisation, le Bad Godesberg du Parti socialiste. Cerise sur le gâteau : s’exprime à la tribune une représentante du SPD le parti qui gouverne avec la droite et qui vient traiter le Linke de « parti populiste ». La prochaine fois, tant qu’à inviter un socialiste qui gouverne avec la droite, il faudrait faire venir Jean-Marie Bockel, car lui au moins n’insultait pas ses camarades. Mais qui se souvient qu’au congrès du Mans c’est Romano Prodi que l’on acclamait la bouche ouverte ? Ma semaine est finie. Je suis épuisé par trois réunions publiques et par ce sketch, sans parler du reste. Je vais m’acheter des fleurs fraîches car ça me détend de le faire et que j’adore mettre un beau bouquet sur ma cheminée. Je vais oublier tout ça jusqu’à lundi.

Si ca vous dit, voyez mon débat sur le site du "Figaro Magazine" à propos des langues régionales …

Voir cet article sur son site d'origine

Jean-Luc Mélenchon www.jean-luc-melenchon.fr

2 - Niches fiscales : le Gouvernement face à l'Assemblée nationale

Un rapport adopté par des députés de toutes obédiences interpelle le gouvernement sur la nécessaire remise à plat des niches fiscales.

Niches fiscales : le Gouvernement face à l'Assemblée nationale

Le principe fondamental de l'impôt (l'article 13 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen) est que la contribution commune « doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés ». Or, tel n'est pas le cas. Rappelons-le, historiquement, l'impôt poursuit trois objectifs : le financement de l'action publique, la correction des inégalités et l'incitation (à modifier des comportements, à aider un secteur d'activité…). Si les deux premiers aboutissent à mettre sur pied tel ou tel type d'impôt, d'assiette ou de barème, le troisième consiste à y déroger par des mesures prenant la forme de déductions, de réductions, d'exonérations ou de crédits d'impôt, nommées également «niches fiscales»… Cette fiscalité dérogatoire consiste, en théorie, à soutenir un secteur économique en difficulté ou à modifier le comportement des agents économiques en fonction de choix politiques.

Formes déviantes de l'incitation fiscale «vertueuse», le lobbying et le clientélisme fiscal se traduisent également par la création de niches fiscales qui permettent à une certaine catégorie de bénéficiaires de réduire le plus légalement du monde son impôt et aux intérêts en présence de maximiser leur chiffre d'affaires… De fait, ces niches sont des baisses d'impôt, certes ciblées, mais d'autant plus aisées à mettre en œuvre qu'elles s'inscrivent dans un contexte où le discours dominant martèle sans relâche le «moins d'impôt, moins de service public» (sans toutefois en annoncer les conséquences)…

Des niches fiscales aux acquis d'impôts

Les niches se sont donc empilées au fil du temps et constituent de véritables « d'acquis fiscaux » sans que leur impact et leur efficacité ne soient précisément évalués. Quels sont les emplois créés dans les secteurs concernés ? Quels sont les effets d'aubaine ? Les comportements visés ont-ils changé ? Les conditions auxquelles sont accordées ces «niches » sont-elles respectées ? Les questions sont nombreuses mais demeurent la plupart du temps sans réponse.

Ces mesures bénéficient surtout aux ménages aisés : si les classes moyennes bénéficient ici et là de quelques réductions, l'essentiel du volume budgétaire des niches est appréhendé par ceux qui ont les moyens de défiscaliser (le rapport montre que le taux d'imposition décroît pour les plus hauts revenus du fait de la défiscalisation). Le Conseil des impôts dressait déjà ce constat voici 8 ans lorsqu'il soulignait que les 10 % des ménages les plus aisés bénéficiaient de 86 % des réductions d'impôt et de 36 % des déductions en base. De surcroît, ces niches ne se contentent pas de modifier l'équité et la structure de l'impôt, elles en renforcent la complexité et l'illisibilité et en affectent la légitimité même. Pourtant, les mesures fiscales dérogatoires pleuvent chaque année au point de constituer l'essentiel des mesures en matière de politique économique, ainsi qu'en témoigne la loi sur le « travail, l'emploi et le pouvoir d'achat » qui a créé de nouvelles niches.

Après le timide rapport Lagarde sorti voici quelques semaines, qui concernait 5 dispositifs fiscaux, le rapport de la Commission des finances de l'Assemblée nationale sur les niches fiscales confirme ce que le Conseil des impôts pointait dans ses rapports consacrés respectivement à la fiscalité dérogatoire (2003) et à l'imposition des revenus (2000). Ce rapport, signé par des députés appartenant à toutes les «obédiences» représentées au Parlement, a le mérite de proposer des solutions réalistes à court et à long terme qui, si elles étaient mises en œuvre, pourraient véritablement rééquilibrer le système fiscal dans le sens d'une plus grande équité. Prés de 500 niches pour 73 milliards d'euros de manque à gagner, le défi est d'ampleur mais urgent à relever.

Le débat fiscal existe dans la majorité

Que faire ? Il existe plusieurs options. On peut créer des plafonds aux niches qui n'en disposent pas, réduire les plafonds existants, baisser les taux des déductions et des réductions, instaurer un impôt minimum ou mettre en place un plafonnement général. Mais à plus long terme, au-delà de ce type d'ajustements indispensables à mettre en œuvre à court terme, une exigence s'impose d'elle-même : une gestion saine des dépenses publiques, dans le cadre de la Loi organique relative aux lois de finances (LOLF), impose d'évaluer toutes les dépenses publiques en fonction de leur résultat et, par suite, de s'interroger sur la conduite des politiques économiques. Il faut examiner chacune des niches : certaines sont à réformer mais à maintenir, d'autres à supprimer, l'axe général demeurant d'en réduire globalement l'importance. Enfin, si l'obsession de la baisse du taux de «prélèvements obligatoires» conduit à préférer les niches fiscales plutôt que les aides publiques directes, rien ne dit que celles-ci ne seraient pas préférables dans certains cas.

Tout ceci suppose une volonté politique forte et durable. Les auteurs du «paquet fiscal» inverseront-ils cette tendance à l'inflation de niches ? On ne peut que le souhaiter même si les premières déclarations gouvernementales laissent craindre une volonté d'enterrer le rapport : Christine Lagarde ne veut pas du plafonnement global et opte pour quelques ajustements… autrement dit un quasi statu quo. De son côté, le débat sur le financement du revenu de solidarité active (RSA) montre de véritables clivages : prendra-t-on aux foyers modestes bénéficiant de la prime pour l'emploi ou aux niches fiscales qui profitent surtout aux plus aisés ? Enfin, le rapport de la Commission des finances de l'Assemblée nationale, fouillé et argumenté, mais surtout signé par des députés de toutes les tendances, dispose d'une légitimité et d'une force certaines. Pour l'heure, le débat est vivant et ouvert. Reste à savoir s'il le restera et sur quelles mesures il débouchera.

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Vincent Drézet Syndicat national unifié des Impôts.

3 - Les tristes lamentations du secrétaire général de la CFDT devant «le mépris» gouvernemental

Ahurissant, mais tellement révélateur, l’article du secrétaire général de la CFDT paru dans "le Monde" du 6 juin 2008, intitulé « Pourquoi le gouvernement traite-t-il le dialogue social par le mépris ? » !

M. Chérèque avait déjà été obligé, le 20 novembre 2007, de s’enfuir à toutes jambes d’une manifestation syndicale contre la réforme des régimes spéciaux de retraite ; un groupe de manifestants qui ne lui pardonnaient pas ses appels à mettre fin à la grève, l’avaient pris à partie aux cris de “Chérèque avec les patrons?, “Sarkozy-Chérèque même combat?.[1]

Le voici en train de gémir maintenant pour s’être fait rouler comme un bleu par le gouvernement au sujet de la déréglementation du temps de travail, insidieusement inscrite « à titre expérimental » dans un accord entre CGT, CFDT et les principaux syndicats patronaux, qui portait sur la représentativité syndicale. Le gouvernement entend en fait que, loin d’être expérimentaux les dépassements du « contingent conventionnel d’heures supplémentaires prévu par l’article 17 de la position commune » deviennent la règle. Adieu les 35 heures !

Naïveté ou aveuglement ?

Le secrétaire général de la CFDT crie à la trahison gouvernementale en protestant de la pureté de ses intentions de syndicaliste engagé dans un bouleversement « historique », dit-il, visant à remplacer « l’affrontement et la méfiance » par « le dialogue social et la recherche de compromis ». Faut-il qu’il soit naïf ou aveugle pour ne pas se rendre compte que tout ce qu’on lui offre de négocier c’est le démantèlement du contrat social établi par le programme du Conseil national de la Résistance de 1945. Certains responsables patronaux ne s’en cachent même pas.[2]

Du coup, il ne perçoit pas l’ironie de la présidente du MÉDEF qui, dit-il encore pour s’en réjouir, a joint sa voix à la sienne pour se plaindre du non-respect par le gouvernement de l’accord intersyndical. Elle a, en effet, l’élégance de ne pas se réjouir trop ouvertement que la mariée soit si belle pour le patronat : il ne faut surtout pas humilier un partenaire si conciliant qui a permis de revenir vers le 19ème siècle quand la limitation de la durée du travail était une priorité.

En revanche, il s’étonne que les autres syndicats qui se sentent floués par le projet des nouvelles règles de représentativité syndicale favorables aux grandes centrales, « tirent à boulets rouges sur la CGT et la CFDT » qui ont accepté de signer ce document. Et il en vient sans rire à reprocher au gouvernement d’avoir «  (provoqué) la zizanie entre les organisations syndicales » Sans blague ! Sûr que le gouvernement doit en être affligé ! Comme si ce n’était pas l’objectif de tout pouvoir face à un front syndical !

Un syndicalisme de compagnie

La notion de syndicalisme est devenue bien curieuse dans l’esprit de ce leader syndical. Un petit retour sur l’Histoire romaine lui serait utile : les tribuns de la plèbe qui jouaient grosso modo un rôle comparable de contre-pouvoir, avec droit de veto et immunité dans l’exercice de leurs fonctions, étaient systématiquement ou corrompus ou assassinés par les patriciens. Qu’on se souvienne des deux frères Tiberius et Caius Gracchus ! On reste donc confondu par les croyances ingénues que le secrétaire général de la CFDT affiche sans craindre de se discréditer davantage.

1- Croire à la négociation sans rapport de forces favorable
Il se flatte de vouloir développer « la culture du dialogue et de la négociation ». Or, il semble l’oublier, cette culture ne se décrète pas : elle se pratique et éventuellement s’inscrit dans la durée pourvu qu’un rapport de forces équilibré y contraigne les parties. Il faut croire que le gouvernement a jugé que le rapport de forces lui était favorable pour oser ce coup de force.

Un responsable syndical peut-il être pris au dépourvu à ce point ? Il est vrai qu’une vie douillette de permanent, érigé en interlocuteur des princes, avec voiture de fonction et chauffeur, qu’il y ait ou non « fluidification sociale » à la UIMM, ne prédispose pas à la méfiance envers le pouvoir qui a toute raison de chérir un auxiliaire aussi empressé. Mais il arrive que le rapport de forces qui importe seul au pouvoir, conduise celui-ci à quelques brutalités sans égards pour le délicieux partenaire syndical qu’il était devenu. Est-ce nouveau ?

2- La recherche insensée du compromis
Étonnante aussi ce que devient dans l’esprit d’un apparatchik la définition d’ « un syndicat responsable » quand on l’entend dénoncer « des syndicats peu responsables parce que peu responsabilisés, adoptant une attitude de rejet plutôt que de recherche de compromis. » On ne saurait mieux diagnostiquer ce qui fait la faiblesse de ce syndicalisme de compagnie dont a profité aussitôt le gouvernement car un syndicat responsable, selon M. Chérèque, écarte le rejet et privilégie le compromis.

Bien au contraire, l’irresponsabilité d’un syndicat au regard des intérêts de ses adhérents n’est-elle pas dans la recherche insensée du compromis à tout prix quand tout ou presque est à rejeter ? Il est pathétique d’entendre le secrétaire général de la CFDT reprocher au gouvernement de «  (renvoyer les syndicats) à (leurs) banderoles » et à « une seule posture possible, celle de la contestation ». N’est-ce pas la fonction même d’un contre-pouvoir dont ce leader syndical a oublié jusqu’à l’idée ? Et pour cause, sa dernière manif lui a laissé un souvenir cuisant.

On le comprend. Le pauvre homme ne sait plus à quel saint se vouer. D’un côté, des manifestants le huent, et de l’autre, le pouvoir se moque de lui. Ce n’est peut-être pas plus mal. Qui sait si ne vont pas enfin s’ouvrir des yeux qui restaient rigoureusement fermés depuis des années sur les atteintes aux droits de la Personne et sur la suppression méthodique des moyens légaux de les prévenir ou de les réprimer, de la négociation au recours juridictionnel ? Tantôt la loi a été vidée de son contenu, tantôt elle a été rendue inoffensive, tantôt elle n’a pas été appliquée. Cette nouvelle ruse gouvernementale peut être salutaire si elle contraint le syndicalisme fourvoyé dans une illusoire alliance de l’eau et du feu, à abandonner le rôle de supplétif du pouvoir pour retrouver celui de contre-pouvoir qui est le sien.

Notes

[1] «Chérèque fuit en courant une manifestation syndicale: image symbolique du conflit?», AGORAVOX, 21 novembre 2007.

[2] Dans Challenge du 4 octobre 2007, Denis Kessler écrit notamment : « Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde ! Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. (…) Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie. Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme… A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! »

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5 - Ne pas tolérer les offensives islamistes

1 - Mon agresseur formellement identifié.

A la suite de l'agression dont j'ai été victime le 13 juin dernier, j'ai décidé de porter plainte auprès du commissariat du 11e arrondissement pour violences volontaires, injures et. menaces de mort. Le Parquet antiterroriste a alors chargé, la Brigade criminelle de poursuivre l'enquête. Hier, samedi 14 juin, mon agresseur a été formellement identifié sur photos aussi bien par le témoin de l'agression que par moi même lors de nos auditions dans les locaux de la section antiterroriste rattachée à la Brigade criminelle.

Afin de laisser la justice faire son travail sereinement, je ne donnerai pas l'identité de l'agresseur mais je dirais simplement qu'il s'agit du frère de deux islamistes notoierement connus par les services français. L'un d'eux purge une peine de prison en France pour activités terroristes et le second, un activiste du GSPC, a été expulsé vers l'Algérie.

J'ai expliqué aux enquêteurs sur Procès Verbal que je comptais faire aboutir cette affaire devant les tribunaux afin que ce genre d'individus soient punis dans le cadre des lois de la République. En somme, je ne lâcherai pas l'affaire comme je ne cesserai de dénoncer les tenants de la haine et de l'obscurantisme, les derwich-tourneurs de l'islam et les fanatiques de tous poils tant dans mes travaus journalistiques que dans mon engagement de citoyen.

Etant donné que la politique du gouvernement actuel vise à mettre la victime au centre des décisions judiciaires (dixit Rachida Dati et Nicolas Sarkozy), je compte bien faire valoir mes droits de victime de l'infâmie.

Par ailleurs, j'ai demandé à mon avocat de saisir officiellement, dès le 16 juin, le Ministère de l'Intérieur afin que ma protection soit assuré d'une manière ou d'une autre. Si l'Etat ne veut pas assumer ses responsabilités, ce sera une autre question. Je trouve tout simplement intolérable qu'un journaliste (ou qu'un citoyen quel qu'il soit) ne puisse pas circuler librement dans les rues de Paris. Pourquoi devrais-je regarder derrière moi ? Me méfier des gens ? Eviter certains quartiers ? Et m'empêcher de mener une vie normale et tranquille ?

Quoi qu'il en soit - et que le message soit compris aussi bien par les islamistes que par les autorités - je ne raterai aucune occasion pour dire ce que je pense des intégristes, des terroristes, des tueurs et des assassins qui veulent nous terroriser et nous empêcher de parler. Je continuerai - je n'aurais de cesse de le répéter - quitte à y laisser ma vie. Si la France veut abdiquer devant ces salauds d'islamistes, c'est son problème, ce n'est plus le mien.

A bon entendeur salut !

Mohamed Sifaoui Journaliste, Ecrivain et Réalisateur.
www.mohamed-sifaoui.com/

2 - CFCM : le grand n'importe quoi continue

Ce dimanche et le 22 juin prochain, le CFCM est censé renouveler ses instances. Mais la Grande Mosquée de Paris ne participera pas au scrutin. En 2005, sur 43 sièges, elle avait obtenu 10 sièges, à égalité avec l'UOIF. Loin derrière la FNMF, plus proche du Maroc, qui obtenait 19 sièges. Car si les musulmans originaires d'Algérie sont plus nombreux en France, ils sont aussi moins pratiquants que les Marocains, qui gèrent 40% des lieux de culte.

D'année en année, grâce à ses généreux mécènes, l'UOIF gagne aussi du terrain en agrandissant ses Mosquées pour peser sur le scrutin (comme à Asnières), basé sur le nombre de mètres carrés. En effet, au CFCM, le nombre des délégués est fonction de la surface des lieux de culte : une salle de prière de 100 m2 donne droit à un délégué, une mosquée de 301 à 400 m2 "vaut" 5 délégués, de 601 à 700 m2 8 délégués, une grande mosquée de plus de 800 m2 15 délégués.

Jusqu'ici, l'Islam traditionnel incarné par la Mosquée de Paris n'a pu sauver les apparences que grâce aux négociations Place Beauvau et à quelques irrégularités constatées lors des élections. Mais cette année, à force d'apathie et de gestion calamiteuse, le ministère de l'intérieur semble vouloir "alterner" en donnant la présidence à Mohamed Moussaoui du Rassemblement des Musulmans de France, suscité par le Maroc pour remplacer la FNMF, tombée en disgrâce à cause de la personnalité de Mohamed Béchari. L'UOIF, quant à elle, avait accepté de se retirer de certaines régions pour ne pas triompher au niveau national, tout en obtenant les régions qui lui tenaient à cœur grâce à des listes de coalition (PACA, Ile de France, Le Nord pas de Calais et Rhône-Alpes). Seules 1039 Mosquée sur 1890 vont participer au scrutin.

C'est donc à une véritable mascarade que nous allons une fois de plus assister. Comme l'avait expliqué Fiammetta Venner dans OPA sur l'Islam de France, le fait de "marier" des musulmans traditionalistes désorganisés avec des musulmans intégristes organisés ne peut que tourner à l'avantage des plus durs. Et pendant ce temps, aucun des dossiers sur lesquels le CFCM pouvait jouer un rôle positif (carrés confessionnels dans les cimetières, abattage rituel des moutons pour l'Aïd, formation des imams, pèlerinage à la Mecque) n'a réellement avancé.

Si les Mosquées se construisent bien à un rythme étonnant (plus de 16 par an), la formation des imams à l'Institut catholique de Paris commence à susciter des remous. L'Institut al-Ghazâli est critiqué par l'UAM 93 pour avoir osé poser cette question lors des examens : "Vous êtes imam, et un membre de votre famille vient recruter un jeune de votre mosquée pour l'envoyer en Irak ou en Afghanistan, quelle est votre réaction? " C'est dire la susceptibilité des religieux quand le politique se mêle de sa formation... Pendant ce temps, la formation des aumôniers reste hasardeuse. Les élus locaux jouent de plus en plus avec le feu du communautariste religieux via les CRCM (les Conseils régionaux du culte musulman) où l’UOIF sera plus représenté que jamais. Et les sympathisants de l'UOIF se rapprochent de nouveau de Tariq Ramadan ou de prédicateurs encore plus radicaux donnant le sentiment d'être restés "indépendants" de l'État Français.

C'est confirmé : le CFCM est un échec. Une belle illustration de ce que l'on récolte quand on joue à mélanger le religieux et le politique.

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6 - débats laïques

1 - Belgique: Du bon usage de la laïcité

La laïcité n'est pas ce prosélytisme antireligieux et pro-athéisme. En tant que laïques, nous nous opposons à cette "laïcité de combat" et militons pour un Etat laïque, neutre à l'égard des convictions.

Par Marc JACQUEMAIN et Nadine ROSA-ROSSO, Co-directeurs du livre collectif "Du bon usage de la laïcité", Ed. Aden[1]

Historiquement, le terme de "laïcité" désigne deux concepts différents. D'un côté, il exprime le souci d'indépendance totale, au sein d'une société, entre l'organisation politique de l'Etat et toute option religieuse ou philosophique particulière. Un Etat est "laïque" dans ce premier sens s'il ne reconnaît aucun privilège à une religion ou option philosophique en particulier et donc prévoit - conformément à la Déclaration universelle des droits de l'homme - la libre cohabitation des cultes au sein de la société, dans le respect du droit commun, bien évidemment. Mais le mot "laïcité" désigne aussi un concept tout différent : à savoir l'adhésion à une option philosophique particulière, caractérisée par le refus de toute référence à une vérité révélée, ou à l'existence d'entités "surnaturelles". On parle généralement de "laïcité politique" pour le premier sens et de "laïcité philosophique" dans le second sens.

La cohabitation des deux sens du mot "laïcité" est malencontreuse, même si elle s'est imposée dans l'usage. Ainsi, on peut parfaitement parler de chrétiens laïques, de musulmans laïques ou d'israélites laïques au sens politique du terme. Mais au sens "philosophique", cela n'aurait guère de signification. On peut donc être laïque au sens politique et pas au sens philosophique. Mais, inversement, on peut être laïque au sens philosophique et pas au sens politique : ce serait le cas de ceux qui voudraient voir la "laïcité philosophique" dominer institutionnellement l'espace public, c'est-à-dire devenir soit la conception de référence de l'Etat, soit à tout le moins une conception privilégiée.

En clair, si un citoyen peut être laïque dans les deux sens à la fois, ce n'est pas possible pour un Etat : un Etat qui se définirait comme philosophiquement laïque, cesserait, par le fait même d'être politiquement laïque. Les deux concepts de laïcité sont donc susceptibles d'entrer en contradiction frontale dès lors qu'on oublie que leurs domaines respectifs de validité sont radicalement différents.

Or, cette confusion est, semble-t-il bien présente au coeur d'un mouvement de radicalisation d'une frange de la laïcité, observable depuis quelques années en Belgique comme en France et qui se définit souvent comme "laïcité de combat". Cette "laïcité de combat" se résume trop régulièrement à un prosélytisme antireligieux qui vise essentiellement l'islam et, de façon très subsidiaire, la religion catholique.

Pour nous, il s'agit d'un très mauvais combat pour la laïcité. En particulier, nous nous opposons à cette volonté de juger péremptoirement les pratiques religieuses des uns et des autres, sans information sociologique réelle et sans référence aucune ni au contexte politique international, ni à la dynamique des inégalités sociales dans nos sociétés. C'est pourquoi il nous semble urgent, en tant que laïques de réagir à cette confusion. De notre point de vue, la laïcité politique est première car elle constitue une condition fondamentale pour qualifier un Etat de pleinement démocratique. La laïcité philosophique est une conception éminemment respectable (c'est la nôtre) mais elle ne peut avoir de privilège dans l'espace public. La laïcité est donc d'abord une forme d'organisation de l'Etat. Elle organise la séparation entre celui-ci et les institutions religieuses. Elle proclame la neutralité de l'Etat à l'égard des convictions philosophiques et religieuses. Elle respecte le pluralisme philosophique et religieux, essentiel à la vie d'une société démocratique. La laïcité est donc en soi un rempart contre toute forme d'intégrisme, qu'il soit d'ordre philosophique ou religieux. C'est dans ces termes que l'on peut définir positivement la laïcité. Et c'est aussi dans ces termes qu'on peut définir ce qu'elle n'est pas.

La laïcité n'est pas l'organisation du combat contre les religions, ni le prosélytisme en faveur de l'athéisme. Elle ne peut pas justifier la guerre de l'Etat contre certains de ses citoyens. Elle ne peut être le prétexte moral pour justifier la discrimination à l'égard de quelque citoyen(ne) que ce soit sur le seul critère de ses convictions. Elle ne peut pas davantage, sur le plan international, servir de justification à l'agression ou aux menaces d'agression et à la guerre, en particulier contre les peuples et nations qui résistent à une occupation étrangère ou s'opposent d'une façon ou d'une autre à l'hégémonie d'une puissance en particulier.

Dans le contexte du monde contemporain, qui mêle à la fois l'unilatéralisme guerrier américain et la tentation de construire une "forteresse Europe" essentiellement blanche (et, pour certains, chrétienne), il nous paraît essentiel de faire entendre davantage une autre voix laïque. Une voix qui plaide en faveur des fonctions fondamentales de la laïcité politique dans notre société : constituer un cadre de pensée pour revendiquer une société à la fois plus juste et plus démocratique et qui ne pourra se construire que dans la reconnaissance du pluralisme culturel ; un cadre de pensée qui se méfie des certitudes morales, toujours délétères, même lorsqu'elle se veulent athées et rationalistes ; un cadre de pensée pour dénoncer les généralisations simplistes, voire les fantasmes, à l'égard des multiples composantes culturelles de la construction européenne, et en particulier, sa composante musulmane. Le "racisme ordinaire" n'est déjà que trop présent dans nos sociétés et il est porté par des gens ordinaires, souvent de bonne foi, qui reçoivent et propagent, sans trop y réfléchir, des représentations fantasmées sur tous ceux dont la culture, l'histoire, les convictions diffèrent de celles de la population majoritaire. Pour nous, comme laïques, il serait catastrophique que, par défaut de prudence ou de lucidité, d'autres laïques viennent couvrir d'un voile de respectabilité des formes larvées de xénophobie qui ne demandent qu'à se développer.

C'est dans ce contexte que nous avons voulu donner la parole à des citoyens athées, agnostiques, juifs, musulmans, chrétiens ou marxistes qui, tous partagent cette vision de la laïcité. Un livre (1) est issu de cette démarche. Les auteurs qu'il rassemble ont des convictions personnelles fort différentes à beaucoup d'égards et ne se reconnaissent donc pas tous dans la "laïcité philosophique". Pour autant ils se revendiquent tous laïques au sens primordial (politique) qu'on vient de définir et ils sont tous inquiets des dérives possibles au sein de la laïcité.

Le pire des contresens serait évidemment de croire que ce livre est écrit contre l'engagement laïque. Nous sommes convaincus que beaucoup de laïques, militants ou non, en partageront d'emblée la plupart des arguments. Quant aux autres, ceux qui ont pris le chemin de ce qu'ils appellent une "laïcité de combat", nous ne pouvons que les inviter à débattre avec nous. Car s'il y a un point sur lequel nous pouvons espérer être tous d'accord, c'est qu'il n'y a pas de laïcité sans débat.

Notes

[1] Sous la direction de Marc Jacquemain et Nadine Rosa-Rosso, le livre "Du bon usage de la laïcité " vient de paraître aux Ed. Aden, Bruxelles, 2008. Y ont contribué: Jean Bricmont, Dan Van Raemdonck, Henri Goldman, Radouane Bouhlal, Géraldine Brausch, , Alec De Vries, Paul Delmotte, Malika Hamidi, Paul Löwenthal, Bernadette Mouvet et Chritophe Page. www.aden.be

Marc JACQUEMAIN

Nadine ROSA-ROSSO

2 - Belgique: Ni combat contre les religions, ni prosélytisme laïque : pour une laïcité politique

Cet article est paru dans Le Soir du 6 juin 2008, mais également, sous une forme légèrement différente, dans La Libre Belgique du 3 juin 2008.

Nous sommes heureux de voir que certains coauteurs du livre « Du bon usage de la laïcité » défendent une conception de la laïcité en tous points similaires à celle défendue par le R.A.P.P.E.L. (Réseau d’Action pour la Promotion d’un Etat Laïque). Ainsi, Marc Jacqmemain rappelle que « Un Etat laïque n’est en aucune façon un Etat athée », et Dan Van Raemdonck définit la laïcité comme un « principe organisateur du vivre ensemble, (…) garant de la neutralité de l’espace public ».

Car, contrairement à ce que les propos tenus dans Le Soir du 27 mai dernier laissent entendre, c’est bel et bien la laïcité politique que nous défendons. C’est la base même de notre action. Nous ne revendiquons donc ni un Etat athée, ni la fin des religions, mais un Etat dégagé du pouvoir religieux, autrement dit le refus du cléricalisme. Nous estimons que dans les institutions publiques – écoles, administrations, hôpitaux –, le droit et la foi doivent être séparés. Autrement dit, nous refusons que les convictions particulières des uns et des autres viennent faire obstacle à l’existence d’une sphère institutionnelle neutre où les convictions individuelles sont non pas niées, mais subordonnées à l’égalité de tous devant la loi. Nous défendons les « valeurs inaltérables » que cite Dan Van Raemdonck : démocratie, Etat de droit, droits de l’Homme, non-discrimination, égalité homme/femme, séparation de l’Eglise et de l’Etat.

Nous engageons les auteurs de l’ouvrage à nous lire aussi bien que nous avons lu leurs déclarations et aussi bien que nous les lirons. Nous les convions aussi à des débats autrement que par presse interposée. Notamment pour éclaircir certaines des formules à l’emporte-pièce qu’ils utilisent pour désigner la « laïcité de combat » des « intégristes laïques » aux méthodes « talibanesques ».

Ni combat contre les religions, ni prosélytisme laïque : c’est très exactement la ligne de défense et de promotion de la laïcité politique dans laquelle s’inscrit le RAPPEL, pour que vivent les valeurs humanistes et démocratiques et que soient préservées l’égalité et la mixité sociale et culturelle. Son manifeste, que nous vous engageons à lire et – pour certains – à lire mieux -[1], signé par des croyants comme par des non croyants, énonce notamment que « nul ne peut se prévaloir d’un dogme ou d’un prescrit religieux pour se soustraire à la loi » et que « nul dogme, tradition ou particularisme « culturel » ne pourra être invoqué pour bafouer le droit de toutes et de tous à la stricte égalité en droits comme en devoirs ». Et en ce qui concerne l’école, le RAPPEL a déjà pris publiquement position en faveur d’un « lieu où tous les élèves, sans distinction aucune, se trouveraient rassemblés autour d’un projet essentiel : celui de faire de chacun un citoyen libre et responsable et une conscience autonome douée d’esprit critique. »

Pour le RAPPEL,

Philipp Bekaert, Yvan Biefnot, Farouk Boustami, Dominique Celis, Chemsi Cheref-Kan, Elie Cogan, Gisèle de Meur, Bahareh Dibadj, Pierre Efr atas, Catherine François, Nadia Geerts, Guy Haarscher, Lara Herbinia, Jacques Lemaire, Abdellatif Mghari, André Nayer, Michèle Peyrat, Anne-Marie Roviello, Philippe Schwarzenberger, Fatoumata Sidibe, Jamila Si M’hammed, Sam Touzani, Pierre Van den Dungen, Georges Verzin, Mohammad Zahedi et Le Comité belge Ni Putes Ni Soumises

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7 - Droits des salariés

1 - Michel Bianco, au nom du fils

Jérôme a été victime d’un accident mortel du travail en août 2006. Depuis, son père remue ciel et terre contre la banalisation de la mort au travail. Procès vendredi prochain.
Un mort dans l’indifférence (presque) générale. Un de plus. Quelques lignes dans la presse, rien aux journaux télévisés. Une famille déchirée. Et on passe à autre chose. C’est contre cette banalisation de la mort au travail que Michel Bianco se consacre. Le combat - politique, au fond - de ce jeune retraité est d’abord une - affaire personnelle, intime même.

Le 2 août 2006, son fils aîné, Jérôme, trente-deux ans, est décédé. Salariéde TFN La maintenance de Paris, il procédait au nettoyage des vitresextérieures de l’entreprise de recherche en dermatologie Galderma (filiale de l’Oréal), à Sophia Antipolis, près de Nice. Après des années de galère (échec scolaire, intérim, faillite du centre de vacances qui l’employait), le jeune homme avait trouvé un emploi stable. Il avait signé un CDI le 1er juillet. Un bonheur n’arrivant jamais seul, il avait rencontré Samira, fin 2005. Mariage le 29 avril. Et la naissance d’une petite fille prévue pour octobre. La vie, quoi. Vers 16 heures, ce 2 août, son pied glisse dans le vide. Le corps qui suit. Une chute de 8 mètres. Tête première contre le sol. La mort.

Michel découvre vite qu’il n’y avait aucune fatalité à ce drame. Arrivée surles lieux quelques heures après la chute mortelle, l’inspectrice du travail pointe rapidement « une protection collective insuffisante » et un « défaut de sécurité individuelle ». Lors d’une réunion du comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) de Galderma, le 3 août 2006, de nombreuses infractions sont constatées : aucune formation préalable mais un apprentissage en conditions réelles (!) d’un métier pourtant dangereux, absence de visite médicale à l’embauche, défaut de structures. Jérôme ne portait pas de casque. Pas de harnais de sécurité, non obligatoire en raison de la présence d’une main courante. Mais il manquait 10 centimètres au garde-corps...

Michel décide de se porter partie civile. « Mon engagement syndical m’a décidé à transformer cette perte cruelle en action pour mettre dans le débat public les accidents du travail, explique-t-il. Je refuse qu’il devienne un nombre dans une statistique. Depuis vingt-deux mois, j’ai connu des moments difficiles mais si je ne le faisais pas, je serais encore plus mal. Je suis dans ma culture de résistance et d’action. »

Pouvoirs publics, organisations syndicales, mouvement mutualiste : Michel interpelle et mobilise. Auprès de Rachida Dati, ministre de la Justice, il s’étonne que rien ne lui ait été proposé dans le cadre de la délégation aux victimes, mise en place le 11 octobre 2005, par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur. « Chaque année, des centaines de salariés comme Jérôme sont victimes d’accidents du travail, de trajet ou de maladies professionnelles. Ces victimes et leurs familles ne sont pas médiatisées et trop peu aidées dans leurs démarches. Pourquoi n’ont-elles pas accès au statut de victime ? » lui demande-t-il. Le député communiste Michel Vaxèsrelaie son combat et s’adresse au ministre du Travail.

Finalement, le 10 mars 2008, il reçoit par courrier la notification de l’audience. Le procureur de la République adjoint s’y excuse également « pour les lenteurs inhérentes à ce genre de dossier ».

Les responsabilités ont été - cernées. Elles seront jugées, vendredi 13, par le tribunal correctionnel de Grasse. Comparaîtront le - directeur de l’agence TFN La maintenance de Paris, qui employait Jérôme, et le responsable du donneur d’ordre, Galderma. Frank Julien, le PDG de TFN - « le grand muet de l’affaire », rappelle Michel - ne sera pas inquiété par la justice. Car, pour le père de la victime, il devrait s’agir aussi du « procès de l’externalisation et de la dilution des responsabilités ».

Qu’en attend-il justement de ce procès ? « Ma première motivation, c’est de défendre les intérêts de ma petite-fille. Mais le procès ne pourra pas réparer l’irréparable. J’attends un procès "utile", comme "une référence". Que l’on puisse utiliser le jugement à venir comme un point de repère. Qu’il entame la non-reconnaissance de la réalité de la mort par le travail. »Après le jugement - et quel qu’il soit -, Michel Bianco continuera à porter sa parole : « On nous parle de guerre économique. Pour moi, quand il y a le mot "guerre", il y a le mot "mort". »

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Christophe Deroubaix

2 - « Plus les risques sont importants, plus on sous-traite »

Entretien avec Dominique Huez, médecin, vice-président de l'association Santé et médecine du travail.
Entretien réalisé par Yves Housson (L'Humanité)

Le drame qui a coûté la vie à Jérôme Bianco met en cause le rôle de la sous-traitance. Dans quelle mesure, selon vous, ce mode d’organisation de la production, de plus en plus développé, aggrave-t-il les risques pour la santé et la sécurité au travail ?

Dominique Huez. Avec la sous-traitance, le droit commercial vient s'interposer dans la mise en oeuvre du droit du travail. Dans cette interposition, il y a obstacle à la prise en compte et à la compréhension, du côté des donneurs d'ordre, de ce qu'auraient à faire les agents intervenants. Et plus cet éloignement est important, à travers les mécanismes de sous-traitance, plus la préparation technique des activités devient une préparation formelle, gestionnaire, où l'aspect juridique prend de la place aux dépens de la connaissance et de la prise en compte de ce qui pourrait faire difficulté dans les situations très concrètes de travail. Les gens qui préparent les chantiers sont en extrême difficulté, du fait de cette étanchéité, pour prendre en compte le travail réel. Pour ceux qui font l'intervention en sous-traitance, c'est la multiplication sans fin des lieux d'intervention. Ce sont des interventions de maintenance qui ne sont plus inscrites dans l'histoire des interventions précédentes sur le site. D'autant que, dans les interventions prestataires, on conçoit un peu l'activité comme interchangeable. Ce qui est très spécifique dans le travail, la prise en compte des environnements nouveaux, mobiles, est très souvent méconnu par ces personnes. Ils n'ont donc pas pu accumuler des savoir-faire, de prudence, etc., qui leur permettraient de gérer ce qui n'est pas prévu, souvent, par les - organisations prescrites du travail.
Plus le travail est difficile, plus les risques des environnements de travail, les pollutions, sont importants, plus on est dans la sous-traitance en cascade, dans l'intérim. Et là, ce sont souvent les personnes les moins expérimentées et ayant le moins accumulé de savoir-faire qui vont se trouver elles-mêmes confrontées aux situations les plus difficiles.

Il y aurait, dans le recours à la sous-traitance, une stratégie délibérée de sous-traitance du risque...

Dominique Huez. Il y a trois raisons à la sous-traitance. À l'évidence, sous-traiter, c'est casser les prix de main-d'oeuvre. Même si on peut douter de l'avantage économique dans certaines situations. D'autre part, en effet, les entreprises se débarrassent d'avoir à intervenir dans des situations où leur propre personnel ne souhaiterait pas intervenir à cause de pollutions environnementales jugées inacceptables. Par ailleurs, sous-traiter, c'est aussi se débarrasser de contraintes organisationnelles, principalement temporelles, qu'on n'a plus envie de gérer, ou qu'on pense ne pas arriver à gérer avec les ressources actuelles. On est donc sûr que, la plupart du temps, cette sous-traitance ne peut qu'aggraver les choses.

Reste à voir quelle parade les salariés et leurs syndicats pourraient mettre en oeuvre.

Dominique Huez. Pour moi, une des pistes principales, c'est que si le droit du travail disait que le donneur d'ordre initial, quelles que soient les modalités commerciales, restait responsable, jusqu'en bas, de tout ce qui va se passer, comme un employeur est responsable de tout même s'il n'a pas connaissance du risque, cela changerait le paysage. On a besoin de logiques de responsabilité pénale et civile sur le premier donneur d'ordre. Il faut une réforme fondamentale dans le droit du travail, qui dirait qu'en aucune façon les prestations commerciales ne peuvent affranchir le donneur d'ordre. Si le droit du travail n'évolue pas pour casser la prééminence du droit commercial, il restera en partie mort pour les prestataires.

Quelques chiffres :

Yves Housson

8 - Recherche

1 - Le 19 juin 2008, bloquons le CA du CNRS

Nous avons eu connaissance du document intitulé "Point d’étape de la politique du CNRS sur les Instituts nationaux du CNRS", qui sera présenté par la direction du CNRS au Conseil Scientifique du 9 juin et au Conseil d’Administration du 19 juin. Ce texte confirme que la direction du CNRS accepte la demande ministérielle de découper le CNRS en Instituts Nationaux, en laissant volontairement de côté certains secteurs. Dans le document associé ("Horizon 2020", Plan stratégique du CNRS) la direction du CNRS accepte également que ce soit le ou la ministre chargé(e) de la recherche qui nomme les directeurs d’instituts, la direction du CNRS n’ayant que le droit de faire des propositions. Ce démantèlement du CNRS est un des éléments d’une attaque beaucoup plus générale qui porte sur l’ensemble des institutions de l’enseignement supérieur et de la recherche publique, et vise à placer tous les laboratoires, universitaires ou pas, sous la dépendance d’Agences ou d’Instituts pilotés directement par le gouvernement.

Le texte présenté au CS et au CA du CNRS traite du mode de découpage du CNRS. Il comprendrait 6 Instituts :

Selon ce texte, il faudra préciser d’ici fin 2008 le devenir du Département des Sciences du Vivant (SDV) au CNRS, compte tenu du fait que le CNRS ne crée pas d’Institut National de Biologie mais se contente d’une "participation du CNRS au copilotage des nouveaux "instituts thématiques" de l’INSERM". A l’évidence, afin de rendre cette évolution peu lisible et d’affaiblir ainsi les réactions, la direction du CNRS a accepté une disparition en deux temps (juin et décembre 2008) des SDV du CNRS.

Pour le département des Sciences et technologies de l’information et de l’ingénierie (ST2I) du CNRS et la coordination nationale en informatique, le ministère a demandé à la direction du CNRS de rester là aussi dans le vague et de s’entendre avec la direction de l’INRIA pour proposer ultérieurement une structure unique.

Pour les Sciences Humaines et Sociales (SHS), le ministère a imposé un recul à la direction du CNRS, qui avait négocié un Institut de SHS. Dans la nouvelle proposition, la stratégie est la même que pour les SDV : pas de création d’Institut en juin 2008. En version originale : "La légitimité potentielle de transformation du département actuel en un institut national des sciences humaines et sociales est forte. Une telle démarche demande cependant un travail supplémentaire de structuration de ce champ qui devra voir son aboutissement lors de l’établissement du contrat pluriannuel d’objectifs du CNRS." Cette formulation floue et dilatoire ne saurait nous tromper : l’objectif de la direction du CNRS est le même que pour le départements de SDV.

La direction du CNRS continue de céder aux injonctions ministérielles visant à mettre en place une restructuration du CNRS qui transforme cet organisme reconnu internationalement en une coquille vide, ayant perdu toute capacité de mener une politique scientifique cohérente et autonome. C’est la mort du CNRS, crime que le gouvernement cherche à dissimuler par un discours affirmant qu’il marque ainsi sa confiance dans cet organisme et que ce découpage renforcera la cohésion et l’efficacité du CNRS !

Nous sommes décidés à empêcher ce processus de destruction, d’abord en bloquant la tenue du CA du 19 juin, seul habilité, aujourd’hui, à décider de cette restructuration. Une grève administrative qui paralysera le système sera déclenchée immédiatement si cette restructuration devait être décidée le 19 juin ou effectuée à la sauvette cet été. Cette grève pourra prendre des formes multiples : refus des directeurs d’unité de signer des documents administratifs, refus de remettre des rapports scientifiques ou financiers, refus de participer à des commissions d’évaluation pour l’AERES, etc…. Nous ferons également appel à ce moyen de pression, utilisé avec succès en 2004, pour faire aboutir des demandes vitales pour notre système d’enseignement et de recherche en matière d’emploi statutaire et de plan d’urgence pour toutes les universités, et non un nombre limité de campus. Ces questions deviendront en effet brûlantes lors de la sortie des décrets refondant les statuts des enseignants-chercheurs et au moment du vote des budgets, à l’automne, sur les quels nous avons des informations inquiétantes.

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Sauvons La Recherche www.sauvonslarecherche.fr

9 - à lire, à voir ou à écouter

1 - La nouvelle de l'été première partie

Respublica innove et vous propose la lecture d'une fiction écrite par un jeune auteur, Elie Maucourant. Ce texte sera diffusé en 5 parties. Nous espérons qu'il vous plaira.

ControlaCom

Ex-Lyon.
2281.

1. THC, Cupidus, Marine, Fender, Niveau 3.

J’aspirai une latte sur mon joint. L’herbe, séchée avec patience et tendresse durant des semaines, me détendit très vite. Je soufflai la fumée, m’appliquant à faire de grands cercles gris.
Les pieds pendants dans le vide, je contemplai la grande voie qui desservait toute la section 8 du bloc d’habitation Europe. Les véhicules fonçaient, laissant un sillon coloré derrière eux. Au loin, les tours de vie brillaient doucement dans la brume matinale. Un œil passa en dessous de la petite balustrade de mon insula. Je ne pris même pas la peine de cacher mon herbe. Le petit coin que je m’étais aménagé était d’une tranquillité exceptionnelle. Aucun œil ne passait par ici et c’était une chance : les lieux épargnés par les yeux étaient quelque chose de particulièrement rare sur terre.
Je cultivais ma marijane sous la petite balustrade, directement dans le bitume. Autrefois, j’avais l’habitude de chercher du trans’ chez les Beurres. Mais l’on m’avais ramené un sachet de graines véritable d’Afrique. Depuis, ça avait été la révélation. Mais je fumais seul. Plus personne ne fumait.
Quant à l’Afrique, le continent de sables et du bush, elle avait été transformée en plaines agricoles pour venir approvisionner les greniers des blocs. Ce n’était pas un crime. Après tout, les conteurs s’accordaient à dire qu’aucune civilisation n’avait vu le jour sur ces terres. En effet, les régions africaines étaient autrefois bien trop stériles pour que les hommes aient pu y vivre.

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Agenda

samedi 21 juin 2008, 19:00

Récital de Ricardo Zugaro

Eglise St Marcel
24 rue Pierre Nicole
75005 Paris
(RER Port-Royal)

Récital de piano de Ricardo Zugaro au profit de l’UFAL
Participation aux frais 15€ - (Tarif réduit 10 euros)
Adresser vos réservations à l’ordre de l’UFAL
27 rue de la Réunion 75020 PARIS
voir le tract du Récital

Voir l'agenda complet en ligne

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