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Le crépuscule des Mollahs : l’Iran face à la guerre aérienne algorithmique 

Donald Trump supervisant les bombardements américains sur l'Iran lors de l'opération Epic Fury le 28 février 2026. (White House photo by Daniel Torok)

Encore une fois, « l’histoire avance par son mauvais côté » (Karl Marx, La misère de la philosophie, 1847). Ce n’est pas seulement une guerre de plus qui déchire le ciel de Téhéran, c’est une rupture de civilisation stratégique. Quarante-sept ans après la révolution de 1979, le « pli historique » ouvert par l’Ayatollah Khomeini semble en passe de se refermer dans le sang et le silicium. 

La foudre algorithmique : la fin de la guerre « humaine »

Le choc initial a balayé les certitudes des états-majors classiques. Nous sommes entrés dans l’ère de la guerre par Intelligence Artificielle, une mutation qui rend obsolètes les manuels des écoles de guerre du XXe siècle. L’élimination d’Ali Khamenei et de la quasi-totalité du haut commandement des Gardiens de la Révolution n’est pas le fruit d’un hasard tactique, mais celui d’une traque algorithmique implacable.

Là où les cibles étaient autrefois désignées par des opérateurs humains après des mois d’espionnage au sol, elles sont aujourd’hui identifiées en temps réel par des systèmes comme « Lavender », « Gospel », ou des IA estampillées « très secrets défense » encore plus redoutables, capables de fusionner des milliards de données. Signaux électromagnétiques, reconnaissance faciale satellitaire, flux financiers et métadonnées de communication sont passés au crible de réseaux de neurones qui désignent les objectifs avec une précision chirurgicale et une froideur mathématique.

Face à cette puissance de feu numérique, le régime des Mollahs apparaît pour ce qu’il est : une momie politique. Fondée sur une hiérarchie pyramidale rigide et une bureaucratie religieuse pesante, la théocratie iranienne est structurellement incapable de répondre à une agression qui frappe à la vitesse de la lumière. La réunion en « présentiel » du samedi 28 février au siège du guide suprême Khamenei est la preuve que les Mollahs ne comprennent pas la situation concrète de 2026… Et ils en sont morts ! Le décalage est ontologique : d’un côté, une force aérienne guidée par le calcul ; de l’autre, un régime de vieillards accrochés à une lecture sacralisée du monde. La chaîne de commandement s’est évaporée dès la première salve, laissant un corps militaire sans tête.

L’erreur fatale : le basculement vers le Golfe et les accords d’Abraham

La désorganisation totale du sommet de l’État iranien a produit l’inévitable : l’atomisation de la décision. Privés de tête, les échelons régionaux du Pasdaran, livrés à eux-mêmes, ont sombré dans une fuite en avant désespérée. La décision de tirer des missiles sur les pays arabes du Golfe-Arabie saoudite, Émirats arabes unis ou Qatar en tête, ne relève pas d’une stratégie globale pensée, mais d’un « mouvement réflexe » de survie localisé et mal coordonné.

En frappant ses voisins arabes, l’Iran vient de briser le dernier vernis de la solidarité musulmane.

C’est une faute politique majeure. En frappant ses voisins arabes, l’Iran vient de briser le dernier vernis de la solidarité musulmane. Ce faisant, Téhéran offre sur un plateau d’argent la relance des « Accords d’Abraham » avec Israël. Le rapprochement entre ce pays et le monde arabe sunnite, que l’Iran cherchait à torpiller depuis des décennies, devient désormais une nécessité vitale pour la survie des monarchies pétrolières. Le front uni contre l’hégémonisme perse n’est plus un projet diplomatique, c’est une réalité militaire de terrain qui redessine la géographie du Moyen-Orient en longue période.

L’engrenage libanais : le Hezbollah dans le piège de la solidarité

Le Hezbollah libanais, ancien puissant bras armé de l’Iran en Méditerranée, n’a pas su lire le changement de paradigme. Pour faire tout de même un « petit quelque chose », le Hezbollah a lancé ses essaims de drones contre le territoire israélien. Pour faire semblant d’aider son parrain agonisant, il a commis l’irréparable. La réponse ne sera pas graduée. Dans cette nouvelle forme de guerre, l’idée de « proportionnalité » s’efface devant celle d’éradication technologique.

Le Liban risque de subir une offensive au sol d’une violence inédite, visant à démanteler définitivement l’infrastructure étatique parallèle de la milice chiite. Car une offensive israélienne terrestre n’est pas impossible, y compris jusqu’à la banlieue chiite de Beyrouth. Pour le peuple libanais, déjà exsangue, cette solidarité avec un régime iranien en déliquescence ressemble à un suicide collectif cyniquement organisé par le Hezbollah. Cette organisation islamiste n’a rien compris de sa défaite qui a emporté en septembre 2024 son chef historique, Hassan Nasrallah. La seule voie de sortie pour le Liban serait que le gouvernement officiel prenne enfin ses responsabilités et interdise par la force l’activité militaire du Hezbollah.

Le spectre de la fragmentation : un Iran ingouvernable ?

Privé de son centre névralgique, l’Iran est une mosaïque qui menace de se défaire selon des lignes de faille ethniques et religieuses.

Si la chute des Mollahs semble inscrite à terme, l’émergence d’une alternative stable est loin d’être acquise. L’instabilité qui s’installe est profonde. Comme nous l’avons déjà écrit dans ReSPUBLICA(1)Vive le peuple iranien ! – ReSPUBLICA. le fils de l’ancien Shah d’Iran n’est pas l’élément fédérateur de l’opposition au pouvoir des Mollahs, et cela malgré le soutien appuyé des Étatsuniens et des Israéliens. Le souvenir de la terrible SAVAK du Shah avant 1979 est encore présent dans les esprits des plus anciens Iraniens. Privé de son centre névralgique, l’Iran est une mosaïque qui menace de se défaire selon des lignes de faille ethniques et religieuses. N’est-ce d’ailleurs pas un souhait caché de Trump et de son équipe ? L’avenir le dira.

L’absence de commandement central peut laisser le champ libre aux rébellions périphériques :

La faillite morale de la gauche française

Face à ce basculement, la position officielle de la France par la voix du Président Macron est illisible, entre condamnation de pure forme et soutien logistique discret à ses alliés arabes.

Mais le plus tragique réside dans l’attitude de la gauche française.

L’anti-impérialisme borgne de LFI, fidèle à une ligne de rupture systématique avec l’Occident, a promptement condamné « l’agression israélo-américaine ». Mais, ce faisant, elle s’est rendue coupable d’une omission criminelle : le sort du peuple iranien. Alors que les Iraniens tombent par milliers sous les balles d’un régime aux abois qui massacre sa propre jeunesse pour ne pas mourir, la direction de LFI refuse de se solidariser vraiment, c’est-à-dire par des actions concrètes de soutien, avec les victimes de la théocratie. Pour cette gauche-là, le sang versé n’a de valeur que s’il sert à dénoncer Washington et surtout Jérusalem. En refusant de soutenir l’aspiration à la liberté d’un peuple opprimé par les Mollahs, elle déserte le camp de l’émancipation pour celui du cynisme.

Ce silence est le symptôme d’une gauche qui a peur de son ombre, craignant de paraître « alignée » sur les intérêts occidentaux.

Quant au reste de la gauche — PS, Écologistes —, leur petite musique est inaudible. Où sont les manifestations de rue ? Où est la solidarité avec les femmes iraniennes qui voient enfin une chance de briser leurs chaînes ? Ce silence est le symptôme d’une gauche qui a peur de son ombre, craignant de paraître « alignée » sur les intérêts occidentaux. À force de ne plus savoir ce qu’est la République — un combat universel contre tous les cléricalismes —, elle assiste en spectatrice au massacre de ceux qui meurent avec nos mots d’ordre : Femme, Vie, Liberté.

Conclusion : fermer le pli de 1979

Nous assistons à la fermeture du pli historique de 1979. Le modèle de la République islamique, cette synthèse monstrueuse de la dictature moderne et de la théocratie médiévale, s’effondre sous le poids de son propre archaïsme, poussé dans l’abîme par une révolution technologique qu’il ne pouvait appréhender.

Pour les républicains français, la leçon est double. D’abord un constat, la technologie sans éthique est une arme d’extermination politique redoutable. Ensuite, une gauche qui ne sait plus distinguer un peuple qui se libère d’un régime qui l’opprime est une gauche condamnée à l’insignifiance historique. Le combat pour la laïcité et la liberté ne s’arrête pas à nos frontières. Si nous ne sommes pas capables de soutenir le peuple iranien dans son heure la plus sombre, alors nous ne sommes plus dignes de l’héritage de 1789 et de 1793.

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