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Pourquoi la France décline dans le concert des nations ?

Ce débat politique est comme les gauches, il n’est pas à la hauteur des enjeux. Et les préoccupations militantes et intellectuelles françaises des gauches négligent ce débat. Car la France cumule plusieurs tares, à savoir une forte augmentation des inégalités sociales (les riches deviennent plus riches et les pauvres plus pauvres) et un recul économique marqué dans le concert des nations.

Les preuves du déclin

Le coefficient de Gini de la France(1)Le coefficient de Gini est un indice statistique mesurant le degré d’inégalité dans la répartition des revenus ou de la richesse au sein d’une population. avoisine 0,3, soit l’un des plus forts coefficients depuis la néo-libéralisation de la France. Du deuxième PIB mondial en nominal, nous sommes aujourd’hui septième mondial.

Depuis 2021, la France enregistre un PIB par habitant inférieur à la moyenne de l’Union européenne (UE), et cette tendance se maintient pour la quatrième année consécutive, selon les premières estimations d’Eurostat pour l’année 2025. Merci l’extrême centre macroniste ! Le PIB par habitant de la France en parité de pouvoir d’achat s’élève à 40 700 euros, plaçant le pays à la 11e position, à égalité avec Chypre et légèrement devant l’Italie, qui affiche 39 900 euros. En comparaison, seules l’Allemagne (47 900 euros) et la Belgique (47 700 euros) figurent dans le top 10 parmi les voisins directs de la France

Bien évidemment, chaque indice en lui-même ne suffit pas à prouver un déclin. On peut objecter, par exemple, que la situation de l’Italie sur ce dernier indice est conjoncturellement meilleure à cause d’une baisse démographique ou de l’aide à la rénovation énergétique, mais ce n’est que temporaire et non durable. Les pays qui sont des paradis fiscaux, comme le Luxembourg, l’Irlande ou les Pays-Bas sont avantagés avec cet indice alors que la population locale n’en bénéficie pas. Mais le différentiel avec la Belgique et l’Allemagne est par contre symptomatique du recul français.

Nous avons déjà largement parlé dans ReSPUBLICA de la 23e place de la France sur 27 au sein de l’UE dans le domaine de la mortalité infantile (4,1 décès sur 1 000 naissances vivantes) et de sa course en tête quant au nombre de décès sur les trajets et les lieux de travail (plus de trois décès par jour calendaire), de la perte de notre souveraineté(2)Pourcentage symptomatique : 58 % des actions du CAC 40 sont détenus par des étrangers, contrairement au Japon, par exemple..

La désindustrialisation massive est l’un des maux français

Nous avons aussi parlé d’autres causes de ce déclin, comme la faiblesse des investissements dans la recherche fondamentale et dans la recherche-développement, ainsi que le scandale de la désindustrialisation française depuis le tournant néolibéral de 1983. La raison principale de cette désindustrialisation massive dans la sidérurgie est la décision du grand patronat industriel français de ne plus investir dans le haut de gamme industriel à la suite des évènements de mai-juin 1968 dans les usines à forte concentration ouvrière. Contrairement, d’ailleurs, à la sidérurgie luxembourgeoise, qui s’est spécialisée dans les aciers haut de gamme. De Wendel a même été transformé en société financière et son patron, « le baron Seillière », fut nommé président du CNPF et du MEDEF avant d’être condamné par la justice en 2022 ! En Belgique, qui a suivi la France dans le démantèlement de sa sidérurgie, on a même assisté au démontage de l’usine flambant neuf Valfil. Il y a 40 ans, elle a été vendue et démontée pièce par pièce pour être envoyée en Chine par bateau dans une usine remontée dans les environs de Pékin, qui continue à tourner. Ironie de l’histoire, l’acier chinois, largement soutenu par l’État chinois, inonde aujourd’hui les marchés européens, mettant sous pression l’industrie européenne.

Nous pouvons aussi parler de la dégringolade des télécoms en France, qui en porte également témoignage. Après les difficultés des années 90 à cause de l’UE, dont les traités obligeaient à passer par la procédure d’appel d’offres au lieu de soutenir le champion français des télécoms, l’extrême centriste Emmanuel Macron, ministre de l’Économie de François Hollande, nous promettait un « Airbus des télécoms ». Il autorisa la vente des secteurs industriels stratégiques, dont les télécoms. Le groupe finlandais Nokia acheta Alcatel-Lucent pour devenir le deuxième équipementier mondial derrière le chinois Huawei. Puis, une fois les brevets transmis, nous avons assisté à la rapide décroissance sur le territoire national des anciennes télécommunications françaises.

D’autres causes peuvent aussi expliquer le déclin français

ReSPUBLICA a également déjà parlé du recul de l’école(3)Quelle République pour quelle école ? Partie 1 – ReSPUBLICAQuelle République pour quelle école ? Partie 2 – ReSPUBLICA. On verra dans ces articles que la France est désormais, dans les évaluations PISA, 26e en maths et sciences et 30e en compréhension de la lecture pour les élèves de 3ème. et, plus généralement, des conditions nécessaires à une victoire des gauches lors de l’élection présidentielle(4)Chaque gauche, dans son cocon, déclare avoir gagné tout en relançant la machine à perdre – ReSPUBLICA..

Les causes du déclin de la France sont connues. Elles résident dans le refus du protectionnisme écologique et social de la grande bourgeoisie française et de son extrême centre, ainsi que de l’Union européenne.

Tout cela s’explique simplement parce qu’aucun projet de l’extrême centre ou de l’extrême droite ne propose une alternative en matière de réindustrialisation sous transition écologique ! Et même les gauches n’ont pas pris la mesure des nécessités concrètes ! Le grand patronat industriel français s’est transformé en grand patronat financier international. Il a réussi à diminuer le nombre d’ouvriers : ainsi, la part des ouvriers et des employés est passée de 53 % à environ 43 % à cause de la diminution de l’emploi industriel. Les causes du déclin de la France sont connues. Elles résident dans le refus du protectionnisme écologique et social de la grande bourgeoisie française et de son extrême centre (devenu un poison français, selon l’historien Pierre Serna), ainsi que de l’Union européenne. Les « élites bourgeoises françaises » ont pleinement coopéré à cette stratégie mortifère, allant même au-delà des exigences européennes.

À cela s’ajoute le refus de la planification de haut niveau des investissements dans le haut de gamme industriel et écologique, dans la recherche fondamentale et en recherche-développement (R&D). La part de la R&D française est de 2,12 % du PIB, en dessous de la moyenne de l’UE (2,13 %). L’OCDE et ses 38 pays seraient à 2,72 %, l’Allemagne à 3,13 %, les États-Unis à 3,44 %, la Chine à 2,69 %, Israël à 6,8 % et la Corée du Sud à 5,1 %. En parité de pouvoir d’achat, seuls les États-Unis et la Chine dépassent les 1 000 milliards de dollars. À noter que la Chine a fait croitre, en 2024, sa R&D de 8,9 %, alors que celle de l’UE progressait seulement de 0,4 % !

Autre cause du déclin, les conséquences de la poursuite du développement des bas salaires, notamment ceux des travailleurs essentiels. En outre, la désindustrialisation se voit amplifier par l’assistance au capital pour augmenter les profits avec les aides patronales sans contractualisation des contreparties(5)Chiffres : 211 milliards par an selon la commission économie du Sénat, 270 milliards selon les auteurs du livre Le grand détournement.. La récente priorité française à l’investissement militaire au détriment de la sphère de constitution des libertés (école, services publics et Sécurité sociale) et des investissements dans l’industrie à haute valeur ajoutée et des budgets de recherche qui vont avec, va accentuer le phénomène de déclassement de la France.

Il n’est pas possible d’incriminer uniquement l’UE (pour le pacte de stabilité, la concurrence libre et non faussée, la monnaie unique) dans la mesure où, par exemple, l’Allemagne a réussi à maintenir son PIB industriel à 20 %, tandis que la France est aux environs de 10 % du PIB avec sa désindustrialisation massive. La responsabilité de la grande bourgeoisie française et son personnel politique capitaliste néolibéral est donc directement engagée.

Et la cohésion sociale !

D’autres causes vont renforcer ce phénomène. Parmi elles figurent le défi démographique(6)Nous sommes passés d’un indice conjoncturel de fécondité (ou ICF) des femmes en âge de procréer de 2,04 enfants à 1,56., ainsi que le manque d’investissement dans la politique des services publics de la petite enfance et de l’accès aux soins. Aujourd’hui, le nombre de décès dépasse celui des naissances. Le vieillissement de la population exerce une pression sur le système de protection sociale.

L’érosion de la confiance envers les institutions se traduit par l’accroissement de l’abstention, la fragmentation sociale en silos, le développement des tensions identitaires, le recul de la mobilité sociale de l’école devenu un simple système de reproduction sociale.

La cohésion sociale pose problème. L’érosion de la confiance envers les institutions se traduit par l’accroissement de l’abstention, la fragmentation sociale en silos, le développement des tensions identitaires, le recul de la mobilité sociale de l’école devenu un simple système de reproduction sociale. Les inégalités sociales se doublent des inégalités territoriales.

Et que dire du système de l’énergie ?

Le secteur de l’énergie constitue un problème de taille. Alors que la France est l’un des pays les plus décarbonés (énergies renouvelables, nucléaire civil), les prix flambent ! Pourquoi ? Parce que le marché européen de l’électricité fonctionne sur le principe du « coût marginal ». Le prix est fixé par la dernière centrale appelée pour satisfaire la demande. Souvent, c’est une centrale au gaz. Quand le prix du gaz explose, le prix de gros pour l’électricité s’aligne sur celui du gaz, même pour l’électricité nucléaire française, qui, elle, coûte nettement moins cher à produire !

Merci l’UE, carcan de la France !

Bien évidemment, ce point nuit au développement de l’aluminium, de la chimie et du papier, qui peuvent alors baisser le niveau de leur production, voire délocaliser vers des zones où la stabilité des prix est plus grande ! Jusqu’en décembre 2025, EDF a été obligée de vendre 25 % de sa production au prix coûtant à ses concurrents privés(7)L’ARENH, Accès Régulé à l’Électricité Nucléaire Historique.pour que ceux-ci, qui ne produisaient aucune énergie, puissent en retour concurrencer EDF. On a marché sur la tête en privant l’électricien historique d’investir dans l’entreprise ! Depuis, le nouveau dispositif peine à convaincre.

Quant au développement de l’énergie électrique en remplacement des énergies fossiles, il est soumis à la faiblesse des investissements, contrairement à ce qui se passe en Chine, par exemple.

Si le déclin français est en partie dû au problème de l’énergie, c’est parce que le modèle de souveraineté énergétique français (le nucléaire) a été « encastré » dans un modèle de marché européen qui ne lui est pas adapté. Le résultat est une énergie qui, tout en étant décarbonée, a perdu son statut d’avantage compétitif historique pour devenir en retour une source d’inflation et de vulnérabilité pour le tissu industriel.

Notes de bas de page[+]

Notes de bas de page
1 Le coefficient de Gini est un indice statistique mesurant le degré d’inégalité dans la répartition des revenus ou de la richesse au sein d’une population.
2 Pourcentage symptomatique : 58 % des actions du CAC 40 sont détenus par des étrangers, contrairement au Japon, par exemple.
3 Quelle République pour quelle école ? Partie 1 – ReSPUBLICAQuelle République pour quelle école ? Partie 2 – ReSPUBLICA. On verra dans ces articles que la France est désormais, dans les évaluations PISA, 26e en maths et sciences et 30e en compréhension de la lecture pour les élèves de 3ème.
4 Chaque gauche, dans son cocon, déclare avoir gagné tout en relançant la machine à perdre – ReSPUBLICA.
5 Chiffres : 211 milliards par an selon la commission économie du Sénat, 270 milliards selon les auteurs du livre Le grand détournement.
6 Nous sommes passés d’un indice conjoncturel de fécondité (ou ICF) des femmes en âge de procréer de 2,04 enfants à 1,56.
7 L’ARENH, Accès Régulé à l’Électricité Nucléaire Historique.
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