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Les gauches à sept mois de la présidentielle 2027

Après un article-recension sur la stratégie de LFI pour la présidentielle et un article sur la candidature gauche de droite de Raphaël Glucksmann, nous profitons de notre visite à la fête de l’Humanité pour continuer nos analyses des gauches à sept mois de la présidentielle.

À la fête de l’Huma, action pour la stratégie de front unique de la gauche ou maintien de la fragmentation en silos ?

Réponse difficile tant les gauches toutes rassemblées nous ont montré des réalités contrastées. Toujours est-il que la fête de l’Huma a remis des jetons dans le jukebox de la désunion des gauches. Des militants gauchistes (au sens de Lénine dans sa thèse « Le gauchisme, maladie infantile du communisme ») ont repris leurs chansons du type « Tout le monde déteste le PS », plus d’un millier de membres de LFI ont scandé, dans l’un des deux meetings de Jean-Luc Mélenchon, le slogan « Non, Roussel n’est pas un camarade ». Et un groupe de militants s’époumonait devant le stand de Debout ! avec le slogan « Nous ne sommes pas dans le même camp ». Les vidéos existent sur le net pour ceux qui veulent écouter ces enfantillages décrédibilisant.

Ailleurs, des débats regroupant un éventail des gauches s’écoutent et se parlent. On prendra un seul exemple

Celui d’un débat sur les salaires avec les présidents des groupes de gauche à l’Assemblée nationale. Désaccord stratégique montrant la réalité de la fragmentation en silos. Chaque parti sur son chemin, mais chacun écoute l’autre. Des accords spécifiques sur des dossiers de fond, des désaccords profonds sur la stratégie politique. Cyrielle Chatelain (les Ecologistes) veut stopper les projets « zombies » (autoroutes, data centers, etc.), soutenir les pompiers, préserver l’eau, augmenter les salaires des catégories B et C de la fonction publique, encadrer les loyers et le foncier.

Stéphane Peu (PCF) met l’accent sur la réhabilitation énergétique des bâtiments, sur le Code du travail, sur la protection des plus fragiles, etc. Il souhaite indexer les salaires et supprimer la possibilité que des accords de branche prévoient des salaires en dessous du SMIC.

Mathilde Panot veut décréter l’urgence sociale et écologique, geler la dette détenue par la BCE, créer des écorégions, augmenter le SMIC pour augmenter les salaires, permettre aux gens de retrouver les petits plaisirs de la vie, aller chez le fleuriste, au restaurant.

Boris Vallaud (PS) veut supprimer la précarité énergétique, favoriser le leasing social des véhicules électriques, s’attaquer aux fins de mois difficiles, supprimer les surplus au-dessus de 12 fois le SMIC pour augmenter de 300 euros le salaire des 20 % les plus modestes, élargir l’assiette de la CSG aux revenus de l’héritage, mettre une CSG progressive.

Stratégies : la foire d’empoigne

Un accord quasi total entre eux. Viennent alors les questions stratégiques (la censure, risque RN, tous pour l’union à la présidentielle, mais derrière qui ? les législatives, etc.). Remise d’une pièce dans le jukebox de la foire d’empoigne.

N’empêche que cette fête a permis à Jean-Luc Mélenchon de rassembler quelques milliers de fans qui ont largement débordé le grand stand de LFI.

Fabien Roussel et le PCF

24 608 communistes ont voté au congrès de juillet : ainsi, 65,99 % des cotisants ont participé à la consultation sur le choix de la base commune du 40e congrès. Ils ont donné une large majorité au texte du Conseil National, « Un communisme de conquêtes », qui obtient 61,38 % des suffrages. Les textes 3 et 4 des camarades proches du groupe La Riposte ou du groupe économie du PCF animé par Frédéric Boccara, « Stratégie communiste, la lutte des classes comme boussole, le socialisme comme programme » et « Résister et construire, une nouvelle page du communisme », s’inscrivaient dans cette même volonté de renforcer et de développer l’orientation du 38e congrès.

Le texte 2, qui représente environ un quart des votants, est un texte stratégique oppositionnel plutôt favorable à soutenir dès le premier tour Jean-Luc Mélenchon. Fabien Roussel a officialisé sa candidature après avoir transformé sa motion en texte de base. Il obtient 72 % des votants pour sa candidature, alors que les motions 1, 3 et 4 cumulées comptaient pour 74,65 %.

Comprendre l’affaiblissement de l’idéal communiste

Pour comprendre le réel d’aujourd’hui, encore faut-il comprendre les raisons de la décrue du parti communiste français, comme celui de la quasi-totalité des partis communistes européens. Seul se maintient, dans le monde, le parti communiste chinois avec ses quelque 100 millions de membres (nous y reviendrons dans un autre article). Plusieurs causes se superposent :

D’abord, depuis la possibilité donnée aux historiens après la chute du mur de Berlin de consulter les archives, on approche de la réalité de l’expérience soviétique sans les fausses propagandes des dirigeants occidentaux d’une part et la fausse propagande stalinienne d’autre part.

Ensuite, les partis communistes s’appuyaient sur la classe ouvrière, qui a été décimée lorsque, après la peur provoquée par la plus grande grève de l’histoire de France en mai-juin 68, l’oligarchie capitaliste a décidé la désindustrialisation massive contre les intérêts du pays. Pour la France, c’est la perte de la moitié de l’emploi industriel, qui est l’une des causes du marasme de l’économie française, passée de la deuxième place mondiale en termes de PIB à la 7e place aujourd’hui, 60 ans après. Et sur de nombreux dossiers, un recul plus important encore est observé.

Enfin, la prise de contrôle de l’association des élus communistes sur le parti et les militants qui a culminé avec le secrétariat général de Rober Hue, ancien responsable des élus communistes (qui a fini par appeler à voter pour l’extrême centre macroniste). Comprenons que cette association a assumé la volonté, durant les dernières décennies, de privilégier des projets électoraux locaux suivistes du PS contre l’intérêt général du mouvement ouvrier et des salariés de la France entière.

On pourrait rajouter que, lors de la période de la déstalinisation devenue enfin indispensable, le PCF a jeté « le bébé avec l’eau du bain ». Aujourd’hui, l’organisation n’a plus que quelques petites dizaines de milliers d’adhérents avec un âge moyen élevé et une représentation électorale nationale de 2 à 4 % environ. Il existe en outre des désaccords intérieurs importants en termes stratégiques.

Des désaccords stratégiques internes

Certains ne se vivent que comme courroie de transmission du parti socialiste, d’autres sont déjà en campagne depuis des mois pour la candidature de Jean-Luc Mélenchon. De plus, la majorité qui a désigné Fabien Roussel à la candidature est partagée entre ceux qui veulent simplement garder l’appareil sans ligne stratégique propulsive et ceux qui veulent tenter une refondation. Ces derniers veulent redonner la primauté à la question sociale, retisser les liens avec la classe populaire ouvrière et employée, refuser la division de la classe et accélérer la bataille écologique avec l’électrification accélérée grâce au nucléaire et aux énergies renouvelables, contrairement aux positions des insoumis et des écologistes. Et lutter fortement contre la désindustrialisation, ce qui n’est pas le souci de beaucoup d’organisations des gauches. Ils espèrent élargir sur ces bases l’électorat de la gauche. Réussiront-ils ? L’avenir nous le dira.

Marine Tondelier et les écologistes

Le parti est divisé stratégiquement entre une majorité autour de Marine Tondelier et des minorités, soit proches de LFI, soit proches de Raphaël Glucksmann, soit proches du PS. Leur influence dans les sondages actuels est de l’ordre de 3 % des votants. Mais ce parti est également divisé entre environnementalistes et alternatifs, ces derniers privilégiant le sociétal. La prise en compte de la réalité écologique et de la nécessaire transition énergétique par les autres organisations de gauche participe également de la fragmentation écologiste. Les Ecologistes sont depuis le début favorables à la primaire large de la gauche. Ils ont essuyé le refus de LFI, puis de Place Publique et du PS (lorsque Olivier Faure a perdu la majorité du PS).

François Ruffin et Debout ! L’impasse du premier tour

Là, nous avons un cas d’école. François Ruffin, candidat populaire, est le seul candidat de gauche à la présidentielle à faire jeu égal dans les sondages avec Marine Le Pen au second tour de l’élection, alors que lorsqu’il est testé (rarement), il ne rassemble que 4 à 6 % des votants dans les sondages de premier tour. C’est d’ailleurs la stratégie incroyable de son parti Debout ! que d’organiser ici et là principalement des actions de second tour (les ruffinades, les chamboules tout, etc.) alors que son problème est d’abord de se qualifier au premier tour !

À noter que, dans la période récente, étant donné qu’il apparaît dans les études d’opinion comme le meilleur candidat de second tour pour la gauche, il subit le fait que LFI et la gauche de droite (Raphaël Glucksmann et la partie du PS qui le soutient) n’ont pas souhaité une primaire large de la gauche. Quant au parti Debout !, en dehors des réunions avec François Ruffin lui-même, qui suscitent partout la présence de centaines d’électeurs, il n’y a pas de réunions publiques sur des thèmes de fond ni de formations et d’éducation populaire refondée. Ce parti n’a pas d’organigramme public. On apprend même que des membres du Conseil politique de Debout ! sont membres d’autres organisations, comme la députée Sophie Taillé-Polian, membre de Génération’s.

Aux dernières nouvelles, François Ruffin et Debout ! entrent dans une stratégie appelée Conseil national de l’espérance (CNE) en débat, notamment avec Dominique de Villepin et sans doute d’autres personnalités.

Les gauchismes et les organisations sans débouchés significatifs dans la séquence de la présidentielle

Nous utiliserons le terme de gauchisme au sens que lui donne Lénine, à savoir une maladie infantile du communisme. Certains soutiennent LFI tout en exprimant leurs désaccords (PCR, NPA-A, OCF, etc.), d’autres tentent d’obtenir les signatures nécessaires à leur candidature à la présidentielle (NPA-R, Révolution permanente, Lutte ouvrière, etc.), d’autres n’ont pas encore précisé leurs stratégies.

D’autres organisations présentes dans le débat général, comme l’Après (regroupant les députés « purgés » de LFI autour d’Alexis Corbière et de Danielle Simonnet, les amis de Gérard Filoche de l’ex-GDS) et l’ex-aile droite de la LCR qui a transité par Ensemble, sont pour une gauche unie, ce qui n’est pas le réel de la séquence.

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