Pourquoi la gauche est seulement à 30 % des votants ?
La seule ligne de conduite d’une gauche de gauche nous paraît être de construire, avec les gens, une stratégie qui assure une évolution révolutionnaire qui correspond aux pays économiquement développés.
Tout simplement à cause de cette fragmentation en silos et du primat du sociétal sur le social ! Sans compter ceux qui rêvent de reconstituer une alliance néolibérale comme hier, ceux qui pensent que le capitalisme est compatible avec l’écologie, ceux qui s’engagent sur des pentes identitaires et communautaristes de division du peuple, ceux qui font partie de la kyrielle des nostalgiques des révolutions effectuées dans des pays du tiers monde. La seule ligne de conduite d’une gauche de gauche nous paraît être de construire, avec les gens, une stratégie qui assure une évolution révolutionnaire qui correspond aux pays économiquement développés.
Que faudrait-il faire pour la présidentielle 2027 ?
Voilà synthétisé le produit de notre réflexion pour travailler à une sortie de crise : d’abord une analyse concrète de la situation du réel sans les soubresauts des idéalismes trompeurs, ensuite la production d’un récit de sortie de crise par le rassemblement et enfin la proposition d’un front unique et d’un candidat unique de la gauche choisi collectivement.
Au lieu de cela, 18 candidats de gauche, et la liste peut encore s’allonger !
18 candidats de gauche pour 28 au total. Et on n’a pas compté Natacha Polony, dont certains parlent, mais pas encore elle-même. Et ce n’est peut-être pas encore fini ! Neuf mois avant le premier tour prévu le 18 avril 2027 et le second tour le 2 mai 2027, proposer 18 candidats de gauche pour 30 % des votants relève de l’inconscience et/ou du mépris des classes populaires. Irresponsables !
Choix des dates des deux tours : encore une entourloupe contre le 1er mai des travailleurs
Commençons par nous étonner du choix des dates par l’illusionniste de l’extrême centre, Emmanuel Macron. Le second tour aura lieu le 2 mai, lendemain du 1er mai ! Alors que la veille du second tour, en France, à partir de 0 h, soit le samedi 1er mai pour un scrutin organisé le dimanche 2 mai, s’ouvre une période de silence électoral. Donc, si des provocations ont lieu dans les manifestations, et nous savons qui peut organiser des provocations, nous serons dans le moment du silence électoral. Nous verrons les conséquences de ce choix. Il était si facile de prévoir les deux tours les 11 et 25 avril !
Deux candidats en posture d’aller jusqu’au bout
Deux candidats veulent aller jusqu’au bout : Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Marine Le Pen peut démarrer sa campagne électorale sans bracelet électronique, car elle a fait un pourvoi en cassation. Traditionnellement, un pourvoi dure plusieurs années, sauf si la politique incite les magistrats à aller plus vite. Dans les derniers sondages de juin 2026, le score de Marine Le Pen oscille autour du tiers des votants du premier tour. Elle semble bien partie pour être présente au second tour.
Le chef de file de La France insoumise apparaît, en juin 2026, comme le meilleur candidat de gauche au premier tour. Sa qualification au second tour sera en partie fonction de la réalité ou pas d’un candidat unique de l’extrême centre (d’Attal à Retailleau en passant par Philippe). Déjà, des ministres macronistes et des députés LR ont rejoint Edouard Philippe. Mais ce n’est pas suffisant pour faire fléchir Attal et Retailleau. Dans l’état actuel des choses, et dans le cas où il arriverait au second tour, les chances de victoire de « Meluche » apparaissent faibles en regard du rejet qu’il suscite aujourd’hui en raison de la ligne stratégique défendue, même s’il édulcore les aspects les plus ambigus du concept de « Nouvelle France »(1)https://www.gaucherepublicaine.org/respublica-idees/respublica-debats-politiques/nouvelle-france-ou-veut-on-nous-emmener/7440130..
D’autres à l’extrême droite et à l’extrême centre
Trois autres candidats d’extrême droite sont encore en lice : Nicolas Dupont-Aignan (Debout La République), Éric Zemmour (Reconquête) et Florian Philippot (Les patriotes).
Les candidats de l’extrême centre sont plus nombreux. Gabriel Attal, ancien Premier ministre, dirige le parti d’Emmanuel Macron, Renaissance. Ce parti aux changements de nom fréquent est le parti de l’extrême centre qui a le plus bénéficié du financement public. Xavier Bertrand, président de région en exercice, David Lisnard, maire de Cannes et ancien président de l’Association des maires de France, Edouard Philippe, ancien Premier ministre et maire du Havre, et Bruno Retailleau, ancien ministre, actuellement sénateur et candidat de LR, complètent la liste.
Deux candidats atypiques sont présents. Dominique de Villepin, qui a annoncé une rupture concernant les relations internationales avec l’actuel extrême centre. Mais il n’a pratiquement rien dit sur la question sociale. S’il continue, il devra s’exprimer sur ce point. En attendant, nous en restons à sa politique sociale réactionnaire du temps où il était Premier ministre. François Asselineau est le premier à s’être déclaré pour la présidentielle 2027, dans un entretien au Dauphiné libéré … le 31 août 2023. Ancien directeur de cabinet de Charles Pasqua, il s’est spécialisé dans le discours pro-Frexit via l’article 50 du traité de l’Union européenne (TUE). Son discours sur les questions sociales n’est pas explicite.
Les candidats de gauche
Nathalie Arthaud (LO), Clémentine Autain (L’Après), Delphine Batho (Génération écologie), qui reproche à la gauche le primat de la lutte des classes(2)Grand entretien à Marianne n° 1529., Karim Bouamrane (maire PS de Saint-Ouen), Olivier Faure, député et secrétaire national du PS, Raphaël Glucksmann (Place publique), Jérôme Guej (député PS) qui vient de se voir confier par le Premier ministre une mission sur « la défense et la promotion de la laïcité » alors qu’il s’est opposé à la constitutionnalisation des deux premiers articles de la loi du 9 décembre 1905, François Hollande (député PS et ancien président de la République), Anasse Kazib (Révolution permanente, scission du NPA) qui avait renoncé à encadrer la finance et renforcer la laïcité, Selma Labib (conductrice de bus, NPA-Révolutionnaires, scission du NPA), Benjamin Lucas-Lundy (député Génération’s), Lydie Massart (ex-député européenne, Union démocratique bretonne), Fabien Roussel (PCF), Ségolène Royal (ancienne ministre, PS), François Ruffin (député, Debout !), Marine Tondelier (Les écologistes), Boris Vallaud (président du groupe des députés socialistes) complètent le tableau des candidats.
Raphaël Glucksmann, donné en juin 2026 à des scores à deux chiffres, aurait plus de chances de plaire aux bobos qu’aux prolos, lui qui se sent plus proche des élites mondialisées que du paysan picard. C’est ce qu’on apprend en lisant une note qui lui recommande de se focaliser sur un électorat âgé, urbain et surtout relativement aisé, plutôt que de perdre son temps à vouloir convaincre les CSP moins, reprenant par là le fameux rapport publié en 2011 par le think tank Terra Nova. François Ruffin est probablement le meilleur candidat de gauche au second tour, mais il a peu de chance de passer le premier tour avec un parti récent et peu présent sur le terrain.
Contre la politique de division au sein de la gauche
Jamais, dans l’histoire, nous n’avons eu un ensemble de dirigeants de la gauche aussi éloigné de la hauteur des enjeux indispensables pour engager la bifurcation nécessaire vers l’émancipation.
Jamais, dans l’histoire, nous n’avons eu un ensemble de dirigeants de la gauche aussi éloigné de la hauteur des enjeux indispensables pour engager la bifurcation nécessaire vers l’émancipation. Cette « élite politique » n’a été capable, lors de la dernière élection présidentielle, que d’attendre le second tour pour faire, les uns après les autres, leur appel au « front républicain » afin de faire barrage à l’extrême droite. Alors que l’on sait que c’est la politique d’austérité et de destruction des services publics de l’extrême centre qui prépare et, in fine, qui donne le pouvoir à l’extrême droite.
Second tour : RN certainement et un candidat de gauche ou de l’extrême centre
Alors qu’il n’y a que deux candidats au second tour de l’élection présidentielle et que la présence du RN est quasiment assurée, il n’y aura place que pour un autre candidat, celui de l’extrême centre ou celui de la gauche. La gauche, si elle est présente au second tour, doit avoir une stratégie de rassemblement et non pas inventer une nouvelle politique de division de la gauche. Et, pour cela, le rassemblement de la classe populaire ouvrière et employée est indispensable politiquement et arithmétiquement(3)La classe populaire ouvrière et employée représente 42,8 % de la population française et, aujourd’hui, seuls 20 % de ses rangs votent à gauche, le premier contingent étant l’abstention !. La fragmentation de l’électorat de la classe populaire ouvrière et employée et des catégories et organisations associées ne peut mener qu’à une nouvelle « étrange défaite »(4)Au moment où a été panthéonisé Marc Bloch, auteur du livre L’étrange défaite, faudra-t-il récrire une deuxième fois ce livre ?.
À ce jour, les principaux dirigeants de la gauche officielle se situent peu ou prou tous sur une orientation de division, ce qui ne peut que mener au succès de l’extrême centre ou du RN.
Le Parti Socialiste mène depuis des mois une politique qui a permis à Macron et Lecornu de poursuivre leur politique antisociale. Désormais, son aile droite se prépare, soit à propulser Glucksmann que rien d’essentiel ne sépare de l’extrême centre, soit à appeler à voter directement pour l’extrême centre via un « front républicain ».
Quant à La France Insoumise, sa direction s’est lancée depuis des mois dans une campagne antisocialiste effrénée, allant jusqu’à traiter des maires socialistes de « petit-bourgeois visqueux » (dixit Mélenchon). Ceux qui résistaient à cette politique folle ont été exclus ou invités à quitter le parti. Désormais, ce « mouvement » appelle à l’unité « de la gauche de rupture » ! Rupture avec qui ? Avec quoi ? Cette proposition ne sert en fait qu’à masquer par avance la responsabilité de la direction de LFI si un réactionnaire accède à l’Élysée en 2027.
Contre la droite et l’extrême-droite, l’unité est indispensable
À l’opposé de la politique de division menée par le PS ou LFI, l’unité derrière une candidature d’unité est la seule possibilité d’éviter une défaite populaire en 2027. Un tel candidat pourrait être désigné selon diverses modalités. La procédure importe peu, l’essentiel est d’avoir la volonté politique de défaire l’extrême centre et l’extrême droite et de s’émanciper de la tutelle de l’oligarchie financière mondialisée et nationale en vue de la réindustrialisation et de la souveraineté alimentaire en rapport avec les enjeux écologiques.
Pour notre part, nous considérons que la ligne stratégique d’un tel candidat devrait ouvrir la perspective d’une vraie République sociale(5)Vous avez cherché Gauche de gauche – ReSPUBLICA et Vous avez cherché République sociale – ReSPUBLICA..
Notes de bas de page
| ↑1 | https://www.gaucherepublicaine.org/respublica-idees/respublica-debats-politiques/nouvelle-france-ou-veut-on-nous-emmener/7440130. |
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| ↑2 | Grand entretien à Marianne n° 1529. |
| ↑3 | La classe populaire ouvrière et employée représente 42,8 % de la population française et, aujourd’hui, seuls 20 % de ses rangs votent à gauche, le premier contingent étant l’abstention ! |
| ↑4 | Au moment où a été panthéonisé Marc Bloch, auteur du livre L’étrange défaite, faudra-t-il récrire une deuxième fois ce livre ? |
| ↑5 | Vous avez cherché Gauche de gauche – ReSPUBLICA et Vous avez cherché République sociale – ReSPUBLICA. |
