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Barcelone-Madrid et Milan : gauche et droite tentent d’internationaliser leurs politiques internes

Le week-end du 17 et 18 avril 2026 a montré la tentative des partis espagnols et italiens de gauche et de droite d’internationaliser leurs politiques internes dans le cadre de la préparation des élections importantes de 2027 en Espagne et en Italie.

Barcelone-Madrid et Milan, les 17 et 18 avril 2026

Pedro Sanchez a tenu la quatrième édition du sommet des dirigeants progressistes(1)https://www.gaucherepublicaine.org/respublica-monde/respublica-amerique/amerique-latine-juillet-aout/7438875. à Barcelone. Hasard ou pas du calendrier, au même moment à Milan, Matteo Salvini organisait autour de lui un rassemblement d’extrême droite des « Patriotes pour l’Europe ». Mais Madrid a été également le théâtre d’un rassemblement de toutes les droites espagnoles (extrême droite comprise) pour recevoir Madame Machado, prix Nobel et chantre de l’extrême droite vénézuélienne.

Ces trois événements pourraient laisser croire à une confrontation internationale : Gauche contre Extrême Droite. Pourtant, derrière l’affichage public, la réalité est celle de blocs morcelés, loin de l’union affichée. Explication.

Milan : l’extrême droite… autour de Salvini

Une semaine seulement après la défaite électorale de Viktor Orbán en Hongrie, la réunion de Milan à l’initiative de Matteo Salvini n’était pas, comme certains médias l’ont suggéré, le grand rassemblement de toute l’extrême droite européenne. Il ne s’agissait que d’une réunion d’un groupe parlementaire européen, « Patriotes pour l’Europe », dont le nom reste inspiré par Viktor Orbán — grand absent de la Place du Duomo ce jour-là. Cette nuance est capitale : ce n’était pas une « internationale fasciste ». Manquaient à l’appel des poids lourds comme Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni, membre d’un autre groupe européen d’extrême droite : les Conservateurs et Réformistes Européens (ECR).

Il n’y a pas « une » extrême droite ou deux, mais trois groupes européens d’extrême droite(2)Hongrie : la fin du système Orbán et le sacre du parti Tisza – ReSPUBLICA.. Le troisième, « l’Europe des nations souveraines », autour de l’extrême droite allemande AFD, prend de l’ampleur, même si c’est le plus petit groupe européen d’extrême droite. Mais la montée de l’extrême droite en Allemagne revêt toujours une forte acuité en raison de l’histoire de ce pays. Selon l’enquête Forsa RTL/ntv publiée le mardi 28 avril 2026, 27 % des personnes interrogées entre le 12 et le 27 avril donnent leur préférence à la formation d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), contre 22 % au camp (CDU/CSU) de M. Merz et 12 % à son partenaire social-démocrate (SPD)

Barcelone : pour la démocratie et contre Trump

À Barcelone, Pedro Sanchez a piloté deux événements distincts qui tendent à se confondre. Le premier avait lieu le samedi matin, c’était la Réunion pour la défense de la démocratie. Ce rassemblement réunissait une quinzaine de dirigeants internationaux, dont le président du Conseil européen, Antonio Costa, et les chefs d’État brésilien, mexicain, sud-africain, colombien, uruguayen ou encore irlandais. Pour défendre la démocratie et défendre l’État de droit, la photo est sympathique. Mais pour quelle politique de gauche ?

Comme souvent dans ces réunions internationales, celle-ci a débouché sur une déclaration commune et partagée par le plus grand nombre : « Il faut rétablir la crédibilité de l’ONU, qui a été rongée par l’irresponsabilité de ses membres permanents », a affirmé le chef d’État brésilien. Dans son discours final, Sanchez a de nouveau entonné le « Non à la guerre », le slogan qu’il a fait sien depuis le début du conflit des États-Unis et d’Israël contre l’Iran et qui lui a valu les foudres de Donald Trump.

La seconde réunion avait lieu le 17 avril après midi et le 18 avril. Il s’agissait de la Global Progressive Mobilisation (GPM), une initiative soutenue par trois organisations politiques : l’Internationale Socialiste (IS), le Parti Socialiste Européen (PSE) et l’Alliance Progressiste (AP). Le site Internet de l’événement nous en dit un peu plus sur son objectif : « coordonner les actions des formations politiques de centre gauche à l’échelle mondiale afin d’harmoniser leurs stratégies et de renforcer leur influence commune ».

Ce réseau avait invité différents acteurs « progressiste » : organisations syndicales, fondations, groupes de réflexion (think tanks) et autres organisations non gouvernementales (ONG). Ces organisations appartenaient au spectre le plus modéré de la gauche. Par exemple, le syndicalisme français était représenté par la CFDT sans la CGT.

Cela pour dire que, pour ce qui est de l’unité de gauche, le compte n’y était pas tout à fait. D’autant que Yolanda Diaz, l’ex-dirigeante de la coalition Sumar, ministre du gouvernement Sanchez, a décidé de ne pas être candidate de cette coalition de gauche Sumar aux élections espagnoles de 2027 : en effet, sa nouvelle direction collégiale, souhaitant un virage plus social, s’écarte des positions de Sanchez après le désastre électoral de 2024. Le débat à la gauche du PSOE entre ceux et celles qui veulent gauchir la position de Sanchez de l’intérieur et ceux et celles qui souhaitent le faire dans une coalition de gauche séparée du PSOE reprend force et vigueur. En outre, Yolanda Diaz est une responsable politique qui a souhaité le rapprochement entre le président brésilien Lula Da Silva et le Premier ministre espagnol Sanchez.

Le Parti Populaire et Vox accueillent à Madrid María Corina Machado…

La présidente de la communauté de Madrid, Isabelle Diaz Ayouso, parti populaire (PP), a préparé depuis des semaines la venue de María Corina Machado. Celle-ci, après avoir été reçue par Alberto Núñez Feijóo, le président du parti populaire espagnol, a reçu les clés de la ville de Madrid de la part de son maire, José Luis Martínez Almeida (PP). Une mise en scène habituellement réservée aux chefs d’État. Pour le parti populaire espagnol, le soutien à Machado est une opportunité de souligner le caractère radical de sa politique économique sans les excès vocaux de l’extrême droite.

Le samedi 18 avril, alors que Sánchez parlait à Barcelone et Salvini à Milan, Machado a réuni une foule immense dans le centre de Madrid.

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