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Pedro Sánchez a-t-il encore un avenir en Espagne ? Partie 1

Pedro Sánchez annonce le 5 octobre 2026 la dissolution des Cortes. Par Ministry of the Presidency. Government of Spain, Attribution, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=201086268.

Lundi 5 octobre 2026, le chef du gouvernement espagnol a annoncé la convocation de nouvelles élections générales qui se tiendront le 29 novembre 2026. Cette annonce de Pedro Sanchez, qui arrive à la suite d’une série de déconvenues subies récemment par la Gauche au pouvoir (la crise de Ceuta, les incendies de l’été 2026, la question du logement en Espagne), est assortie d’un appel à élargir la base électorale de son gouvernement. L’objectif avoué étant de lui donner les moyens de poursuivre les réformes sociales qu’il a entreprises.

 

Comment les Espagnols percevront-ils ce message ? Ou du moins quelle sera la situation politique espagnole au lendemain du 29 novembre 2026 ? Beaucoup d’incertitudes subsistent.

 

La suite de cet article est à retrouver dans le même numéro, ICI.

Le précédent des élections générales anticipées de 2023

Déjà en 2023, afin de répondre aux mauvais résultats obtenus lors des élections municipales et régionales par les formations politiques au pouvoir depuis 2019 (PSOE et Unidas Podemos à laquelle succéda SUMAR), Pedro Sanchez provoqua de nouvelles élections qui se déroulèrent le 23 juillet de la même année.

Alors que les instituts de sondages prédisaient aux formations gouvernementales une chute certaine dans les urnes, face à la droite incarnée par le Partido Popular (PP) et à l’ultra droite représentée par Vox, le résultat dans les urnes fut tout autre, mais tout aussi incertain.

Ainsi, alors que le Congrès des députés est composé de 350 sièges avec une majorité absolue acquise à compter de 176 députés, le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE) et son allié SUMAR (coalition représentant la Gauche radicale regroupant une vingtaine de partis nationaux et régionaux) n’obtinrent respectivement que 121 et 31 sièges (le PSOE gagnant un siège par rapport aux précédentes élections générales de 2019, SUMAR en perdant 4), soit en totalité 152 sièges, c’est-à-dire très loin de la majorité requise pour pouvoir gouverner.

En revanche, la droite représentée par le Partido Popular (PP) et l’ultra-droite par Vox n’obtinrent respectivement que 137 et 33 sièges (le PP enregistrant un gain de 48 sièges par rapport à 2019, Vox accusant inversement une perte de 19 sièges), mais sans pouvoir atteindre ensemble la majorité des 176 sièges requis pour être en mesure d’accéder au pouvoir.

La solution vint de l’alliance conclue entre les partis de gauche au pouvoir et les formations nationalistes catalanes « Ensemble pour la Catalogne » (JUNTS), « Gauche Républicaine de Catalogne » (ERC), totalisant 14 sièges, et basques « Parti Nationaliste Basque » (PNV), « Réunir le Pays basque » (EH BILDU) additionnant aussi 14 sièges, soit ensemble 28 sièges. Cette solution permit à Pedro Sanchez de se maintenir au pouvoir avec une majorité au Congrès des députés de 180 sièges.

Fragilités de la coalition gouvernementale issue des élections de 2023

Cette majorité, supérieure de 4 sièges à la majorité requise de 176, devenait néanmoins une majorité fragile, mettant le nouveau gouvernement de gauche sous la pression permanente de JUNTS, la droite catalane de Carles Puigdemont, en exil en Belgique jusqu’à récemment — car sous la menace d’une condamnation d’incarcération pour subversion — depuis la tentative de référendum d’autodétermination avortée d’octobre 2017.

À cette fragilité vint s’ajouter celle provoquée par Podemos, fort de 5 députés, élus sous l’étiquette SUMAR, qui, bien qu’ayant voté l’investiture de Pedro Sanchez, ne se considéra jamais comme membre de la coalition gouvernementale. En effet, cette formation issue en 2015 du mouvement 15-M (les « Indignés » de la « Puerta del Sol » à Madrid) n’a cessé de multiplier critiques et avertissements à l’endroit du chef du gouvernement. Au Congrès des députés, son positionnement fut ambigu. Tantôt il soutint sous condition, tantôt il s’abstint, ou encore, il rejeta les textes à l’ordre du jour présentés au Congrès des députés par la coalition au pouvoir.

Les revers enregistrés par Pedro Sanchez

Le contexte politique espagnol devint ainsi des plus complexes. Le gouvernement de Pedro Sanchez ne put faire voter aucun budget. Aux incertitudes gouvernementales issues des élections générales de 2023, vint s’agréger une série de revers importants, tels que :

Des succès cependant sur le plan économique

Les différents gouvernements présidés par Pedro Sanchez ont néanmoins engrangé depuis 2019 (année de son arrivée au pouvoir) des avancées indéniables : revalorisation du salaire minimum, limitation du recours aux contrats précaires, création d’un congé menstruel, égalisation de la durée de congés de maternité et de paternité, augmentation des dépenses sociales et des investissements publics, réduction du déficit budgétaire. La prévision de croissance espagnole pour 2026 est de 2,6 %, un des plus importants de l’Union européenne. La majorité des experts considère que l’Espagne affiche une santé remarquable et surpasse la moyenne de la zone euro. Ces experts s’accordent à parler de « miracle espagnol » lorsqu’ils évoquent l’activité économique espagnole.

Pourquoi, dès lors, une telle défiance de l’électorat espagnol à l’égard des gouvernements de gauche en Espagne depuis sept ans ?

Les critiques à la gauche de Pedro Sanchez lui reprochent d’être trop dans le discours et la communication, mais de ne rien faire pour s’opposer concrètement aux géants de l’énergie, aux grands propriétaires immobiliers, aux spéculateurs, aux ultrariches. En outre, rien n’est fait pour s’opposer aux expulsions immobilières pour impayés, et ceux qui s’y opposent, comme du temps du mouvement M-15, vont dormir en prison. En d’autres termes, les reproches qui lui sont faits sont de brasser du vent, de ne rien faire pour les gens ordinaires, de ne pas s’attaquer aux problèmes réels, aux oligarchies financières et aux dérives ultralibérales, et de ne pas s’en donner les moyens. La raison de la désaffection de l’électorat populaire est certainement là, en Espagne comme ailleurs.

Cette désaffection peut se vérifier dans les reculs électoraux subis lors des scrutins régionaux précédemment cités, mais aussi à l’occasion des élections régionales intervenues entre 2019 et les élections générales de 2023, notamment au sein des communautés autonomes de Murcie et de Valence.

 

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