Lutter contre le néo-libéralisme

Livre : Les Dettes illégitimes

lundi 27 juin 2011

L’économiste français, François Chesnais, traite dans son ouvrage, les Dettes illégitimes1 : quand les banques font main basse sur les politiques publiques, du thème des dettes publiques des pays européens de la zone euro, et de la nécessité de leur annulation. Et pour cause ! Ces dettes ont souvent été contractées à des fins ou dans des conditions fort douteuses. Elles ont pour cette raison acquis les surnoms peu glorieux de « dettes odieuses » ou de « dettes illégitimes ». Les pays du Sud sont eux aussi confrontés, depuis les années 1980 et 1990, à ce type de dettes.

Conséquences du remboursement de la dette

Ces dettes constituent un transfèrement à grande échelle vers les marchés financiers, d’une part importante des richesses produites par les nations et les peuples, au détriment de la satisfaction de leurs besoins économiques et sociaux.

Pour un pays comme France, qui n’est pourtant pas le plus endetté de la zone euro, le premier poste budgétaire de l’État est représenté par le paiement annuel des intérêts de la seule dette publique ou souveraine, et le remboursement d’une fraction du capital de cette dernière.

Tous les pays de la zone euro ont vu également leurs dettes publiques et privées s’aggraver du fait des crises économique et financière, entraînant la fermeture d’entreprises, et donc de nouvelles baisses des recettes fiscales.

Pour pouvoir rembourser ces dettes, les soutiers des marchés financiers à la tête des États européens et de l’Union européenne n’hésitent pas à saigner leurs peuples. Ils accentuent pour cela leurs agissements politico-maffieux entamés, depuis le début des années 1980, de libéralisation et de dérèglementation des économies et des finances aussi bien de leurs pays que du reste de la planète : privatisation des entreprises publiques et « rigueur » budgétaire se soldant par des licenciements massifs, l’accès de plus en plus difficile à l’enseignement, à la santé… les baisses des salaires et du pouvoir d’achat, l’affaiblissement de la protection sociale, les attaques contre les retraites, etc.

Origine de la dette de la zone euro

Les dettes élevées des pays de la zone euro trouvent leur origine dans deux séries de facteurs, les unes communes à ces pays et les autres spécifiques à l’Irlande, l’Espagne et au Portugal. Les facteurs du premier type sont dus, comme dans toute l’Europe, aux réductions successives par les gouvernements de droite et les gouvernements sociaux-démocrates, de l’imposition des hauts revenus et des profits, à l’évasion fiscale vers les paradis fiscaux, et plus récemment au sauvetage des banques par les Etats à coup de centaines de milliards d’euros. Le deuxième facteur concerne le mode de croissance fondé sur l’endettement.

Quant aux dettes publiques et privées de la Grèce, elles trouvent leurs origines dans tous ces facteurs à la fois, lesquels s’ajoutent à d’autres, nettement plus anciens tels que les sommes considérables consacrées à l’achat d’armes, la corruption généralisée…

Suite au chômage structurel et aux réductions des dépenses publiques entrainant tous deux une baisse importante et durable de leur pouvoir d’achat, une part croissante des populations de ces pays se trouve contrainte de s’endetter pour satisfaire ses besoins.

L’on assiste également à l’endettement considérable des établissements financiers, en particulier des banques, tant en Europe qu’en Amérique du Nord ; un endettement supérieur à celui des ménages.

Leur endettement s’explique par le fait que les prêts qu’ils ont accordés dépassent très largement leurs capacités. Ils ont alors recouru, et continuent de recourir massivement à l’effet de levier, qui permet certes des taux de profit fantastiques, comparativement à ceux obtenus, à partir des crédits octroyés sur leurs capitaux propres. Ils courent cependant de gros risques, pouvant allant jusqu’à la faillite, comme c’est déjà arrivé à Lehman Brothers et de nombreux autres établissements financiers, avec la crise de dimension mondiale des subprimes aux États-Unis d’Amérique.

La crise de la « dette du tiers-monde »

Les dettes contractées par les pays du tiers-monde au milieu des années 1970, l’ont été à des taux d’intérêt variables et en dollars. Quelques années plus tard, la multiplication brutale par trois ou quatre de leurs taux d’intérêt par les États -Unis d’Amérique ( 1979), et leur augmentation importante du taux de change du dollar (1981) ont étranglé financièrement ces pays. S’en sont suivies les sinistres « conditionnalités » ultra-libérales, du Fonds monétaire international, une institution à la solde des sociétés capitalistes transnationales, pour piller davantage les économies et les peuples de ces pays, par un drainage considérable des richesses de la périphérie vers le centre capitaliste. Avec les conséquences dramatiques sur les économies et les peuples de ces pays.

La nécessaire annulation des « dettes odieuses »

La notion de « dettes odieuses » a été définie, en 1927, par Alexandre Sack, professeur de droit à Paris, d’origine russe. Il s’agit de dette « contractée par un régime despotique, pour des objectifs étrangers aux intérêts de la Nation, aux intérêts des citoyens. »

Le Center For International Sustainable Dévelopment de l’université McGill de Montréal en donne une définition presque similaire. Ce type de dettes sont « celles qui ont été contractées contre les intérêts des populations d’un État, sans leur consentement et en toute connaissance de cause du côté des créanciers. »

C’est pour cette raison que François Chesnais, à l’instar des autres économistes marxistes et des forces de gauche en Europe, n’appelle pas à l’annulation de toute dette par principe, mais uniquement celles qui ont été conclues au détriment des peuples ou dans des conditions peu scrupuleuses.

D’ailleurs, au cœur même de la haute finance des voix discordantes, mais encore minoritaires, proposent la « restructuration » des dettes souveraines de l’Irlande, de la Grèce et du Portugal.

  1. François Chesnais : Les Dettes illégitimes, quand les banques font main basse sur les politiques publiques, éditions Raisons d’agir, Paris, 2011 []
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