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Recul et crise des gouvernements progressistes d’Amérique latine : quels enseignements ?

samedi 11 juin 2016
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Co-animateur du Réseau Éducation Populaire (REP). Co-auteur de : Néolibéralisme et crise de la dette ; Contre les prédateurs de la santé ; Retraites, l'alternative cachée ; Laïcité: plus de liberté pour tous ; Penser la République sociale pour le 21e siècle ; Pour en finir avec le "trou de la Sécu", repenser la protection sociale du 21e siècle.

Autant l’enthousiasme a été fort chez les militants européens dans les premières années de ces pouvoirs progressistes latino-américains, autant l’analyse de la cause principale de leurs reculs et de la crise que traversent tous ces régimes est masquée par la présentation de causes justes mais secondes.
Pour expliquer la crise des gouvernements progressistes, diverses arguments ont été présentés : « campagnes sauvages de la droite », « coup d’Etat », « guerre économique » menée par l’impérialisme étasunien, « nouveau plan Condor en Amérique latine », etc. Tout cela est juste. Mais prévisible. Peut-on concevoir que le patronat, les néolibéraux de droite ou de gauche, les impérialismes, vont accepter, beaux joueurs, une victoire électorale progressiste par amour soudain de la souveraineté populaire ? C’est ce qui se passe uniquement dans les contes de fées produits par la médiacratie néolibérale.

Dégager la contradiction principale

En fait, ces gouvernements ont pris le pouvoir dans une conjoncture de prix élevés des matières premières. Au lieu d’en faire bénéficier l’oligarchie, ces gouvernements en ont fait profiter le peuple. Il y a eu modification de la répartition des richesses. Tout cela n’est pas critiquable. Mais il n’y a pas eu suffisamment de changements structurels notamment dans l’aval des matières premières ou dans un processus d’industrialisation. Et quand les prix des matières premières ont baissé pour des raisons géopolitiques à l’instigation des Etats-Unis et de l’Arabie saoudite, les politiques d’austérité sont apparues. Avec des structures de base du capitalisme rigoureusement intactes. On a pu voir alors se créer un fossé entre le gouvernement et les classes populaires. En 2010 en Bolivie, en 2012 en Argentine, en 2013 au Brésil, en 2014 au Venezuela1, mais aussi dans d’autres pays. Bien évidemment, les forces réactionnaires ont instrumentalisé ce mécontentement. Car au départ, il y a l’insatisfaction d’une partie des classes populaires qui avaient porté au pouvoir les gouvernements progressistes.

Que faire ? Abandonner les impasses et pratiquer « la double besogne » !

Comme, nous le disons souvent dans ReSPUBLICA, les lois tendancielles du capitalisme ont petit à petit poussé à l’intensification des politiques d’austérité. Sauf pour les pays à fort potentiel de matières premières, et uniquement lorsque les prix de celles-ci sont élevés. Quand l’oligarchie fait baisser ces prix au détriment de la Russie et de l’Amérique latine, ils ne reste alors à ces pays que les politiques d’austérité. On peut d’ailleurs analyser l’actuelle situation grecque avec la même grille, sauf que cela a été plus rapide, la Grèce ne disposant pas de matières premières importantes.

Voilà pourquoi on doit s’habituer à penser « la double besogne » pour la pratiquer dès la prise du pouvoir, sinon les mêmes causes produiront les mêmes effets. Répétons-le : le solipsisme, le seul volontarisme, le communautarisme, les politiques de l’offre, le néo-keynésianisme visant à ne pratiquer qu’une politique de la demande avec seulement une autre répartition des richesses, sont des impasses.

Penser et pratiquer « la double besogne » consiste à articuler, dès le lendemain d’une arrivée au gouvernement, la satisfaction de revendications immédiates et l’entré dans un processus de moyen et de long terme visant à construire un modèle politique alternatif au capitalisme avec les transitions industrielles nécessaires ainsi que la refondation démocratique indispensable dans le champ politique, dans le champ social et dans l’entreprise. Si les deux termes de cette double besogne ne sont pas engagés dès l’arrivée au gouvernement, la déception reprendra le dessus. Dit autrement, ne pas vouloir s’attaquer dès le début, via un processus de transition long et dialectique (et non par le grand soir !), au cœur du pouvoir de l’oligarchie entraîne les reculs rapides des gauches. Cette conviction doit nourrir la bataille culturelle et donc la ligne de force de campagnes refondées d’éducation populaire telles que ReSPUBLICA et le Réseau Education Populaire les proposent.

  1. Sur le Venezuela, voir, dans ce numéro, l’article de Franco Vielma intitulé « Repenser notre démocratie ». Du même auteur dans le blog VENEZUELA INFOS, on lira aussi « La contre-offensive bolivarienne et la course contre la montre de la droite au Venezuela » qui donne d’intéressantes précisions sur la politique économique du gouvernement Maduro. []
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Co-animateur du Réseau Éducation Populaire (REP). Co-auteur de : Néolibéralisme et crise de la dette ; Contre les prédateurs de la santé ; Retraites, l'alternative cachée ; Laïcité: plus de liberté pour tous ; Penser la République sociale pour le 21e siècle ; Pour en finir avec le "trou de la Sécu", repenser la protection sociale du 21e siècle.

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