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Travailler le dimanche : quelques commentaires reçus

jeudi 24 octobre 2013

L’article Michel Zerbato publié dans le précédent numéro nous a valu une réaction intéressante, que nous publions in extenso, tant elle nous paraît être une bonne illustration de la manière dont « les conditions matérielles de la vie » déterminent la conscience de ceux qui n’ont pas le recul nécessaire pour s’extraire de leur vécu et subissent les effets délétères de la « société de consommation ». La voici :

Aveuglement des salariés : division qui mènera à l’obligation de travailler le dimanche et, à terme, aux mêmes conditions que les jours de semaine ; travailler le dimanche entraîne la réduction de l’emploi par une exploitation accrue de la force de travail des salariés…
Irresponsabilité de la clientèle : qu’importe le sort des salariés dès qu’elle peut se procurer le produit qu’elle désire tous les jours, à toute heure (pourquoi pas ?) ; irresponsabilité, défaut d’organisation, de prévision, rejet sur la disponibilité de l’autre de son incompétence…
Mercantilisme, esprit de lucre, égoïsme des entreprises commerciales : vendre le dimanche est rentable pour elles; la clientèle se promène dans les centres de vente; elle découvre toujours quelque chose « d’intéressant » et achète; en a-t-elle besoin ? non, généralement ; mais elle est séduite, elle rêve un peu…  ce marteau à double pointe, ce joli tissu (qu’en faire ? il vieillira pendant des années au fond d’une armoire où on l’oubliera), cette machine à café moderne qui permet de se faire un café à tout moment (alors que le client n’en consomme que le midi)… le vendeur ne vend davantage que pour cette raison, il pousse à la consommation, car l’évidence est frappante, ou le produit est nécessaire à l’acheteur, et le vendeur vendra son produit un autre jour, ou bien il ne l’est pas !
Indifférence coupable d’un grande part de la population : le repos dominical n’est plus seulement une institution religieuse, il est devenu un fait social, une partie prenante d’une organisation de la vie sociale ; sa suppression à terme précipiterait la domination totale, définitive, tyrannique du capitalisme sauvage, le règne, déjà marqué, de l’individualisme, de l’égocentrisme, l’absence d’une solidarité proclamée à grands cris par tous et contredite constamment par les mêmes dans leurs actes…
En conclusion provisoire, rappelons ce mot de La Bruyère (si ma mémoire est bonne) : « l’intérêt parle toutes les langues et joue toutes sortes de personnages, y compris celui du désintéressé. »
Alain Jeoffroi

D’autres commentaires de lecteurs ont porté sur l’emprise de la vie sur les esprits et sur la nécessité d’essayer d’ouvrir les yeux aux uns et aux autres, salariés ou consommateurs, tout en n’oubliant pas qu’il est dur de nager à contre-courant. Comment, en effet, nous demande par exemple Jean-Pierre Lefèvre, expliquer à ceux qui travaillent le dimanche que, pour leur bien, ils vont « travailler moins pour gagner moins » ? Certes, mais c’est justement toute la difficulté de faire l’unité du vécu individuel et de la rationalité collective de classe, surtout quand il s’agit d’individus aux lisières de la classe, tellement précarisés qu’ils appartiennent plus au lumpen dont parlait Marx qu’au prolétariat. S’il suffisait d’agréger les intérêts individuels pour définir l’intérêt collectif, la théorie libérale aurait enfin trouvé le graal après lequel elle court depuis si longtemps, tandis que l’imposition dudit intérêt collectif aux individus, c’est la dictature. La République sociale doit naviguer entre ces deux écueils, l’impossible individualisme et l’inacceptable totalitarisme. Seule une éducation populaire en termes de rapports de classe peut la mener à bon port.

Et c’est bien cela seul qui pourra éviter que le comportement des Bricoleurs du dimanche ne fasse encore monter chez Jacques Duplessis une sainte colère contre ceux qui, « têtes de linottes à l’éducation politique déficiente, se désolidarisent du sort de leurs camarades ». Cela seul, car, pour notre part, nous maintenons qu’il n’incombe pas à l’éducation populaire de pallier les lacunes et insuffisances des partis et syndicats, mais qu’elle doit faire prendre conscience de cette réalité aux militants de ces organisations déficientes.

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