Critique de l'économie politique

Les crises ne provoquent pas à elles seules des révolutions

mercredi 23 avril 2014
Par
Co-animateur du Réseau Éducation Populaire (REP). Co-auteur de : Néolibéralisme et crise de la dette ; Contre les prédateurs de la santé ; Retraites, l'alternative cachée ; Laïcité: plus de liberté pour tous ; Penser la République sociale pour le 21e siècle ; Pour en finir avec le "trou de la Sécu", repenser la protection sociale du 21e siècle.

« Dans les moments de crises, les théories économiques harmonistes et équilibristes ne savent plus quoi suggérer pour s’en sortir », nous dit Omer Moussaly. Nous y sommes. Méfiez-vous donc des économistes néolibéraux. Mais devant la profondeur de la crise, nous sommes obligés de mettre en garde contre toutes les illusions idéalistes, volontaristes, déterministes, surplombantes ou autres.
Non ! il ne suffit pas de vouloir la transformation sociale et politique pour l’avoir. Tout simplement parce que l’économie et l’histoire sont soumises à des lois qui s’imposent à notre propre volonté. Méfiez-vous donc des économistes anti-libéraux keynésianistes altercapitalistes, souvent atterrés et atterrants.
Mais il ne suffit pas d’attendre « la chute finale » pour engager la transformation sociale et politique car les lois de l’économie et de l’histoire sont des lois tendancielles et non des lois déterministes ou relativistes. Méfiez-vous donc des marxistes vulgaires et simplistes. De l’illusion qu’une seule idée, déconnectée du modèle politique global, résout à elle seule tous les problèmes de l’humanité.
Nous connaissons bien toutes les prééminences surplombantes qui font florès sur le « marché » des idées, qui amplifient le désarroi et polluent certaines têtes militantes : euro-fédéralisme, l’Europe sociale qui surgit par enchantement de l’actuelle construction européenne, sortir à froid de l’euro, sortie du nucléaire, revenu universel, tirage au sort, Constituante, décroissance, croissance verte, etc.
Et même si ces idées peuvent être intéressantes si, et seulement si, elles sont intégrées à un nouveau modèle politique alternatif mais global, elles sont nocives car elles détournent les militants de la complexité du réel et éloignent l’humanité d’une transformation politique et sociale. Méfiez-vous donc des idées surplombantes simplistes qui ne sont au mieux, et même pas toujours (!), qu’un altercapitalisme.

Mon hypothèse est que nous sommes, à l’échelle de l’histoire – et non à l’échelle humaine – à la fin d’un pli historique né en Europe au XVIe siècle qui a enfanté le mode de production capitaliste dans une succession de formations sociales capitalistes (une formation sociale capitaliste est une formation sociale dans laquelle le mode de production capitaliste est dominant). Toute transformation sociale et politique ne peut s’effectuer que dans le cadre d’une crise profonde libérant les potentialités du changement.
Mais dans chaque crise, le conflit politique se situe entre ceux qui veulent maintenir la formation sociale capitaliste précédente (les réactionnaires, principalement néolibéraux de droite et de gauche), ceux qui veulent un altercapitalisme dans une formation sociale capitaliste différente (les conservateurs, principalement à gauche, y compris certains antilibéraux atterrés et atterrants et y compris les directions des grandes organisations se disant anti-libérales) et ceux qui souhaitent utiliser les opportunités de la crise pour engager la transformation sociale et politique. Mais ces derniers sont inopérants, démobilisants et déprimants s’ils ne travaillent pas toutes les conditions nécessaires et suffisantes pour y parvenir : liens sociaux et politiques avec la classe populaire ouvrière et employée au lieu de pratiquer l’entre-soi à l’intérieur de la portion radicalisée des couches moyennes supérieures, prise en compte militante du phénomène de la « gentrification » qui ghettoïse les responsables et les militants loin des couches sociales qui ont intérêt au changement, nécessaire priorisation de l’éducation populaire en lieu et place de la militance traditionnelle qui n’est qu’un catéchisme « descendant » dans les meetings, dans les tractages sur les marchés, dans les réunions publiques où on délivre une vérité révélée dans l’entre-soi militant, etc.
Il faut combattre l’incapacité des militants à comprendre qu’il n’y aura pas de transformation sociale sans co-construction à l’intérieur de l’alliance de la classe populaire ouvrière et employée et des couches moyennes intermédiaires, etc. Méfiez-vous donc de la vieille militance !

Tout cela pour vous engager à lire le texte d’Omer Moussaly ci-après.

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Co-animateur du Réseau Éducation Populaire (REP). Co-auteur de : Néolibéralisme et crise de la dette ; Contre les prédateurs de la santé ; Retraites, l'alternative cachée ; Laïcité: plus de liberté pour tous ; Penser la République sociale pour le 21e siècle ; Pour en finir avec le "trou de la Sécu", repenser la protection sociale du 21e siècle.

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