Chronique d'Evariste

Impressions après le premier débat télévisé des primaires citoyennes entre candidats PS et PRG

dimanche 18 septembre 2011
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Nous n’avons pas échappé à des portions de discours très convenus style « langue de bois » qui ont failli m’endormir tellement on devinait la fin de la phrase dès le début de ladite phrase notamment lors du concert polyphonique sur le thème « On est tous d’accord, car nous avons tous voté le programme socialiste » ou encore sur le thème « c’est le meilleur d’entre nous qui sera désigné », bla-bla-bla…

Une fois éliminées ces nombreuses portions de débat où nous étions submergés par l’ennui et le manque d’intérêt, cette première en France mérite que l’on s’y attarde. 5 millions de téléspectateurs devant leur écran dont probablement une majorité de gauche est un événement que l’on ne peut pas classer sans suite, ou le mépriser comme le fait la droite ni considérer que c’est du nombrilisme. La droite, hypocrite comme d’hab, dit mépriser cet événement, mais demande quand même un droit de réponse au CSA.

Bien sûr, le débat est toujours ouvert pour savoir si une primaire ouverte est le meilleur moyen pour aller vers une alternative au néolibéralisme. L’expérience italienne montre que ce n’est pas évident. En Italie, la primaire de gauche a propulsé Romano Prodi, le néolibéral. Faisant une politique néolibérale, mais avec Berlusconi et ses amis dans l’opposition, les couches populaires italiennes ont refusé au scrutin suivant de le soutenir ce qui est compréhensible vu les politiques d’austérité et l’Italie a fini par donner le pouvoir politique à Berlusconi.

Analyse d’une primaire à gauche aujourd’hui. Dans la période, les couches qui sont les plus mobilisables pour les élections sont les couches moyennes et plus les couches moyennes supérieures que les couches moyennes intermédiaires. Les couches populaires (ouvriers, employés, représentant 53 % de la population française) ont aujourd’hui une confiance limitée à la gauche eu égard à ce qu’elle a pratiqué comme politique durant les 15 ans où ils étaient au pouvoir alors que ce sont les seules couches qui ne sont pas sous domination idéologique du néolibéralisme et qui peuvent voter contre les médias aux ordres comme ils l’ont montré le 29 mai 2005 où les couches populaires ont assuré la victoire du non . Donc sur une primaire de gauche, en période de crise, les forces néolibérales ont intérêt à voir surgir de la gauche un élu qui gardera les fondamentaux du néolibéralisme. Donc les médias dressent des lauriers aux candidats les plus droitiers, les instituts de sondage, dont les sondages sont financés par les médias, plébiscitent le candidat le plus « malléable » par le néolibéralisme, et les couches moyennes plébiscitent le candidat qui apparaît médiatiquement le plus crédible pour battre la droite. CQFD. Les défenseurs des primaires estiment qu’en France, cela ne suivra pas l’exemple italien. L’histoire tranchera.

Cela dit, le premier débat télévisé a confirmé que François Hollande, Manuel Valls et Jean-Michel Baylet qu’ils étaient pour le maintien de tous les fondamentaux de l’ordo-libéralisme. François Hollande va même très loin: non seulement il est pour revenir à 3 % du déficit budgétaire en 2013 comme demandé par le Traité de Lisbonne, mais il fait du zèle au-delà de la droite néolibérale en demandant de revenir à 0 % en 2017 ! Nous n’osons même pas vous présenter les programmes d’austérité pour en arriver là, car ce serait comme en Espagne ou en Grèce. Ce dernier pays est entré en récession à cause des deux plans d’austérité. Manuel Valls a déclaré que toute la marge de manoeuvre devait diminuer la dette et donc rien pour le développement économique et social ! Jean-Michel Baylet ayant traité le projet socialiste de non-réaliste sur les retraites alors que le projet socialiste estime à tort qu’il y a un problème démographique et que les conférenciers du Réseau Éducation Populaire, du Réseau Salariat et de la gauche d’alternative ont montré qu’il n’y a pas de problème démographique, car tout simplement le problème n’est pas lié au rapport des actifs et des retraités, mais à la production de richesses. Nous rappelons que le nombre de paysans a été divisé par 10 en 50 ans et que le nombre de bouches à nourrir a plus que doublé et que nous ne sommes pas en famine. En fait, en prenant les chiffres du Conseil d’orientation des retraites, la richesse devrait croître de 90 % en 40 ans (correspondant à 1,6 à 1,7 % d’augmentation de la richesse par an) et que le fait que nous passerions d’un rapport de 10 actifs pour 6 retraités à 10 actifs pour 9 retraités, la richesse par tête d’habitants ne progresserait que de 60 % ! Mais bien sûr, pour que cette richesse supplémentaire puisse bénéficier au financement de la protection sociale, il faudrait modifier le partage des richesses entre les salaires et les profits (en fait revenir à un partage de la valeur ajoutée de la fin des années 70 ou du début des années 80 ce qui pour une déformation du partage de la valeur ajoutée de 9,3 points de PIB revient pour un PIB 2010 de 2000 milliards d’euros à la « bagatelle » de 186 milliards d’euros par an). Toute cette démonstration est faite par différents conférenciers que nous pouvons vous transmettre si vous voulez organiser une réunion publique ou un café-débat sur ce thème.

Revenons à nos primaires socialistes: François Hollande, le « chouchou » des médias et des instituts de sondage dont les sondages sont payés par les médias, Manuel Valls et Jean-Michel Baylet ont d’ailleurs refusé l’invitation qui leur avait été faite de venir à la fête de l’Huma, qui reste la plus grande fête populaire française. Disons néanmoins que Jean-Michel Baylet a eu sur les problèmes de société une position plus offensive que ses collègues de la primaire, mais ce sont les problèmes économiques et sociaux qui seront déterminants avec l’approfondissement de la triple crise(économique, financière et de la dette).

Martine Aubry (ex-ministre du Travail de Lionel Jospin) qui est coresponsable avec Lionel Jospin et Dominique Strauss-Kahn (ex-ministre de l’Économie) du fossé créé par le gouvernement Jospin entre la gauche et les couches populaires a pris lors de ce débat, une posture centriste entre le trio droitier dont nous venons de parler et Arnaud Montebourg. Sa position sur le nucléaire et la dépénalisation du cannabis ne rattraperont pas sa solution économique à la crise où elle ne jure que par la mutualisation européenne des dettes souveraines des États (eurobonds) qui n’est qu’une « patate chaude » qui gagnera du temps, mais ne réglera rien sur le fond. Ségolène Royal a soutenu Arnaud Montebourg dans la nécessité de renverser le rapport des forces à savoir, c’est le politique qui doit commander aux banques et pas l’inverse. Dommage qu’elle n’a pas été jusqu’à refuser la règle d’or qui n’est qu’un corset pour faire payer la grande majorité des salariés au profit de l’oligarchie. Arnaud Montebourg a été le seul socialiste à rester dans le non au Traité de Lisbonne, le seul à proposer la nécessité de démondialiser pour reconstruire des nouvelles solidarités et à souhaiter une rupture claire avec le néolibéralisme. Notons cependant une petite rigidité sur la politique envers le cannabis.

La fête de l’Huma a comme cela était prévu lancé la campagne du Front de Gauche avec son candidat Jean-Luc Mélenchon qui a appelé à une révolution citoyenne. Ici, la volonté de rupture avec les politiques néolibérales est claire, reste à voir si les assemblées citoyennes lancées par le Front de Gauche vont réussir à mobiliser comme pour la campagne du non en 2005 et si la campagne du Front de Gauche touchera les couches populaires dont beaucoup se sont abstenus de voter aux dernières élections. Là est la clé !

 

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