Chronique d'Evariste

Le discours du siècle dernier des gauches nous entraîne vers le désastre en France, en Allemagne et en Europe

jeudi 17 mars 2016
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Rien n’y fait ! La gauche néolibérale continue comme si de rien n’était. La gauche de la gauche continue son chemin dans la décomposition. Alors que les réunions d’éducation populaire animées par le Réseau Education Populaire se multiplient et pointent les erreurs d’analyse et de stratégie de la gauche de la gauche, les états-majors des gauches maintiennent les lignes stratégiques perdantes. Mais qu’est-ce qu’ils veulent ? La voie polonaise où il n’y a plus que des députés de droite et d’extrême droite ?

En Allemagne, seule l’extrême droite progresse partout

  • En Rhénanie dont la direction sortante est une alliance SPD-Verts, le recul de la gauche néolibérale est patent : le SPD fait 36,2 % (soit +0,5 %) mais son allié vert perd 10,1 % à 5,3 %. La droite néolibérale recule un peu mais pas tant que cela : la CDU fait 31,3 % (-3,4 %) mais les ultra-libéraux du FDP font 6,2 % (soit +2 %). La gauche de la gauche Die Linke baisse de 0,2  % à 2,8 % et sont donc non représentée.
  • Dans le Bade-Wurtemberg dont la direction sortante est une alliance Verts-SPD, la gauche néolibérale est en recul mais en recul différencié : les Verts font 30,3 % (+6,1 %) mais le SPD fait 12,7 % (-10,4 %). La droite néolibérale recule largement : la CDU fait 27 % (-18 %) alors que les ultras-libéraux du FDP font 8,3 % (+3 %). Avec 2,9 % (+0,1 %), la gauche de la gauche de Die Linke n’est donc pas représentée.
  • Dans la Saxe-Anhalt (situé dans l’ex-Allemagne de l’Est) dont la direction sortante est une alliance CDU-SPD-Verts, la gauche néolibérale est en très fort recul : le SPD perd la moitié de sa représentation avec 10,6 % (-10,9 %) alors que les Verts font 5,2 % (-1,9 %). La droite néolibérale recule légèrement avec 29,8  % (-2,8 %) pour la CDU et 4,9 % (+1,1 %) pour les ultralibéraux du FDP. La gauche de la gauche (ex-PC) est en fort recul avec 16,3 % (-7,4 %).
    Et le grand vainqueur dans les trois régions est… l’extrême droite d’Afd (Alternative pour l’Allemagne) qui entre dans les trois régions pour la première fois avec 12,6 % (+12,6 %) en Rhénanie, avec 15,1 %(+15,1 %) en Bade-Wurtemberg, et avec 24,2 % (+ 24,2  %) en Saxe-Anhalt ! Le spectre des années 30 revient dans les esprits.

En France, effondrement du PS, gauche de la gauche éclatée et décomposée

La participation a été très faible pour ce premier tour de partielles : 35 % dans l’Aisne, 21,7 % dans le Nord, 29,25  % pour les Yvelines. Mais le parti solférinien a un ratio de perte bien supérieur au ratio de la baisse du pourcentage de votants. Le Parti socialiste voit son nombre d’électeurs divisé par quatre dans l’Aisne, par cinq dans les Yvelines, et par six dans le Nord. Son rôle dans le mouvement réformateur néolibéral sera donc d’appeler à voter pour la droite néolibérale dans l’Aisne et dans le Nord où il y aura un duel droite néolibérale-FN et de jouer les faire-valoir face au candidat LR promis à la victoire dans les Yvelines. On a même vu, preuve de la décomposition du PCF, deux candidats PCF se présenter l’un contre l’autre dans l’Aisne !

  • Dans l’Aisne, le candidat de la droite néolibérale 36,29 % sera opposé au candidat FN 28,8 %. Les éliminés sont le PS avec 15,5 %, un candidat divers droite 5,79 %, un sans étiquette sans emploi d’origine algérienne 0,62 %, LO 2,19 %, EELV 3,83 %, le PCF canal historique 3,48 %, le PCF Front de gauche 3,83 %.
  • Dans le Nord, le candidat LR-UDI 46,84 % sera opposé au candidat FN 25,22 %. Les éliminés sont le PS 11,24 % (30,77 % en 2012), LO 2,96 %, le PCF 5,10 %, le MRC 1,24 %, EELV 5,9 %, un divers droite 1,63 %.
  • Dans les Yvelines, le candidat LR-UDI 46,05 % sera opposé au candidat socialiste 12,98 %. Les éliminés sont un divers droite 9,56 %, le FN, 9,38 %, un autre divers droite 4,32 %, un écologiste de droite 1,98 %, EELV 7,27 %, Nouvelle Donne 4,88 % et le PCF 3,58 %.

Les raisons sont connues des lecteurs assidus de ReSPUBLICA mais le conservatisme l’emporte dans la majorité de la gauche de la gauche

D’abord, le capitalisme est entré dans une phase où il n’a plus que l’aggravation des politiques d’austérité et le développement du communautarisme religieux (voire de l’intégrisme religieux) pour garder un taux de profit élevé dans l’économie. Au lieu de promouvoir le lien nécessaire entre les luttes sociales et l’objectif d’une société post-capitaliste (la double besogne de Jean Jaurès) avec une radicalisation des luttes, des stages de formation et des initiatives d’éducation populaire, une perspective « Laïcité et République sociale », seule perspective possible pour le peuple français, la majorité de la gauche de la gauche se fourvoie dans l’altercapitalisme, dans un certain gauchissement du communautarisme anglo-saxon (allié du néolibéralisme), dans le maintien du carcan de la zone euro ou dans le volontarisme d’en sortir demain matin à 8h 30, ainsi que dans de diverses impasses solipsistes. Alors que la prise en compte des lois tendancielles du capitalisme ne peut nous entraîner qu’à nous préparer à la prochaine crise paroxystique du capitalisme, seul moment des ruptures nécessaires. Nous disons par là qu’il ne peut y avoir de bifurcation en termes de système qu’au moment d’une crise paroxystique. Cela n’empêche en rien de se présenter aux élections et même de gagner ces élections pour occuper le gouvernement. Mais il ne faut pas croire qu’un simple volontarisme permettra alors de changer la donne et de « prendre le pouvoir ». L’épisode du 13 juillet 2015 à Athènes est clair à ce sujet. En restant dans l’euro, la continuation des politiques d’austérité était obligatoire. Tsipras est au gouvernement grec mais il n’a pas pris le pouvoir sur l’oligarchie capitaliste. Et Varoufakis fut un illusionniste.1
D’ailleurs les couches populaires ouvrières et employés qui représentent 53 % de la population française ne croient pas en la gauche de la gauche et s’abstiennent aujourd’hui à 60 % environ et la gauche de la gauche n’est que leur 5e choix de vote. Au lieu de réfléchir à de nouvelles pratiques sociales pour combler ce fossé, la majorité de la gauche de la gauche, sans l’avouer et de façon honteuse, fait sienne la thèse de Terra Nova à savoir qu’on ne doit s’occuper que des couches moyennes (39 % de la population salariée) et des catégories discriminés de façon sociétale.
De plus, le mouvement réformateur néolibéral a gagné la bataille de l’hégémonie culturelle. Mais cela ne suffit pas à la majorité de la gauche de la gauche pour engager une ligne stratégique qui renouvellerait la dynamique d’éducation populaire pour reconquérir une hégémonie culturelle favorable au peuple en général et à ses couches populaires en particulier.

Des bases d’appui existent cependant

Heureusement, il reste des parties du mouvement syndical revendicatif qui continuent leur travail de résistance et la nouvelle génération de ceux qui sont nés après l’écroulement du mur de Berlin semble aujourd’hui prendre la mesure de la bataille à venir. La façon dont le déclenchement de la manifestation du 9 mars 2016 a été réalisée ne correspond pas à ce que nous avons connu jusqu’ici. Des initiatives nouvelles ont eu lieu avec cette nouvelle génération particulièrement affectée par l’austérité. Tous ceux qui ne comprendront pas cette nouvelle réalité subjective de la jeunesse dans le peuple passeront à compter de la compréhension du mouvement de fond actuel. Des groupes et associations diverses de cette nouvelle génération prennent contact avec notre Réseau. L’histoire reste à écrire mais il n’est pas exclu que nous tissions des liens avec les classes d’âge qui vont amorcer le tournant.
Alors préparons bien la manifestation du 31 mars 2016 ! Hasta la victoria siempre…

  1. Le problème politique est donc de savoir si dans l’avenir la présence dans un exécutif ou un gouvernement peut aider le processus de changement ou pas. Jean Jaurès avait par exemple défendu la présence d’un socialiste dans le gouvernement bourgeois de Waldeck-Rousseau (1899-1902) car la République était alors encore en danger. Il fut contre la participation gouvernementale des socialistes dans le gouvernement suivant, la République n’étant plus en danger. Donc la présence dans un exécutif ou un gouvernement doit s’apprécier par une analyse concrète de la situation concrète. []
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