Combattre le racisme

Le petit fusil braqué sur la République

jeudi 17 mars 2016

Quoi ? Qu’est-ce ? Un livre : Les Blancs, les Juifs et nous, par Houria Bouteldja  (La Fabrique, mars 2016). Avec comme sous-titre alléchant : « Vers une politique de l’amour révolutionnaire ». Le dernier opuscule du groupuscule Parti des indigènes de la République (PIR), signé Houria Bouteldja.1

J’ai souvent trouvé qu’à gauche, un défaut était répandu : on ne lit que les auteurs avec lesquels on sait qu’on sera d’accord, on cherche des confirmations, on oublie de lire ce que produisent les adversaires, on ne se renseigne pas, on n’est pas assez curieux, on tourne en rond, au risque de perdre de vue ce que sont les forces adverses…

« Les blancs, les juifs et nous ». Rien que le titre est un programme. Celui d’une sécession racialiste : il y a “nous”, et puis il y a, hors de ce « nous », les mal colorés  et les mauvais croyants. Et tout le reste à l’avenant.

Alors, pour les curieux qui veulent bien savoir à qui nous avons affaire, nous, les Républicains de gauche, ci-après quelques extraits du doux chant d’amour entonné par Houria Bouteldja…

Pourquoi j’écris ce livre ? Parce que je partage l’angoisse de Gramsci : “le vieux monde se meurt. Le nouveau est long à apparaître et c’est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres”. Le monstre fasciste, né des entrailles de la modernité occidentale. D’où ma question : qu’offrir aux Blancs en échange de leur déclin et des guerres qu’il annonce ? Une seule réponse : la paix. Un seul moyen : l’amour révolutionnaire.
(…)
La bonne conscience blanche de Sartre… C’est elle qui l’empêche d’accomplir son œuvre : liquider le Blanc. Pour exterminer le Blanc qui le torture, il aurait fallu que Sartre écrive : « Abattre un Israélien, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre. » Se résoudre à la défaite ou à la mort de l’oppresseur, fût-il Juif. C’est le pas que Sartre n’a pas su franchir. C’est là sa faillite. Le Blanc résiste. Le philosémitisme n’est-il pas le dernier refuge de l’humanisme blanc ?
(…)
Si la gauche actuelle était à l’image de ses engagements, nous ne pourrions que nous en féliciter. Mais, on est malgré tout en droit de penser que sa blanchité en a dessiné l’inflexion.
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Ce que j’aime chez Genet, c’est qu’il s’en fout d’Hitler. (…) Il y a comme une esthétique dans cette indifférence à Hitler. Elle est vision. Fallait-il être poète pour atteindre cette grâce ?
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Je déteste la bonne conscience blanche. Je la maudis. Elle siège à gauche de la droite, au cœur de la social-démocratie.
(…)
C’est pourquoi je vous le dis en vous regardant droit dans les yeux : je n’irai pas à Auschwitz.
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Il arrive parfois que la distance entre mon crime et moi se rétracte. Des bombes explosent dans le métro. Des tours sont percutées par des avions et s’effondrent comme des châteaux de cartes. Les journalistes d’une célèbre rédaction sont décimées. Mais immédiatement la bonne conscience fait son oeuvre. “Nous sommes tous américains!” “Nous sommes tous Charlie”. C’est le cri du coeur des démocrates. L’union sacrée. Ils sont tous Américains. Ils sont tous Charlie. Ils sont tous blancs.
(…)
Il faut en finir. “Fusillez Sartre!”. Ce ne sont plus les nostalgiques de l’Algérie Française qui le proclament. C’est moi, l’indigène.
(…)
Je méprise la gauche qui vous méprise sûrement autant, peut-être plus. Je la méprise férocement.

Certains disent : « il ne faut pas lire, il ne faut pas lui faire de publicité. » Je pense le contraire. Le pire, on ne doit pas l’esquiver : on doit en prendre connaissance. Dans la période actuelle, les œufs du serpent ne sont pas logés à un endroit précis : ils sont un peu partout répandus.

Alors il faut lire. Relire. Et encore.

Petit à petit, on voit que c’est un palimpseste. Sous le texte apparent, mélange d’envolées lyriques et confuses, derrière la littérature poussive, le « regardez-moi comme je vous provoque » –  qui permet de prononcer les mots inouïs d’un racialisme agressif – le sous-texte, qui est le texte maître, apparaît. Redoutable. A peine enfouis derrière l’ironique proclamation de paix : les mots de l’affrontement racial, les mots d’une guerre civile.

Ce discours belliqueux qui cherche à fusiller la laïcité et offre à l’intégrisme islamiste une sorte de ceinture de protection intellectuelle, c’est à Paris, France, en mars 2016, quatre ans pile après les assassinats de Merah.

  1. Le Parti des Indigènes de la République a été fondé en 2010, dans la foulée d’un appel des indigènes lancé après les émeutes de 2005. Son programme consiste à lutter « contre toutes les formes de domination impériale, coloniale et sioniste qui fondent la suprématie blanche à l’échelle internationale ». Son objectif est « de construire une force politique indigène autonome ». A cette fin, ses porte paroles préconisent par exemple de créer des syndicats non-mixtes (réservés aux non blancs) et se livrent à une ethnicisation systématique de la question sociale, ramenée à une question coloniale qui perdurerait en France.
    A ses yeux, le clivage fondamental de la société est celui qui existe entre “indigènes” et “non-indigènes”…
    Résolument anti-républicain et anti-laïque, le PIR estime que la République est un système politique, idéologique et social basé sur les inégalités raciales à l’encontre plus spécifiquement “des Noirs, des Arabes et des musulmans ». Plus que complaisant à l’égard des mouvements intégristes musulmans, et ayant adopté une attitude fort ambiguë au moments des attentats de 2015, il regroupe quelques centaines d’adhérents. Certaines organisations d’extrême-gauche ont participé à des initiatives soutenues (et dirigées en sous-main) par le PIR. []
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