Courrier des lecteurs

Les femmes doivent-elles faire leur auto-critique ?

mercredi 14 mars 2018
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Courrier de Dephine Germain

Je voulais intervenir suite à la lecture de la réponse d’Emilie au courrier de M. Domergue, que par ailleurs je trouve légitime, posant des questions pertinentes, notamment sur le pouvoir de transmission des femmes, à quoi il ne lui a rien été répondu, comme si la question n’existait pas. J’ai trouvé d’ailleurs la réponse du groupe que représente Emilie, plus dogmatique que raisonnée.

L’article d’origine, au demeurant, pose quelques questions que je partage, comme l’égalité des droits des salariés sans distinctions à qualifications égales. Cependant, le pouvoir des femmes à participer elles aussi à une société qui aliène, au même titre que les hommes, est réel. Les métiers essentiels sont féminisés. Justice, transmission des savoirs, pour ne citer que les principaux. Mais des positions sont trop strictes pour que j’abonde à l’esprit du texte. Tant que les femmes ne peuvent exercer un pouvoir de nuance n’acceptant d’autres questionnements que la radicalité, je ne vois pas en quoi elles seraient meilleures que les hommes. Le courrier de H.D et la réponse m’ont été suffisants pour m’interpeler, pour soutenir certaines questions de M. Domergue et marquer une position de femme, différente de celle d’Emilie.

Il est assez décourageant de voir réduite la pensée des femmes à l’ambition d’une fin du patriarcat, car de fait, les femmes ont démontrés depuis quelques décennies au moins, leur aptitude à exercer une place dans la société, tout autant que l’intelligence, ou la violence et le pouvoir, que l’on prête ordinairement et originellement aux hommes. Au service du capitalisme aussi.
Si ce n’est pas dans les actes physiques de violences sexuelles, car il est délicat d’abuser par la force d’un homme, cela n’ en est pas moins vrai par les violences psychologiques. Les femmes ne sont pas en reste pour user des mêmes pulsions destructrices que les hommes. Dans une société où il est devenu impossible d’exiger un cadre et une discipline qui amène les citoyens à ne pas se penser seulement individuellement ou par groupe d’intérêts (Lipovetsky) les femmes rejoignent les hommes dans la capacité à s’affranchir du collectif et faire le jeu du capitalisme. Ce n’est jamais que l’instruction et le fait d’accéder à une conscience nourrie de la raison et de l’entendement du réel, qui donnera aux hommes et aux femmes la possibilité de se comporter dans le respect de la dignité de soi et d’autrui, un choix politique hérité des pensées des lumières .

Le discours me semble un peu daté sur certains points, comme si les femmes étaient réduites à être mères de nos jours. C’est méconnaître la réalité des femmes qui ont féminisé les métiers essentiels et répondent des mêmes injonctions de la société et elles usent autant de peu de jugement éclairé, à égalité avec les hommes. Vouloir un enfant seule, est aussi une violence faite aux hommes.

S’agissant de l’égalité des droits, il est évident que je n’ai rien à en redire. Mais concernant cette égalité, une nuance à mes yeux, c’est qu’homme ou femme, ce n’est pas le dogme de l’égalité qui doit l’emporter. C’est aux plus qualifiés qu’il est important de recourir pour penser une justice dans notre société. Et cela ne se peut sans les études, la connaissance des questions soulevées depuis des siècles sur notre condition humaine.
Ainsi, toute femme ou homme de bon sens devraient reconnaître les plus qualifiés d’entre eux, apprendre à écouter, et argumenter leurs échanges dans un esprit de concorde. Les revendications, lorsqu’elles portent sur une distinction de genre, enferment les protagonistes d’emblée dans des considérations que je trouve limitées. Les femmes elles-mêmes devraient faire leur propre auto-critique, étant aujourd’hui autant diplômées que les hommes. Elles en ont l’intelligence. Et s’allier aux hommes, contre celles et ceux qui participent de les exploiter sur la base de leur ignorance ou de leurs préjugés, serait signe d’intelligence.

Réponse d’Emilie

Faisant suite au courrier de H.  Domergue http://www.gaucherepublicaine.org/combat-feministe/courrier-dun-lecteur-et-reponse-demilie/7401250, celui de D. Germain reprend un argument bien connu : s’il y a globalement supériorité, domination, violence des hommes à l’encontre des femmes, il existe aussi l’inverse. On invoque ainsi, là, la responsabilité des femmes qui transmettent les valeurs patriarcales ou même perpétuent en actes une mutilation comme l’excision ; ici, on invoque les pulsions destructrices féminines qui gouvernent une violence, surtout psychologique,  à l’égard des hommes.  Certes, mais c’est un peu court. Cela nous rappelle une affirmation utilisée pour relativiser la responsabilité du colonialisme occidental, « il y a des colonisés qui participent aux côtés du colonisateur à l’injustice du phénomène ».  La notion de patriarcat, un peu fourre-tout il est vrai, tend à montrer, au-delà des cas individuels ou d’une prétendue nature, les tendances systémiques.

C’est ainsi qu’on peut opposer à la remarque de notre lectrice que nous méconnaîtrions « la réalité des femmes qui ont féminisé les métiers essentiels (Justice, transmission des savoirs, pour ne citer que les principaux)», le fait qu’un certain nombre de métiers peu qualifiés leur restent réservés (services, socio-médical…) ainsi que les temps partiels.

Lorsqu’elle écrit : « Ce n’est jamais que l’instruction et le fait d’accéder à une conscience nourrie de la raison et de l’entendement du réel, qui donnera aux hommes et aux femmes la possibilité de se comporter dans le respect de la dignité de soi et d’autrui, un choix politique hérité des pensées des Lumières »,  nous voudrions nuancer. S’en tenir à penser l’élévation du degré d’éducation et de conscience comme la clé de l’émancipation est une position idéaliste ; la conscience d’une domination est un préalable à la lutte contre celle-ci mais n’y suffit pas – c’est aussi vrai dans le domaine des luttes sociales que féministes. Et d’ailleurs la juste appréciation des rapports homme-femme n’a pas empêché des générations de femmes socialistes de devoir se résigner à voir leurs demandes considérées comme non prioritaires (faire d’abord la révolution…) Que les femmes fassent leur autocritique et s’allient « aux hommes, contre celles et ceux qui participent de les exploiter sur la base de leur ignorance ou de leurs préjugés », oui. Mais la prise en compte des spécificités du combat féministe ne dispense pas d’un regard plus large ; c’est pourquoi, au sein de Respublica, nous appelons à associer, à partir de l’analyse du réel socio-historique, la lutte féministe au combat social et au combat laïque…

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