Chronique d'Evariste

Suffit-il de déclarer la guerre à la finance ?

mardi 4 février 2014
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Face au banditisme financier qui accompagne la phase actuelle du capitalisme, les néolibéraux de droite et les néolibéraux solfériniens n’ont qu’un mot à la bouche : « il faut réguler le capitalisme ». Pour accepter cela, il faut ne pas tenir compte des célèbres citations réalistes de Charles Pasqua : « les promesses n’engagent que ceux qui y croient » et « les dirigeants politiques ne sont pas des croyants en politique » ! D’autant que la régulation du capitalisme est impossible à ce stade, au vu des intérêts de l’oligarchie dominante. Tout simplement parce que c’est une imposture de faire croire que les actuels dirigeants, de la droite et solfériniens, font une politique pour régler les problèmes du peuple, ils ne font que la politique de leurs intérêts de classe.

Comme dans les années 30, la conséquence de cette désastreuse situation entraîne de plus en plus des couches sociales non instruites politiquement à vouloir balayer au plus vite « les écuries d’Augias » que sont devenus les palais du pouvoir doré : le chemin du pouvoir est grand ouvert à l’extrême droite.
Et ce n’est pas la vacuité politique de la plus grande part de la gauche de la gauche qui peut éviter ce malheur ! Il suffit de voir en son sein, au nom de la liberté d’expression, les soutiens au raciste, antisémite et xénophobe Dieudonné. Il suffit de voir dans la gauche de la gauche politique, syndicale et associative les pans entiers de la gauche qui pensent qu’il suffit de combattre la finance ! Il suffit de lire et d’entendre les dirigeants idéalistes de celle-ci nous faire croire à la possibilité de transformer de l’intérieur l’Union européenne en Europe sociale. Il suffit de lire et d’entendre ces « brillants » économistes de la gauche de la gauche qui amusent la galerie en se « bagarrant » comme dans une cour de maternelle, pour être celui qui dit quelles sont les meilleures rustines techniques que l’on pourrait coller au système pour vaincre enfin la finance ! Triste galéjade ! Il suffit de voir une partie de la gauche de la gauche préférer la lutte des places à la lutte des classes et tenter de justifier une alliance au premier tour des municipales avec le parti solférinien ! Il suffit de voir les contorsions de la gauche de la gauche face aux politiques solfériniennes en matière d’école, de services publics, de protection sociale, de logement, de réforme institutionnelle, etc. Il suffit de voir comment les militants de la gauche de la gauche encensent l’éducation populaire sans jamais en faire une priorité ! Il suffit de voir comment la gauche de la gauche refuse de prendre en compte le phénomène de « gentrification » qui amène les couches populaires à vivre en dehors des lieux où habitent la majorité de ses militants !

Oui, nous ne sortirons pas de cette triste période sans mettre en cause aussi la gauche de la gauche en vue de construire une gauche de gauche. Pourquoi ne suffit-il pas de combattre la finance ? Remontons la chaîne de causalité. Pourquoi avons-nous des politiques austéritaires ? Parce qu’il faut payer la dette publique, qui augmente inexorablement. Pourquoi la dette publique augmente-t-elle inexorablement ? Parce que la montée de la dette privée a mis en danger le système bancaire et qu’il faut sauver les banques pour sauver le capitalisme. Pourquoi la dette privée des organismes bancaires et financiers du monde augmente-t-elle inexorablement ? Parce que le capital s’investit dans la finance plutôt que dans l’économie réelle. Pourquoi ? Parce que c’est pour lui le seul moyen de continuer à faire des profits ? Pourquoi le seul moyen ? Parce qu’il ne parvient plus à contrer la loi de baisse tendancielle du taux de profit en cassant suffisamment les salaires (directs et socialisés).
La bourgeoisie « tient l’État par la dette » avait déjà expliqué Karl Marx. Et endetter la nation est pour elle le seul moyen de se reproduire en tant que classe : elle doit donc rester dans le capitalisme et mener « au bout » le projet antisocial du néolibéralisme, soit avec la droite de type UMP, soit avec le parti solférinien, soit encore, en dernier recours, avec l’extrême droite, comme dans l’entre-deux-guerres. « Au bout » veut dire : totalement privatiser les profits et socialiser les pertes ; totalement supprimer les droits et les prestations universelles afférentes (champ du droit social) pour les remplacer par le champ du privé lucratif, allié à la charité institutionnalisée pour les « pauvres » (retour de la doctrine sociale de l’église, totalement compatible avec l’ordo-libéralisme). Ainsi, petit à petit, on terminera la reprise des acquis de 1945 : on fera la promotion de la CMU complémentaire en remplacement de l’accès partout et pour tous à la prévention et aux soins remboursés à 100 % par la Sécu ; on remplacera progressivement, à l’école, pour les couches populaires, les enseignants par des animateurs BAFA (décret Peillon sur les rythmes scolaires) ; on diminuera les droits des salariés (accord national interprofessionnel du 13 janvier 2013) ; on supprimera petit à petit la démocratie là où elle existe encore (actes I, puis II, III et bientôt IV de la décentralisation). Ainsi s’accroîtront les inégalités sociales de toutes natures, etc.
Voilà ce qu’il faut avoir en tête pour lire ce qui n’est pas écrit dans l’excellent papier de Laurent Mauduit de Médiapart « Vers une privatisation du n° 1 du logement social » que vous pourrez lire dans cette livraison de ReSPUBLICA.

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