Toute la famille a eu de la chance Quand l’histoire familiale chemine à travers la grande Histoire

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Nous ne pouvions pas ne pas attirer l’attention de nos lecteurs et lectrices sur le roman d’un jeune auteur prometteur, Philippe Schwartz, camarade qui compte beaucoup pour ReSPUBLICA. Avec Toute la famille a eu de la chance, qui vient de paraître aux éditions de l’Archipel, Philippe Schwartz reconstitue l’histoire de sa famille juive et, avec elle, nous embarque dans une aventure qui nous fait traverser le siècle dernier.

Philippe Schwartz, dont l’enfance s’est déroulée dans les années 1960, période yéyé et poste de télévision sur le meuble en Formica, appartient à une génération dont les parents – et en particulier les pères – ne parlaient en général pas de leur passé et des événements dramatiques qu’ils avaient pu traverser. Mais, parfois, l’histoire provoque le resurgissement du passé et, avec lui, des histoires haletantes qui méritent assurément d’être racontées et transmises.

1967, le déclencheur

Son récit commence donc à l’été 1967, au moment où éclate la guerre de six Jours qui oppose le jeune État d’Israël à plusieurs États arabes alliés. Pour le jeune Philippe, dont la tante Monique s’est installée en Israël, cet événement, suivi avec angoisse à une époque où les moyens d’informations et de communication étaient moins performants, est un tournant, surtout que le mari de Monique est réserviste dans l’armée et donc directement concerné par les opérations militaires. Cette guerre ravive en effet pour sa famille comme pour tant d’autres la peur de nouveaux massacres à l’encontre du peuple juif. Une peur qui remonte à loin, puisque la grand-mère paternelle de Philippe, personnage tout à fait attachant et charismatique parmi tant d’autres dans ce récit, avait déjà vu en 1905 les juifs d’Odessa s’organiser pour se défendre contre les pogromistes. Et, cette fois, la victoire éclair de l’armée israélienne sonne comme une affirmation et la fin de l’oppression.

Avant le coup de tonnerre de la guerre des Six Jours, nous étions pour certains goys un peuple sans courage, sans respect de lui-même, sans honneur. Cette victoire rompait le sortilège et nous libérait de la honte. 

« Il faut que tu leur racontes ton histoire »

Alors que la famille élargie de Philippe Schwartz profite des vacances à Deauville, dans la joie des retrouvailles avec Monique et de son mari, le père de Philippe, surnommé Willy, poussé par un de ses amis, décide de réunir les enfants. Maintenant qu’ils sont en âge de comprendre, le temps est venu de leur confier son histoire, et quelle histoire !

Willy a 18 ans, en 1941, quand un coup de foudre le lie immédiatement, à Andrée, 22 ans, une orpheline déjà divorcée qui a pris son destin en main. Fin 1942, ils sont à Rennes tous les deux, quand Willy se fait contrôler par des gendarmes allemands. Il a sûrement été dénoncé (il ne porte pas l’étoile jaune), et les Allemands se rendent compte qu’il a présenté de faux papiers d’identité. Il est donc emprisonné, mais il n’a qu’une seule idée en tête : s’évader. Malheureusement sa tentative échoue, et il est transféré au camp de Compiègne-Royallieu. Soutenu moralement et aidé matériellement par Andrée, il va tout tenter pour la retrouver…

Dans des chapitres courts et avec une langue accessible, Philippe Schwartz retranscrit de manière vivante le courage et la volonté des membres de sa famille pour faire face à la Seconde guerre mondiale et ses suites, et avec eux, c’est un pan de la grande Histoire que l’on redécouvre. Une grande Histoire faite de personnalités fortes qui se révèlent dans l’adversité, mais aussi de méchants qui se mettent au service de l’ennemi et de réalités matérielles qui conditionnent le destin des individus. Les anecdotes et situations marquantes qu’il décrit sont finement restituées et font la force du récit. Nous ne pouvons qu’espérer que ce roman joyeux, malgré un sujet grave, devienne un outil d’éducation populaire.