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« Marketing et communication politique » sous la direction de Frédéric Dosquet

mardi 6 juin 2017
Par
Co-animateur du Réseau Éducation Populaire (REP). Co-auteur de : Néolibéralisme et crise de la dette ; Contre les prédateurs de la santé ; Retraites, l'alternative cachée ; Laïcité: plus de liberté pour tous ; Penser la République sociale pour le 21e siècle ; Pour en finir avec le "trou de la Sécu", repenser la protection sociale du 21e siècle.

Ce livre de 300 pages paru aux Editions EMS (22 euros) dans la collection « Question de société » mérite le détour. Surtout pour les citoyens éclairés et les militants. Rien que pour comprendre comment est traité la citoyenneté en France et ailleurs. L’ouvrage est construit autour de cinq chapitres.

Le premier dresse « un panorama des idéologies politiques modernes ». Un peu à la façon des cours de première année de Sciences Po. Pas un mot sur le mouvement réformateur néolibéral fonctionnant à la tête du pouvoir politique depuis 1983. Même si le livre parle du fait que le libéralisme est la matrice et l’épicentre des idéologies politiques. Mais pas de caractérisation du néolibéralisme dans le libéralisme. En fait, le livre parle des organisations politiques à partir de leurs discours. Les partis sont classés selon des familles données : communisme, socialisme, conservatisme, fascisme. Ou encore libéral de gauche et libéral de droite. Ou bien anarchisme.  Par contre, concernant le fascisme, il n’y a pas d’analyse  des causes de son développement.
Mais, intéressante dans ce livre, la bibliographie qui permet à ceux qui veulent aller voir d’autres ouvrages plus spécialisés de le faire. Manquent peut-être des livres de Laclau, Mouffe, ou des livres alternatifs récents. Intéressants aussi les « focus » sur des points spécifiques (l’anarchisme, l’anarcho-capitalisme, les textes de Marx, Machiavel, les nouveaux partis récents, le paradoxe d’Olson,  etc.). Non moins intéressant le début d’étude sur les idéologies transversales (écologisme, nationalisme, etc.), sur l’idéologie comme outil de polarisation de la bataille politique.
Le deuxième chapitre développe une étude sur 8 pays (Royaume-Uni, Allemagne, Espagne, Etats-unis, Italie, Belgique, Grèce, Brésil)  en précisant pour chacun les institutions, le système électoral et le système partisan. Beaucoup y trouveront matière à réflexion et apprendront de nombreuses différences qui sont souvent explicatives des comportements différents d’un pays à l’autre.
Le troisième chapitre concerne  le comportement des électeurs et les procédés de persuasion électorale. Dans ce chapitre se développent les visions sociologiques (libérale et critique) du comportement des électeurs. On explicite de façon simple, les modèles déterministes (Columbia, Michigan), stratégiques, économétriques, les modèles critiques (école de Francfort, le courant culturel critique de Birmingham, le courant de l’économie politique, Habermas, etc.). Puis les écoles psychologiques (usage des heuristiques de l’école cognitiviste, école constructiviste, etc.).
Le chapitre 4 est le chapitre sur les sondages. J’ai aimé la citation d’Alfred Sauvy : « dans toute statistique, l’inexactitude du nombre est compensée par la précision des décimales » ! C’est un article équilibré où les différents avis sont présents. Même s’ ils parlent de l’opacité des « redressements » effectués entre le sondage lui-même et la publication et de la réticence des instituts à leurs publications, ce chapitre très fouillée ne va pas au bout de la critique juste des instituts de sondages. Nous avons déjà montré que le traitement sondagier sur Chevènement en 2002 ou sur Hamon en 2017 est bien plus grave et scandaleux que ce qui est dit dans ce chapitre. Par contre, l’étude des différents stades d’un sondage est très éclairante. On comprend vite le principe de l’utilisation des panels avec gratifications pour les sondés (n’est-ce pas un biais ?), que l’avantage de la méthode des quotas pour les instituts est que les calculs d’erreurs ne sont pas aussi justes que dans les choix aléatoires et que donc cela justifie qu’on n’en parle pas à la télévision et à la radio, que la formulation des questions pose problème, etc. Il manque sans doute dans ce chapitre la réponse aux questions suivantes « Qui paye les sondages ? » «  Qui peut payer les sondages ?» car il y a bien un barrage financier quand on est pas un candidat de l’oligarchie.
Le chapitre 5 parle de l’e-marketing politique. Fondamental pour comprendre les manipulations modernes. On aurait préféré plus de traduction des formules anglo-américaines utilisées. Les différents outils du e-marketing politique sont présentés. Sans doute, il est dommage que cet article n’analyse pas l’utilisation des ces outils dans la dernière campagne présidentielle française. Dommage donc que le livre sorte trop tôt sauf si ce livre est prévu plutôt pour des étudiants à la rentrée prochaine. Et on aurait aimé plus de distance critique sur ces outils de communication et de e-marketing.

Cela dit, nous allons voir quand l’analyse sera faite que les résultats des élections législatives des 11 et 18 juin en France verront la plus grande asymétrie de toutes les élections depuis la Libération entre les candidats d’en haut et ceux d’en bas en matière de communication et de marketing politique. Il faudra donc revenir sur ce point lors des futures initiatives d’éducation populaire où nous serons présents.

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Co-animateur du Réseau Éducation Populaire (REP). Co-auteur de : Néolibéralisme et crise de la dette ; Contre les prédateurs de la santé ; Retraites, l'alternative cachée ; Laïcité: plus de liberté pour tous ; Penser la République sociale pour le 21e siècle ; Pour en finir avec le "trou de la Sécu", repenser la protection sociale du 21e siècle.

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