Chronique d'Evariste

De quoi « Nuit debout » est-il le nom ?

vendredi 15 avril 2016
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La lente décomposition de la gauche de la gauche et de l’ensemble de ses organisations politiques sans exceptions, l’implosion programmée des néolibéraux solfériniens devait bien susciter de nombreuses nouvelles pratiques sociales. Nous avions déjà relaté la poussée de la demande sociale d’éducation populaire par des structures locales des associations, des partis, des syndicats, des collectifs, des universités populaires, des MJC, des écoles, des universités. D’autant que ces demandes vont de moins en moins vers les responsables nationaux de ces organisations mais bien vers des centres de ressources1 ou des intellectuels.

Par ailleurs, une multitude d’initiatives locales voient le jour dans des domaines très différents dans des secteurs très différents comme l’écologie, le féminisme, l’action solidaire, la laïcité, etc.

Sur le plan électoral, la candidature de Jean-Luc Mélenchon est pour l’instant la seule qui à gauche fait son chemin.

Mais voilà, une nouvelle pratique voit le jour : « Nuit debout ». Au commencement fut le verbe de François Ruffin et de Frédéric Lordon. Lors de l’avant-première du film « Merci Patron » réalisé par Ruffin, fondateur du journal Fakir, à la salle Olympe de Gouges à Paris, c’est Lordon, qui fixa un premier rendez-vous à la Bourse du travail le 23 mars pour débattre de ce qui pourrait « faire peur » à l’oligarchie. Plusieurs réunions se sont alors succédé au même endroit. La décision fut alors prise de ne pas se coucher après la manifestation du 31 mars contre la loi El Khomri à Paris. Le mouvement « Nuit debout » sur la place de la République est alors lancé.

Deux semaines après, le mouvement s’est prolongé et amplifié. Il fait des émules sur d’autres places en province. Assez vite, de nombreuses petites associations thématiques toutes contradictoires les unes avec les autres se mettent à participer aux débats improvisés sur la place. Des jeunes enseignants-chercheurs accourent également. La sociologie des participants change alors.

Cette nouvelle pratique correspond bien à une réaction face au mécontentement de l’offre politique d’une partie du peuple. Et comme dans le cas des Indignés en Espagne ou du mouvement Occupy aux Etats-Unis, les « stratèges politiques » se demandent comment utiliser cette nouvelle pratique sociale pour augmenter le rapport des forces politiques. Bien sûr, pour l’instant, le mouvement français « Nuit Debout » n’a pas l’importance numérique des mouvements américain et espagnol qui ont produit ensuite Bernie Sanders et Podemos via dans chaque cas une proposition stratégique qui leur avait été faite. Mais pour l’instant, ce mouvement « Nuit Debout » refuse toute récupération, impose la venue des militants non badgés.

François Ruffin dans sa dernière intervention sur la place de la République a très justement dit que pour l’instant « Nuit debout » ne faisait pas peur à l’oligarchie. Pour avancer, il fait deux propositions :

« On a une place qui est saturée d’énergie, maintenant il faut qu’elle rencontre autre chose. Ce premier autre chose à rencontrer c’est l’évidence, ce sont les syndicats »
« On se propose de faire un gros temps fort dans le week-end du 30 avril et du 1er mai, et qu’en gros à partir de là démarre une deuxième étape avec des ambassadeurs de la « Nuit debout » dans les quartiers, dans les campagnes et ainsi de suite. »

Bien évidemment, rien ne dit que tout cela débouchera sur un nouveau rapport de force permettant de renouer avec l’émancipation humaine. Mais le retour d’un débat collectif s’interrogeant sur les formes de la démocratie est positif, même si la confusion règne ici et là sur les conditions pour rendre victorieuse une nouvelle hégémonie culturelle, sur le rôle indispensable des couches populaires, sur la nécessité d’un travail conscient et organisé, incluant l’éducation populaire, sur le travail théorique, par exemple sur les lois tendancielles de la formation sociale capitaliste, sur le renouveau des principes du modèle politique d’avenir, etc.

  1. Le Réseau Education Populaire, par exemple, intervient plus de 400 fois par an. []
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