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Le 7 novembre, relançons la campagne de liaison du combat laïque et du combat social Pour changer les choses, il faut fédérer le plus grand nombre 

dimanche 4 octobre 2020
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Pourquoi relancer en ce moment une campagne en faveur de la liaison du combat laïque et du combat social ? Au cours des deux années passées, ReSPUBLICA vous a informés du lancement d’un appel dans ce sens puis des réunions qui en ont découlé. Aujourd’hui à nouveau nous relayons l’initiative de l’association « Combat laïque Combat social – Fédérer le peuple », soit une réunion à Paris au Palais du Luxembourg le samedi 7 novembre de 9 h à 17 h 30. Disons-le d’emblée, il ne s’agira pas d’un énième colloque dont on ressort mieux informé… jusqu’au suivant, dans la douce chaleur de la bien-pensance.
La caractérisation de la situation, les témoignages et les analyses devront déboucher sur des propositions d’action définies par des militants prêts à engager dans leurs environnements respectifs – politiques, syndicaux, associatifs – une campagne qui sera longue. À l’heure des plus grandes confusions intellectuelles, il faudra évaluer les alliances et les appuis possibles, réévaluer nos formes d’action.

L’urgence vient de ce que nous sommes entrés dans une crise globale multidimensionnelle, comme l’indiquait notre chronique de rentrée « Se préparer à la force des choses ».

Incapables de sortir de la crise économique et financière ouverte en 2007-2008, les trois derniers présidents de la République n’ont réussi qu’à faire pire que celui à qui chacun succédait. La crise sanitaire ouverte par le virus Sars-Cov-2 s’accompagne d’une crise sociale terrible qui va s’approfondir encore et accentuer le mécontentement croissant du peuple. Mécontentement sans débouché démocratique puisque la majorité du peuple des ouvriers et employés pratique l’abstention et que la gauche, n’y voyant sans doute qu’un lumpenprolétariat informe, ne parle qu’aux couches moyennes intermédiaires et supérieures – qui votent, elles, mais sont majoritairement conquises par le néolibéralisme !

Dans ces colonnes, nous avons souvent critiqué la dictature de la tactique, le « bougisme » et évoqué la nécessité d’un « bloc historique » majoritaire qui lie les couches populaires ouvrières et employées à une fraction des classes moyennes conscientes de leurs véritables intérêts, bloc – pour continuer avec Gramsci – constitué grâce à une « hégémonie culturelle » à bâtir d’une part grâce aux luttes sociales et politiques et d’autre part grâce à une éducation populaire refondée.

Voilà en d’autres termes référant à notre grande Révolution, ce que veut signifier le slogan « Fédérer le peuple ». Or tout le monde s’accorde aujourd’hui à reconnaître les divisions de la société : les analystes parlent de communautarisme, d’archipélisation…

Le discours de Macron : un impensé social !

Si le président Macron a eu raison de nommer l’islamisme comme un adversaire contrairement à de nombreux responsables et dirigeants syndicalistes et politiques de gauche, il se refuse à penser les causes du développement de ce phénomène alors que le sécularisme progresse y compris chez les personnes de culture musulmane. Pire, il y a chez lui un impensé social. Car on ne dira jamais assez, le recul de la République (destruction des services publics de toute nature, destruction des lieux de sociabilité, etc.) dans les quartiers populaires est l’une des causes importantes du communautarisme.

De plus, le président Macron préfère utiliser le terme « séparatisme », gêné qu’il est par celui de « laïcité face aux communautarismes », si diversement employé pour le louer à droite ou le honnir dans des fractions de la gauche. Nous ne sommes pas dupes de cette opération électoraliste d’un gouvernement qui, depuis les gilets jaunes, reste dans la grande peur de la violence du peuple. Car pourtant, suivant un principe séculaire de gouvernement, la division n’est-elle pas depuis des décennies entretenue par les politiques néolibérales ? Division entre les assistés des politiques sociales, du filet de sécurité, et le bas des classes moyennes travailleuses qui se sentent moins soutenues. Division dans l’accès à l’emploi, dans le logement entre les nationaux et les autres. Division par la ségrégation spatiale. Division de la jeunesse du fait de systèmes scolaires concurrents. Division du salariat par le management et la casse du code travail. Division entre les divers croyants ou supposés croyants ou incroyants en raison du clientélisme, d’avantages matériels octroyés sous couvert d’une loi de 1905 dévoyée et souvent violée par une jurisprudence insidieuse et dans l’oubli du Serment de Vincennes de 1961 ; en raison de la complaisance envers un cléricalisme résurgent et surtout depuis l’apparition du terrorisme en raison d’amalgames racistes honteux.

Soyons clairs, entendu dans l’acception de Jaurès, le terme de laïcité est pour nous central pour l’émancipation, mais nous ne saurions nous ranger dans le camp de ceux qui croient à une large union des laïques incluant ceux qui sont compatibles avec la macronie néolibérale qui a largement développé les communautarismes ! Car si le gouvernement souhaite la laïcité contre les communautarismes, il faut combattre les lois anti-laïques (Debré, Guermeur, etc.), il faut supprimer la séparation des 5 départements hors laïcité (Bas-Rhin, Haut-Rhin, Moselle, Guyane, Mayotte) et il faut enfin appliquer la loi de 1905 qui n’est toujours pas appliquée tant dans la police des cultes que par l’acceptation des néolibéraux du financement public des cultes au mépris de la loi de 1905 par les baux emphytéotiques, la suppression de la différence entre cultuel et culturel, etc. N’oublions pas le financement récent par de l’argent public dans la construction des cathédrales catholiques, des temples évangéliques, des mosquées et des structures religieuses juives. Avec bien sûr, à la clé, l’austérité pour les prestations sociales !

Alors que penser de la critique des communautarismes religieux ? C’est nécessaire à condition de les critiquer tous ! Mais en même temps lier la laïcité à un antiracisme radical !

Alors que penser de la critique des intégrismes religieux ? Nous estimons que c’est une nécessité pour ouvrir la voie à l’émancipation. À condition de combattre tous les intégrismes et pas d’oublier l’intégrisme catholique ou évangélique comme le fait la droite, l’extrême droite et la gauche néolibérale et ne pas oublier les intégrismes islamistes comme le font des dirigeants syndicaux et politiques de gauche ! À condition aussi que la liberté de culte soit garantie à tous les cultes catholique, protestante, juive et musulmane. À condition de considérer aujourd’hui que l’une des tâches de la République est de protéger la grande majorité des musulmans et des musulmanes qui vivent sur notre territoire des intégrismes islamistes ! Fustiger le séparatisme plutôt que les communautarismes, sert le président Macron à agir contre l’intégrisme salafiste mais pas contre l’intégrisme de la confrérie des Frères musulmans ! Ce qui permet aux dirigeants religieux proches de cette dernière confrérie de saluer le projet macroniste! Voilà pourquoi on jugera sur pièces lorsque le texte juridique sera présenté.

D’une façon globale, rechercher l’émancipation nous impose d’avoir un discours holistique et pas de « séparer » les combats. C’est-à-dire qu’il faut privilégier la transversalité des combats et favoriser une vision générale et centripète face aux visions « séparées » et centrifuges. Il faut agir sur toutes les causes en même temps. Supprimer quelques mosquées salafistes sera aussi efficace que la prohibition de l’alcool aux États-Unis. Le processus vers la République sociale est à ce prix : celui d’agir sur toutes les causes y compris les causes sociales et républicaines. D’autant que les couches populaires sont les plus attachées à la laïcité, comme elles sont attachées à la démocratie, au pouvoir d’achat, à la justice sociale, aux services publics et à toutes les sécurités (sécurité sociale, santé et sécurité publiques, etc.). Voilà pourquoi les responsables des organisations syndicales et politiques de gauche feraient mieux de refaire du lien avec les couches populaires ouvrières et employées plutôt que de s’écarter d’elles avec un discours pour le moins ambigu sur la laïcité. Alors que les contradictions grandissantes du système nous rapprochent du moment où il faudra choisir pour notre avenir entre les « jours heureux » et la poursuite d’un modèle capitaliste néolibéral de plus en plus violent et injuste, il faut changer de stratégie et nous disons : « pour changer les choses, il faut fédérer le plus grand nombre ; pour fédérer le plus grand nombre, la liaison du combat laïque et du combat social est un point de passage nécessaire, indispensable, urgentissime !

Aujourd’hui donc, priorité au social avec une campagne pour la refondation et l’élargissement de la Sécurité sociale, des services publics, du droit des travailleurs vers la démocratie partout y compris dans les entreprises et lutte implacable contre les inégalités sociales. Sans cela, toute volonté laïque sera vouée à l’échec !

Et priorité au principe universel de la laïcité comme seul ciment possible pour ce bloc historique en soi majoritaire. La priorité au social doit aller de pair avec l’écosocialisme, la priorité au principe universel de la laïcité doit aller de pair avec un anti-racisme radical et un féminisme conséquent.

Venez en discuter lors de la rencontre organisée par l’équipe « Combat laïque Combat social – Fédérer le peuple » qui aura lieu le samedi 7 novembre 2020 de 9 h 30 à 18 h dans les locaux du Sénat. Les règles sanitaires obligent à une procédure d’inscription préalable. Il suffit d’adresse sans tarder un courriel d’intention à combatlaiquecombatsocial@gmail.com pour recevoir une confirmation, en fonction de l’ordre d’arrivée des demandes, et le programme détaillé.

A bientôt !

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