Chronique d'Evariste

Le vote ouvriers-employés, clé de la transformation sociale et politique

vendredi 18 janvier 2013
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Nous voilà entrant dans une nouvelle année. Nous avons montré dans notre dernier édito que cette année ne se présente pas sous de bons auspices pour la transformation sociale et politique, notamment en regard de la politique gouvernementale. Mais la question est aussi de savoir si le Front de gauche sera à la hauteur des enjeux ! Chance, c’est l’année des congrès des deux partis principaux du Front de gauche, le PC et le PG. Et nous avons même les textes qui servent de support aux motions définitives de ces congrès. Pouvons-nous lire dans ces textes des propositions de politiques alternatives à même de permettre d’enclencher la nécessaire transformation sociale et politique qui s’appuierait sur la volonté populaire générale ? Disons-le, on peut y lire beaucoup de bonnes choses. Mais, disons-le aussi, des manques font que le Front de gauche n’est pas à la hauteur des enjeux.
Principalement, rien n’est proposé pour rassembler les couches populaires ouvriers-employés dans une dynamique de transformation sociale et politique. Rappelons une fois de plus que les ouvriers et employés font 53 % de la population active. La seule prise en compte de ce que cela représente sur le plan de la démocratie devrait suffire pour que les militants s’en saisissent. Sans compter les autres raisons, qui se concentrent autour de l’idée que ces couches sociales sont les seules à avoir un intérêt objectif à la transformation culturelle, sociale et politique sans être prisonnier de l’idéologie régressive de l’« âge d’or » si fréquente dans d’autres couches sociales1 . Rappelons que l’on a rarement vu dans l’histoire un pourcentage aussi important des ouvriers et des employés choisir d’abord l’abstention par refus de l’offre politique, puis le vote front national. Voilà une des principales clés pour aller vers les politiques alternatives.
Et, disons-le tout à trac, rien n’apparaît dans ces textes de congrès qui donne les moyens politiques à la gauche pour travailler au rassemblement populaire autour de ces couches majoritaires. Rajoutons que dans le texte du Parti de gauche, il n’y a presque rien sur la sphère de constitution des libertés (école, santé et protection sociale, services publics), qui est bien, pourtant, le cœur des préoccupations des couches populaires avec le chômage.
De plus, même si tout le monde parle d’éducation populaire2 , aucun parti de gauche n’a pris la décision de donner la priorité à une grande campagne d’éducation populaire du type de celle qui a mené à la victoire du 29 mai 2005. Alors que nous pensons que les actions de résistance et l’éducation populaire doivent être les deux jambes de la transformation culturelle, sociale et politique. Les partis du Front de gauche seraient bien avisés de cesser d’être unijambistes et d’enfin marcher sur leurs deux jambes. Rappelons que la campagne contre le traité constitutionnel européen de 2005 avait vu une alliance large dans l’action entre des forces politiques et syndicales, mais aussi associatives. L’apport conjoint des trois composantes de la lutte a été l’un des ferments de cette victoire partielle, l’apport associatif ayant été important dans le nombre de réunions d’éducation populaire réalisées. Certains rétorqueront qu’il y a la campagne contre l’austérité du Front de gauche mais nous répondons qu’actuellement elle n’a pas l’ampleur, et de loin, du système d’alliances de 2005.
Voilà notre contribution au débat.
Par ailleurs, au moment où le Canard enchaîné fait un article sur le livre de Bertrand Rothé intitulé De l’abandon au mépris : comment le PS a tourné le dos à la classe ouvrière, dont le titre nous attire (et donc nous allons le lire), nous sommes heureux de signaler dans ce numéro une étude de notre ami Jean-Philippe Huelin sur le vote ouvrier qui, nous l’espérons, fera réfléchir bon nombre de dirigeants et militants politiques.
Comme nous vous renvoyons à cette note, nous voudrions dire que néanmoins, de notre point de vue, les politiques européennes, absentes de l’étude, ne sont pas pour rien dans le désamour de la gauche avec le monde ouvrier (et même employé) tant dans sa version social-libérale favorable aux traités que dans sa version « non aux traités, pour une Europe sociale », car dire tout à trac « vive l’Europe sociale » manque aujourd’hui de crédibilité. Tout comme ceux qui déclarent urbi et orbi qu’il faut sortir de l’union européenne et de la zone euro sans donner la stratégie à suivre pour cela. En fait, même si c’est très dommageable, le scénario de l’approfondissement de la crise du capitalisme et d’un prochain krach plus grave que celui de 2007-2008 risque d’arriver avant toute arrivée au pouvoir de la gauche de gauche, tant elle est loin d’être à la hauteur des enjeux comme nous venons de le voir. Nous reviendrons sur ce point ultérieurement. Par ailleurs, le fait qu’à la fin de la note, il ne soit fait référence qu’à deux positions (Terra Nova et « gauche populaire »), toutes deux internes au PS, est pour le moins quelque peu réducteur.

  1. Le fait que les ouvriers et les employés ne sont pas encore gagnés à l’idée de se considérer comme une classe montante montre bien que c’est bien cet écart entre les conditions objectives et subjectives de ces couches sociales qui doit être au coeur de l’action culturelle, sociale et politique. []
  2. Nous rappelons que l’éducation populaire est un travail culturel en vue de la transformation sociale et politique afin que chaque citoyen, chaque salarié (et donc aussi les ouvriers et les employés), soit auteur et acteur de sa propre vie. []
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