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Quatre crises concomitantes à causalité différente et une affirmation à contre-courant du gérant du capital

lundi 16 mars 2020
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Nous vivons quatre crises concomitantes mais à causalité différente bien que le mouvement réformateur néolibéral soit toujours, dans ces quatre crises, du même côté de la barrière : la crise du coronavirus Covid-19, le krach économique et financier, la crise écologique et la crise sociale et politique. Le dispositif macronien en profite pour dire, à tort, que le krach est une simple conséquence du Covid-19. Tout au plus, c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, rien de plus.

Car la cause principale du krach économique et financier est la crise du capital, comme le démontrent les nombreux articles que Respublica lui a consacré et des livres disponibles dans notre « librairie militante » (colonne de droite de notre site). Comme à chaque krach boursier et financier, le mouvement réformateur néolibéral n’agit pas sur les causes car cela irait contre les intérêts de l’oligarchie, et les mêmes causes continuent à produire les mêmes effets.

La crise sanitaire – Quant aux origines du coronavirus Covid-19, cela reste un mystère bien que l’on sache que la mondialisation néolibérale accélère sa propagation par l’organisation en flux tendus avec objectif financier à court terme de la plupart des systèmes de santé du monde, empêchant ainsi de répondre aussi vigoureusement qu’il est souhaitable aux crises sanitaires. Plus généralement, comme le dit Franck Nouchi dans son article du Monde « Coronavirus : pourquoi la stratégie sanitaire française pose question ? » : « Sur quelles bases scientifiques, médicales, épidémiologiques, la stratégie actuelle de lutte contre la pandémie de coronavirus a-t-elle été mise en œuvre en France et, plus généralement, en Europe ?

Pourquoi les autorités sanitaires ont-elles, dans ces pays, décidé de ne pas suivre ni les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ni l’exemple chinois de lutte contre la pandémie? En décidant de laisser l’épidémie suivre son cours et de ne pas tenter de l’arrêter brutalement, les pouvoirs publics français, sans le dire, acceptent l’idée qu’une part importante de la population va être, dans les prochains mois, infectée par le coronavirus ? »

Comment comprendre qu’on ferme avec tant de retard les écoles, les bars et restaurants mais que l’on ne reporte pas les élections municipales ? Ne serait-ce pas parce que la direction de LR, futur allié nécessaire pour Macron, s’y opposait, ne voyant dans ces élections que son intérêt de boutique ?

Comment comprendre qu’on n’ait pas utilisé les services militaires sanitaires pour ouvrir des unités médicales nouvelles pour les cas légers, afin de désengorger les hôpitaux publics ? La Chine et Israël l’ont fait, pourquoi pas l’Europe ?

S’il faut retenir une chose de cette crise sanitaire, c’est bien la politique criminelle du mouvement réformateur néolibéral dans la déstructuration du cœur du système sanitaire français que le mouvement social a mis en lumière depuis de nombreuses années.

Oui, le programme et la politique du Conseil national de la Résistance avaient raison : la santé est trop importante pour être gérée par le privé et par L’État, elle doit l’être par des représentants élus séparément des députés, et de façon autonome du reste de l’économie ! C’est le seul moyen pour remplacer la charité par la solidarité (à chacun selon ses besoins et à chacun selon ses moyens) et de le financer uniquement par du salaire socialisé !

La crise écologique se développe, elle, malgré la peinture verte plaquée sur tous les programmes électoraux qu’ils soient dits de gauche, écologistes, de droite ou d’extrême droite. Nous y reviendrons dans les semaines qui viennent car il ne suffit pas de se dire écolo pour l’être !

La crise sociale et politique entre dans une nouvelle phase. Et chaque élection nous permet de mesurer les comportements sociologiques de notre peuple. Nouvelle phase car après les mouvements sociaux de ces deux dernières années (gilets jaunes,mouvement contre le projet gouvernemental des retraites, mouvement contre le recul de l’hôpital public et de l’école, etc.) et le résultat du premier tour des élections municipales de 2020, il faudrait être « hors sol », en dehors de la réalité matérielle, pour ne pas se poser les questions de la pertinence de notre ligne, de notre stratégie et donc de nos actions. D’ailleurs, le mouvement destituant, qui reprendra dès que la crise sanitaire sera terminée, porte témoignage que cela est déjà perceptible dans une partie importante du peuple (voir notre précédent article).

Les reculs laïques, sociaux, démocratiques et écologiques sont non seulement patents mais leur férocité s’accentue. Tant dans les mouvements sociaux que sur le plan électoral, nous ne retrouvons pas, au niveau des résultats, le refus majoritaire de ces reculs laïques, sociaux, démocratiques, et écologiques que traduisent la simple observation et les enquêtes d’opinion.

Ce qui est pourtant nouveau, pour nous, dans la bataille pour une nouvelle hégémonie culturelle, prélude obligé à avant toute bifurcation sociale et politique, ce sont deux choses :

  • La phrase prononcée par le président Macron lors de sa dernière allocution télévisuelle: « Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. », E. Macron (12 mars 2020). Le fait qu’il soit obligé de dire cela alors que toute la pratique politique du mouvement réformateur néolibéral est de mettre dans le marché ce qui ne l’est pas encore, en dit long sur la secousse que la réalité matérielle vient d’infliger au mouvement réformateur néolibéral. Bien que nous n’attribuions pas plus de crédit à la capacité du au président Macron d’agir en conformité avec ses propos qu’à celle de son prédécesseur – qui avait déclaré que son ennemi c’était la finance -, nous pensons que sur le plan idéologique et culturel, on a avancé.
  • Les mesures préconisées le 12 mars par le président Macron vont coûter 25 milliards d’euros. Et ce n’est qu’un début car il a dit « quoi qu’il en coûte ! ». 10 milliards début décembre 2018, 25 milliards à partir du le 12 mars 2020 ! On est encore loin des centaines de milliards réunies en 2008-2009. On voit là encore de nouveau, les discours néolibéraux d’avant le krach mis à mal !

Sans avoir approfondi les résultats du scrutin des municipales du 15 mars 2020 (tâche que nous ferons d’ici un mois dans Respublica pour alimenter notre tour de France, voir ci-dessous), nous pouvons vérifier que l’abstention s’est considérablement accrue, probablement à cause de la crise sanitaire du Covid-19, que les candidats de la « République en marche arrière » ont subi un échec cinglant, que les anciens partis de gouvernement (LR, PS) ont repris temporairement des couleurs et que la France insoumise confirme son recul des européennes. De nombreuses municipalités communistes sont en ballottage défavorable. EELV confirme sa poussée des européennes dans certaines grandes villes mais pas dans d’autres. La gauche de transformation sociale et politique continue donc sa décroissance en terme d’efficience politique.

Produire un moment constituant qui prendrait en compte les enseignements politiques de ces élections est donc la voie à suivre pour elle. Mais attention aux pétards mouillés !

Cela dit, nous le répétons, ce scrutin de premier tour n’est pas réalisé dans des conditions républicaines sanitaires souhaitables ; c’est pourquoi, nous espérons que le deuxième tour, ou si nécessaire l’ensemble des deux tours, soit reporté.

Construire un moment constituant – Voilà pourquoi doit s’enclencher, dans le mouvement social et politique, une réflexion sur notre « que faire ? » hic et nunc.

Ce qui implique d’engager un débat démocratique sur les modifications de ligne, de stratégie et donc de nos actions, pour rendre ces dernières plus efficaces.

Plus concrètement, nous devons travailler à déterminer les conditions, ici et maintenant, d’un chemin vers des victoires en termes de bifurcation sociale et politique ouvrant la perspective d’une sortie progressiste à la crise que nous traversons. A chaque nouvelle phase, il convient d’adapter notre comportement, notre ligne, notre stratégie. Pour construire ce moment démocratique, ce moment constituant, il nous faut un peu de temps et beaucoup de volonté. Nous produirons dans Respublica, dans un mois environ, une étude politique des enseignements du résultat des élections municipales. Nous avons besoin de ce temps pour l’étude des sondages à la sortie des urnes, des études tests qui seront réalisés dans des communes représentatives des zonages géographiques et sociologiques.

C’est pourquoi, nous vous proposons d’effectuer, avec nous, à partir de la fin avril, si le Covid- 9 nous l’autorise (!), un tour de France sur les enseignements des résultats tant des mouvements sociaux que des résultats électoraux. Et de bâtir ce débat démocratique, ce mouvement constituant.

En attendant, nous vous incitons à nous contacter (evariste@gaucherepublicaine.org ) pour co-construire ensemble ce tour de France dans votre territoire.

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