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Refonder la gauche pour fédérer le peuple

samedi 9 mars 2019
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La gauche n’a jamais été aussi faible. Des débats font donc florès. Mais principalement autour de pensées et des stratégies simplistes voir magiques. L’intelligence politique du peuple même non fédérée lui permet d’écarter ces types de pensée. L’extrême gauche trotskiste, peine à dépasser 1% des suffrages exprimés. Elle continue à exercer des responsabilités syndicales dans un syndicalisme dit de lutte en repli régulier dans le mouvement syndical. Il suffit pour cela de regarder la composante d’accompagnement au mouvement réformateur néolibéral qui se renforce autour de la CFDT devenue le plus important syndicat aujourd’hui toutes catégories confondues d’après le résultat des élections professionnelles.
 La gauche, après une période de premier rassemblement en 2012 autour de Jean-Luc Mélenchon et du Front de gauche, s’écroule en quelques années en perdant plus d’un million et demi de voix sur les 4 millions de 2012. La politique anti-sociale du Président François Hollande et du Parti socialiste en est la raison principale. 
La gauche, se rassemble de nouveau autour de Jean-Luc Mélenchon et de la France insoumise, soutenu par le PCF, en 2017, dans un choix de rupture avec la politique de François Hollande et des socialistes. Le score de 19,6% en suffrages exprimés, le primat de la candidature Mélenchon par rapport au reste de la gauche (moins de 10% des suffrages exprimés), notamment incarné par le PS, suscite un espoir certain pour la suite. Mais la faiblesse de la gauche toute entière (moins de 30% des suffrages exprimés) laisse entrevoir l’affrontement probable en préparation (comme dans les années 30) entre le dispositif européiste et néolibéral symbolisé par le président Macron et une future union des droites autour du Rassemblement national et de Debout la République. Le débat à gauche fait alors rage entre ceux qui à gauche défendent une stratégie populiste de gauche selon les préceptes de Laclau et Mouffe, un moment suivi par Mélenchon, ceux qui défendent le rassemblement des « républicains des deux rives », ceux qui veulent rejouer la vieille idée de la simple union de la gauche.

Trois stratégies pour trois voies d’effondrement assurées

La première tient au fait qu’une stratégie qui fonctionne dans les pays du tiers monde, principalement centrée sur la rente des énergies fossiles, et sur une économie informelle importante (de type Venezuela) n’a aucune chance de fonctionner dans un pays « développé » comme la France. La deuxième est une stratégie systématiquement perdante depuis les années 30 jusqu’au fiasco de Chevènement en 2002. Avec la variante « ni de gauche ni de droite » (donc de droite selon le philosophe Alain !), on voit ce qui se passe dans toute l’Europe. C’est l’extrême droite qui grignote inexorablement les ni de gauche, ni de droite). Tout simplement parce si le clivage gauche-droite s’est profondément modifié, et il est urgent d’en tenir compte, il n’a pas disparu pour autant. La méthode Coué ne remplacera jamais une analyse fine du réel. La troisième est un échec assuré car elle se refuse à faire une analyse de cette vieille union de la gauche qui de la période Mitterrand à nos jours est la principale cause du recul abyssal de la gauche (-25% en suffrages exprimés). La raison principale est que cette vieille union de la gauche fut un rouage central du mouvement réformateur néolibéral.
Et que voit-on en ces derniers mois? Dans certaines études d’opinion, on voit l’ensemble de la gauche (PS compris) faire autour de 25% des suffrages exprimés avec la FI toujours en tête de la gauche mais en profond recul. Le pire est toujours possible. Avec une multiplication de l’émiettement à gauche par la constitution de nouvelles formations politiques (Génération.s, Place publique, Gauche républicaine et socialiste, sans compter le nouvel émiettement des trotskistes) et le nouvel affrontement entre la France insoumise et le PCF. Et la suite logique arrive à grands pas, on va passer de la vielle union de la quasi-totalité de la gauche qui a failli à la faillite de la multiplication des affrontements intra-gauche.

Élections, gilets jaunes.. et fédérer le peuple autour d’un programme !

Rendez-vous le 26 mai prochain pour constater que le débat principal sera entre les « européistes néolibéraux d’En marche arrière » et les néolibéraux de l’Union des droites en formation autour du Rassemblement national, de Debout la république, LR étant voué à se déchirer entre ces deux aimants forts de la droite et de l’extrême droite néolibérales.
Rendez-vous aux élections municipales de 2020 dont la ligne de plus grande pente est un désastre pour la gauche s’il n’y a pas de tous ses acteurs un sursaut. Mais me direz-vous, y-a-t-il une alternative pour sortir par le haut ? De notre point de vue, oui, mais ce ne sera pas un long fleuve tranquille. Mais pour cela, il faut sortir du dilemme surplombant (donc inopérant) : « Union de la gauche ou fédérer le peuple ? ». Union de la gauche mais quelle gauche, quel contenu ? Fédérer le peuple, mais comment ?
Fédérer le peuple est toujours nécessaire pour organiser une bifurcation économique, sociale et politique. En 1789 comme aujourd’hui. Mais si c’est pour dire, fédérer le peuple, « c’est en finir avec le clivage gauche-droite, c’est en finir avec la lutte des classes », c’est une impasse car ce clivage est toujours structurant en France même s’il ne se structure plus autour des mêmes organisations. Si c’est souhaiter l’union de la gauche qui a failli, nouvelle impasse.

Pour cela, partons au moins des trois points structurants de l’irruption des gilets jaunes : justice sociale et fiscale, égalité et démocratie. Ces trois points structurants sont les mêmes que celle de la République sociale, outil central qui s’inscrit dans la diachronie des grandes moments de la gauche française. En rajoutant que l’irruption des gilets jaunes marque le retour de la lutte des classes autour des ouvriers, des employés, et de la prolétarisation des couches moyennes intermédiaires en zone rurale et périurbaine principalement.
En fait, il faut de notre point de vue refonder la gauche (et non en faire l’union dans la confusion) pour fédérer le peuple. Mais pour refonder la gauche, cela ne se fera pas avec les cartels des mouvements et groupuscules existants car avec eux, la démocratie se meurt et est rapidement remplacée par le cartel des dirigeants de ces organisations et cela nous a directement conduit à la « démocrature ». De plus, cela ne se fera pas avec les idées et les théories qui ont engendré les problèmes que nous connaissons.
Le point de passage obligé nous semble être l’engagement central de la bataille pour une nouvelle hégémonie culturelle, indispensable pour retrouver le chemin de l’émancipation. Mais cette bataille doit avoir lieu dans le peuple et pas seulement chez les militants et sûrement pas dans les organisations de l’entre soi. Et les militants doivent retrouver le chemin du débat dans le peuple et avec ces citoyens. Donc refonder l’éducation populaire, afin de refonder la gauche pour in fine fédérer le peuple dans ce qu’Antonio Gramsci appelait le nouveau bloc historique. L’éducation populaire dont nous parlons se construit aussi dialectiquement avec le mouvement social. En clair, nous avons des éléments à apporter mais aussi à apprendre des luttes sociales…

Fédérer le peuple revient à constituer un nouveau bloc historique comme le fut le CNR. Mais pas un CNR à froid avec des micro-forces qui ne s’engage pas comme se sont engagés nos aînés. Il nous faut un CNR à chaud après que chacun se soit engagé clairement dans l’action contre le mouvement réformateur néolibéral dans sa version macroniste ou dans sa version « union des droites et de l’extrême droite ». Mais bien sûr pas de pseudo-CNR autour d’un seul élément surplombant surtout si c’est la souveraineté nationale contre la souveraineté populaire ! Par ailleurs ce nouveau CNR à chaud devra se doter d’un « programme » , d’un « projet » en tout cas des perspectives qui posent le débat par le haut au sein de la gauche

Ce projet, doit avancer vers toujours plus de démocratie, de laïcité, d’anti-racisme radical, de conquis sociaux, de développement et de transition écologique et énergétique, de féminisme, etc. Et le point de départ, ce sont les assemblées citoyennes de type gilets jaunes au sein desquels nous devons agir. Nos intervenants du Réseau Education Populaire (Rep) sont mobilisés pour cela. Contactez les !
Et s’il faut des ruptures, des exigences, engageons-les !

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Quelques indices de réflexion

Selon le très libéral Centre de politique européenne (CPE) et son 
enquête « 20 ans d’euro : perdants et gagnants » , la France et l’Italie sont les pays qui, ont le plus pâti de l’adoption de l’euro. Chaque Français aurait perdu 56.000 euros sur la période 1999-2017. Et les grands gagnants seraient l’Allemagne et les Pays-Bas. Selon le CEP, c’est bien l’Allemagne qui est le grand bénéficiaire de l’introduction de l’euro, avec 1893 milliards d’euros supplémentaires pour le PIB, sur la période 1999-2017, soit un gain de 23.116 euros par habitant. Les Néerlandais ont gagné presque autant (21.003 euros).
Vient ensuite la liste des perdants. Si l’Espagne et la Belgique n’ont pas trop vu baisser leur PIB par habitant (-5031 et -6370 euros), ce n’est pas le cas des Portugais (-40.604 euros par personne). Et les deux pays les plus affectés sont la France et l’Italie, qui ont perdu respectivement 3591 et 4325 milliards d’euros sur 20 ans, soit 55.996 euros par Français et 73.605 euros par Italien.

La France dégringole dans le classement des PIB nationaux
Le Réseau Education populaire (Rep) dans ses interventions montre avec une animation sonore la dégringolade de la France dans la période 1960-2018. Aujourd’hui, la France est devenu la 7ème puissance mondiale. Cela est principalement dû à la désindustrialisation sauvage effectuée par le capitalisme français via le mouvement réformateur néolibéral comme le montre la conférence du Rep à ce sujet.
Et pendant ce temps-là, la Chine a dans les 10 dernières années, grâce à son industrie eu une croissance de 139%, l’Inde de 96%, les Etats-Unis de 34% et l’Union européenne a stagné en avantageant seulement l’Allemagne, qui a beaucoup moins désindustrialisé que la France et qui a fortifié son « hinterland avec les pays de l’est » que l’Allemagne a su faire entrer dans l’UE.

Créations de richesse en berne ?
Le PIB allemand a reculé de 0,2% au troisième trimestre 2018 par rapport au précédent – sa première contraction depuis le premier trimestre 2015. Le PIB japonais s’est replié de 2,5% en rythme annualisé, son plus fort tassement depuis le deuxième trimestre 2014, avec une chute de l’investissement des entreprises. Le PIB italien a de son côté chuté de 0,1%, sa première baisse depuis 2014.

Risque d’inversion des courbes  des taux courts et des taux longs
Aux États-Unis, les taux d’intérêt à 2 ans se rapprochent désormais des taux d’intérêt à 10 ans. Si les taux d’intérêts à deux ans deviennent plus élevés que ceux à 10 ans, ce sera un indice d’une crise paroxystique à venir.

Rachat de ses propres actions en hausse, investissement productif en baisse
Autre indice annonciateur, celui de la baisse de l’investissement productif aux Etats-Unis et d’une forte croissance du rachat par les entreprises de leurs propres actions. Cela peut-être lié à la difficulté grandissante de la valorisation du capital dans l’économie réelle.

Intensification de la guerre commerciale  entre impérialismes
Le protectionnisme de droite 1)Le protectionnisme de droite : Il consiste à prélever une taxe à la frontière d’un État sur toute importation. Cette taxe est calculée en fonction du différentiel des prix. Le produit de cette taxe est versé dans les caisses du pays importateur. C’est un protectionnisme nationaliste qui ne vise qu’à protéger les taux de profits de l’oligarchie capitaliste. A l’inverse, le protectionnisme solidaire consiste à prélever une taxe à la frontière d’un État sur toute importation. Cette taxe est calculée selon le différentiel des salaires directs. Le produit de cette taxe est versé dans les caisses du pays importateur. Il diffère du protectionnisme nationaliste par le fait qu’il proclame la nécessité d’un accord de coopération entre le pays importateur et le pays exportateur. Mais il n’est qu’une variante du protectionnisme de droite car il ne crée pas de processus internationaliste d’harmonisation par le haut. Quant au  protectionnisme écologique et social (Pes) (page 75 du premier tome du livre « Penser la République sociale pour le 21ème siècle »(voir sur le lien « Librairie militante » sur la colonne de droite du site Respublica),  il consiste à prélever une taxe à la frontière d’un État sur toute importation. Cette taxe est calculée en proportion du différentiel des systèmes de protection sociale et écologique entre le pays exportateur et le pays importateur. Le produit de cette taxe doit être versée à une caisse finançant les systèmes de protection sociale et écologique du pays exportateur. Ce système vise donc à diminuer à terme ce différentiel. Il n’a donc rien à voir avec le protectionnisme envisagé à droite et à gauche sur le différentiel des salaires directs qui en fait divise le prolétariat mondial. Le Pes n’est là dans la politique du temps court que pour contrer le projet néolibéral de l’harmonisation des systèmes de protection par le bas. Le Pes est un outil qui participe à la promotion, de façon internationaliste, l’harmonisation des systèmes de protection par le haut.  tel qu’utilisé par Donald Trump est le signe de la politique d’intensification des politiques d’austérité doublée d’une difficulté de la valorisation du capital dans l’économie réelle et enfin d’une bataille pour les débouchés extérieurs. Cette guerre commerciale promue par le président américain peut-être annonciateur d’une reprise des guerres ici ou là d’autant qu’en ce moment, cela va de pair avec un accroissement phénoménal du déficit budgétaire.
Nous en profitons pour dire que le débat pour nous n’est pas entre protectionnisme et libre-échange mais entre le protectionnisme écologique et social et les accords de coopération le plus renforcés possibles contre les variantes des politiques capitalistes (libre-échange, protectionnisme de droite, protectionnisme solidaire du social-libéralisme).

Notes de bas de page   [ + ]

1. Le protectionnisme de droite : Il consiste à prélever une taxe à la frontière d’un État sur toute importation. Cette taxe est calculée en fonction du différentiel des prix. Le produit de cette taxe est versé dans les caisses du pays importateur. C’est un protectionnisme nationaliste qui ne vise qu’à protéger les taux de profits de l’oligarchie capitaliste. A l’inverse, le protectionnisme solidaire consiste à prélever une taxe à la frontière d’un État sur toute importation. Cette taxe est calculée selon le différentiel des salaires directs. Le produit de cette taxe est versé dans les caisses du pays importateur. Il diffère du protectionnisme nationaliste par le fait qu’il proclame la nécessité d’un accord de coopération entre le pays importateur et le pays exportateur. Mais il n’est qu’une variante du protectionnisme de droite car il ne crée pas de processus internationaliste d’harmonisation par le haut. Quant au  protectionnisme écologique et social (Pes) (page 75 du premier tome du livre « Penser la République sociale pour le 21ème siècle »(voir sur le lien « Librairie militante » sur la colonne de droite du site Respublica),  il consiste à prélever une taxe à la frontière d’un État sur toute importation. Cette taxe est calculée en proportion du différentiel des systèmes de protection sociale et écologique entre le pays exportateur et le pays importateur. Le produit de cette taxe doit être versée à une caisse finançant les systèmes de protection sociale et écologique du pays exportateur. Ce système vise donc à diminuer à terme ce différentiel. Il n’a donc rien à voir avec le protectionnisme envisagé à droite et à gauche sur le différentiel des salaires directs qui en fait divise le prolétariat mondial. Le Pes n’est là dans la politique du temps court que pour contrer le projet néolibéral de l’harmonisation des systèmes de protection par le bas. Le Pes est un outil qui participe à la promotion, de façon internationaliste, l’harmonisation des systèmes de protection par le haut. 
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