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Un 8 mars combatif contre les violences économiques, sexuelles et sexistes envers les femmes

mercredi 4 mars 2020
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L’édition 2020 de la Journée internationale pour les droits de femmes met à son ordre du jour du 8 mars un mot d’ordre de « grève, même si c’est un dimanche », sans oublier qu’au nombre des conquis sociaux récemment attaqués il y a le repos dominical et que le travail domestique, c’est 7 jours sur 7.

La liste des mots d’ordre doit malheureusement revenir sur les mêmes points, année après année : discriminations et inégalités dans le domaine professionnel, dans la représentation politique, en fonction des orientations sexuelles, des origines, précarité et insuffisances des services publics et des mesures spécifiques à la famille et au vieillissement, représentations sexistes, etc. sans oublier les nécessaires solidarités internationales.

Après la mise en évidence par l’actualité des femmes gilets jaunes précarisées et particulièrement de celles qui sont parent unique, 2019 a vu deux secteurs des luttes féministes occuper le devant de la scène : contre la réforme des retraites, contre les violences sexuelles et sexistes. Ce 8 mars doit les amplifier.

Lier le combat féministe et le combat social

Les femmes ne « convergent » pas au sein du mouvement social de contestation à la façon dont un secteur professionnel, générationnel ou autre, viendrait grossir les rangs de la mobilisation. Elles n’ont pas (plus) à demander à aucune instance dite représentative de bien vouloir prendre en compte des revendications spécifiques, elles sont au cœur du mouvement, elles y ont une place d’autant plus légitime qu’elles sont celles qui ont le plus à perdre.

Déjà les restrictions à l’indemnisation du chômage (loi Pénicaud et décrets subséquents) fragilisent les femmes, alors qu’elles sont moins souvent indemnisées et en moyenne avec 25 % en moins.

La retraite amplifie les inégalités existant au cours de la vie active, l’écart entre les revenus des hommes et des femmes passant de près du quart à près de la moitié ! Sans compter que cet appauvrissement sera, statistiquement, en fonction de l’espérance de vie, sur une durée plus longue – et sans service public pour la dépendance…

Malgré l’évidence des carrières incomplètes (40 % des départs à la retraite féminins), le gouvernement maintient l’abandon des majorations de durée d’assurance pour la maternité jusqu’à 8 trimestres, tout en prétendant prendre en compte les situations familiales. Il affirme garantir un minimum de pension à 85 % du SMIC net, soit 1 000 euros par mois alors qu’aujourd’hui 37 % des femmes (contre 15 % des hommes) ont moins de 1 000 euros bruts de retraite. Mais il oublie de dire que ce minimum vaut pour une carrière complète et que, sinon, le minimum sera proratisé. Et qu’en outre ce minimum sera accordé à l’âge dit du taux plein, c’est-à-dire plus tard que la disposition de minimum actuel, ouvert à l’âge légal de départ de 62 ans, comme le montre Christiane Marty.

Ajoutons in fine la perte de la pension de réversion en cas de divorce, la perte du bénéfice de la « catégorie active » pour de très nombreuses catégories de personnels de la fonction publique bénéficiant de la possibilité d’une retraite anticipée… et constatons que l’ensemble des revendications propres aux femmes donne un dynamisme particulier à la mobilisation sociale actuelle. Dans une nébuleuse féministe qui depuis de nombreuses années cultive la division, il faut se féliciter de voir l’exaspération devant la persistance des inégalités gagner du terrain et de nouvelles catégories de femmes s’élever contre l’injustice et partager les mobilisations.

Violences sexistes et sexuelles : « mon corps m’appartient » 2.0 ?

Après #metoo et les révélations en cascade dans divers secteurs d’activité, après le comptage des « féminicides », après les débats sur les notions de « consentement » ou d’« emprise », après le succès en France de la marche du 23 novembre 2019 où la présence masculine et la jeunesse des manifestants ont été éclatantes, la prise de conscience est massive et trace un continuum entre les formes extrêmes (crimes et délits) et des formes trop souvent encore banalisées du sexisme ordinaire (discriminations, injures, harcèlement…).

Cependant les données du ministère de la Justice sur le nombre de personnes condamnées en 2017-2018, détaillées par le rapport du HCE (Haut Conseil à l’égalité : http://haut-conseil-egalite.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_etat_des_lieux_du_sexisme_2019.pdf ) montrent que, malgré l’arsenal des textes applicables, les infractions commises en raison du sexe ne sont presque pas condamnées, que 16,7 % des plaintes pour infractions à caractère sexuel ont mené à une condamnation tandis que seulement 19,8 % des plaintes pour crimes et délits au sein du couple ont mené à une condamnation.

Sur les lieux de travail qui ne présentent pourtant pas la même opacité que le domicile, presque tout reste à faire. C’est en juin dernier que l’Organisation internationale du travail adopté une convention historique contre les violences et le harcèlement au travail. Quand la ministre du Travail va-t-elle soumettre ce texte à ratification ? Il s’agit à présent d’inclure la prévention et la lutte contre les violences sexistes et sexuelles au travail parmi les domaines obligatoires de la négociation collective en matière d’égalité professionnelle femmes-hommes et comme partie essentielle de la sécurité et de la santé au travail, et donc renforcer les exigences envers les employeurs.

Plus on précarise les femmes, plus on les met potentiellement en danger.

On nous affirme que la violence masculine concerne toutes les catégories sociales, cependant dans les catégories les plus précaires(1)Les femmes représentent 60 % des salarié-es en CDD, 70 % des vacataires, 83 % des temps partiels et 56 % des demandeur-es d’emploi en activité réduite (Source : Femmes contre les précarités). ses conséquences sur les victimes (les femmes et bien souvent leurs enfants) sont bien plus graves : en raison de faibles revenus, d’un handicap, de l’âge (aux deux extrêmes) ou de capacités professionnelles limitées, combien de femmes sont dans l’impossibilité de s’autonomiser par rapport aux responsable des violences intrafamiliales, d’un milieu de vie ou d’un milieu de travail pathogènes ?

Bien sûr, il y a plus que les conditions matérielles d’existence, l’autonomie financière des femmes est nécessaire mais pas toujours suffisante lorsque l’émancipation des esprits n’est pas au rendez-vous. Si les représentations réciproques des sexes découlent des conditions matérielles et des rapports sociaux, elles sont à leur tour susceptibles d’ébranler les bases du patriarcat. Souvent intériorisées, la domination (physique, morale), l’exploitation (économique) et la discrimination (juridique) se transforment en aliénation : seule une éducation laïque au sens le plus large donne alors aux filles et aux femmes la force de combattre ces représentations et d’agir pour elles. Le milieu scolaire et péri-scolaire en particulier – public ou privé – doit faire beaucoup plus qu’actuellement pour traduire ce mouvement sociétal dans les actes, auprès des garçons tout autant qu’auprès des filles.

Au fond, la confiance en soi, la capacité des victimes de violences à dire non et à fuir les dangers puisent à la même source que leur combativité en matière d’égalité des droits économiques, sociaux et politiques. Toutes ces avancées ont des temporalités différentes, selon les moments et les lieux elles se font avec ou sans les hommes, dans l’élaboration juridique ou dans la modification des comportements, mais si le combat féministe progresse aujourd’hui en s’associant au combat social, ne doit-il pas aussi faire place au combat laïque ?

Notes de bas de page   [ + ]

1. Les femmes représentent 60 % des salarié-es en CDD, 70 % des vacataires, 83 % des temps partiels et 56 % des demandeur-es d’emploi en activité réduite (Source : Femmes contre les précarités).
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