Combat laïque

En Algérie, une islamisation rampante

jeudi 23 janvier 2014
Source externe
Afficher cet article dans son contexte d'origine (source : http://rue89.nouvelobs.com/201...)

Le décret n°13-377 publié dans le journal officiel (N°58) du 18/11/2013, portant sur le statut de la mosquée, vient de passer comme une lettre à la poste sans susciter de débats, à part quelques titres dans la presse francophone.

Les fonctions de la mosquée élargies

Ainsi, la mosquée n’est plus uniquement un lieu de culte religieux, mais « elle est (en plus) une institution religieuse et sociale qui assure une mission de service public. Elle a pour objectif de promouvoir les valeurs de la religion musulmane » (art.2).

De plus, ses fonctions se sont élargies « dans la vie spirituelle, éducative, scientifique, culturelle et sociale de la vie de la Oumma. » (art.4). Pis, l’article 9 qui réglemente la fonction sociale de la mosquée, « qui consiste notamment : au règlement des différends entre les citoyens ; au développement du sens civique, de l’esprit citoyen et de la solidarité sociale », est en contradiction avec la Constitution algérienne.

Ceci dit, la mosquée, selon ce décret, peut subordonner la mairie (APC), la justice, les services sociaux, l’école, etc. Doit-on s’alarmer ou se féliciter de cette évolution ? Un homme politique algérien a vu juste quand il déclara (en 2012) dans un colloque : « Quand les islamistes seront au pouvoir, ils vont chômer, car tout a été déjà fait par leur prédécesseur ! »

Effectivement, selon ce rythme, les confusions entre le religieux (croyant) et le politique (citoyen) se confirment. L’actuel gouvernement veut-il se déresponsabiliser du social et de l’éducatif ? Ou l’utilise-t-il comme une stratégie pour contrôler un éventuel soulèvement ou une protestation populaire où les imams vont jouer le rôle des pompiers et d’intermédiaires ?

La mosquée pourrait-elle jouer un rôle dans l’éducation civique sans un dogme religieux, qui est légitime de sa part ? La mosquée pourrait-elle jouer un rôle pour régler les différends entre les citoyens, si un des citoyens n’est pas croyant ou d’une autre confession (à moins que l’esprit du législateur parte du principe que tous les Algériens sont de la même religion) ?

L’école qui est le temple de la nation, se voit vidée de ses prérogatives sociales, éducatives et civiques. Nous savons déjà que certaines mosquées remplissent le vide qui existe dans le préscolaire, où des familles désorientées confient leurs enfants (entre 4 et 5 ans) aux imams, sans aucune pédagogie d’enseignement, ni de connaissances sur la psychologie de l’enfant, ni un environnement propice pour une scolarisation adéquate.

Le gouvernement se désengage

Cependant, ces jeunes enfants, dès leur première enfance, sont livrés à une dogmatisation, sans aucun contrôle institutionnel, et à une religiosité loin de nos traditions cultuelles et culturelles. On ne devrait pas s’étonner devant un tel phénomène et se demander ensuite pourquoi la société se plonge dans des circuits d’intolérance, d’incivilité et d’une violence interminable !

Ceci dit, ce décret confirme que le gouvernement veut se désengager des maux qui l’atteignent, au lieu de trouver les remèdes et de renforcer l’état de droit et surtout d’inculquer les valeurs civiques et citoyennes par les institutions de la République, il les cède à l’institution religieuse.

De plus, l’État affiche son impuissance face aux problèmes qui gangrènent la société algérienne. Après avoir fragilisé les institutions de l’État – de la justice à l’éducation, en passant par la fonction publique –, on vide maintenant la République de sa substance, c’est-à-dire les valeurs citoyennes et républicaines. Et nous nous éloignons de plus en plus de la sécularisation des institutions de l’État.

05/01/2014

Par

Voir tous les articles de