Combat social

Pour un front républicain social !

jeudi 27 avril 2017

Quelques minutes à peine après les premières estimations du premier tour, certains journalistes voulaient déjà que chacun se positionne immédiatement sur ce qu’il ferait au second tour. Le mouvement social n’y échappe pas. Il se doit de regarder avec lucidité la situation, mais surtout de ne pas se laisser enfermer dans cette seule question qui ne résout pas tout.

La fin de la Ve République

Pendant toute la campagne électorale, les néo-giscardiens emmenés par M. Macron prédisaient la fin du « clivage gauche-droite » en voulant unir tout le monde autour de lui, et ce, peu importe les idées portées. Cette vieille opinion qui, sous couvert de modernité, porterait l’hyper-centrisme comme un consensus général, est dangereuse puisqu’elle nie les intérêts de classe, mais surtout parce qu’elle déstabilise les constructions politiques en relativisant l’engagement. Finies les convictions, finies les utopies, finis les débats d’idées. Libéral, opportuniste, éloigné des préoccupations de la classe ouvrière, le mouvement « En marche » n’est cependant en rien comparable à l’extrême droite. Ce à quoi nous assistons aujourd’hui est tout sauf la fin du clivage gauche-droite, dans une France aux inégalités grandissantes, mais c’est bel et bien l’enterrement de la Ve République. Celle-ci vient de nous offrir un pitoyable spectacle en faisant émerger au second tour un mouvement anti-républicain, le FN, et un autre qui souhaite la disparition de la gauche et de la droite au profit d’un mélange incompréhensible qui ne favorisera pas le débat démocratique. La confrontation d’idées, les marqueurs idéologiques, sont fondamentaux dans la construction politique et comme moteur de l’action collective, d’engagement. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si ces deux candidats, pour des raisons bien différentes, ne souhaitent pas une VIe République qui mettrait un terme à cette mascarade électorale. Mais c’est aussi en partant de cette réalité que nous devons rappeler l’importance d’une nouvelle constitution et République, seule issue pour faire de la politique autrement et en finir définitivement avec ce système.

Du premier tour, faisons table rase

Certains, comme moi, iront glisser un bulletin blanc au second tour, partant d’un postulat assez simple qui repose sur trois éléments. Le premier, c’est que M. Macron et son mouvement hétéroclite du « vieux monde » n’est en rien un rempart contre l’extrême-droite, ni aujourd’hui et encore moins demain. Le programme qu’il propose, la défense des vainqueurs du capitalisme contre les vaincus, la volonté de détruire le mouvement social, conduira à une nouvelle montée de l’extrême droite. La seconde raison, c’est que le front républicain ne peut pas se faire sans conditions. Il peut être un réflexe progressif et permet de rappeler qu’il doit y avoir un cordon sanitaire avec l’extrême droite. Mais là se pose un problème : M. Macron compte depuis le début de sa campagne sur l’extrême droite pour se faire élire. On a même vu une ambiance de fête au QG d’« En marche », victoire finale presque acquise, alors que l’extrême droite est pour la seconde fois au second tour d’une élection nationale, ce qui doit nous interroger sur la manière de la combattre, non seulement dans les urnes mais aussi sur le terrain social. Il faut donc que M. Macron, chantre du consensus, prenne aussi des revendications de la gauche s’il veut vraiment faire appel à toutes et tous contre l’extrême droite. N’ayons pas trop d’illusions sur ce point. Le débat a été totalement écarté concernant les engagements du mouvement « En marche » envers les électeurs des autres organisations politiques. Troisième raison, c’est l’absence de la gauche de la gauche, pourtant aux portes du second tour, et ce fatalisme qui nous conduirait à appeler au « front républicain » sans préparer les législatives et sans vouloir faire baisser avant tout le score de l’extrême-droite. Notre rôle serait plutôt de faire campagne contre l’extrême droite et ses idées, de s’occuper des 8 millions de votants et de les convaincre. Le Front National n’a quasiment aucune chance de passer vu les reports de voix prévisibles, et la situation aurait été toute différente si le fascisme était davantage proche du pouvoir ; pour autant, l’axe central stratégique ne peut pas être celui d’un report de vote pour M. Macron.

L’essentiel : s’organiser

Que des camarades se rendent au second tour pour voter M. Macron ne m’inquiète pas pour autant. Ce n’est pas un point de rupture entre nous tant qu’ils ne prennent pas leurs cartes au mouvement fantaisiste « En marche » et qu’ils respectent mon bulletin blanc, prenant en compte le positionnement à la fois anticapitaliste et antifasciste. Ce serait une erreur de rester centré sur la question du vote et du second tour, comme ce le serait de penser qu’à terme, il faudra toujours choisir entre un centre-droit libéral et l’extrême droite, mettant fin à toutes alternatives de transformation sociale. M. Macron et Mme Le Pen sachant pertinemment qu’ils profitent du rejet réciproque de leurs électeurs, la tentation est grande pour continuer ainsi. Que ce soit le capitalisme ou l’extrême droite, chacun sait que la présence sur le terrain reste la pierre angulaire pour combattre. Il faut continuer d’être présent pour que l’extrême droite disparaisse, en sachant que les luttes sociales sont d’une grande importance. N’oublions pas non plus que les législatives doivent être l’occasion, même si les configurations locales sont parfois plus complexes pour unifier un vote, de permettre de faire battre l’extrême droite sans concession et de faire émerger des candidats insoumis, progressistes, laïques et souhaitant changer radicalement de système. À gauche toute, et dès le 1er Mai !

 

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