Débats

À propos de l’article “Les rentiers de la santé”

dimanche 18 mai 2014

Reçu de « Cronos », à propos de l’article Les rentiers de la santé

Le problème permanent est que lorsqu’on donne des moyennes, il faille admettre qu’il y est des minimas et bien sûr, des maximas, donc il est malhonnête de traiter l’ensemble d’une profession de bourgeois pourris. Certaines personnes de cette profession ont l’envie “stupide” de faire un vrai travail de santé, de conseils dans un environnement sain, d’où le choix de la campagne, et, non pas celui de distributeur de médicaments et de cosmétiques en ville ou en galerie marchande, afin d’y faire fortune, ce qui existe aussi et en plus nombreuse proportion d’ailleurs. Je veux pour preuve les quelques petites pour ne pas dire minuscules pharmacies qui subsistent encore à la campagne où un ou une pharmacien bosse seul, pas pour le plaisir, mais par manque de moyens à dégager un salaire correct pour une préparatrice en pharmacie, tout cela afin qu’un service de santé soit encore présent dans les campagnes françaises, car les médecins, hormis quelques improbables roumains, ont eux désertés les zones rurales. Au fait, il faut savoir entre autres joyeusetés qu’une officine aussi petite soit-elle, coûte très cher, celle de mon épouse lui a coûté 545 000 € il y a 7 ans, 12 ans de crédit, il lui reste 5 ans à payer, et la pharmacie est aujourd’hui INVENDABLE, elle ne vaut plus que ce qu’elle doit à la banque. Elle ne produit plus assez de chiffres d’affaires pour être viable, non quelle soit mal gérée, mais grâce essentiellement aux baisses de prix des médicaments assénés depuis plus de 6 ans en continu [… ] les déremboursements par contre eux font grimper les prix aux firmaments et les gens ne les achètent plus et se soignent plus ou mal, c’en est les conséquences.

Réponse de Pierre Nicolas

Comme vous le soulignez fort justement, il faut se méfier des moyennes, qu’il s’agisse de pharmacies, de joueurs de football, d’intermittents du spectacle ou de chefs d’entreprises. Nous partageons votre attachement au travail de santé, et votre souci de permettre aux habitants des zones rurales d’accéder aux soins au même titre que les habitants des grandes villes. La pharmacie, comme la poste et l’école, fait partie des services indispensable aux habitants des zones rurales. D’une certaine manière, vous assurez une forme de mission de service public. Nous comprenons qu’être assimilés à des « rentiers de la santé » puisse vous faire réagir. Mais vous n’êtes pas concerné. Il n’y a rente que s’il y a écart entre les revenus de l’officine et les revenus du travail correspondants à la qualification de docteur en pharmacie, c’est-à-dire si la propriété génère un profit et l’accumulation d’un capital. Dans la situation que vous décrivez, cette rente n’existe pas, au contraire. Mais, en moyenne, si ! Une pharmacie coûte très cher. Parce que ça rapporte beaucoup. En moyenne !
Dans un village, la pharmacienne comme l’institutrice assurent des missions comparables par l’importance qu’ont l’accès de tous à l’éducation et à la santé. Devenir propriétaire d’une pharmacie coûte très cher. Comme devenir propriétaire d’une école ? Dans le cas de l’école, l’institutrice n’est pas propriétaire de l’école !  Elle n’a pas à s’endetter pour acheter son école, pour passer ensuite sa vie à rembourser un crédit, et, parce qu’il n’y a pas assez d’élèves pour que l’école soit viable, finir par se retrouver avec une école invendable qui ne vaut même pas ce qu’elle doit à la banque. Ce serait absurde. Pourtant, c’est ce qui existe pour les pharmacies. L’école n’a pas à être rentable. C’est un service public. Une pharmacie aussi. Un enseignant doit être justement rémunéré par rapport à sa qualification. Un docteur en pharmacie aussi.
Un jour, ce sera le cas. La santé sera un service public. Un service public de la République sociale. Car la santé est un droit.