Laïcité

La laïcité, la catalyse de l’alchimie du vivre-ensemble

samedi 9 avril 2011
Par
président de la conférence mondiale des religions pour la paix,
animateur de l'émission islam sur France 2
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Comment faire vire la laïcité aujourd’hui ?

Le débat est un signe de vitalité démocratique quand il a lieu au sein de la nation et nous en sommes demandeurs. Or, à quoi assistons-nous actuellement ? Une formation politique s’approprie les valeurs qui sont celles de la République pour appeler d’abord à un débat sur l’islam, mot-valise dans lequel il y a tout et le contraire de tout, eu égard à la fantasmagorie ambiante. Puis se livre à un rétropédalage hypocrite, vu le tollé à l’annonce de ce débat. après celui sur l’identité nationale. Lequel débat a suscité une parole raciste, islamophobe, misislamique (au sens de misogynie, de l’hostilité avérée). La notion d’identité française est pourtant à creuser : est-elle bijective, est-elle isomorphe, n’est-elle pas en mutation. Quelle est la notion même de la nation à laquelle nous contribuons ?

La laïcité, c’est la loi qui garantit le libre exercice de la foi aussi longtemps que la foi ne prétend pas dicter la loi. Nous sommes pour le primat du droit positif sur toute législation dite d’inspiration métaphysique, religieuse, transcendante. La laïcité devient alors la catalyse de l’alchimie du vivre-ensemble. Inutile de la qualifier d’une quelconque épithète : positive, négative, ouverte, fermée, indifférente, intelligente, tolérante ou de combat. Inutile d’ajouter un qualificatif à un concept aussi fondamental, clé de voûte de nos institutions que nous avons arrachée dans le temps à la suite de querelles (doux euphémisme) à travers l’histoire. Agir ainsi trahirait l’idée que la laïcité n’est plus autosuffisante. Et que chacun, parmi nous, concitoyens, pourrait lui accoler avec une épithète un signifiant qui n’est pas forcément celui de la nation. C’est pour cela qu’il faut être extrêmement vigilant, lucide et qu’il ne faut pas laisser telle ou telle formation politique, pour des considérations purement électoralistes, s’accaparer ce symbole, ces valeurs.

Fustiger et récuser ce débat galvaudé ne veut pas dire qu’il n’y a pas des problèmes à résoudre dans la vérité, la transparence, le sérieux, la responsabilité. Ainsi, l’incurie organique des hiérarques musulmans a fait en sorte qu’on n’a pas su régler l’affaire de deux fillettes à peine nubiles qu’on a emmitouflées dans un foulard en compromettant leur scolarité. Et de démission en démission, on se retrouve deux décennies plus tard avec l’affaire dite de la burka.

Malheureusement, si on a su dire avec autorité aux musulmans qu’en l’absence de lieux de culte, ils ne devaient pas prier dans la rue mais chez eux, on n’a pas mis avec la même vigueur les élus devant leurs responsabilités pour que soient construits des lieux de culte dignes, visibles, transparents. Nombre d’entre eux ont refusé de délivrer des permis de construire ou, au mieux, les ont donnés pour la ZAC, la ZI, devant la déchetterie ou à côté de l’aéroport.

Y veiller donnera plus de poids à cette exigence de vouloir construire une société commune, prospère, fraternelle et solidaire. C’est une quête solidaire du sens de l’avenir pour notre nation à laquelle nous sommes appelés. Sans elle, il ne saurait y avoir d’avenir de paix, voire pas d’avenir du tout pour cette nation.

Par
président de la conférence mondiale des religions pour la paix,
animateur de l'émission islam sur France 2


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