Chronique d'Evariste

Aux 7 péchés capitaux de l’autre gauche française, opposons 7 pistes d’émancipation !

jeudi 12 juin 2014
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Piste n°1 – L’histoire nous a appris que les transformations sociales et politiques ont toujours été le fait d’alliances de classes, incluant celle qui est la plus exploitée, la plus dominée, la plus expropriée.
Aujourd’hui, rien ne peut être tenté sans la classe populaire ouvrière et employée, qui regroupe 53 % de la population. Les chroniques d’Evariste « Désastre des gauches en France » et
« Le vote ouvriers-employés, clé de la transformation sociale et politique » indiquent quel est le travail politique et culturel à réaliser sans lequel toute espérance sera suivie d’une désillusion.

Piste n°2 – Jean Jaurès, fondateur de l’Humanité, stipulait que toute action exige un lien dialectique au sein de la double besogne. D’un côté le plan d’action immédiat, de l’autre, le projet d’ensemble.
Le programme du Conseil national de la Résistance suit cette règle. L’autre gauche en Europe également, notamment au Portugal, en Espagne, en Grèce, avec un score global 2 à 5 fois plus important.

La chronique d’Evariste « Progression de l’autre gauche en Europe et régression du Front de gauche en France : pourquoi ? » le montre clairement. En France, le mouvement syndical représentatif et l’autre gauche ne pratiquent que l’une des deux besognes, comme les associations caritatives et religieuses d’ailleurs.
Sauf dans quelques communes peu nombreuses, les assemblées citoyennes du FDG ne sont que des assemblées de militants ouvertes à quelques non-encartés.
Rien à voir avec les assemblées de quartiers de Grèce ou la nouvelle pratique de Podemos en Espagne, entre autres, ni même avec le travail de masse de la Gauche unie en Espagne ou de l’autre gauche portugaise.
Par ailleurs, les dispensaires associatifs gratuits de l’autre gauche en Grèce pour pallier un accès aux soins de plus en plus inégalitaire ne comptent pas pour rien dans la bataille culturelle en Grèce.

Piste n°3 – La chronique d’Evariste « Éducation populaire : en parler toujours pour n’en faire jamais ! Militant, réveille-toi, les vieilles méthodes sont usées ! » montre le débat nécessaire. De grands meetings de militants et adhérents, et même plusieurs manifestations de plusieurs dizaines de milliers de personnes ne remplaceront jamais l’éducation populaire de proximité.

Piste n°4 – Le travail d’unification du discours politique et stratégique est une nécessité. Prenons comme exemple le discours sur l’euro. La chronique d’Evariste sur les 6 positions sur la zone euro montre que les néolibéraux d’un côté et le FN de l’autre sont unifiés chacun sur leur discours sur l’euro.
L’autre gauche française se disperse sur 4 positions. Un peu trop, non ?

Piste n°5 – L’analyse de l’autre gauche en Europe montre que la mobilisation électorale va de pair avec une pratique démocratique plus élevée. Vouloir plus de démocratie dans la société demande, pour être crédible, une organisation plus démocratique, d’abord avec les citoyens, mais aussi dans l’organisation. De ce fait, le fonctionnement en cartel (donc non démocratique) du FDG pose problème. Dans une récente initiative d’éducation populaire, une question a été posée à un dirigeant du FDG : « Y a-t-il un lieu au sein du FDG où le débat que nous avons aujourd’hui a lieu ? ». Le dirigeant a été obligé de répondre : « Non ». Au moins, a été louée sa franchise.
Une autre question a été posée : «  Je suis un électeur de gauche qui s’est abstenu volontairement parce que j’en ai marre de la formule “les ouvriers n’ont pas compris, il faut mieux leur expliquer…” En fait, si autant d’ouvriers se sont abstenus, peut-être que ce sont nos dirigeants qui doivent apprendre de la base ». Suivit un applaudissement général. Mais c’était là un public majoritairement ouvrier et employé, avec des couches intermédiaires.
Promouvoir plus de démocratie est aujourd’hui une nécessité.

Piste n°6 – Voir la moitié du Front de gauche alliée au PS au premier tour des municipales alors que l’autre moitié se présente sur des listes Front de gauche mériterait un retour plus approfondi sur les justifications des directions nationales du PC et du PG. Vouloir l’unification stratégique est une nécessité. Mais faut-il faire croire qu’il y a forcément la vérité politique soit dans la position d’une des directions du PC ou du PG ? Nous ne le pensons pas ! Les deux positions sont de notre point de vue critiquables.

La position de la direction du PC l’est car, dans la plupart des cas (les exceptions sont peu nombreuses), elle n’a pas examiné « l’intérêt particulier du prolétariat ». Comme nous n’avons pas vu la différence de politique régionale du PS entre les 5 régions où le PC s’est allié dès le premier tour au PS et les régions où le PS s’est présenté sans le PC, nous ne voyons pas la différence de politique municipale (sauf quelques cas particuliers fort peu nombreux) entre les municipalités socialistes avec alliance avec le PC au premier tour et les autres.
Donc « l’intérêt particulier du prolétariat » n’a pas été la boussole de la direction du PC. Nous en concluons que la raison principale du choix de la direction du PCF est le calcul pour les futures élections sénatoriales et le nombre d’élus municipaux sans considération des politiques suivies. Politiques sans intérêt pour le prolétariat. Voilà comment il faut comprendre l’abstention lors de l’élection du 25 mai 2014 !

La position de la direction du PG est tout aussi critiquable, car elle confond principe et tactique, une alliance électorale concrète dans une situation concrète étant une tactique et jamais un principe comme doit l’être  la lutte de classe. Voilà pourquoi la systématicité demandée par la direction du PG nous semble erronée.

Nous renvoyons nos lecteurs vers le « Discours du citoyen Jaurès »1 :

Dans ce discours, après avoir analysé l’origine du dissentiment entre Guesde et lui, après avoir précisé le principe général de la lutte de classe. (Applaudissements prolongés, bravos), voilà qu’il aborde la question de la tactique.
Il dit : « Mais il ne vous est pas possible, par la seule idée de la lutte de classe, de décider si le prolétariat doit prendre part à la lutte électorale et dans quelles conditions il doit y prendre part ; s’il peut ou s’il doit et dans quelles conditions il peut ou il doit s’intéresser aux luttes des différentes fractions bourgeoises. Il ne vous est pas possible de dire, en vertu du seul principe de la lutte de classe, s’il vous est permis de contracter ou si vous êtes tenus de répudier les alliances électorales… De même, vous aurez beau connaître tout le plan de campagne d’un général, il vous sera impossible, par la connaissance générale de ce plan de campagne, de déterminer d’avance tous les mouvements particuliers d’offensive ou de défensive, d’escalade ou de retraite que devra accomplir chacune des unités tactiques qui composent l’armée… il vous sera impossible de résoudre cette question en vous bornant à invoquer la formule générale de la lutte de classe. Dans chaque cas particulier, il faudra que vous examiniez l’intérêt particulier du prolétariat. C’est donc une question de tactique et nous ne disons pas autre chose. (Applaudissements répétés)…c’est le devoir du prolétariat socialiste de marcher avec celle des fractions bourgeoises qui ne veut pas revenir en arrière. (Applaudissements bruyants et prolongés)…Je suis étonné , vraiment d’avoir à rappeler ces vérités élémentaires qui devraient être le patrimoine et la règle de tous les socialistes. C’est Marx lui-même qui écrit cette parole admirable de netteté : « Nous, socialistes révolutionnaires, nous sommes avec le prolétariat contre la bourgeoisie et avec la bourgeoisie contre les hobereaux et les prêtres ». (Vifs applaudissements) [Comme souvent, Jaurès cite de mémoire, de façon approximative une phrase de l’avant-dernière page du Manifeste : « En Allemagne, le parti communiste luttera aux côtés de la bourgeoisie dans toutes les occasions où la bourgeoisie reprendra son rôle révolutionnaire ; avec elle, il combattra la monarchie absolue, la propriété foncière féodale, la petite bourgeoisie »].

Piste n°7 – Contrairement à la période de la Libération, n’est-on pas dans une nouvelle période qui marque, à l’échelle de l’histoire (et non à l’échelle humaine), une fin du cycle né avec la Renaissance au XVIe siècle et qui s’est poursuivi par le capitalisme ? Si c’était le cas, tous les altercapitalismes plus ou moins keynésiens ne seraient plus de mise. Il conviendrait alors de penser, comme deuxième besogne, un nouveau modèle politique alternatif. Et dans ce débat, nous proposons le processus de la République sociale avec la stratégie jaurésienne de l’évolution révolutionnaire.

A bientôt dans les débats lors d’initiatives d’éducation populaire !

  1. Les deux méthodes. Conférence par Jean Jaurès et Jules Guesde à l’Hippodrome lillois, 26 novembre 1900, Lille, impression de P. Lagrange, « Bibliothèque du Parti Ouvrier Français », 1900, 15 p. Le discours de Jaurès occupe les pages 1à 9, la réponse de Guesde les pages 10 à 15. []
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