Economie

Compétitivité et austérité : problème du faible ou problème du système ? (2e partie)

mardi 2 octobre 2012
Par
Universitaire.
Auteur de "Néolibéralisme et crise de la dette, aux éditions "Osez la République Sociale"

La première partie discutait l’argumentation d’une France trop chère. Est-ce vraiment le problème ?

2. … Non, simplement celui du système capitaliste

Deux types de considérations, d’inspiration néo-keynésienne, permettent de contester l’inéluctabilité d’une austérité salariale généralisée et d’imaginer une gestion alternative des déséquilibres, soit par la coordination des politiques. D’une part, on voit émerger des propositions de coordination des politiques nationales, vues comme un premier pas vers un gouvernement économique de l’euro, voire vers la nécessaire intégration politique ; certains parlent même d’avancée vers le fédéralisme. On considère alors que le problème n’est pas la faiblesse de la France, mais la force de l’Allemagne, qui perturbe les économies de ses partenaires et dont l’intransigeance entraîne toute la zone vers la dépression. C’est par exemple le point de vue de l’OIT ou de l’OCDE, selon lequel une coopération visant le partage du fardeau de l’ajustement, ce qui serait une vraie solidarité, éviterait la chute générale.

D’un autre côté, on admet l’impératif de rééquilibrage immédiat, mais étant conscient des dangers déflationnistes, on veut l’accompagner d’un soutien de l’emploi. Cela doit certes passer par une classique relance de la demande, au niveau de la zone (ainsi le volet croissance du TSCG, simple « pistolet à eau » selon P. Krugman), mais aussi par une politique structurelle. Cette dernière a sa place si les coûts ne sont pas seuls en cause et que la compétitivité-prix n’est pas l’alpha et l’omega de la situation. C’est pourquoi on entend de nouveau les « industrialistes », qui mettent en avant la compétitivité hors-prix et la nécessité de conduire des politiques d’innovation, de qualité, etc.

L’impossible coordination des politiques conjoncturelles

Des économistes et commentateurs de plus en plus nombreux, y compris parmi ceux qui tenaient il y a peu les discours libéraux les plus enflammés, commencent à changer de ton, criant à la folie de ceux qui s’entêtent dans la voie sans issue de la spirale austérité-récession. Ils ont bien compris, en effet, que c’était enclencher un mouvement qui risque de tout emporter, comme peut le faire craindre ce qu’il se passe au sud de l’UE et qui rappelle les années 30 : montée du chômage et de la misère, mais aussi de l’extrême droite. Le « keynésianisme standard », qui tint le haut du pavé pendant les 30 glorieuses puis fut tant décrié, retrouve du lustre parce que ses mécanismes globaux de base, bien que schématiques, restent fonctionnels : l’austérité pèse sur une demande déjà atone et conduit inéluctablement à la récession puis à la déflation, au chômage et à la misère ; sa généralisation enclenche alors une spirale déflationniste (baisse des prix et hausse du chômage) car l’austérité des uns ferme les débouchés des autres.

Ce même fond de keynésianisme est toujours resté présent dans des institutions internationales plus enclines à raisonner en termes d’intérêt de l’économie mondiale, et non plus nationale. Car, si la théorie néo-classique légitime les politiques néo-libérales (privatisation-financiarisation), elle n’a aucune efficacité explicative globale. Les crises alors font revenir à Keynes, voire à Marx quand c’est grave ! Ainsi l’OIT reproche à la politique allemande de rigueur salariale engagée au début des années 2000 d’avoir fermé les débouchés allemands à ses partenaires de la zoneuro et avoir ainsi provoqué les déséquilibres de leurs finances publiques1.

Suivant la même analyse, l’OCDE s’appuie sur le graphique précédent de ses Perspectives pour fonder sa proposition de stratégie alternative à l’austérité généralisée : les pays qui vont « bien », en excédant extérieur et équilibre interne, augmentent leurs salaires, créant ainsi une demande permettant à ceux qui vont « mal » d’adoucir la rigueur nécessaire chez eux. Constatant que les pays qui vont mal sont ceux dont les coûts unitaires ont le plus progressé, l’OCDE propose donc l’austérité dans ces pays et le relâchement dans les autres. Ainsi, l’Allemagne, comme les autres « pays du nord », devrait laisser filer les salaires, sachant que le mouvement à la baisse dans les pays fragiles, ceux du sud (les GIIPS), est déjà bien engagé depuis 2009, même si Italie et Portugal ont seulement stabilisé, cependant que la France, encore solide, continue sur sa funeste lancée.

Non plus austérité généralisée, donc, mais partage du poids de l’ajustement entre les fragiles et les solides, pour éviter la récession généralisée. C’était bien le point de vue de Keynes quand, dans les années 20 déjà, il tentait d’expliquer aux autorités britanniques qu’« un pays en difficulté peut toujours s’en sortir en baissant ses salaires », mais que cela inciterait les autres à faire de même et qu’en conséquence, le chômage et la misère se généraliseraient, précipitant les ouvriers dans les bras des bolcheviks. Ceux qui en appellent aujourd’hui à Keynes devraient logiquement proposer la sortie des plus faibles du système de l’euro.

En effet, pour Keynes, le partage du fardeau passait par l’abandon de la référence à l’or, « cette relique barbare », qui imposait une politique monétaire austéritaire, la banque centrale devant utiliser la planche à billets si nécessaire. Dans le même esprit, il proposa, à Bretton Woods, d’adopter pour les règlements internationaux, une monnaie purement véhiculaire, le Bancor, une monnaie que l’on ne puisse pas mettre en réserve pour constituer une épargne, qui ne se négocierait pas sur les marchés financiers et sur laquelle on ne pourrait pas spéculer. Étrangère à la sphère financière, cette monnaie permettrait aux pays en déséquilibre des paiements de prendre le temps de l’ajustement nécessaire sans prélever sur le pouvoir d’achat interne (et accroître le chômage).

Las, cette stratégie de coopération est illusoire, l’histoire l’a montré à maintes reprises. À la fin des années 70, notamment, avec l’échec de la stratégie dite « des locomotives », qui eut pour résultat inflation, chômage, chute du dollar, re-inflation et deuxième choc pétrolier. À la fin des années 80, également, avec l’échec de la coopération prévue par les Accords du Plaza (1985), quand la RFA refusa de baisser ses taux d’intérêt pour soutenir le dollar dans sa trop rapide dépréciation, le tout aboutissant au krach d’octobre 1987 et à ce qui s’en suivit.

Ces échecs résultent du fait que le capitalisme fonctionne au niveau national, seul niveau où peuvent être gérés le coût du travail et celui de l’argent, coûts éminemment politiques et qui ne peuvent être validés que par une instance politique. De plus, sauf à s’endetter pour distribuer du pouvoir d’achat, un pays ne peut vendre sa production et sauver ses emplois qu’en exportant. Dès lors, la coopération se heurte inéluctablement à la confrontation des intérêts nationaux et à l’absence, par définition, d’un pouvoir supra-national. On peut alors avoir une situation du type « dilemme du prisonnier », que les économistes caractérisent comme « équilibre de Nash non coopératif », équilibre tous perdants.

Supposons un accord de coopération tel que rêvé par des keynésiens : l’Allemagne s’engage à relâcher sa pression sur les salaires ; ses partenaires, qui respirent mieux, s’engagent à faire les efforts de rigueur nécessaires et désormais plus faciles. Supposons maintenant que les partenaires ne tiennent pas leur engagement et ne fassent pas lesdits efforts, alors l’Allemagne est le dindon de la farce. De même, si les partenaires font les efforts, mais que l’Allemagne en profite pour accroître son avantage, ils auront été inutiles. Ainsi, sans garantie que chacun tienne l’accord, personne n’a intérêt à le tenir si chacun évalue les dégâts possibles supérieurs aux avantages qu’il peut espérer. Résultat, l’Allemagne n’a plus de débouchés puisque ses partenaires sont obligés de faire de l’austérité, et c’est la plongée de tous vers la déflation.

Hors système de parités de fixes, un pays peut dévaluer pour retrouver des débouchés, dans la mesure où ils tiennent à la compétitivité-prix, à condition qu’il supporte la pression inflationniste qui en résulte. Cette porte est fermée dans le système de l’euro, système de monnaie unique, qui fonctionne comme un système d’étalon or durci par des parités « irrévocablement fixes ». Cependant, un pays peut toujours outrepasser les limites fixées par les critères de Maastricht, même s’ils ont en principe force de loi, ce qui lui permet de rester dans le système de parités fixes. France et Allemagne l’ont fait en 2003, comment ensuite l’interdire aux autres ? Alors que dans les années 30, devant la contrainte extérieure, les pays du bloc or, réunis autour de la France, ont dû dévaluer et abandonner la référence à l’or. Mais rester dans l’euro sans les critères, c’est s’endetter, cumulativement quand la croissance est faible et les taux élevés. Cela peut certes durer, tant que la finance l’accepte, mais il faut que le pays – le peuple – en accepte le prix, l’austérité ou des taux d’intérêt élevés, quand ce n’est pas les deux simultanément. L’euro a remplacé l’or, il est, non point encore relique, mais tout aussi barbare.

La stratégie de coordination de l’OCDE repose sur la vision keynésienne selon laquelle les problèmes économiques résultent de déséquilibres de la demande qui empêchent l’harmonie globale des marchés. Cependant, si la crise est une crise de l’offre, de la capacité à créer des richesses réelles, et Marx nous permet de dire que c’est le cas, alors l’action sur la demande ne peut rien résoudre.

Crise de l’offre, corset monétaire, le keynésianisme, fut-il coopératif, est inopérant. On peut cependant ne pas encore renoncer à toute idée d’une alternative possible en posant la question d’une politique industrielle.

L’illusoire sortie de crise par une politique industrielle dans le cadre de l’euro

Contre les politiques structurelles austéritaires, des libéraux – parfois les mêmes – appellent l’État à sortir des oubliettes la politique industrielle, pour miser sur l’autre composante de la compétitivité, la compétitivité hors-prix, qui désigne les facteurs de compétitivité autres que le prix à l’exportation : la qualité, l’innovation, la fiabilité, les services, les réseaux commerciaux, la « gouvernance », etc… Cela rappelle la « stratégie de Lisbonne », fondée sur la théorie de la croissance endogène, selon laquelle l’investissement public multiplie l’efficacité de l’investissement privé, idée qui faisait florès du temps de Clinton.

Cette stratégie communautaire, définie en mars 2000 dans un climat encore euphorique, entretenu par les promesses des NTIC, prévoyait d’aller « vers une Europe de l’innovation et de la croissance », de faire de l’UE une zone dynamique, « la plus compétitive au monde ». À cette fin, elle visait à développer la R&D, pour relever le défi technologique de l’économie numérique, et à libérer les forces entrepreneuriales du poids de la bureaucratie administrative.

Cette stratégie fit long feu, car mort-née : de l’éclatement de la bulle NTIC dès ce même mois de mars 2000, au sauvetage en 2007 du système bancaire, qui a généré la crise de la dette, la conjoncture a changé et les pays de la zoneuro se sont repliés sur eux-mêmes, d’où les difficultés de la coopération. De communautaires, les politiques européennes sont devenues principalement inter-gouvernementales et axées sur la compétitivité-prix et donc l’austérité.

Cependant, l’impasse de plus en plus évidente dans laquelle s’est engagée la zoneuro fait resurgir la problématique de la politique industrielle, renvoyant la compétitivité à des réformes structurelles autres que la simple recherche de moindres coûts. En effet, si la compétitivité du secteur automobile allemand ne fait pas de doute, la main-d’œuvre y est pourtant bien plus chère : 43,14 € contre 33,38 en France, selon Eurostat ! Tandis que, à l’opposé, les exportations de services françaises restent stables alors que le coût de la main d’œuvre y est plus élevé. C’est un cliché que de dire, comme la pub, que l’industrie automobile française pâtit de la fiabilité de ses produits – « Deutsch Qualität ! », dit-elle – ou de leur mauvais positionnement.

Outre la qualité et autres facteurs de compétitivité hors-prix déjà invoqués, un élément important est la complétude de l’offre : trop souvent un producteur perd des marchés car il ne propose pas les produits ou services d’accompagnement qui font la différence. Un autre facteur, encore, apparaît de plus en plus souvent, désigné par le terme à la mode de « gouvernance », qui peut renvoyer à l’organisation de l’entreprise, à son insertion dans des réseaux, mais aussi au cadre administratif ou réglementaire posé par l’État ou autres administrations publiques.

Gérer tous ces facteurs, si on le souhaite, est l’affaire d’une politique industrielle, mais cela n’est pas évident. Suivre dans les faits le modèle allemand, ou autrichien (avant ce fut le modèle suédois, puis le danois), ne se décrète pas, qu’il s’agisse des relations sociales dans l’entreprise, de la formation (apprentissage), etc. Ces modèles sont le produit de toute une histoire de luttes politiques, de conflits sociaux, de compromis plus ou moins historiques… Et qui peut anticiper quelle activité, quel métier, quel produit sont porteurs d’avenir ? L’histoire industrielle est peuplée de capitaines qui, tel Colomb, ont trouvé l’Amérique en cherchant les Indes.

De plus, à supposer que l’on puisse définir des objectifs pertinents, ce ne peut être qu’une politique nationale, étant donné les enjeux. Mais il en faut le pouvoir politique et les moyens. Logiquement, la manière la plus efficace d’agir est la nationalisation des entreprises que l’ont veut diriger dans la bonne voie ; les nationalisations de 81 ont effectivement sauvé les entreprises concernées, même si la suite a dégénéré, la gauche de gouvernement s’étant elle-même laissé gagner par le dogmatisme néo-libéral. De plus, l’endettement des pays déficitaires leur ôte tout réel moyen d’action, tandis que les pays excédentaires n’ont pas besoin d’agir !

Et à supposer quelques velléités d’intervention, l’UE est par principe là pour en ôter le pouvoir : son inspiration ordo-libérale interdit toute intervention qui dégraderait une concurrence voulue « libre et non faussée », au motif que dès l’instant que le monopole est contenu, la libre entreprise garantit au travailleur et au consommateur le juste prix et donc le pouvoir d’achat optimal. Elle accepte certes l’idée d’un financement public de la recherche ou d’ententes pour la R&D, cf. « Lisbonne 2000 », mais comment mener une vraie politique industrielle sans aides sectorielles, qui « fausseraient » inévitablement la concurrence ? L’UE condamne régulièrement de telles interventions, même au niveau de la PAC, pourtant politique communautaire. Cependant, dans la réalité, les nombreux lobbies qui opèrent autour de la Commission obtiennent d’importants financements sectoriels en faveur de projets jugés porteurs de croissance et d’un avenir durable.

Une politique industrielle communautaire autre qu’une simple politique de la concurrence supposerait un gouvernement européen, ce qui renvoie à la problématique de la coopération. Seule une UE État-nation fédéral pourrait passer l’obstacle, mais elle ne peut naître que d’une crise très profonde qui balaye le système capitaliste actuel, celui de l’UE néo-libérale et de l’euro, et ses élites.

Au total, l’orientation néo-libérale d’une UE capitaliste empêche toute alternative et condamne les peuples à une austérité qu’une simple réorientation ne pourra cependant pas leur éviter.

Contre l’austérité, une UE républicaine et sociale

Dans les années 20, Keynes protesta contre la volonté des autorités britanniques de rétablir la parité or de la livre, parce qu’il savait que pour s’adapter au fait que les prix en Angleterre seraient dictés par « le prix du maïs et du jus de raisin américain », les Etats-Unis étant plus compétitifs, n’imagineraient qu’une une baisse des salaires, le réflexe conservateur traditionnel dans ce cas de figure.

Ce réflexe vient de l’histoire des économies capitalistes : la reproduction des élites passe par celle du système, et celle du système par celle des capitalistes, donc par leur capacité individuelle à produire ou capter de la plus-value. In fine, quand tout a échoué, que les contre-tendances à la baisse du taux de profit ne peuvent plus éluder la crise, il ne reste plus que la baisse du coût du travail. C’est ce que l’expérience a appris aux managers, privés ou publics.

Les choses sont plus figées encore aujourd’hui, avec la place qu’a prise la bureaucratie, publique ou privée. Marx l’avait finement analysé : le développement du crédit et des sociétés par actions, qui appelle concentration des capitaux et centralisation des décisions, fait émerger une classe de managers qui vont se charger, contre grasse rémunération, de gérer les affaires d’argent pour le compte des « hommes aux écus », les capitalistes.

Mais quand l’industrie ne crée plus de richesse, que le profit baisse, la finance devient prééminente et les managers ne sont plus des entrepreneurs, ils deviennent des gérants : leur survie dépend de celle du système, donc pas de risques, pas de changement, le seul objectif est de maintenir les choses en l’état. Les managers privés, qui n’ont de prise que sur leur concret, leur société, lient nécessairement leur sort à celui des élites politiques, qu’ils stipendient (du point de vue du salarié), pour qu’elles gèrent le système en ce sens. Avec l’aide de la bureaucratie étatique, dont le sort leur est lié et bien obligée de suivre.

C’est ainsi que les élites considèrent généralement que le TSCG est « stupide », mais qu’il est la seule voie possible. « Nous, nous allons jusqu’au bout de la défense de l’euro. Non par dogmatisme, mais par sens des réalités » (J. M. Ayrault, 23 sept. 21012). De plus, argument supplémentaire, il ouvre la voie à une réorientation de l’UE : « ce n’est pas ce traité seul qu’on vote, c’est un ensemble » avec « le paquet de croissance» et le « principe d’une taxe sur les transactions financières » qui peut voir le jour «d’ici la fin de l’année». (P. Moscovici, même jour, ajoutant que cela n’était «pas rien »). Notons bien : le principe qui peut voir le jour !

Cependant, l’importance de la ratification du TSCG est plus dans le symbolique que réelle, dans la mesure où il s’agit principalement de rassurer les marchés sur l’acceptation politique par les peuples d’une thérapie de choc déjà mise en route par les élites. En effet, le vote de la loi organique, qui fixe les règles budgétaires, actera un abandon de souveraineté déjà engagé avec la réforme du PSC contenue d’abord dans le « six pack » voté en septembre 2011 par le parlement européen et qui octroie à la Commission européenne de larges pouvoirs de définition et de contrôle des politiques économiques et sociales nationales, via notamment les budgets. Le corset a été resserré par l’adoption, en juin 2012, du « two pack », qui prévoit la constitutionnalisation de la « règle d’or ». Les modalités de fonctionnement de l’ensemble, notamment les règles de majorité, donnent en fait quasiment tout pouvoir de décision à la technocratie européenne. On peut bien être contre le TSCG, l’important est de voter le budget (et la loi organique).

Quoiqu’il en soit, ce Pacte budgétaire n’a guère plus de chances d’être respecté que les critères de Maastricht, ce qu’il admet d’ailleurs, implicitement, en prenant pour objectif le déficit structurel, ce que personne ne sait vraiment définir concrètement et qui sera donc laissé à l’arbitraire de la Commission, chargée de l’évaluer. Certes, le TSCG prévoit des sanctions automatiques, mais quel est le pouvoir de coercition sur un État-nation indépendant, hormis l’Anschluss ou la guerre2 ?

Dans un système de classe, le pouvoir politique appartient à la classe dominante. Dans le système capitaliste avancé, la bourgeoisie l’a délégué aux techno-bureaucrates qui l’ont en apparence abandonné aux marchés, afin de faire passer leurs intérêts, et ceux de la classe dominante, pour des effets de l’économie, et de faire croire que les outrepasser est source de malheurs sociaux. Ils doivent, via la démocratie et l’idée de souveraineté nationale, faire adhérer le peuple à leur projet. L’idéologie néo-libérale masque sa nature politique derrière de prétendues lois naturelles de l’échange, alors qu’il ne s’agit que de se « dépatouiller » des conséquences économiques, sociales et politiques des lois du mode de production capitaliste.

Les peuples d’Europe ne récupéreront la souveraineté dont les ont privés les élites européistes qu’en reprenant la main politique sur la marche de leurs économies, en reconstruisant l’UE en République sociale.

  1. http://www.ilo.org/global/publications/ilo-bookstore/order-online/books/WCMS_168092/lang–en/index.htm, p. 51 []
  2. Quand après l’élargissement de l’UE aux « pays Club med », on demanda à C. Pasqua ce qu’il se passerait au cas où l’Italie ne respecterait pas les critères d’admission, il répondit : « On lui fera la guerre ». Tout était dit. []
Par
Universitaire.
Auteur de "Néolibéralisme et crise de la dette, aux éditions "Osez la République Sociale"


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