Proche-Orient

Corine Goldberger : « Nos valeurs sont celles de la République »

mardi 16 mars 2010

Corine Goldberger est journaliste dans la presse féminine et cofondatrice de l’Association “Shalom, Paix, Salem” en France.

Hakim Arabdiou : Qu’est-ce qui vous a incité à créer une telle association ?

Corine Goldberger : L’importation du conflit de Moyen-Orient en France, et ses conséquences sur les deux communautés, juive et musulmane. L’opération Plomb durci a provoqué une vague de haine contre les Juifs, perçus comme s’ils étaient des représentants d’Israël et de l’armée israélienne. La critique d’Israël a dégénéré en menaces et insultes antisémites, dans la rue mais aussi sur facebook. En réaction des juifs se sont radicalisés et rendu coups pour coups. Facebook est devenu un champ de bataille virtuel. Or, Paris n’est ni Gaza ni Jérusalem, ni Tel-Aviv. Les musulmans de France ne sont pas des Palestiniens et les Juifs de France ne sont pas israéliens. Les sympathies pour l’un ou l’autre camp ne doivent pas conduire à agresser ceux qu’on identifie au camp d’en face. Assez de ces identifications qui sont totalement inutiles et contreproductives pour aboutir à une paix éventuelle un jour. Ce ne sont que dangereuses gesticulations. Nous sommes en France et nous devons vivre ensemble. Un jour, je suis tombée sur le groupe facebook “Juifs, musulmans, arrêtons la haine”. Sa jeune créatrice, Sawa, proposait un rassemblement le 1er mars 2009 pour dire non à toute cette violence intercommunautaire. J’ai trouvé cette idée géniale. J’ai contacté Sawa et Jamila, qui faisait aussi partie de ce groupe, et nous avons concrètement monté ce rassemblement, avec les autres administrateurs d’autres groupes facebook prônant également le dialogue judéo-musulman et le vivre ensemble en France. Après ce rassemblement initial et fondateur au Trocadéro, nous avons décidé de créer un mouvement, Shalom, Paix, Salam! une association, dont le bureau est constitué par les créateurs des groupes facebook qui ont participé au rassemblement du 1er mars 2009 à la place du Trocadéro, à Paris.

H.A : Avez-vous rencontré des incompréhensions ou au contraire de la sympathie, lors de la création de votre association ?

C.G. : Nous avons rencontré les deux réactions, et des deux côtés. Des musulmans trouvaient inconcevable, scandaleux que d’autres musulmans travaillent au dialogue intercommunautaire avec des Juifs, toujours parce qu’ils s’identifient aux Palestiniens, et des Juifs, en réaction disaient que notre initiative était vouée à l’échec, car “les musulmans nous détestent”. Ils citaient les dernières agressions antisémites, rappelaient toutes les analyses sur le nouvel antisémitisme des quartiers. Les plus remontés avaient eux aussi des réactions racistes. Des deux côtés, on nous a traités aussi d’idéalistes bisounours. Ce à quoi on peut répondre que le racisme, l’antisémitisme, la haine de l’autre, l’agressivité , n’ont jamais apporté quoi que ce soit de constructif: sinon cela se saurait… Nous ne voulons pas empêcher le débat sur Israël-Palestine. Nous disons juste: débattre, oui, se battre, non. Nous ne prenons pas nous-mêmes position sur le conflit du Moyen-Orient. Chacun en pense ce qu’il veut. L’important pour nous c’est qu’ici en France, Juifs et musulmans ne se battent pas entre eux par identification à l’un ou l’autre camp, et que personne n’agresse personne, surtout physiquement, en raison de ses opinions réelles ou supposées sur le conflit.

Et à l’inverse, des gens des deux côtés nous ont rejoint, nous disant qu’ils étaient fatigués de toute cette haine croisée, qu’ils travaillaient au quotidien avec des Juifs ou des musulmans, en comptaient parmi leurs amis et collègues, que ça se passait bien. Que c’est l’ignorance qui crée la méfiance et la haine. Certains rappelaient le passé commun des Juifs et des musulmans au Maghreb. Certains disaient : nous sommes cousins, nous sommes tous fils d’Abraham.

H. A. : Quelles sont les perspectives que vous avez tracées à cette association ?

C.G. : Nous continuons à lancer ou participer à des initiatives culturelles ou festives qui permettent le dialogue paisible, la meilleure connaissance de l’autre, le vivre ensemble, avec d’autres associations amies. En dialoguant, chacun se rend compte que nous avons beaucoup de choses en commun.
Nos valeurs sont celles de la République.

H.A. : Un dernier mot ?

C.G. : Nous souhaitons travailler de plus en plus avec les associations proches de nos valeurs, pour que le dialogue judéo-musulman devienne une réalité visible. Qu’on puisse se dire: “C’est possible, regardez-les! “

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