Chronique d'Evariste

De quoi le « Brexit » est-il le nom ?

lundi 27 juin 2016
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En simplifiant à l’extrême, il s’agit d’une « sortie de secours » de l’Europe… mais par la droite.

Pour paraphraser le vieux Marx, tout matérialiste se doit d’abord de manier la dialectique. En suivant cette méthode, le « Brexit » indique, en fait, qu’une fraction significative de la classe bourgeoise anglo-saxonne ne retrouve plus son compte dans son alliance avec la micro-couche financière. La contradiction interne à la bourgeoisie est telle qu’elle remet en cause le dispositif de pouvoir en Europe.

Le cliquet ayant sauté, nous allons donc assister à une accélération de la décomposition de l’institution européenne dans les mois et les années à venir. L’alliance de classe est rompue. Car la récession est passée par là depuis dix ans : après les couches populaires et intermédiaires, la petite-moyenne bourgeoisie commence aussi à souffrir, en particulier en raison de l’effritement des revenus de son épargne et de ses rentes, et cela dans tous les pays d’Europe. Les injections de liquidités (QE), les taux négatifs, sont certes indispensables pour sauver le système financier et bancaire, mais cela engendre une dévalorisation des actifs au détriment de la classe bourgeoise classique. Bref, la micro-couche financière saigne le rentier !

Hélas, dans cette fin de cycle historique, la droite dispose d’une énorme longueur d’avance. Nous payons cash le « refus devant l’obstacle » de Tsipras et du gouvernement grec de Syriza en juillet 2015. Car la sortie de l’Europe par la gauche est pour le moment encore introuvable. La droite mène la danse dans l’espace occidental ! A Londres avec Boris Johnson et à Washington avec Donald Trump, un projet cohérent de gouvernance droite/extrême droite est en passe de se mettre en place.

Rien de comparable à gauche sur le continent européen n’est à l’œuvre pour l’instant. Car la vraie gauche hésite encore sur la nature de l’Union européenne, la ligne mythique de transformation vers une Europe dite « sociale » est encore majoritaire dans notre camp. Le soutien critique à la ligne du chef travailliste britannique Corbyn ou du cinéaste Ken Loach en est l’expression. Il suffisait pour s’en convaincre d’observer la Une de L’Humanité le jour du vote du référendum britannique : son journaliste Bruno Odent théorisait le vote « Remain » au nom d’une Europe protectrice des acquis sociaux (sic) ! Visiblement, le Parti communiste fait semblant de ne pas comprendre la nature objectivement anti-populaire de l’Europe de la récession et de la liquidation des droits des salariés… et ceci en pleine mobilisation contre la loi Travail, voulue par Jean-Claude Juncker et la finance luxembourgeoise. Ceux qui tentent de ranimer « le cadavre à la renverse » qu’est devenue l’Europe mènent la gauche vers une impasse.

Autre élément indiquant qu’un bloc du sud européen anti-austérité est encore loin : les élections législatives du 26 juin en Espagne. La relance du processus interrompu en juillet 2015 à Athènes n’a pas eu lieu.

Unidos-Podemos n’a pas tenu ses promesses. Visiblement les mois de tractations politiciennes ont banalisé ce rassemblement. La gauche n’a pas réussi à mobiliser l’électorat populaire, le taux de participation s’étant effondré à 52 %. Ainsi, Unidos-Podemos reste en troisième position derrière le PSOE. Les raisons de cet échec sont certainement multiples, mais la confusion de la gauche espagnole sur l’Europe joue, là aussi, un rôle primordial. Car le leader de Podemos s’est tout de même prononcé pour le Remain la semaine dernière !

Nous sommes encore bien loin de la création d’une plate-forme internationale, une sorte de programme minimum de la gauche du Sud regroupant les partis et organisations portugaises, espagnoles, françaises, italiennes et grecques. L’ambiguïté politique peut avoir des mérites tactiques, la confusion jamais.

Paradoxalement c’est en France qu’existent quelques lueurs d’espoir et de clarification pour une position de gauche sur l’Europe.

En plein renouveau du mouvement social, Jean-Luc Mélenchon explicite son opposition aux traités européens. Son nouveau slogan « l’Europe, on la change ou on la quitte !» a au moins le mérite de la clarté. C’est une évolution positive. Par sa preste déclaration de candidature à l’élection présidentielle, il peut développer à fond une pédagogie critique sur l’Europe du Capital financier et déclencher une vague de fond politique.

Mais il lui faudra encore approfondir l’argumentaire pour ne plus laisser planer le doute sur sa stratégie et convaincre les classes populaires : si les traités ne sont pas modifiés, ce qui sera le cas à 99,9 %, il faudra que la vraie gauche appelle à quitter l’Union européenne.

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