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Gauche de la gauche, populisme de gauche, gauche de gauche (1/2)

mardi 22 août 2017
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Après la séquence électorale présidentielle et législative 2017 que nous avons analysée dans notre journal Respublica (nos dernières chroniques à relire ici et , et quatre articles sur les élections 1, 2, 3 & 4 ), il convient de revenir sur les débats stratégiques sur période longue. D’autant que de nombreux militants ne vivent leur pratique politique qu’en fonction de la prochaine action militante sans insérer cette dernière dans la perspective longue.

 

La gauche de la gauche n’a pas de force propulsive

Commençons par le principal. La conversion des partis socialistes au néolibéralisme a précipité la crise des organisations de gauche.Cette conversion des partis socialistes (partis de gauche dominant des années 80) au néolibéralisme a entraîné l’émergence d’une gauche de la gauche sous l’impulsion principale de l’altermondialisme dans la deuxième partie des années 90. En France, une organisation a porté cette émergence:Attac. Cette organisation au départ pluraliste et globalisante quant aux sujets traités jusqu’à la victoire du non au traité constitutionnel européen le 29 mai 2005, s’est transformée à la suite d’une crise de direction, en une organisation non pluraliste et non globalisante quant aux sujets traités. Elle a alors perdu plus des deux tiers de ses adhérents. Mais elle a transmis à toute la gauche de la gauche du champ politique ses modes de fonctionnement douteux, avec une ombre portée jusqu’aux élections régionales de 2015, marqués par le fait que le Front de gauche a perdu plus de voix que tous les autres partis par rapport à l’élection présidentielle de 2012. Analysons-les. D’abord, l’acceptation du recul du principe de démocratie de deux façons. En premier lieu par le fonctionnement des collectifs et des cartels (tel, par exemple, le Front de gauche auquel il n’était pas possible d’adhérer directement) qui finissent par perdre leur légitimité populaire car le débat est circonscrit entre les « chefs » des « organisations » souvent « coupés des masses populaires ». En second lieu, par la généralisation des prises de décision « au consensus », ce qui oblige de ne pas traiter les questions qui « fâchent » même si ces dernières sont d’une importance capitale dans le débat populaire. Ensuite par le recul du principe de laïcité1 favorisé par le néolibéralisme et par les modes de fonctionnement décrits ci-dessus qui permettait au gauchisme communautariste de se trouver grâce à sa forte organisation centralisée aux postes de direction des « cartels » pour défendre l’une des trois déviances de la laïcité (la laïcité d’imposture ou laïcité adjectivée)  ; au nom du « consensus ». Furent ainsi supprimés, les débats qui ne faisaient pas « consensus » alors que par exemple, ce recul de la laïcité est l’une des raisons (loin d’être la seule cependant, NDLR) qui a éloigné les couches populaires ouvrières et employés du vote Front de gauche.

Enfin, sur des nombreux sujets tels l’analyse de l’Union européenne et de la zone euro après le krach de 2007-2008, la protection sociale, les services publics, l’école, la nécessaire réindustrialisation de la France sous transition énergétique, etc., l’alignement sur la position des organisations ayant le plus d’adhérents mais de moins en moins de légitimité populaire fut patent.

 

L’impasse des analyses sur l’UE et la zone euro

De plus, il convient de se rappeler que le non de gauche au traité constitutionnel européen le 20 mai 2005 (plus de 31% des voix exprimées) était bien plus important que le oui de gauche. Pourtant le bloc politique dominant à gauche sur le plan électoral restait majoritairement un bloc dirigé par le PS complice des politiques austéritaires initiées par l’Union européenne dans ses directives et ses traités successifs. Et dans la majorité des organisations de la gauche de la gauche (directions d’Attac et du Parti communiste), la critique de l’UE et de la zone euro par le plan A n’était pas perçue à juste titre comme une rupture avec le néolibéralisme dans la mesure où l’UE n’est aujourd’hui plus réformable de l’intérieur. Le 13 juillet 2015 en Grèce en porte témoignage. Tout cela préparait donc la crise de la gauche que nous avons connue depuis. Depuis, des organisations peu influentes prônent la sortie de l’UE et de la zone euro demain matin à 8h 30 (plan B), la FI prônant quant à elle le plan A/B jouant le jeu des institutions européennes avec la menace de la sortie. Cependant, les déclarations de Généreux et de Liem au cours de la campagne présidentielle montraient bien leur croyance en la possibilité de gagner la confrontation au sein de l’UE grâce à un volontarisme plus grand que celui de Tsipras. Comme si la volonté pouvait faire fi des lois tendancielles du capitalisme. Comme s’il était possible d’avoir un accord équilibré avec une Allemagne aussi dominante économiquement.

Oui, l’UE et la zone euro sont des carcans empêchant toute politique progressiste de rupture. Mais croire qu’avec une majorité courte aux élections et un grand volontarisme, on puisse sortir à froid de ce carcan est une illusion. Nous rappelons que la GB souhaite organiser une sortie de droite hyper libérale de l’UE et qu’elle n’est pas dans la zone euro et donc cela n’a rien à voir avec notre projet. La réaction de l’oligarchie serait beaucoup plus vive pour ne pas dire plus avec une volonté de sortie de gauche anti-libérale de l’UE et de la zone euro. D’autre part, l’argument selon lequel la France est le deuxième pays de la zone euro et qu’en conséquence elle peut faire ce qu’elle veut dans un carcan comme celui-là reste à démontrer. La méthode Coué n’est pas plus forte que les lois tendancielles du capitalisme. Sauf à croire qu’une simple politique post-keynésienne serait la mère de toutes les solutions. Alors que les conditions de réussite d’une politique post-keynésienne n’existent plus aujourd’hui.

Voilà pourquoi nous développons l’idée d’une sortie de l’UE et de la zone euro par le plan C lors d’une crise paroxystique du système politique et, ou financier, crise qui est certaine sauf que la date n’est pas connue. D’ailleurs comme le présentent les films de Marie Pialat « Peuple et pouvoir » et « Peuple et profit », aucune transformation sociale en 2500 d’histoire n’a eu lieu en dehors d’une crise paroxystique précédée d’une gigantesque bataille pour une nouvelle hégémonie culturelle. Toutes les autres constructions intellectuelles font preuve d’idéalisme philosophique ou de solipsisme.

Ceci est d’autant plus préoccupant que les écarts de taux de change réels entre l’Allemagne et tous les pays du Sud de l’UE (y compris la France) continuent de s’agrandir et donc de favoriser la désindustrialisation de la France et le chômage. Et c’est le FMI qui le dit dans son nouveau rapport External Sector Report – 20172. Car si on compare au même document de l’année dernière, la situation a empiré.

Retrouvez la suite dans le prochain numéro.

  1. Parler de recul de la laïcité est en fait un euphémisme puisque l’université d’été d’Attac 2017 invite dans un atelier des animateurs pro-Indigènes de la république, chantres du communautarisme et du racisme inversé : Sonia Moussaoui, Houria Bouteldja, Omar Slaouti, Sihame Absague. []
  2. https://f.hypotheses.org/wp-content/blogs.dir/981/files/2017/07/A-01-2017-external-sector-report.pdf []
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