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Malka Marcovich : Il n’y a pas de quoi pavoiser

mardi 25 août 2009

Malka Marcovich, historienne et auteure du livre les Nations désunies : l’ONU contre les droits de l’homme, a, au cours du meeting organisé par le MPCT le 7 mai dernier à Paris, axé son intervention sur la préparation et la tenue de la Conférence sur le racisme du 20-24 avril 2009, dite Durban II (Genève, Suisse) .

C’est ainsi que, nous apprend-elle, dès son avènement, en juin 2006, le Conseil des droits de l’homme, dominé par les régimes antidémocratiques, en particuliers ceux de l’Organisation de la conférence islamique, consacre ses deux premières résolutions à la lutte contre la diffamation des religions et à l’organisation d’une conférence internationale contre le racisme.

Le Comité préparatoire, que ce Conseil avait mis en place à cet effet, a adopté d’office, comme document de travail de la future conférence, les « normes complémentaires sur le racisme » et la définition de l’antisémitisme, telles que ces régimes les avaient définies, puis fait adopter à la Conférence mondiale sur le racisme de Durban, en Afrique du Sud, dite Durban I.

Le Conseil des droits de l’homme a également placé, selon elle, ce Comité sous la coupe de ces mêmes régimes tels que la Libye, l’Iran, le Pakistan, ou répressif comme Cuba. Bref, un verrouillage pour faire de la préparation et de la tenue des prochaines assises une simple formalité, auxquelles il leur faut néanmoins obtenir (aux yeux de leurs peuples, tant ils sont discrédités) la caution des pays démocratiques.

Malka Marcovich a également mis à nu un certain nombre d’idées, véhiculées par la presse et certains pays démocratiques, notamment la France, afin de légitimer, eux aussi, auprès de leurs opinions publiques respectives, leur participation à une rencontre sur un thème aussi sensible, mais où les dés étaient pipés.

C’est ainsi que le président, Nicolas Sarkozy, avait lancé, en février 2008, au dîner du CRIF, sa fameuse phrase sur la « ligne rouge », que les pays démocratiques ne laisseront pas dépasser. Il s’agit de l’antisémitisme, de la stigmatisation d’Israël, comme unique pays raciste, et de la suppression du forum des O.N.G, à cause de leur « hystérie antisémite » à Durban I.

Ce discours, prononcé devant une telle instance, ne fut pas moins, selon elle, contre-productif à plus d’un titre.

D’abord, comment peut-il être compris par l’opinion publique, autrement que le racisme antijuif et les atteintes à la liberté d’expression (contenus dans le rapport de Durban I et repris dans celui de Durban II) ne concernaient que la communauté juive de France, et non pas les peuples et les démocrates du monde entier.

Ensuite, ce slogan de « ligne rouge » sera brandi régulièrement pour apaiser les inquiétudes légitimes des O.N.G antiracistes par rapport à ce que les régimes autoritaires et leurs complices tramaient contre les droits des peuples. Ceci, en dépit également des réserves d’un nombre croissant de pays démocratiques, dont la plupart se sont retirés : Canada, États-Unis d’Amérique, Allemagne, Israël, Italie, Pays-Bas, Danemark, Australie, Nouvelle Zélande, Pologne, etc.

L’autre contre-vérité qui avait circulé, d’après elle, fut que le document de travail de Durban II n’avait plus rien à voir avec celui de Durban I, produits de graves dérives et de violences antisémites. Le texte de travail serait, paraît-il, consensuel entre les pays participants. Ce qui est loin d’être le cas, comme le montre l’intervenante.

La France se vante d’avoir supprimé dans ce document l’expression « diffamation des religions » et la condamnation d’Israël – comme unique pays raciste. Elle aurait cependant mieux fait de préciser qu’elle s’y opposait aussi bien dans ce document, que dans toutes les résolutions et conventions de l’O.N.U auxquelles renvoient ce texte de travail, et que ces mêmes régimes avaient fait adopter.
De plus, si les régimes autoritaires avaient accepté de telles suppressions, c’est parce qu’ils avaient obtenu en échange que les pays démocratiques acceptent de mentionner dans la résolution de Durban II la « haine des religions » ; et qu’ils renoncent à inclure la traite transsaharienne (l’esclavage pratiqué par des Africains et par l’empire arabo-musulman), l’esclavage contemporain, les droits des femmes (et pas seulement des migrantes), des homosexuels…
De même que la suppression du forum des O.N.G a été présentée comme une victoire des pays démocratiques, alors que cela a été une défaite pour les forces progressistes dans le monde. D’abord, parce qu’elle a porté atteinte à l’une des dispositions démocratiques de la Charte de l’O.N.U, relative au rôle consultatif des O.N.G, ensuite parce que les violences verbales et le discours antijuifs avait eu lieu aussi durant la rencontre des chefs d’États, qui se déroulait en même temps. Enfin, parce que cette mesure ne pouvait qu’être applaudie par les régimes, qui oppriment une partie de leurs populations : minorités ethniques, nationales, culturelle, les femmes, les homosexuels…

Ces régimes et les O.N.G, qui leurs sont inféodées, n’avaient manqué, d’après l’intervenante, de faire circuler la rumeur selon laquelle les associations juives sont responsables  de la suppression du forum des O.N.G, car les pays occidentaux protègent les Juifs (entendre seulement les Juifs) et Israël. C’est donc à cause d’elles, aussi, que les Tibétains en Chine, les femmes dans le monde… n’ont pas pu poser leurs problèmes. Un comble !
Ce texte est enfin illisible, car il renvoie à des résolutions de l’O.N.U, qui peuvent, elles-mêmes, renvoyer à d’autres résolutions, etc., ainsi qu’à des mécanismes onusiens très complexes.

Cela n’a pas empêché la France officielle de pavoiser à l’issue de cette rencontre.

Hakim Arabdiou

Cet article fait suite au “Meeting du 7 mai 2009, à Paris, sur les résultats de Durban II”. A lire également dans ce numéro: “Meeting sur Durban II : Fodé Sylla : « Ce fut un énorme gâchis »”.

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